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Full text of "Le livre de l'agriculture d'Ibn-al-Awam (kitab-al-felahah) .."

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LE LIVRE 

L'AGRICULTURE D'IBN-AL-AWAM 

(KITAB AL-PBLABAH) 



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• • • • •■ 



Versailles. — Imprimerie de Beau jeune, roe de l'Onngerie, te. 



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LE LIVRK 



DS 



L'AGRICULTURE 

D'IBN-AL-AWAM 

(RITAB AL-FELAHAH). 



TRMOIT DE L'ARAIE 

Par J.-J. CLÉMENT- MULLET 

BE8 SOCIÉrtS CiOLOCIQVE R ASIATIQUE DE PARIS, 
»B LA SOCIÉTÉ IMPÉRIALE D'HORTICULTURE 

«r DE LA socnhÉ d^agricolturk de L'aube. 



pw ta looMU tepéflâto r«crlo«lUtf« %m »««•.) 



TOME PREMIER. 



PARIS 

LIBRAIRIE A. FRANCK 

ALBERT L. HEROLD, SUCCESSEUR, 
1864 



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/ • ' 



, 3 433 



V. I 



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M. REINAUD 

MEMIAB DE L'INSTITUT, OFPICIBR DE LA LÉGION D*HONNBUR, 

PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ ASUTIQUE DE PARIS, 

PROFESSEUR D'ARABE A L*ÉCOLB DES LANGUES ORIENTALES VIVANTES, 

CONSERVATEUR DES MANUSCRITS ORIENTAUX 

A LA BIBLIOTHÈQUE IMPÉRULE, ETC. 



Monsieur et trâs-honoré professeur. 

Vous voulez bien accepter la dédicace de cette traduo- 
tion; je suis heureux de trouver là une occasion de 
vous témoigner toute ma reconnaissance pour la bien- 
veillance dont vous m'avez constamment honoré. En 
effet, à partir du moment où j'ai suivi vos cours, les bons 
conseils et les encouragements ne se sont jamais fait 
attendre toutes les fois que j'en ai eu besoin. Si j'ai pu 
mener à bonne fin Pœuvre que j'offre aujourd'hui au 
public, c'est grâce surtout à vos encouragements et à vos 
paroles bienveillantes qui m'ont soutenu dans ce long 
et pénible labeur en ranimant et réchauffant mon zèle 
quand la fatigue me gagnait. Si c'est un honneur pour 

746784 

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— 2 — 

mop. .livre de parattue^us vos auspices, c'est aussi un 
bonfetrf pour' Ittîv' bat- votre nom placé en tête sera 
(?àt(CHc^-àntf tjonife-'i^Qomniandation, et le lecteur en 
sera mieux disposé à l'indulgence dont j'ai tant besoin. 

Veuillez, monsieur et très-honoré professeur, agréer 
la nouvelle a^suraaoe de mon respectueux dévouement* 

Clûiuqit-Mullet. 



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PRÉFACE DU TRADUCTEUR 



L'agricultafo longtemps délaissée et négligée s'est 
eofin releyée» et elle a repris le rang que son importanoe 
doit lui aflfiureri Les longues années de paix dont TËo^ 
rope a joui ont permis aux esprits de se porter vers 
l'étude et les spéculations industrielles. Une grande acti*- 
vite s'est développée» et toutes les ramifications des 
sciences et de l'industrie ont grandi et progressé, se 
prêtant de mutuels secours. Les sciences d'application 
surtout) appelées en aide même aux travau^i les plus vul- 
gaires, ont eu la plus grande part au mouvement 
intellectueK La chimie a montré dans les corps de noa^ 
veaux éléments jusqu'alors inconnus ; aussitôt de nou*< 
velles et précieuses combinaisons de matières et de cou- 
leurs se sont produites aux yeux étonnés. La mécanique, 
étudiée et approfondie dans toutes ses branches^ a ia^ge^ 
ment récompensé les efforts des studieux calculateurs ; les 
secours qu'elle a créés pour toutes les industries sont 
immenses. Mais c'est surtout quand l'industrie a pu appe^ 
1er à 800 secours la vapeur et l'électricité qu elle a enfanté 
des mervdlles. Voyez» sur ces immenses réseaux de che« 
minsde fer qui tendent à s'allonger tous les jours, la vapeur 



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— 4 — 
emporter à toute vitesse le voyageur et supprimer les dis- 
tances. Par le télégraphe électrique, la pensée vole d'un 
hémisphère à l'autre avec la rapidité de Téclair. Le navire, 
affranchi jusqu'à un certain point du caprice des vents, 
grâce à l'hélice et à la vapeur, vogue avec plus de sécurité 
vers le port. L'imprimerie (qui jamais eût osé le soupçon- 
ner), aidée de la vapeur, a plus que décuplé ses produits, 
et grâce au bon marché qui en est la conséquence , le 
livre instructif a pu pénétrer dans la chaumière et la 
mansarde. Il n'est aucun genre d'industrie auquel cet 
auxiliaire puissant ne vienne en aide. En contemplant 
tous ces beaux résultats, la pensée s'élève, l'admiration 
s'exalte, et la bouche s'écrie : intelligence humaine, 
qui t'assignera des bornes? Ta puissance prouve bien que 
tu es un souffle divin I 

Au milieu de cette fermentation des esprits, l'agricul- 
ture ne pouvait rester en arrière ; elle aussi réclamait sa 
part du progrès; elle l'a obtenue. On a dû comprendre 
enfin que la mère-nourrice du genre humain, cette 
mamelle de l'État^ comme l'appelait Sully, méritait bien 
qu'on s'intéressât à elle. Les yeux et les pensées se 
sont portés vers la terre; on l'a étudiée, on l'a analysée 
et explorée dans toutes ses parties, et bientôt fut acquise 
la preuve nouvelle que cette mère généreuse payait lar- 
gement les peines qu'on prenait pour elle. Les sciences 
physiques et mathématiques sont venues en aide à 
ces nouvelles études. Elles ont adopté fraternellement 
l'agriculture, qui bientôt elle-même a pu s'élever et 
prendre rang parmi les sciences. Honneur aux généreux 



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— 5 — 

choyens qui ont pris part à cette initiative, parmi lesquels 
figurent les noms de Chaptal, de Mathieu de Dombasle, 
et ceux de ces savants et intelligents praticiens dont 
s'honore la Société centrale et impériale de Paris. Les 
gouyemements ont secondé et favorisé ce mouvement 
accole progressif par les influences et les encourage- 
ments de Tadministration, les sociétés se sont formées, 
des comices se sont organisés, des primes et des récom- 
penses ont été distribuées. Mais nul autre n'a fait autant 
qne le gouvernement impérial ; sous son patronage bien- 
veillant 9 les établissements existants se sont agrandis, 
d'autres se sont constitués. Le souverain lui-même a 
fondé des fermes modèles, et si sa main n'a pas tracé le 
sillon, il a encouragé le laboureur du conseil et du geste. 

Nous n'en sommes plus au temps où Golumelle se 
plaignait que a les arts les moins utiles à la vie avaient 
trouvé des adeptes, et en quelque sorte des prêtres^ tan- 
dis que Tagriculture n'avait ni disciples ni professeurs. x> 
(Col., Re rust.j XI, 1, 10.) Aujourd'hui, ces plaintes ne 
seraient plus fondées ; renseignement agricole s'est établi, 
et, partant de la capitale, il a rayonné dans tout l'empire. 
Il fait pour ainsi dire partie de l'enseignement primaire. 
Pendant l'été, des démonstrations sur le terrain se font à 
la ferme impériale de Yincennes, et la routine, refoulée 
par one savante et judicieuse expérimentation , cède la 
place à une pratique intelligente. 

Jadis et même naguère les publications agronomiques 
étairat rares ; les livres étaient peu nombreux, et en effet 
qui aurait voulu prendre la plume pour une profession 

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— 6 — 

fB,^9\ée au 'iernier rang de l'échelle sociale? La lecture des 
anciens nous apprend qu'il en était aussi de même dans 
Tanliqulté. Les poëtes, les prosateurs, disent parfois des 
ehoses charmantes sur la vie des champs et le bonheur 
rural. Virgile nous a bien dit {Géorg., II, 458) : 

fortunatoB nimium, sua si Ifona norint 
Agricolas ! 

Horace a dit également de bien belles choses sur U 
félicité des champs. Mais {a poëte qui chantait aipsi sous 
les frais ombrages de Tibur eût-il accepté cette félicité 
champêtre avec le travail rude et pénible qu'elle impose? 
La publication d'un poëme aussi parfait que le sont les 
Géorgiques peut nous étonner à bon droit dans ces temps 
de luxe et de mollesse. Maintenant il n'en est plut ainsi ; 
les publications agronomiques se multiplieut dans un() 
progression toujours croissante; depuis la publication 
volumineuse et de luxe jusqu'à la simple brochure à dix 
centimes^ il y en a pour toutes les classes et pour toutes 
les fortunes. Chaque science spéculative tient en quelque 
sorte h honneur de travailler pour ragriculture ; aussi 
vojoon-nous des traités d'application de la chimie, de la 
ipécanique, de la physique, etc., à l'agriculture. Ce mou^ 
vemeot progressif n'est point borné à la France; TAIIe- 
0iagn# et VAi^leterre y ont pris, on le sait, «ne large 
part, ce dernier pays surtout,- 

Les journaux ne se multiplient pas moins; chaque 
aE^eiété académique de province a son bulletin où Tagri- 
enttur» occupe toujoun uqe notable place; parmi ces 



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— 7 — 
pubUeations mensuelles académiques nous devons citer 
eu première ligne celle si importante de la Société im- 
périale et centrale de Paris. 

ISAlnumoùh lui-même se transforme pour le profit de 
YagriculUàxe, qui y trouTe presque toujours au moins 
quelques pages. Ce n'est plus le gros almanach liégeois 
avec ses prédictions fantastiques, ses anecdotes insigni- 
fiantes, ses facéties sans sel. Les éditeurs ont compris 
qu'ils devaient quelque chose de plus substantiel à 
l'homme d'intelligence et à l'homme des champs; aussi 
voitron des articles d'agronomie laissant toujours dans 
l'esprit du lecteur quelques souvenirs qui produiront tôt 
ou tard leurs fruits. 

Les comptes rendus des comices agricoles et des con- 
cours sont encore un excellent moyen d'instruction pour 
les hommes des champs et pour tous les adeptes de l'agro- 
nomie. 

Nous rappellerons ici les journaux spéciaux pour l'agri- 
culture, tels que la Réformé agrieole, fondée par M. Nérée 
Boubée , le Jtmmal (Tagrieulturê pratique, publié sous la 
direction de M. Barrai, et la Ferme^ journal agricole et 
horticole rédigé par MM. Dufranoux et L. Hervé (Humbert 
éditeur). L'importance de ces publications est garantie 
par le nom des éditeurs et des collaborateurs, et combien 
d'auires encore ne pourrait^on pas citer? 

Ces productions du jour destinées à enregistrer et à 
répandre les bonnes méthodes et les nouveaux procédés 
n'ont prnnt empêché les esprits investigateurs de porter. 
Uars regards en arrière, et de demàhâer aux siècles 



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— 8 — 

passés communication de leurs travaux. C'est ainsi qu'on 
a réimprimé les œuvres du patriarche de Tagronomie 
française, Olivier de Serres. Une nouvelle traduction a 
été faite de la collection des agronomes latins, connus 
sous le nom de Rei rusticœ seriptares, par les soins de 
H. Panckoucke, éditeur. 

Le gouvernement impérial de Russie a songé à donner 
une édition complète, jtexte et traduction, du célèbre 
Traité de V agriculture nàbathéenne , qui est connu d'une 
manière si vague de nos jours, mais qui avait dû 
dans son temps jouir d'une grande célébrité, puisque 
Maïmonides, Kazwini et Ibn-Beithar le citent souvent. 
M. Et. Quatremère avait, dans un savant mémoire, ramené 
l'attention du monde savant sur cet ancien livre. Ernest 
Meyer en a parlé avec quelques détails dans son Histoire 
de la botanique. La curiosité a été éveillée, et une polé* 
mique assez vive s'est élevée sur Tauthenticité, sur l'an- 
tiquité du livre. De savants mémoires ont été publiés à 
cette occasion, et tous portent des noms fort distingués 
dans la science. Nous aurons à revenir souvent sur ce 
livre dont on attend avec impatience la publication. 

A propos de celte revue rétrospective, nous rappelle- 
rons ici le journal la Ferme^ mentionné plus haut, qui a 
fait entrer dans son cadre des articles sur l'agriculture 
ancienne. Nous y avons lu avec intérêt des études agrono- 
miques sur les GéargiquesdeYrrgiiej études dans lesquelles 
Tauteur, écartant tout ce qu'il y a de poétique, reproduit 
seulement les prescriptions agronomiques. Espérons que 
cet essai sera encouragé, et qu'il obtiendra le succès qu'il 



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— 9 ~ 

mérite, car les boDs esprits comprennent que Tétude de 
ces anciens maîtres peut être très-profitable et qu'ils n'en- 
seignent point seulement, comme le disent certains esprits 
l^ersy de vieilles idées usées et sans valeur. 

Quelle fut Torigine de Tagriculture ? A-t-elle précédé 
la vie pastorale, ou vint-elle seulement après celle-ci? 
Fut-elle inspirée à l'homme par son Créateur, ou bien 
est-elle le résultat des combinaisons de l'intelligence 
excitée par le besoin ? C'est un de ces problèmes difficiles 
dans l'examen duquel notre cadre ne nous permet pas 
d'entrer ; cependant, nous croyons devoir rappeler som- 
mairement les opinions émises avant nous. 

Vorigîne de Vagricullure^ dit le docteur Link, dans son 
Mande primitif (i), se perd dans la nuit des temps; nous 
n'avons sur ce fait que des traditions incertaines ou fabu* 
leuses. Suivant la Genèse, Caïn Je premier, aurait cultivé 
le sol. € Chez les païens, c'est toujours une divinité qui 
» vient enseigner aux hommes la culture de la terre et leur 
9 bire connaître quelles sont les plantes les plus utiles. 
9 Dans rinde , le cultivateur sort immédiatement de la 
» main deBrahma, et le taureau sacré lui est donné pour 
9 le seconder dans ses travaux. En Egypte, c'est Isis qui 
» donne aux hommes les premières leçons d'agriculture ; 
» Diane va porter cet art en Grèce, et Cérès renseigne 
» en Italie et en Sicile. » Ou peut, du reste, très-bien 

(4) DU Vorwelt vnd das Âlterthum [tAniiquité et le monde primitify 
expliquée par t étude de la naiwre\ par le docteur H. F. Link, trad. de 
raBenand par J. J. Climent-HuUet, 2 toK ia-8*. Paris, 4 837« 



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— 10 — 

admettre qu# les deux industries prirent naissance en 
même temps : l'une sur les collines qui fournissent les 
pâturages qui conviennent si bien au mouton, et l'autre 
dans la plaine qui se prêtait facilement au labourage. 

Les traditions des Arabes donnent à entendre qu'ils 
attribuaient une origine céleste à l'agriculture, car nous 
lisons dans le Mss. B. I., 881 f. §• fol. 2, d'après Mas- 
soudi, que lorsque Adam descendit du paradis terrestre 
pour habiter la terre, il emportait avec lui trente rameaux 
d^arbres divers ; suivant Kazwini, le blé aurait été apporté 
à l'homme par l'ange Mikaïl, qui lui apprit que ce grain 
formerait sa nourriture et celle de sa postérité ; qu'il 
cultivât la terre et qu'il le semât. Ce blé primitif était de 
la grosseur d*un œuf d'autruche ; l'homme étant devenu 
impie, il fut réduit à la grosseur d'un œuf de poule, puis 
il descendit graduellement à celle d'un œuf de pigeon, 
puis à la grosseur d'une noisette ; de telle sorte que, du 
temps de Joseph, il était encore de la grosseur d'un pois. 
Comme il paraît établi que TOrieut fut peuplé bien avant 
rOccident, il est par cela même très-probable que ce fut 
en Orient que la culture de la terre fut pratiquée primi- 
tivement. Les grands développements qu'elle avait dû 
prendre en Egypte sont bien établis par ce que nous 
lisons dans la Genèse, que cette contrée, par les soins de 
Joseph, fournissait du blé à toute la terre. Les dessins 
coloriés qu'on voit au musée égyptien du Louvre de- 
viennent un commentaire significatif et bien curieux. 
Il ne nous reste point de livre de cette agriculture ; elle 
n'est guère citée par Ibn-al-Awam. L'Agriculture naba- 



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— 11 — 

théeone la mentionne aussi ; le mémoire de M. Chwolson, 
publié sur ce livre (1), le dit, et même il fait connaître la 
elassification des terres cultivées par leurs noms tech- 
niques. Ce passage se trouve dans le Mss. 881, B. L, f. s. 
M. de Hammer cite une agriculture égyptienne de Théo- 
dosius (S\ 

Si Tagriculture fut ainsi perfectionnée dans le royaume 
des Pharaons, elle prit aussi de grands développements 
dans d'autres contrées de TOrient. Nous citerons parti- 
euliërement Tlnde, réputée surtout pour la culture du 
riz, et la Chine, où elle fut tellement honorée qu'elle avait 
sa (fele particulière dans laquelle lempereur devait tracer 
aon sillon. La Perse eut aussi son époque florissante pour 
l'agriculture ; on y rattachait même des idées religieuses, 
comme on le voit dans le ZendAvesta: «La main du 
» laboureur fait nattre tous les biens; c'est le poignard 
» d'or de Djemschid qui fend la terre... Semer des grains 
» avec pureté, c'est remplir toute l'étendue de la loi des 
» Mezdemans. De là le mérite de celui qui accomplit cette 
> loi; eet homme est aussi pur devant Ormuz que s'il 
» eût donné l'être à cent mille productions. » Il re- 
commande aussi d'une manière toute spéciale l'éducation 
iu bétail, dont il veut qu'on s'occupe avec grande atten- 
tion et des soins particuliers (3). Les nombreux noms de 
plantes et d'arbres, tirés du persan et conservés par les 

(4) Uêbêf die Uéb$rrute der qllbabyloniiçhfn Uteratur^ in aràbiêchen 
Uriterutsungen^ von B. Chwolson {Mém. savants étrangers, t. VHI). 
(î) EnqfclopUdische Uebersicht der Wissenscliaflen des Orients, 
(3) ZendAvesta^ trad. d'An<{ueiil-Duperron, t. HI, p. 640. 



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— 12 — 
Arabes^ témoignent assez du développement de la culture 
dans ce pays. C'est ici le cas de rappeler Cyrus montrant 
avec une sorte d'oi^ueil les arbres plantés par lui- 
même (1). 

En parlant des peuples anciens cultivateurs, nous ne 
pouvons oublier de rappeler les Hébreux. M. Munk, dans 
son Histoire de la Palestiney nous apprend que les patriar- 
ches pratiquèrent la culture des champs, mais que dans 
leur vie nomade elle ne fut pour eux qu'une occupation 
secondaire. Une fois qu'ils furent en possession de la 
Palestine, les Israélites s'occupèrent sérieusement de la 
culture du sol. Leur séjour prolongé en Egypte avait dû 
les initier aux bonnes pratiques agronomiques qui lais- 
sèrent dans les générations renouvelées pendant les péré- 
grinations dans le désert des souvenirs traditionnels. 
Moïse fit de l'agriculture la base de ses institutions, et 
elle fut en grand honneur jusqu'à ce que le luxe venu à 
la suite des rois eût altéré les mœurs primitives. 

On trouve dans la Bible et notamment dans Isaïe 
(XXVni, 3&) des documents sur les pratiques agricoles 
des Juifs. On peut encore en trouver de plus détaillés, et 
par là même fort intéressants pour la question, dans les 
livres de la Mischm, de Angub {Péah)^ et de Seminibas 
{Zeraîm). 

Pendant que l'Egypte, favorisée par les eaux fécon- 
dantes du Nil, voyait de riches moissons et une végétation 
luxuriante s'épanouir sur ses plaines cultivées, les r^ons 

(4 ) CicéroDf de Seneetuu^ c. XVU ; et Xéuophon, Économiqwij th. IV. 



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— 18 — 

comprises entre le Tigre et TEuphrate, ou baignées par 
leurs eaux, ne restèrent point oisives. La Babylonie et la 
Oialdée on pays des Gassidim, qui fut aussi celui des 
Nabatbéens, fayorisée par la nature alluviale du sol et la 
facilité des irrigations, se prêtait merveilleusement à la 
culture des céréales. L'Assyrie prit part aussi au mouve- 
ment agricole, et avec le secours des canaux d'irrigation 
qui forent creusés on obtint de féconds résultats. Hérodote 
parle de ces trois contrées de TÀsie comme remarquables 
par leurs productions territoriales, mais la plus fertile des 
trois et la meilleure était la Babylonie qui produisait 
beaucoup de froment et d'arbres fruitiers (Hérod., Clio, 
page 89, édit. H. Etienne)* La Syrie ou pays de Scham^ 
moins bien partagée à cause de sa surface accidentée et 
coupée de montagnes, ne se prêtait pas autant à la cul- 
ture; cependant les plaines fertiles de la Cœlésyrie et celles 
qui avoisinent la mer furent cultivées de bonne heure. Ici 
encore la préférence pour la richesse du sol est donnée 
à la Babylonie sur la Syrie; V Agriculture nabathéenne 
ledit. 

Le seul livre, mais fort important, que nous ayons sur 
cette agronomie, c'est le livre dlbn-Wahschiah, connu 
sous le nom à' Agriculture nabathéenne j dont nous venons 
de parler. Ce nom deNabathéens serait celui des habitants 
primitifs de la Cbaldée, population arabe qui occupait 
aussi une partie de l'Arabie Pétrée, et dont Petra fiit la 
capitale. H. Quatremère s'est longuement étendu sur ce 
peuple, dans son mémoire sur l'agriculture nabathéenne, 
et nous y renvoyons nos lecteurs. 



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L'œuvre d'Iba-Wahschiah, sur laqudte nom revim* 
droQs plus tard et avec plus de détails^ n'est point spécial 
aux Nabatbéeus; c'est une sorte de maison rustique dopt 
ceux-ci fout surtout les frais; ils y occupent une trè^ 
large part ; mais Fauteur a rappelé parfois aussi les sys* 
tèmes de culture usités chez les peuples limitrophesi tels 
que ceux des Perses et des Égyptiens* On Ut raeore de 
nombreuses digressions sur les mœurs et usages des po- 
pulations indigènes ou voisines, et surtout des prescrip- 
tions superstitieuses dont le ridicule nous surprend et 
nous étonne. Ce sont ces digressions surtout qui ont donné 
lieu à la polémique dont nous avons parlé, et sur laquelle 
nous reviendrons. 

Quelle fut la part de la Grèce dans l'origine et la 
découverte de l'agriculture? Suivant Link^ elle serait 
nulle ; les Grecs l'auraient reçue de l'Egypte. En effets dit 
notre savant allemand, l'agriculture « ne pouvait prendre 
D naissance en Grèce qui renferme trop peu de terres 
» arables pour qu'on puisse le supposer; mais la plaine 
x> riante d'Eleusis, entourée de montagnes abruptes, qui 
x> forment un canal où les bâtiments peuvent stationner 
)> sans danger, appelle à elle l'agriculture par ses nom* 
» breux avantages ; elle lui vint sans doute d'Egypte. » 

Link, dans une note, réfute l'assertion de Boblen, qui, 
dans un ouvrage du reste fort savant sur l'Inde ancienne, 
veut que la charrue ait été donnée aux Égyptiens par les 
Grecs, ce qui est peu probable, dit notre auteur, car 
Tagriculture ne peut passer d'un pays stérile, c'est-à- 
dire qui renferme peu de terres arables, dans un pays si 



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~ la — 

bien f«vorâé d6 ce c6té que l'est TËgypte. Les traditioi» 
historiques, ajoute Link, veuleot que YagrieuUwre ioit 
vmue de V Egypte en Grèce* 

Im QmT%%œ principaux que les Grecs nous ont laissé! 
sur l'agriculture sont ceux l' de Théophraste, qui Tivait à 
Erèie dans Tlle de Lesbos (471 ans aTant Jésus-^Christ). 
Ces ouvrages traitent des plantes et de la météorologie; 
mais ceux qui nous intéressent le plus, ce sont les deux 
qui sont intitulés UtsioriaplarUarum et de Caxisis planta- 
nm, deux traités de physiologie végétale et de culture assez 
remarquables pour l'époque à laquelle ils parurent, et 
dana lesquels on rencontre des choses qui aujourd'hui 
«oore ont leur intérêt. 

â^ Le Traité d'agriculture attribué à Aristote, cité par 
Hadji-Khalfah (1037S, t« V< édit. flug.)^ livre sans doute 
apocryphe^ ainâ que tantd 'autresattribnésà ce philosophe. 

S" Les OEuvree et k$ jours (Opéra et diei)^ traité fort 
abrégé d'i^riculture, d'Hésiode^ contemporain d'Homère^ 
etipi vécut trds siMaB plus tard suivant d'autres. 

A* XénofrfiOD, dan son Uvre intitulé les ÉeonomiqueSf 
dooM d'epicdlents préceptes d'économie rurale; son 
traité sur VÉquitation est encore très^estimé. 

5* Lee Géoponiques, cette production du moyen âge, 
coflipiialimi faite par CassianusBassus sur l'ordre de Gons« 
tairtki Porpfayrogénète VU, à qui il la dédia, et qui long- 
te»p6 passa pour en être l'auteur. On y trouve beaucoup 
plus de noms latins que de grecs parmi les auteurs 
dtâ^ On remarque le nom de Zoroastre mêlé à celui de 
Démœrite. Dans les noms qui se lisent dans la pféfaoe^ 



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— 16 — 

on D6 voit que celui de Démocrite flgurer parmi ceux 
qu'on trouve dans Golumelle. 

Rapporterons -nous aux agronomes grecs Rastos le 
Roumi (le Grec), dont il ne reste que les fragments qu'on 
a cités de lui ? Plus loin, nous reviendrons sur ce nom. 

L'agriculture chez les Romains fut, comme on le sait, 
en très-grand honneur, surtout dans les premiers temps 
de la république. Mais Tagrandissement du territoire et 
les conquêtes de contrées florissantes et opulentes ame- 
nèrent des richesses qui, donnant le goût du luxe, alté- 
rèrent la simplicité des mœurs primitives et firent 
déserter les champs pour la ville; alors, à quelques 
exceptions près, la culture resta le partage des classes 
inférieures et des esclaves, ce que M. Munk a signalé 
chez les Juifs, comme nous l'avons vu. 

Les traités d'agronomie des Latins se composent sur- 
tout de ce recueil connu sous le nom de Scriptares m 
rusticcB veteres kuini, comprenant ce que nous ont laissé 
sur la matière Caton, Varron^ Cdumelle^ PaUaditu, aux- 
quels on a joint le traité de Médecine vétérinaire de 
Végèce. Pline traite aussi dans l'occasion de I9 culture 
des plantes et des arbres. 

Le livre qui brille surtout garmi les écrits agrono- 
miques des Latins est le beau poème des Géorgiques de 
Virgile, chef-Ki'cBuvre de poésie et d'élégance, et non 
moins remarquable par l'exactitude et la précision des 
préceptes qu'il contient. 

L'histoire de l'agriculture chez les Arabes parait pour 
les temps anciens se confondre avec celle des Nabathéens. 



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*^ 17 -^ 
Les documents historiques nous font voir généralement 
les Arabes menant une vie nomade et aventureuse, plus 
occupés de leurs chevaux et de leurs chameaux que de 
la culture des champs. Pour trouver des ouvrages sur 
Tagriculture, il faut revenir à l'époque où vécut et écrivit 
Ibn-Wahschiah, c'est-à-dire au m* siècle de Thégirc, ou 
X* siècle de l'ère chrétienne. Les principaux auteurs que 
nous connaissons, ne nous sont connus que par les frag- 
ments conservés par Ibn-Al-Awam. La majeure partie 
sont des Arabes espagnols appartenant à cette belle pé- 
riode de l'histoire de la Péninsule qui nous la montre si 
florissante pour les lettres et les arts et qui est marquée 
par ces monuments restés de la domination des Maures 
qui^ aujourd'hui encore, font l'admiration des savants et 
des artistes. 

Le traité d'agriculture d'Ibn-Al-Awam appartient à 
cette époque ; il parait avoir été composé vers le vi* siècle 
de l'hégire qui correspond au xu* de l'ère chrétienne. 
L'auteur, dont le nom complet est /iboti-Zakaria-Jahia- 
Ibn- Mohammed' Abou' Ahmed-Ibn-Al-Awam^ habitait 
Séville. n parait avoir eu beaucoup de goût pour l'agri- 
culture, joignant la pratique à l'étude et à la théorie, car 
il cite souvent les expériences qu'il fit lui-même sur la 
montagne de l'Ascbarf et les bons résultats qu'il en avait 
obtenus. 

La correction du style d'Ibn-Al-Awam, dit Banqueri 
dans sa préface (page 5), ne permet pas de le placer plus 
loin que le siècle indiqué. M. Ern. Meyer fait judicieuse- 
ment observer que Hadj de Grenade, cité par Ibn-Al- 



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— 18 — 

Awaœ, écrivait dans Van 553 de l'hégire, ou 1158 de 
Tère cbrétiepoe, ce qui précise les dates. 

Le Qoin et l'œuvre dlbn-Al-Awam ne sont, à notre coo- 
uais3ance» cités que par Ibn*-KhaIdoun, dans ses Proie- 
0omènef {i)f On ne Ta point iqdiqué dans la bibliographie 
d'Hadji^Rbalfa, que nientionne VAgriciUture nabaêhéenne 
d'Ibn-Wabschiab (2). L'Encyclopédie abrégée des sciences 
de l'Orient, de M. deHammer, rappelle ce dernier ouvrage, 
sans rien dire d'Ibnal-Âwam (3).Ibn-Khaldoun mentionne 
notre auteur comme ayant fait un Abrégé d'agriculture 
nabathéenne dans lequel il avait retranché toutes pres- 
criptions superstitieuses et talismaniques. Dispns pour étrp 
vrai que tout n'a pas été retranché» mais la plus grande 
partie, ce qui est déjà beaucoup. 

Les manuscrits de Touvrage paraissent aussi être peu 
pombreux. Ngus connaissons celui de la bibliothèque de 
l'Escurial, sur lequel Casiri s'est longuement étendu, et 
qui a servi à Banqueri (4), un second dans la bibliothèque 
de Layde, cité par Ern. Meyer, d'après Wustenfeld. La 
bibliothèque impériale de Paris ne possède que la première 
partie inscrite sous le q* 912, A, F. 

L'oeuvre d'Ibn-Al-Awam se compose de tr»nte-quatr« 



(4) Ibn-KhaldouD» Prolégomàneê, 9' parti*, p. 4S0, t. XXVm dts 

Notices et extraits, 
(2) Hadji-Khalfa, t. IV, p. 460, édit. Flug. 

(5) Encyclopàdische Uebersicht der Wissennchaflen des ÔnentSt in-8. 
Uipzig, 4 804. 

(4) Ca$iri, BibUoth, arah, Mip. d# lEÊmrial, 1. 1, p. 9t3, suivait 
Er». M^yer, Geschiçhte der ffotanikf t. UI, p. 369, no(9. 



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- 19 — 
chapitres et se divise matériellement en deux parties 
ou volumes. La première comprend les seize premiers 
chapitres; la seconde comprend le reste depuis le 
chapitre XVII jusqu'à la fin. On pourrait aussi métho- 
diquement faire une autre division en deux parties, 
indiquée par Fauteur lui-même. La première irait jus- 
qu'au chapitre XXX inclusivement, renfermant tout ce 
qui tient à la culture du sol, et la seconile ce qui a trait 
à rélevage du bétail, aux chevaux, à la basse-cour et aux 
abeilles ; un chapitre XXXYS sur les chiens, avait été 
promis, mais il parait être resté à l'état de projet sans 
avoir jamais été écrit. Cette œuvre a pour titre : Le livre de 
FagrieuUure KikUb-Al-Felahah (1), tout simplement. Ce 
n'est point un traité didactique écrit avec méthode, majs 
la réunion des meilleurs préceptes d'agronomie extraits 
des auteurs qui ont précédé, Nabathéens, Grecs, Latins, 
Arabes ou autres. Ainsi le lecteur y trouve le résumé de 
tous les systèmes d'agriculture anciens. C'est, comme Ta 
très-bien qualifié M. A. Passy dans son rapport du 17 juil- 
let 4 859 à la Société impériale et centrale d'agriculture 
de Paris, une véritable Maison rustique. Quand nous par- 
lons de Tabsence de méthode, nous entendons dire par là 
que l'auteur s'est contenté de transcrire les divers passages 

(I) F^lahûh, nom d*action du ^erbe falah, dont le sens primitif est 
mmper», rompre. Appliqué ensuite au travail de la terre, il a pris le 
5/aa de colère^ cultiver^ et le cultivateur a été nommé fellak. Il en a 
été de même cfaes nous; le mot rumpêref pris aussi dans le sens de eul- 
îiwmr^ aprodniiiemot rapiura, duquel on a fait roture et rupturarin$^ 
f9li^ V% cobivaUur. (Voy. Glm. Dueangee, v"" Rumpers.) 



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— 50 -- 

nécessaires à son sujet, les plaçant les uns à la suite des 
autres sans s'inquiéter s'il y avait ou non des répétitions. 
Dans quelques endroits même, l'auteur nous dit qu'il a 
voulu répéter plusieurs fois la même chose pour prouver 
le commun accord des auteurs sur le principe^ Vers la fin 
surtout nous trouvons une association des choses les plus 
disparates, ce qui ne doit point trop nous surprendre, car 
c'est ainsi que procèdent presque toujours les écrivains 
arabes, négligeant la méthode. Ce défaut de méthode se 
remarque aussi dans les Géoponiques, Les écrits des Latins 
Varron, Caton, Columelle et Palladius sont plus métho- 
diques. Si l'on retranchait de la compilation d'Ibn-Al- 
Awam les répétitions inutiles, on en réduirait de beau- 
coup le volume. 

Cependant on ne peut pas dire qu'il y ait ici absence 
complète de méthode; il y en a une générale. En effet, 
l'auteur commence par les généralités : la nature des ter- 
rains, les engrais, les eaux; viennent ensuite la disposition 
du verger, la culture et la plantation des arbres, leur 
greffe et la propagation ou reproduction, la taille et l'ir- 
rigation. Nous arrivons alors à la conservation des fruits 
et à leur préparation. Nous ferons observer ici qu'il n'est 
aucunement question de l a préparation d u vin. La seconde 
•partie commence par les généralités sur le labourage et 
les semailles des céréales et plantes de grosse culture. Le 
jardin polager arrive avec toutes les espèces qu'on y cul- 
tive, puis les plantes odorantes et d'agrément, et les pro- 
duits et avantages qu'on peut tirer de l'économie domes- 
tique ; enfin l'élevage du bétail, la basse-cour et le rucher. 



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— 21 — 

Malheureasement, cette méthode générale est très -dé- 
rangée dans les détails. 

Le premier chapitre, qui parle du sol en général, 
signale une douzaine d'espèces ou variétés de terrain; on 
n'en trouve pas un grand nombre dans les Géoponiques ni 
chez les Latins. L'origine de la terre végétale est basée sur 
une théorie admise encore de nos jours: la désagrégation 
des roches et leur décomposition par l'action simullanée de 
Feau et de la chaleur. Les caractères et les signes auxquels 
on peut reconnaître une bonne terre sont minutieuse- 
ment indiqués, ainsi que les moyens d'amélioration de 
celles qui sont mauvaises. 

Le chapitre des engrais mérite toute notre attention. 
On y voit les moyens de préparer un bon nombre de 
composts dont la matière humaine est généralement la 
base. Ces engrais composés, qui sont aujourd'hui très- 
vantés, nous les retrouvons à toutes les périodes 
chez les Nabathéens, dans les Géoponiques et chez les 
Latins. On savait employer une terre rouge désinfec- 
tante pour neutraliser les exhalaisons nauséabondes. 
Chez nos Orientaux, rien n'était perdu : mauvaises herbes, 
cendres, balayures, eaux ménagères, etc. , on tirait parti 
de tout. Nous voyons môme recommander d utiliser les 
urines quotidiennes des ouvriers. Un des principes domi- 
nants , c'était que les parties détachées d'un végétal pou- 
vaient lui fournir le meilleur engrais. L'emploi de la 
marne n'était point inconnu des anciens. 

Le chapitre III traite des eaux et de leurs variétés dans 
UQ sens très-général. Ces variétés sont minutieusement 



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— 22 — 

indiquées. Le type pour nos Arabes, c'est Teau douée, 
Peau potable, ahdsab, agréable à boire et exempte de 
toute saveur étrangère. Toute eau en dehors de ces con- 
ditions cesse d'être pure, et elle est d'autant plus mau- 
vaise qu'elle s'en éloigne davantage. 

Les irrigations se pratiquaient de diverses manières ; 
elles étaient naturelles ou artificielles, à l'aide de machines 
ou norias. Quant à la quantité d'eau donnée, il y avait 
trois manières d'arroser : par submersion , Feau couvrait 
alors le sol jusqu'à l'absorption, ensuite en laissant libre- 
ment circuler l'eau au pied des arbres ou au milieu des 
semis, et enfin en la distribuant sur la plante au moyen 
d'un arrosoir ou tout autre instrument équivalent. Des 
carreaux relevés^ encore aujourd'hui en usage, et des 
rigoles favorisaient la distribution des eaux. 

A ce chapitre est rattaché le creusement des puits, la 
manière d'expulser les gaz méphitiques, et les procédés 
pour niveler le terrain et régler les pentes pour la dépense 
des eaux. 

Avant de parler de la culture des arbres et des plantes, 
disons quelques mots des idées des Orientaux sur la phy- 
siologie végétale. 

L'arbre était, suivant Y Agriculture nabcUhienne^ un 
homme renversé ; la racine ou le tronc répondait à la tète 
humaine, et les branches aux bras et aux jambes. En 
effet, persuadés que le végétal tirait sa substance du fond 
du sol, ils voyaient dans le tronc par les racines s'opérer 
l'attraction et l'assimilation des sucs nourriciers, comme 
dans les parties supérieures du corps humain. Pline as- 



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— 2S - 
simîle Farbre à Vaoimal, parce que, chez Tun et Fautive, 
il y a la peau, la chair, les veines, le sang, les nerfs, la 
moelle; Técorce est la peau (Plin., XVII, 72). Kazwiûi 
n'établît de comparaison entre l'homme et l'arbre que par 
les feuilles, qui sont à Tarbre ce que les cheveux sont à 
rhomme. Les Orientaux connaissaient la circulation de 
la sève ou de l'eau, attirée par la racine en vertu de la 
foroe attractive et de Yâme i)égétative ou naturelle, ^^ 
êoTovpdk des Grecs. Pendant l'hiver, le végétal était à 
Tétât de sommeil ; mais Théophraste dit que, dans cette 
saison, les arbres sont prœgnantes (à l'état de gestation) 
pour enfanter au printemps, tempore verno pariunt {Caut. 
plant., 1, 16), 

Si les Orientaux et les anciens en général donnaient 
aux arbres une âme végéiativé^ ils semblaient auâsi leur 
accorder une âme MemiUve par les sympathies et les anti- 
pathies qu'ils disaient exister entre eux, sympathie portée 
jusqu'à Tamour et le dessèchement par le chagrin causé 
par Tabsence de l'arbre aimé {Géop.y \, &). 

La différence des setes était connue des auteurs cités 
par Ibn-aI-Ai¥am, d'abord quand elle était aussi palpable 
qae dans le palmier et le figuier ; pour eux encore, quand 
deux espèces présentaient de l'analogie, la plus forte était 
{râe pour le m&Ie et la seconde pour la femelle. 

Nous trouvons dans V Agriculture nabathéenne une di- 
viaoD astrologique desj)lantes^uij)rouve bien son ori- 
gÎDe'3îiI3éënne. Ain», les plantes sont dites lunaires ou 
solaires, suivant qu'elles sont sous l'influence plus directe 
du iokil et de la lune. Mais en même temps aussi subis- 



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- 24 - 
sent-elles rinfluence de l'une des sept planètes connues 
des anciens, de telle sorte qu'on trouve toujours Taction 
simultanée de deux influences astrologiques; ainsi, la 
pastèque est sous Tinfluence de la lune et de Mars, et la 
vigne sous celle de Jupiter et de Vénus {Agr. nah. mss. 
143, fol. 149). 

Nous ne trouvons dans Ibn-aKÂwam aucune division 
méthodique ou scientifique des arbres, mais une division 
pratique et utilitaire. Ainsi, les arbres sont fruitiers ou 
non ; ils sont utiles par leurs bois ou par leurs fleurs. Par 
arbres fruitiers on entendait ceux qui donnaient des 
fruits comestibles. On ne voyait point un fruit dans ceux 
qui ne donnaient que des chatons, comme le saule, ou de 
petites graines sèches, comme l'orme. 

Les chapitres V et VI, qui forment comme une espèce 
de prodrome pour la culture des arbres, traitent des 
moyens de propagation par semis, boutures, pieds éclatés, 
marcottes en vase ou entonnoirs; enfin, nous rencontrons 
presque tous les moyens de multiplication actuellement 
usités. Le chapitre VI parle de la plantation du jeune 
arbre arrivé à Tétat normal ou convenable pour être 
replanté. Les soins les plus minutieux sont indiqués. On 
comprend aussi que les Orientaux devaient tenir compte 
dans ces opérations des phases de la lune. Ainsi, il faut 
planter quand la lune est croissante, et fumer dans le 
déclin {Géop., /, 6). Les Occidentaux eux-mêmes parta- 
geaient ces erreurs; aujourd'hui encore elles trouvent des 
partisans. 

Notre Maison rustique donne la culture de cinquante et 



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— 25 — 
uue espèces d'arbres, ce qui forme un des plus longs 
chapitres. Oo ne voit pas que Tauteur ait suivi un ordre 
particulier. 

L'oHvier se trouve en tète, sans doute à cause de la 
grande utilité qu'on en tire. Les espèces dans les fruits 
sont peu variées; elles le sont beaucoup moins que chez 
les Latins, puisque M. Fée, dans ses Notes sur Pline^ 
a relevé vingt-quatre espèces de pommes, trente-sept de 
poires, et douze espèces de prunes {Pline^ t. IX, p. &6S 
et saiv., édit. Panck.). Il y a loin de ces chiffres à ceux 
aujourd'hui connus. 

La détermination des noms des arbres est, en somme, 
assez certaine et exacte; cependant il en est quelques-uns 
dont il serait difficile d'affirmer Texactitude. Ce sont géné- 
ralement les espèces les moins connues et les moins 
usuelles. Le sebesten ou sebeslier nous laisse dans cette 
incertitude; il est cité parmi les arbres et parmi les 
plantes ou arbustes; Banqueri dans le premier cas traduit 
par serbal (sorbier), et dans Tautre il conserve le mot de 
sebestier. M. Em. Meyer signale aussi la difficulté d'arriver 
ici à une détermination exacte {Boian, Geschichte, 111, 7/i). 
Le Çaphira ou Dolb comprend aussi deux espèces bien 
distinctes: le bois de la première est une matière tincto- 
riale, et la seconde est le platane. Une grande cause d'em- 
barras, c'est que le même nom s'applique à des espèces 
complètement différentes, selon le pays dans lequel on se 
trouve. Ainsi, idjaç est, pour le vulgaire des Arabes du 
Magreb, la poire, et pour les Levantins la prune '^ qerasia 
sera pour les Égyptiens une petite prune noire^ et pour 



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— So- 
les autres la cerne; au surplus, chaque article est accom- 
pagné d'un essai de synonymie. 

Le système-de culture et de plantation pour chaque 
espèce est minutieusement indiqué, de même que les 
natures de terrain et les espèces d'engrais. Ces indications 
ont déjà été données à la suite des chapitres généraux, 
mais elles sont encore ici répétées avec détail, ce qui 
grossit singulièrement le volume. 

La présence de la canne à sucre parmi les végétaui 
cultivés en Espagne donne une date précieuse pour 
l'époque de son apparition en Europe, qu'on devra joindre 
au document fourni par M. Reinaud sur Tépoque de sa 
culture dans la Susianne, aujourd'hui le Khouzistan. Les 
auteurs cités sont des Espagnols, car V^grieuUure nabor 
théenne^ ni les GéoponiqueSi ni les Latins ne paHent de la 
canne à sucre. 

Nous ferons aussi remarquer que si, à l'article du 
mûrier, il est question de la manière de cueillir les feuilles 
pour les donner au ver à soie, il n'est pas dit Un mot de 
l'éducation de ce précieux insecte. 

Le tosier était très-cultivé chez les Orientaux, qui 
étaient passionnés pour son odeur. On ôonnalt aussi leur 
habileté pour la préparation de l'essence de rose dont ils 
font de DOS jours encore un si grand usage. On comptait 
plusieurs variétés de rose, et notamment la double et la 
simple, ou rose à cinq feuilles ou pétales. Celle-ci était 
préférée pour la distillation, comme nous le verrons plus 
loin. Il est encore quelques autres espèces indiquées, 
telles que cette rose bleuâtre ou violacée à l'extérieur, et 



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— 27 - 

jaune en dedans, ce qui ferait supposer une fleur étran- 
gère à la rose. 

La rose bleue, cette chimère de l'horticulture^ était 
recherchée déjà du temps des Arabes; c'était aussi un de 
leurs rêves. 

Les Géoponiques (XI, 18) indiquent la manière de 
f(Mroer les roses pour avoir des fleurs précoces. Nous 
n'avons point remarqué que ce procédé fût indiqué par 
les Arabes; peut-être Tignoraient-ils. 

La vigne surtout fut l'objet de soins tout spéciaux chez J 
les Orientaux. Sa culture est décrite fort au long dans un 
grand article qui en traite très-minutieusement, et en 
outre^ toutes les fois que l'occasion se présente d'en par-* 
1er, Tauteuf ne la laisse point échapper. 11 en est de même 
dans Y Agriculture nabathéenne^ où ce sujet occupe un 
long espace. Cet article, publié à part, pourrait peut- 
être avoir son utilité pratique. 

La fréquente mention de la vigne dans l'Ancien et le 
Nouveau Testament^ la grappe miraculeuse rapportée par 
les explorateurs envoyés par Josué, le mont Garmel tirant 
son nom de celui de la vigne Karm, tout cela prouve com- 
bien cette culture avait pris d'extension. On cultivait la 
vigne de diverses manières, mais on la faisait surtout 
monter sur les arbres ou sur des berceaux, et on savait 
la greffer. 

Les Géopontfuei comme les Latins s'étendent beaucoup 
sur la culture de la vigne. 

Mais si les Orientaux cultivèrent la vigne dans de 
vastes proportions, nos Arabes, auxquels l'usage du vin 



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— 28 — 
était interdit, ne disent rien de sa préparation. Abou- 
Thaleb, qui paraît avoir été l'éditeur de l'œuvre d'Ibn- 
Wahschiab, rapporte que dans l'exemplaire original ce 
dernier avait laissé en blanc ce qui avait rapport à la 
f préparation du vin. Nous reviendrons sur ce fait. 

Notre auteur, après avoir parlé de la reproduction des 
arbres et de leur plantation dans le verger, passe à la 
manière de les entretenir et aux soins à leur donner. Il 
parle d'abord de la greffe. Ce chapitre est remarquable 
par les espèces de greffes indiquées. Les Grecs et les La- 
tins en nomment trois : en fente ^ en couronne et en écus- 
son; mais chez nos Arabes on en trouve huit. La précau- 
tion indiquée par YAgriculture nabathéenne d'établir 
au-dessus de la greffe un vase plein d'eau, qui, s'échap- 
pant goutte à goutte, contribue à entretenir la fraîcheur 
et empêche la greffe de se dessécher, pratique précieuse 
pour les contrées brûlantes de l'Orient, qui n'a point 
échappé à la sagacité de M. Meyer (III , 264). 

Nous ne parlerons que pour mémoire de ces greffes 
hétéroclites, si antipathiques à la physiologie végétale, 
dont la science a depuis longtemps fait justice, et que le 
législateur des Hébreux, Moïse, avait défendues. Que dire 
aussi de ces pratiques si grossièrement immorales qui ne 
sont reproduites que pour conserver l'intégrité du texte? 

Ibn-al-Awam reprend ensuite , dans des chapitres spé- 
ciaux, les principes relatifs à la culture du terrain et sur 
les époques de l'année les plus convenables pour la faire; 
il parle des bêchages, des binages et du déchaussement 
des arbres; il en signale tous les avantages. Il traite de 



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~ 29 — 

même aussi avec beaucoup de détails des irrigations et des 
meilleurs modes de les pratiquer. Un chapitre est égale- 
ment consacré à la taille des arbres, mais cette taille se 
borne au retranchement des branches inutiles; les Orien- 
taux n'ayant point, comme chez nous , d'arbres en espa- 
liers ni en quenouille, n'avaient pu pousser bien loin la 
taille des arbres. 

Dans cette partie, nous trouvons la fécondation artifi- 
eielle, appliquée surtout au palmier à l'aide de la spathe 
mâle, et au figuier par le fruit du caprifiguier. Elle est 
assez minutieusement décrite et la cause efficiente bien 
indiquée. L'Agriculture nabathéenne et Pline en parlent 
aussi ; ce procédé était donc généralement connu. 

Nous ne parlerons point des procédés superstitieux in- 
diqués pour rendre les arbres plus fertiles et les fruits 
meilleurs. Nous laisserons aussi de côté ces recettes à 
l'aide desquelles on pourrait communiquer au fruit la 
saveur et le parfum qu'on voudrait, et môme le rendre 
purgatif, si réellement on le désirait. Que dire aussi delà 
vigne de la thériaque ou vigne gibbeuse des Nabathéens, 
cette vigne qui, dans les divers traités d'agronomie, oc- 
cupe tant de place , et qu'on recommande si instamment 
de planter dans tout établissement rural ? 

Un chapitre qui mérite de fixer l'attention, c'est celui 
qui traite des maladies des arbres et de la vigne, et des 
moyens de les prévenir ou de les guérir. Les principales 
de ces maladies, aujourd'hui encore connues, sont traitées 
avec grand soin ; ce sont, particulièrement pour la vigne : 
rictéritie ou jaunisse ^ le rougeau , la chute des feuilles, 



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— 50 — 
cet (fildium qui, depuis quelque temps, a eu tant de re- 
tentissement, et les effets des gelées printaniëres avec les 
divers moyens de les prévenir, tels que la fumigation, ou 
brouillard de fumée, qu'on a donné comme une décou- 
verte moderne. Enfin, on peut compter une dizaine de 
maladies prévues, et presque toutes sont décrites dans 
Y Agriculture nabathémne. Il est question aussi des in- 
sectes et des charançons qui attaquent la vigne et qui lui 
sont si nuisibles. 

Le chapitre XVI traite de la conservation des fruits et 
semences de toute espèce et même de celle des céréales 
et des graines alimentaires^ bien qu'il n'ait point en- 
core été parlé de leur production. L'économie domestique 
pourra y gagner des procédés qui permettront d'avoir, 
pendant tout Thiver, à l'état de fraîcheur, des fruits de 
toute espèce. Le mode de cueillir, les soins pour le ran- 
gement dans le fruitier et les précautions ultérieures sont 
minutieusement indiqués ; la partie qui traite de la con- 
servation du raisin à l'état frais ou sec mérite surtout 
d'être lue. 

Ce sur quoi nousappeUerons plus spécialement Tatten- 
Uon des agronomes, c'est sur la conservation des céréales, 
qui avait lieu , comme nous l'apprend Varron (1, 67 ), « soit 
» dans des greniers bien aérés (dont Ibn-al-Âwam donne 
» la description à la suite de la culture des céréales) ; 
n soit, comme dans la Gappadoce ou la Thrace, dans des 
» cavernes souterraines appelées seiros {ou silos); soit, 
)» comme en Espagne, chez les Carthaginois ou les Osques, 
» dans des puits creusés exprès et bien garnis de paille. » 



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— 81 — 
Ce dernier mode de conservation ne peut être utilement 
tenté que dans les contrées sèches et chaudes. Il ne fout 
point confondre ces silos avec les caves ou greniers sou- 
ferraÎDS pavés et couverts dont parle Golumelle (De re 
ru$i,,l, 6 etwiv.}* Nous ne voyons pas que les <?ëopo- 
niqueg faasent i^ention des silos, mais VAgrieuUurt naba- 
ihéamê (H, SS6) parle bien nettement des fosses creusées 
pour y mettre le froment en réserve. 

Nous arrivons à la grosse culture, à celle des champs. 
On pratiquait cette culture soit à la houe, soit à la char<- 
rue. Le premier mode était employé plus spécialement 
pour les arbres et les jardins, et le second pour les terres 
det champs ou grosse culture. Les petits mouvements de 
terre étaient eiéculés avec la binette, le râteau et autres 
instruments dont nous avons relevé les noms, lorsqu'ils se 
sont présentés. Vers la fin du chapitre XXX, on voit la des- 
cription d'une herse, fnodjared, traînée par bœu&, et celle 
d'un rouleau armé de dents ; mais ces instruments parais- 
saient destinés à briser les mottes et à niveler le terrain. 

Nous ne voyons nulle part la description de la charrue ; 
e^pmdant, de ce que nous Usons on en conclura qu'elle 
avait beaucoup d'analogie avec l'araire des Latins, tantôt 
armée d'une simple pointe de fer et tantôt pourvue 
d'un soc de fer assez fort pour plonger dans le sol et ra- 
mener la terre du fond à la surface. Certains passages 
porteraient à penser que parfois la charrue était pourvue 
é*nnversmr{l). 

(1 ] Les charmes qu'on voit à l'exposition de TÂlgérie peuvent four- 
rir te modèles àt charmes orientales. 



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— M - 

Nous ne voyons point ce qui pourrait rappeler Vavoine 
dont les Juifs nous parlent sous le nom de schuxU ou de 
schiboleth [Mischna^ KelaJim). 

Gomme de nos jours, le froment était divisé en trois 
qualités: la première ou tète, la moyenne et la qualité 
inférieure ; le rendement en farine était constaté suivant 
chaque qualité. Les Nabathéens eux-mêmes savaient bien 
dire que le grain de bonne qualité est renflé, pesant, 
lisse, consistant, d'une nuance tirant entre le jaune et le 
roux, mais que cette dernière nuance était dominante. 
Les diverses autres nuances étaient bien signalées et la 
couleur brune était un indice défavorable. 

La moisson devait se faire quand les céréales prenaient 
une teinte jaune claire passant au blanc. Le froment ne 
devait point être complètement mûr, mais avoir encore 
une certaine humidité séveuse, pour qu'il ne s'égrenât 
point, n fallait travaillera la fraîcheur et rentrer le grain 
ou le porter sur Taire avant la grande chaleur du soleil. 
Les Géoponiques (II, 25) disentàpeu près la même chose. 
Les moissonneurs devaient toujours être gais et de belle 
humeur. 

On faisait sortir le blé de l'épi, soit avec le fléau, soit 
en faisant passer dessus des animaux qui le piétinaient, 
soit à l'aide de rouleaux. C'est ainsi qu'on procédait en 
Palestine, où la moisson commençait aussi par l'orge 
(Munk, PalesL, â60, 361). 

Nous ne répéterons point ici, avec Tauteur, les 
prescriptions déjà indiquées pour la conservation des 
grains, ni les moyens sérieux ou superstitieux pour la 



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~ 86 — 
rendre {dus certaine et éloigner les animaux nui$ible8. 

Nous croyons intéresser nos lecteurs en leur présentant 
ht comparaison des quantités en moyenne de froment et 
d'orge employées pour la semence chez les Arabes, chez 
les Latins, dans le Sayd d'Egypte et chez nous. Voici les 
chiffres obtenus et ramenés au système décimal. 

Suivant les Arabes» on employait pour un mardjah de 
terre ou 5 ares 28 centiares, depuis 1/3 jusqu'à 2/3 de 
q^ah^ ce qui donnerait par hectare de 65/12 de qadah 
à 121/6, ou de 53 litres AO, à 107,2*2, par hectare , 
le qadah ou ferk valant, suivant M. Vasquez Queipo, 

8 litres 263, et le mardjah 5 ares 28 {LeUre de juillel 1862). 

Les Latins employaient de A à 5 modii par jugère^ ce 
qui ferait pour un hectare de 15 3/& à 19 3/5 modiiy 
c'est-à-dire de 136 litres à 169, hjugère valant 25 ares 
iO, et le modius 8 litres 63 (Colum., II, 9&.— Pallad., 
Mart.y m, 2. — Paneton, Métrologie, 513 et suiv.). 

Dans le Sayd, on sème par feddan un demi-ardeb ou 
92 litres, ce qui, par hectare, donne 155 litres 12, et par 
mardjah 8 Utres 26, à peu près un qadah, le feddan 
valant 59 ares 29, et Tardeb 18/i litres (DescripL Egypte^ 
édit. Panck., t. VIH). 

Pour l'orbe, on employait chez les Arabes pour un 
mardjah, depuis un demi--qadah jusqu'à un qadah, ou 

9 3/5 jusqu'à 19 1/5 qadah par hectare, c'est-à-dire de 
79 litres à 158, et chez les Latins, par jugère, six modii ou 
31 litres, ce qui fait paf hectare 23 3/5 modii ou 
202 litres. 

Dans le Sayd en Egypte, on emploie 2/3 d'un ardeb 



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— ae — 

d'orge, ou 122 litres pour un feddan, ce qui donne 
206 litres 81 par hectare, ou 10 litres 50 par mardjah. 

Chez nous, on emploie en moyenne, quand on sème à 
la volée, de 200 à 250 litres, sïïivant la force du terrain. 
Les agronomes font observer que plus on sème tard, plus 
aussi il faut de semence, et que si l'on semait en ligne 
150 litres suffiraient, ce qui prouve l'avantage d'employer 
le semoir. 

Paneton {Métrologie^ p. 513) nous apprend que dans les 
terres des environs de Paris ou dans TIle-de-France, on 
semait 8 1/2 boisseaux de blé par arpent, ce qui fait en 
litres 110,50, le boisseau valant 13 litres. L'arpent de 
Paris valait 3& ares 19 ; on aurait donc pour un hectare 
15 litres 58, 311 litres 50, et pour un mardjah 15 litres 
58. Cette mesure répond à une ouvrée ou fête, expres- 
sion usitée encore chez nos laboureurs. 

La paniQcation chez les anciens était beaucoup plus 
avancée qu'on ne le croit communément. Nous trouvons 
ici des prescriptions très-minutieuses pour le choix de la 
farine, la préparation du ferment ou levain, et la mani- 
pulation ou pétrissage. Il est recommandé d'introduire 
dans la pâte de l'huile d'amande douce et du sel. La 
composition du pain du roi Âriha, dans lequel à l'huile et 
au sel on ajoutait du raisin sec, était un véritable phim' 
pudding. 

Athénée nous apprend que les Grecs connaissaient 
diverses espèces de pain, sur tesquelles il s'étend assez lon- 
guement. Dans le nombre il s'en trouve un dans la compo- 
sition duquel entrait du lait, de l'huile et du sel; et qui 



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— 87 — 
était très-usité enCappadoce ; les Syriens le connaissaient 
sous le nom de lachman, nom chaldéen qui signifie gâteau^ 
pAtisserie ; c'est presque notre pain au lait. Pline cite 
également plusieurs espèces de pain , mais il se montre 
moins gastronome qu'Athénée (1). 

Nous ferons observer que l'extrait principal d'Ibn-Al- 
Awam sur cette matière est tiré de Y Agriculture naba^ 
ihéenne, qui déjà proclamait que le meilleur système de 
mouture est celui effectué par les moulins à eau, ensuite 
celui des moulins mus par les animaux, et enfin que les 
moulins à bras étaient les moins avantageux. Les Géopo- 
niques nous parlent très-peu de la panification. 

Le ferment ou levain était de la pâte aigrie avec addi- 
tion recommandée de nitre ou de salpêtre et de sel. L'au- 
teur traite cette question du ferment avec détail, et il 
indique aux voyageurs qui traversent le désert les moyens 
d'y suppléer quand il vient à manquer. Quelques obser- 
vations sur l'influence exercée sur l'acte de la fermen- 
tation par les femmes et par certains individus, peuvent 
avoir leur intérêt pour la pratique. 

Le blé de première qualité devait rendre à la mouture à 
peu près la même quantité en poids de farine, telle qu'elle 
sort de dessous la meule, c'est-à-dire avec le son. Suivant 
Rastos le Roumi (le Grec), si l'on prend dix livres de blé 
de bonne nature, qu'on passe la farine au tamis, il y a, 
par la cuisson et la panification, perte totale */20. Flo- 
rentinus dans les Géaponiques (II, 32) dit la même chose. 

(I) Athénée, Deipnosoph,, 1. HI, p. 4 12 et suiv., édit. de Casaubon. 
— PKn.. XVIÎI,c. 23. 



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— 88 — 
VÀgrtculture nabathéenne dit que la farine tamisée de 
39 livres de froment de première qualité rend 17 livres 
de pain, ce qui modifie la proportion et l'amène à à2,50 
pour 100 de perte. 

La même Agriculture naèathéenne nous apprend aussi 
que la ferine, par la panification, gagne en poids le 
quart, ou bien 4/5* et 1/20"; ainsi 100 livres de farine doi- 
vent rendre 125 livres de pain ; quelquefois, dit l'auteur^ 
on obtient davantage ; aujourd'hui 100 kilogrammes de 
farine donnent 130 kilogrammes de pain, ce qui ne diffère 
poirit d'une manière bien notable et peut venir du per-^ 
fectionnement dans les procédés pour la mouture, évi* 
demment bien moins parfaits chez les populations de la 
Babylonie que chez nous. 

Nos Arabes, ainsi que les anciens, connaissaient plu- 
sieurs manières de fttire cuire le pain : au four, sous la 
cendre, sur des plaques, et à l'ardeur du soleil. Il y avait 
le four appelé tanour par les Orientaux, et xXiêavoç ou 
xplSavoç par les Athéniens. Le pain en provenant s'appe- 
lait x^igaviTTQç ou 3cpi6aviTYiç« Il y avait encore le four voûté 
(/tir fioun, nrvoç) ; le pain qu'on y avait fait cuire était appelé 
tiwtmç. Le pain cuit sous la cendre (panis subcinerUius des 
Latins) était le Khoubz am'milah des Arabes, moSivfïç des 
Grecs; ce mode devait surtout être pratiqué par les popu- 
lations nomades. Les Géoponiques seules nous parlent 
du pain cuit au soleil. 

Le tanour ou clibanus était une sorte de vase de forme 
conique de terre cuite ou de métal, dans lequel on allumait 
du feu, et quand il était chaud on appliquait la pâte sur 



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— so- 
les parois pour la faire cuire ; c'est la desdriplioh que 
nous ont donnée Niebuhr et M. Munk (1). Il y a lieu de 
croire que cette forme, qui fut celle primitive, se modifia 
ensuite, et qu'on se servit d*un vase de fonte de forme 
conique, dans lequel on plaçait, comme le dit notre textet 
une chaudière d'argile ou de fer contenant la pâte. Suivant 
leP. Hardoin dans sa note sur Pline (XVIII, 37), l'appareil 
aurait été disposé de façon à recevoir le feu en dessus et 
en dessous, ce qui le fait comparer par le savant annotateur 
à une tartière, et pour nous ce serait une sorte de four 
de campagne recouvrant une chaudière ou coquelle posée 
sur le feu. C'est là effectivement le seul moyen d'ob^ 
tenir ce pain klibanitèt^ le meilleur de tous (3). 

Le four voûté {furnus) devait certainement être fait 
comme les nôtres, ainsi que le prouvent ceux qu'on met 
à découvert dans les fouilles de Pompéi. 

Le pain cuit sur les plaquet nous rappelle ce pain 
nommé obelias^ dont parle Athénée (3), qui était cuit sur 
des plateaux de fer sillonnés de stries simulant des bro- 
ches (o6<Xdi) ; le commentateur les compare à des gaufres 
ou des oublies^ nom véritablement d'origine grecque. 



(4) Riebuhr, Description de l'Arabie, t. î, p. 74 .—Munk, I, Palestine, 
p. 37t et 373* 

if) Hérodote dît (I. H, ch. 9%) que les Égyptiens se ser?aient du 
clibaDOS pour faire cuire le papyrus {Arundo paryracea^ Linn.) ; il ne 
pouvait, dans ce cas, différer de celui dont parle Ibn-al-Avam, le 
tanouv perfectionné, autrement on ne comprendrait pas de résultat pos- 
sible. 

(3) AthàDée, Dmpn.. p. 444, Mlit. Castub. 



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-40 - 

V Agriculture nabathéenne nous a transmis les moyens 
de rendre comestibles un très-grand nombre de substances 
que nous sommes loin de soupçonner susceptibles de 
donner un produit alimentaire. Les fruits pulpeux, 
toutes les espèces de poires et de pommes, les cucurbi- 
tacées, les noyaux les plus durs, sans même en excepter 
celui de la datte, devaient céder à l'énergie du procédé 
employé et fournir du pain dans les cas de disette. 

Pour donner de la consistance à la pâte et suppléer au 
gluten manquant, on devait ajouter de la farine d'orge 
ou de froment. Il parait peu surprenant que dans ces 
régions brûlantes, où souvent les récoltes peuvent man- 
quer, on ait essayé d'y suppléer en recourant à diverses 
substances ; mais ici il y a bien lieu de croire aussi que, 
comme ailleurs, l'imagination orientale en aura allongé 
la liste par des substances véritablement réfractaires aux 
procédés décrits. Cependant il ne faut pas trop se presser 
de rejeter ces documents; il se pourrait que dans un cas 
donné on tirât bon parti de quelques-unes de ces sub- 
stances, notamment du gland du chêne commun, en lui 
enlevant son âcreté. 

A la suite des céréales vient un groupe comprenant 
des plantes qui sont habituellement cultivées en grand 
dans les champs ; ce sont les plantes textiles,,les plantes 
oléagineuses, les plantes tinctoriales, quelques plantes 
fourragères et des légumineuses. 

Les plantes textiles comprennent le coton, le lin et le 
chanvre. Parmi ces trois plantes c'est le cotonnier qui 
doit, en ce moment surtout, fixer le plus notre attention. 



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— 41 - 

Uaoteur a renvoyé le cotonnier parmi les plantes her- 
bacées à cause du Gossipium herbaceum^ Linn., le plus 
généralement cultivé, quoiqu'il parle aussi du cotonnier en 
arbre (Gossipium vitifolium^ Linn.). Kazwini a adopté ce 
classement ; l'importance de la matière nous avait porté 
à publier précédemment cet article dans le Bulletin de 
la Société d'encouragement. En effet cet article, compre- 
nant les systèmes de culture usités en Uabylonie et en 
Espagne, devait nécessairement fournir des renseigne- 
ments utiles pour la culture du coton dans les possessions 
françaises en Afrique. 

11 est à remarquer que, si V Agriculture nabathéenne parle 
de la culture du cotonnier avec beaucoup de détails, les 
Géoponiques n'en disent pas un mol, non plus que les Rei 
ruslicœ scriptores. Cependant le gossipium éiait connu de 
Pline; Théophraste en parle sous le nom de Aév&pov epioçopov 
(Plin. XXIX, % et Théophraste, Hist. plant., IV, 19). 

La culture du lin et du chanvre est indiquée avec soin, 
ainsi que les procédés pour le rouissage et l'obtention de 
la filasse. 

Dans le même groupe se trouvent quelques plantes 
fourragères et notamment la luzerne. 

Le pavot a aussi son article; on en tire, dit l'auteur 
arabe espagnol, Yopium, sans dire de quelle manière 
on opérait. L'Agriculture nabathéenne donne le procédé 
pour faire de la graine de pavot un pain qui puisse servir 
en cas de disette. 

Parmi les légumineuses on remarquera les nombreuses 
variétés de haricots alors connues. 



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- w - 

La garance , Tiodigo et le cartbame Ggurent dans ce 
groupe avec la manière d'extraire le principe colorant. 

Noua arrivons à la culture àe& jardins dans lesquels on 
trouvait les légumes niaratchers Ou verdures^ les cucur- 
bitacées» les plantés aromatiques, celles d'ornement et 
celles qui peuvent fournir des produits pharmaceutiques. 

En première ligne on voit les soins à donner pour la 
bonne disposition du terrain , les modes de culture et de 
fumure qu'il exige. 

Un premier groupe est formé de la laitue, de la chicorée^ 
du pourpier, du chou-fleur ou qounnabit, traduit assez à 
tort par saldaMlla dans Banqueri, etc. Un groupe suivant 
est composé spécialement des légumes à racines et des 
plantes bulbeuses; nous y voyons une manière très-intel- 
ligente de cultiver l'oignon par les Siciliens^ 

Les cucurbitacées sont, on ne voit point pourquoi, ap- 
pelées /es /76iir«. Les espèces en étaient assez uonibreuses ; 
elles comprennent les melons, les pastèques, les courges 
et les concombres dans toutes leurs variétés. Les soins de 
culture sont minutieusement indiqués. On voit que les 
Orientaux, ainsi que les Grecs, savaient faire leurs semis 
en hiver, dans des serres, pour avoir des melons hâtifs. 
On voit aussi qu'ils savaient établir des couches de fumier 
et tailler les pousses trop vives. Ces procédés étaient con- 
nus dans tout l'Orient, car Ibn-al-Âv^am les rapporte 
d'après les auteurs arabes et Y Agriculture nabalhéer^ne 
{Ibn.-Aw., n, 226 et 232, et Géop,, XII, 19). 

Les Orientaux alors, comme aujourd'hui, prisaient 
beaucoup les melons et les pastèques si rafratchiasaDfai 



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pendftDt les chaleurs brûlantes de l'été. Les regr^tà et^ 
primés par les Hébreux dans le désert en sont pour nous 
un précieux témoignage {Nombr., XI, 5). 

Le chapitre XXYI, des plantes qui fournissent des 
graines pour assaisonnements, témoigne du goât pas- 
sionné des Méridionaux pour les épices, car il contient 
un bon nombre d'espèces, parmi lesquelles figurent le 
cumin, la moutarde, etc. 

Nous ferons remarquer, en passant^ qu'il n'y a pas un 
seul article qui n'indique le mode de préparation culi- 
naire de chaque plante potagère ou comestible. On trouve 
des procédés qui peuvent être fort utilement employés pour 
enlever Tàcreté de certaines plantes, telles que l'ail et 
Toignon* C'est comme un traité culinaire placé en appen- 
dice des préceptes de culture. L'action de ces plantes sur 
les organes de la digestion et sur Téconomie animale n'est 
point oubliée ; on en parie partout. 

Viennent ensuite les plantes aromatiques; elles sont 
fort nombreuses; la détermination spécifique de celles 
indiquées sous les noms génériques de basilic ou de ma- 
êricttirej est fort difficile à faire, surtout pour une radiée 
qui porte le nom à'axérion^ à cause des variantes des 
textes dans les descriptions. 

La violette, dont plusieurs variétés de couleur sont in- 
diquées, occupe une assez grande place. Elle était cul- 
tivée aussi bien par les Nabathéens que par les Arabes et 
les Grecs* 

La giroflée présente aussi une assez belle variété de 
nuances et de couleurs entre le rouge foncé et le blanc; 



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- 44 - 
on en connaissait une espèce panachée. Un manuscrit (1) 
en cite, d'àiprèsY Agriculture nabaihéenne^ sept espèces^ ce 
qui témoigne du progrès qu'avait fait cette culture, 
même à cette époque. Les Géoponiques (XI, 12) et Pline 
(XXI, 14) citent le même nombre de nuances. 

Les narcisses, les lis, etc., y tiennent leur place, mais 
il n'est rien dit de la tulipe, fleur turque. 

La mauve se montre avec ses diverses formes utiles et 
élégantes; la rose trémière Ggure dans le groupe. 

Le chapitre XXMII traite de la culture de diverses 
plantes dont les unes ont leur utilité journalière, comme 
le persil, l'artichaut, le câprier et l'asperge ; sous ce der- 
nier titre, nous trouvons une association de plantes de na- 
tures toutes différentes ; l'auteur indique Taspei^e comme 
originaire de la Babylonie, où Ton en usait beaucoup pour 
Talimentation. Ce n'est pas sans élonnement que nous 
voyons la rue [Ruta graveolens^ Linn.) et le sumac {Rhus 
coriaria, Linn.) cultivés pour des usages culinaires. 

Au milieu d'un chapitre (XXX) dont les sujets n'ont 
aucune relation entre .eux, une véritable macédoine, 
comme le dit l'auteur lui-même, nous rencontrons un 
traité de distillation, qui nous prouve que déjà à cette 
époque cette industrie avait fait de notables progrès. 

Deux causes avaient dû contribuer en Orient à ces pro- 
grès, les besoins médicaux et plus encore la grande 
passion pour les essences parfumées. On sait quelle était, 
dans l'antiquité, la réputation de l'Arabie pour la pro- 

(1) 884, f. 5,f»404, ▼. 



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- à5 - 

ductioD des parfums; l'histoire d'Alexandre le Grand 
Doos en fournit la preuve. Comme on ne pouvait pro- 
longer Pexistence si éphémère des fleurs odorantes, on 
voulut en extraire l'essence par la distillation. 

L'esprit des substances aromatiques extrait et liquéfié 
devenait d'un usage plus facile, et les deux causes indiquées 
nous expliquent les soins apportés à la distillation et les 
résultats obtenus. Il est encore une cause qui dut influer 
sur le perfectionnement des appareils, l'alchimie, qui 
occupa tant de grandes intelligences qui plus sérieuse- 
ment employées eussent prendre de meilleurs services à 
leurs concitoyens. 

Ici nous trouvons des détails très-circonstanciés sur la 
composition des appareils (1), la manière de les installer, 
de diriger le feu , de conduire l'opération et de rectifier 
les produits avariés. C'est un vrai traité sur la distillation et 
les préparations aromatiques. Toutes ces indications pour- 
ront aujourd'hui paraître trop primitives, mais il faut se 
rappeler que c'est avec de tels appareils et de tels pro- 
cédés qu'on obtenait et qu'on obtient encore cette essence 
de rose si recherchée, et presque sans rivale. 

Ibn-al-Awam complète cette partie de son œuvre par 
la manière de préparer les vinaigres aromatisés ou de 
cuisine, les robs ou sirops, les vins cuits et autres re* 
cettes d'utilité domestique. 

Dans la description de la distillation, Ibn-al-Àwam ne 

(I) Nous ferons remarquer que le mot alambic^ qui chez nous désigne 
Fappareil distillatoire entier, chez le^ Arabes s'appliquait seulement au 
chapiteau et quelquefois au serpentin seul. 



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^ 46 — 
cite que deux noms : Zahrawi et Rhazès. he premier» 
connu plus communément sou3 le nom ^'Abulomù^ et 
dont le nom intégral est Al)ou'lkhacem-Khahf-l)en- 
Âbbas (el-Ândalousi) ez-Zahrawi, naquit à Zarah, en Es- 
pagne; c'est de laque lui vient son «urnom, et il mourut 
à Cordoue au commencement du v^ siècle de l'hégire 
(1107). On a de lui un Traité de médecine en trente par- 
ties fort apprécié. Pans l'une de ses parties se troure 
sans doute le traité de distillation dans lequel notre auteur 
a puisé. 

Abou-BekrrMohammed -ben -Zakaria-er-Rhazi (Rha- 
zès) , Dé vers l'an 960 dans le Khorasan à Rhazi, l'ancienne 
Hagès, mourut en âll de l'hégire ou 923 de l'ère chré- 
tienne. Il est 1 auteur d'un grand nombre d'ouvrages sur 
la médecine. Adonné aussi à l'alchimie, il composa un 
livre qui a pour titre KUab eUtadbir fi'I^Kimia , livre 
de la direction pour l'alchimie. Ce serait, d'après Hadji- 
Khalfa (t. V, art. 9964, édit. Flug.) , un traité complet sur 
la matière» rapportant les théories les plus accréditées, 
avec des commrataires sur les opinions opposées. 

Si VAgrietdlure nabathéenne n'est point citée pour la 
distillation , en revanche elle s'est occupée longuement 
de la préparation des vinaigres, du vin doux, du sirop de 
raisin et du vin cuit. Cette dernière liqueur parait avoir 
été bien connue en Egypte, comme le prouve un papyrus 
égyplo-^raméen , dont M. Tabbé Barges a donné une sa- 
vante interprétation (Ij. 

(4) Papyrus t^gypto-aramémi appartenant au piiu^e égyptien du 
Louvre, expliqué par l*abbé J. I, Basses, Pvis, 1 862, 



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- a? - 

Les Arabes ne se bornaient point à la distillation des 
Teuilles de roses, qui est celle qui préoccupe particulière^ 
ment notre auteur, mais ils savaient aussi l'appliquer aux 
arbres résineux pour en extraire une essence camphrée 
ou du goudron. 

Nous avons déjà parlé de ces préparations de vinaigres 
aromatiaés et sinapisés remarquables par leur variété et 
leur Simplicité. 

Les Géepaniques parlent aussi de la préparation des vins 
doux et aromatisés (Vif, 19 et suivants), Goiumelle (XII, 
81 et suivants) parle également de ces vins; il serait difB- 
«le de croire que les Latins, si recherchés dans leur luxe 
de table, ne les eussent pas connus. 

Les anciens auteurs des traités d'agronomie ne croyaient 
point leur travail complet s'ils n'y faisaient entrer un 
calendrier agricole. Il est à remarquer que tous les calen-' 
driers produits par des auteurs étrangers même à 
l'agriculture donnent les indications des travaux des 
champs, comme on le voit dans Makrisi et Kazwini. Les 
calendriers modernes qui se publient de nos jours ont 
ooDâervé la même habitude; ainsi YAlmanach publié à 
Boalaq, en i8/iâ, et celui publié à Constantine par 
Silab-Elanteri pour 18/^7, donnent très-soigneusement 
les travaux des champs. 

La collection latine des Rd rusticœ scriptores contient 
V/ilmanach de Palladius qui est très-détaillé et fort expli- 
catif. Columelle aussi, dans son onzième livre, en adonné 
an qui ne Test pas moins. 

Les Géoponiques et YAgricuUure habathéenne n'ont 



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~ 48 — 
point manqué de le faire ; nous aurons occasion de reve- 
nir sur ces deux derniers. 

Le livre d'Hésiode qui porte pour titre Opéra et dies 
n'est, en réalité, qu'une espèce de calendrier agrono- 
mique, que nous rappelons ici pour ordre. 

Toutes les populations musulmanes suivent le calen- 
drier lunaire qui était en usage du temps de Mahomet. 
Ils le suivent rigoureusement, sans aucune intercalation ; 
le Prophète Ta défendu. Par suite, le commencement de 
leur année varie tous les ans, jusqu'à ce qu'un cycle de 
trente années étant révolu le commencement de l'année 
arabe concorde avec le commencement de l'année so- 
laire. 

Or, les travaux ruraux étant r^lés par la marche du 
soleil, ce calendrier lunaire devenant insuffisant, il fallut 
s'en écarter et en adopter un autre ; c'est le calendrier 
syro-macédonien qu'on a suivi en Syrie et en Baby- 
lonie. C'est celui usité dans l'ère d'Alexandre ou des 
Séleucides {Art de vérifier les dates^ p. 15). Le calendrier 
romain est le môme ; il ne diffère que par les noms des 
mois et quelques circonstances locales. Makrisi a suivi le 
calendrier copte qui est solaire, avec des mois égaux de 
trente jours, admettant des épagomènes ou jours complé- 
mentaires pour combler la différence. C'était celui usité 
en Egypte. 

Ibn-al-Àwam aurait sans doute cru son travail incom- 
plet s'il n'eût donné son calendrier qui est solaire. 

Il a dû le faire précéder d'un article sur le calendrier 
lunaire, à cause de l'influence que les phases de la lune. 



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- â9~ 
suivant les anciennes croyances, exerçaient sur les 
plantes, et par suite sur Texécution des travaux. 

On voit au commencement de chaque mois, les 
noms correspondants des mois lalins, syriens et même 
persans. L'auteur, pour faire son travail, se sera aidé des 
publications faites avant lui ; il aura recueilli les habi- 
tudes des afi^iculteurs des environs de Séville. Il a donné 
nommément des extraits du calendrier nabathéen et du 
calendrier de Cordoue. Ce dernier a été publié par Libri 
dans le premier volume de V Histoire des sciences malhé-^ 
nuUiqves en Italie. Libri était mal renseigné sur Tori- 
gine de ce calendrier ; ce fut M. Reinaud qui le lui 
fit connaître d'une manière précise, et qui donna le véri- 
table titre des almanachs en général : Kitab-Al-Anoua 
(Mém. sur l'Inde, page 359). Banqueri parait ne point 
avoir connu cet almanach, ce qui lui a fait commettre 
quelques erreurs qu'il eât certainement évitées. 

Ce calendrier d'Ibn-al-Âwam et celui de Cordoue 
semblent devoir se compléter mutuellement. Comme 
YjtgrietiUure nabathéenne, le calendrier de Cordoue place 
les douze signes du zodiaque sous l'influence des quatre 
éléments; ainsi, trois sont dits signes du feu, trois signes 
de Tair, trois signes de l'eau et trois signes de la terre, 
sans que rien puisse faire soupçonner la cause de cette 
division qui n'a aucune corrélation avec les saisons. Un fait 
encore remarquable, cest que dans les calendriers d'Ibn- 
al-Awam et dans celui de Cordoue, le 2& juin, jour de 
Saint- Jean, est appelé jour de tançarah^ nom cité aussi 
par Ibn-Beithar, et qu'on ne trouve nulle part ailleurs. 

4 

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_ 50 — 
Ce dernier le rapporte à la fêle du soleil, célébrée dânâ 
le mois persan Mirhrimah, qui coÏDcide avec notre mois 
de décembre. Le calendrier de Ck)rdoue y voit une com- 
mémoration du miracle de Josué arrêtant le soleil. Nous 
ferons observer, en passant, que le mot ançarah en arabe, 
ou Qcerah en hébreu , est le nom de la Pentecôte, fête qui 
rappelle les éclairs qui brillèrent au sommet du Sinaï et 
les langues de feu qui parurent sur les apôtres ; la célé- 
bration de la fête de Saint -Jean a été pendant longtemps, 
et elle est aujourd'hui encore, accompagnée de grands 
feux connus sous le nom de feuœ de Saint-Jean. 

La division des saisons admise par Ibn-al-Awam pré- 
sente quelques différences avec celle usitée généralement 
Ainsi pour ne point fractionner les mois il applique à la 
saison celui dans lequel elle y entre ; eileul ou septembre 
est donc le premier mois d'automne, et kanoun 1*' ou 
décembre devient le premier mois de l'hiver. 

Yarron, comme le rappellent les Géoponiques, fait 
partir le printemps du VII des ides de février (7 calend. 
grégorien), Tété du VIII des ides de mai (8 cal. grég.}» 
l'automne du VII des ides d'août (7 cal. grég.), et Tbi* 
ver commence le IV des ides de novembre (1 cal. grég.) , 
division qui semble répondre à la marche des phénomènes 
de la végétation. 

Le calendrier, tel surtout qu'on l'a connu dans l'an- 
tiquité, doit toujours se présenter accompagné d'obser- 
vations météorologiques et de pronostics ; c'est aussi pour 
riamanach destiné aux populations rurales un accessoire 
indispensable. 



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-bi - 

Ces pronostics sont ici précédés de la classification des 
pluies, depuis la brume la plus légère jusqu'à la pluie 
diluvienne et torrentielle la plus i^iolente. 

L'article des vents nous fait connaître une rose de 
seize vents pour l'agriculture nabathéenne, et douze 
seulement pour les GéoponiqueSy suivant un article de 
Dionysius (I, 11} ; Pline admet les mêmes divisions (II, 
46), qui sont celles de Théopbraste {de Sign. Vent.) 

Ce Dionysius, à qui est attribué l'article des Géoponi- 
quesj aurait été, suivant les auteurs cités par Needham 
dans la préface des Géoponiques, le traducteur des vingt- 
sept livres écrits par Magon sur l'agriculture . Ce serait 
donc en réalité la division punique ou phénicienne que 
nous donnerait l'article de Dionysius (1). 

Les phénomènes avant-coureurs de la pluie, du beau 
temps et des vents, occupèrent de temps immémorial les 
laboureurs, tous les habitants des champs, et même aussi 
ceux des villes. 

Les pronostics étaient de deux sortes : pour un temps 
prochain, c'est-à-dire de la veille pour le lendemain» 
ou même du malin pour le soir, ou bien pour un temps 
plus éloigné, pour plusieurs jours, et même pour plu- 
sieurs mois à l'avance. 

(I) Pline (loe. eit,) donne des iadications curieuses sur la manière 
datA le nombre des Tenls s'est accru; on en trouve de bien plus détail- 
lées eoeore dans Saumaise, Exereit, PUn, in Jul. Polyhigior,^. 4246. 
Un Traité abrégé d'agriculture arabe inédit, B. I, 945, A. F. fol. 44, 
( dit que les vents en soufflant, donnent lieu à trente-deux combinai* 

s, ce qui égalerait la rose des vents modernes. 



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— 52 — 

Ces signes précurseurs appartenant au premier ordre 
ont quelque chose de plus certain et de plus positif que 
les autres, et rarement ils trompent Tobservateur expéri- 
menté. Ils semblent résulter d'un mouvement atmosphé- 
rique déjà commencé. Ainsi, on préjuge l'arrivée de la 
pluie ou du beau temps selon que le soleil, à son lever ou 
à son coucher, se montre brillant ou voilé de vapeurs plus 
ou moins denses, ou bien, s'il se montre trop tôt après 
la pluie. Le tonnerre qui gronde, Téclair qui brille soit à 
droite, soit à gauche, sont des pronostics dont on tire des 
inductions à peu près certaines pour le temps prochain. 
Un couchant rouge annonce le vent pour le lendemain. 
La lune se montrant pure, voilée ou colorée, fournira des 
pronostics que Texpérience la plus vulgaire saura très- 
bien apprécier; pour cet astre, les pronostics se résument 
dans le vers technique suivant : Pallida luna pluit^ rubi- 
cunda flaty alba serenat. Toutes ces indications, rapportées 
par Ibn-al-Awam, se trouvent dans Virgile, Géorgiques^ 
et dans les Géop.y l, 2 et â. 

Les pronostics pour le courant du mois qui commence 
présentent beaucoup moins de certitude; ici la lune et 
ses phases jouent le principal rôle. La théorie sur la- 
quelle repose l'appréciation des pronostics lunaires est 
bien ancienne, car elle viendrait des Nabathéens ou des 
Égyptiens, suivant Pline. Elle s'était si fort enracinée 
dans Tesprit des populations, qu'on y ajoutait la conGance 
la plus aveugle. Cette confiance s'est prolongée de nos 
jours; elle a fait la fortune de l'almanach de Liège, et un 
almanach sera mal accueilli par les populations villa- 



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- 53 — 
geoises, s'il ne donne la pluie et le beau temps pour tous 
les jours de l'année. Le développement des sciences 
d^observation tend à affaiblir la croyance dans Tinfluence 
de la lune sur Talmosphëre. M. Arago, dans V Annuaire 
du Bureau des longitudes pour 1833, avait cherché à la 
battre en brèche; ses arguments paraissaient assez puis- 
sants, mais la croyance aux influences lunaires, semble 
avoir pris de la recrudescence, depuis la propagation des 
lois météorologiques du maréchal Bugeaud et les publica* 
tions de M. Mathieu (de la Drôme). 

Ibn-al-Âwam, dans un long article, reproduit les théo- 
ries de YAgriciUlure nabathéenne et celles de Kastos le 
Grec. Les Géoponiques (I, 2] répètent les mêmes choses 
que Fauteur nabathéen. Dans un article attribué à Âratus, 
on prescrit d'observer les 3* et 4* jours de la nouvelle 
lune, de la pleine lune et ceux des deux quartiers. Les 
mêmes recommandations se trouvent dans Virgile, dans 
Pline et dans Théophraste. Ce sont encore les mêmes 
jours que l'homme du village observe aujourd'hui (1). 

Les lois du maréchal Bugeaud, comme on les appelle, 
reposent à peu près sur le même principe. En effet, il dit 
que le temps se comporte onze fois sur douze pendant 

(1) Voy. VirgUe, Géorg., II, 362, 437 et suiv. — Théophraste, De 
»çm$ pluviarum, etc., p. 417, édit. Gasaub. — Ibn-al-Awam, II, 45) , 
d'après VAgricttlture nabathéenne. — Géop,, I, 2. — Plin., XVUI, et 
surtout les notes sur ce numéro et les suivants qui se trouvent dans l'é- 
dition Panckoucke, où sont réunis les pronostics auxquels les modernes 
ont le plus de confiance. — Les notes du P. Larue sur le vers 427 des 
Géorg., p. 420, édit. in-i^ad u$, DelpK 



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— 54 - 

toute la durée de la lune, comme il s'est comporté 
au cinquième jour de la nouvelle lune quand le temps est 
resté le mime jusqu'au cinquième^ et neuf fois sur douze^ si 
le sixième ressemble au quatrième. Nos villageois disent 
que le temps est sujet à changer le quatrième jour de la 
lune et aux deux quartiers. 

M. Mathieu (de la Drôme) semble raisonner d'une façon 
plus scientifique* Il dit, il est vrai, que les phases de la 
lune font la pluie^ mais il regarde en arrière et il étudie 
dans quelles circonstances horaires se sont accomplies ces 
phases et quel était alors Tétat météorologique de Tatmo- 
sphère; puis, calculant lescx)nditions des phases à venir, il 
annonce pour telle époque la pluie ou le beau temps, 
parce que le même phénomène physique s'est produit 
dans les mômes conditions ; on voit donc une tendance à 
s'écarter de l'empirisme. Ces nouvelles théories deM. Ma- 
thieu (de la Drôme) et ses publications ont déjà amené 
quelque résultat ; elles ont porté les esprits sérieux vers 
des études plus régulières et plus savantes. Des observa- 
tions viennent, à l'aide du télégraphe électrique, rayonner 
de tous les points du globe vers l'Observatoire de Paris. 
Elles y sont scrupuleusement recueillies, méthodiquement 
coordonnées, ce qui déjà permet d'annoncer quelques 
jours à Tavance les violentes perturbations de l'atmo- 
sphère. Un cours de météorologie récemment ouvert sous 
les auspices de la Société Météorologique de France et 
professé par un de ses membres les plus éminentes, M. Re- 
nou, tend à vulgariser les saines doctrines et à faire justice 
des pronostics deTalmanach de Liè^e. 



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— 55 — 

Columelle a quelque chose de mixte dans sa mauière 
de procéder. Il veut qu'on observe, comme le prescrit 
Virgile, la constellation der^rc^ureet les jours où brillent 
les Chevreaux etV Éclatant dragon ; mais il ne veut point 
qu'on admette, avec les Chaldéens, que les changements 
de temps se fassent à des jours rigoureusement fixes. 
H veut qu'on aille plus largement en agriculture; il suffit 
au métayer, dit-il, de savoir que Tinfluence d'une con- 
stellation se fait sentir un peu avant ou un peu après, ou 
môme à certains jours de son lever ou de son coucher. 
Après cet exposé, l'agronome latin donne son almanach 
agricole, indiquant le lever et le coucher des constellations 
et les phénomènes atmosphériques qui les accompagnent 
(Col., rfcflcrt«^,X, 1,2). 

Nous ne parlerons point de ces pronostics, déduits de 
l'état de Tatmosphère, dans certains jours qu'on rapporte 
aux divers mois de Tannée. Ibn-al-Âwam a été assez sage 
pour n'en rien dire. Il en est amplement parlé dans TA- 
griculture nabathéenne et dans un manuscrit de la Biblio- 
thèque impériale, qu'on dit être un extrait de l'agricul- 
ture d'Ibn-Wahschiah (1). 

(I) Soivant VAgricuHure nabathéenne^ les douze derniers jours du 
mois de larooui correspondaient aux ditere mois de Tannée, et Tétat 
météorologique de chacun d*eux devait être nécessairement celpi du 
jour correspondant; ainsi le premier de ces douze jours ou le 20 de 
tamouz répondait au mois d'i46, le 24, au mois à^Eileuly le 22, au 
mois an premier tischerin, etc. Le Mss., 94 4, A. F., fol. 29, sous le 
titre de Ahiamût aUnadA, donne des indications fort détaillées sur la 
manière de prévoir à l'avance la pluie ou le beau temps, soit au moyen 
de linges étendus la nuit, soit au moyen de l'observa tion de l'atmosphère, 
dans certains jours correspondant aux mois. 

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— 56 — 

Les Géoponiques (I, û, 5, 9, 8, 9, 10) donnent les 
signes indicateurs de la pluie et du beau temps , de la fer- 
tilité ou de la stérilité de Tannée d'après Âratus et Zo- 
roastre. La canicule et les Pléiades y sont souvent citées. 
Ces préjugés sont bien loin d'être détruits ; on pour- 
rait en citer un grand nombre aujourd'hui encore forte- 
ment implantés.dans l'esprit du vulgaire. 

Véducation des animaux domestiques constituait chez 
les anciens, comme chez les modernes, une partie essen* 
tielle de l'économie rurale. Comme chez nous, ces ani- 
maux comprenaient les espèces bovine, ovine, caprine et 
chevaline, auxquelles il faut joindre Tâne et le mulet. 
Dans l'Orient, l'élevage du chameau était une chose fort 
importante. 

L'espèce porcine n'est mentionnée nulle part dans 
Ibn-al-Âwam, ni dans les Géoponiques ; mais les Latins 
en ont parlé et ils ont donné la manière de l'élever (Var- 
ron, n, 4 ; Col., VIÏ, 9 ; Pallad., fev., 26). 

 partir de ce moment il n'est plus guère question de 
Y Agriculture nabathéenne; on ne la voit que très-rarement 
citée ; l'auteur a surtout emprunté à Kastos et à Ibn-abou- 
Hazam. Nous trouvons plusieurs points de contact avec les 
Géoponiques et les Latins. Âristote a fourni un certain 
nombre d'articles extraits de Y Histoire des animaux. Le 
texte du naturaliste grec nous a quelquefois donné les 
moyens de rectifier celui d'Ibn-al-Av\ram. 

Notre auteur entre dans des détails assez circonstanciés 
sur l'espèce bovine. Il traite du choix des animaux, de la 
reproduction, de la stabulation et de l'alimentation d'une 



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— 57 — 

manière aitîsfaisante ; bon nombre de ces principes sont 
suivis encore aujourd'hui par les praticiens inteUigents. 
Le mode d'alimentation, ce point si important, est conve- 
nablemeut traité; un certain nombre de maladies est 
signalé avec la manière de les soigner. Le besoin de 
saignées de précaution dans les grandes chaleurs est indi- 
qué. est fait mention des vaches d'Arménie avec cri- 
nière, sans doute les yaks, bos grunniens. 

Les espèces ovine et caprine ont été réunies en un 
même chapitre. L'auteur a traité ce sujet, qui pourtant 
a son importance, d'une manière peut-être trop abrégée; 
cependant les points essentiels s'y trouvent. Parmi les 
maladies nommées se trouve le claveau. 

Le mouton à grosse queue n'est point oublié ; suivant 
l'auteur cité, cette espèce se trouvait en Arménie et en 
Syrie. Elle est mentionnée dans la Bible {Eœod.^ XXIX, 
22, et Levit., YII, 3). Ludolf fait mention de ce mouton, 
et il en donne la figure {Histoire (TÉthiopie, 1. I, c. 10). 

Si aux articles qu'on lit dans notre auteur on réunit 
ce que disent Pline (Vni, 72 et suiv.) et surtout Colu- 
melle (liv. YI et VII), on aura un traité complet de l'éle- 
vage du bétail chez les anciens. Les Géoponiques ont aussi 
quelques chapitres utiles, mais ce qu'elles contiennent 
sur cette matière est moins complet et moins suivi que 
dans les auteurs cités (ch. XVII, XVUI). 

Les chapitres du mulet et de Vâne sont fort courts, et 
Fauteur n'y aborde que les choses essentielles et indis- 
pensables pour les soins à donner à ces animaux, et sur- 
tout pour faciliter la reproduction du mulet Âristote avait 



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— 58 — 
réuni Yhémime au mulet (H. Â. YI, 36). Il accorde aussi 
au mulet la faculté de se reproduire, qu'il parait refuser 
à la mule (ibid. 2&). 

Le chapitre consacré au chameau n'est pas long. On 
voit qu'Ibn-al-Awam habitait un pays dans lequel ce 
ruminant ne vit point. Il donne un extrait de Yy^gricul- 
tare nabathéenne qui prouve que ce livre en traite. Ce 
passage peu important n'a rapport qu'à un talisman qu*on 
applique au chameau. 

Les Géoponiques parlent très-brièvement aussi du cha- 
meau, mais elles citent le chameau à une bosse et le cha- 
meau à deux bosses ou bactrien. Elles disent aussi quel- 
ques mots du camelopardus ou girafe. 

Pline parle également des deux espèces de chameau 
et de la girafe, mais assez brièvement. 

Le chetyaL — Tout le monde connaît la passion des 
Arabes pour les chevaux. Le dos du cheval est pour euœ 
un des paradis terrestres {\). Aussi cet animal est-il chez 
eux environné constamment des soins les plus minutieux; 
il fait pour ainsi dire partie de la famille. Dans le voyage, 
dans la guerre et les courses, il est mené rudement : il 
doit arriver, il doit vaincre, son maître le veut. Mais 
rentré sous la tente, il est bien récompensé de ses peines ; 
les soins les plus empressés lui sont prodigués et lui font 
oublier ses fatigues. C'est un ami auquel on veut témoi- 

(4) Les chevaux du Sahara^ par le général Daumas, p. 24 . On trouTe 
dans cette publication des choses très-intéressantes sur Taffection de 
r Arabe pour son cheval et sur les traditions relatives à cet animal, son 
caractère et les soins à lui donner. 



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— 59 — 
gner sa recoonaissaDce. L'Arabe de la Syrie ou de TYé- 
meD chante sa chamelle, l'Arabe du désert chante son 
coursier. La belle description du cheval, qu'on lit dans 
Job-, ch. 39, V. 19-25, prouve assez que dans les régions 
de TAsie autres que l'Arabie, on faisait aussi grand cas 
du cheval. 

L'étendue et le développement donné à cette partie de 
réoDoomîe domestique prouve bien toute l'importance 
que lui attribuait l'auteur ; on voit qu'on a affaire à un 
arabe-espagnol de l'Andalousie. C'est la partie de l'Es- 
pagne la plus renommée pour ses chevaux, issus de cette 
belle race que les Arabes y amenèreut avec eux, counus 
sous le nom d'Andahux. 

Ibn-al— Awam donne à son lecteur un véritable traité 
d'hippologie. En effet, l'auteur commence par traiter de 
la reproduction du cheval. Il énumère les qualités que 
doivent avoir les animaux reproducteurs, quels soins doi- 
vent être donnés à la jument pendant la gestation et au 
moment du port. Gomment on doit élever et dresser le 
jeune poulain. Les formes élégantes du beau cheval sont 
éoumérées avec détail, et par suite, viennent les défauts 
qui le déparent et les moyens d'y remédier, quand il est 
possible de le faire. Après les beautés du corps et les 
défauts physiques, viennent les vices du caractère et les 
moyens de les corriger et de les rectifier. 

Les procédés indiqués pour dompter les chevaux sont 
parfois durset même barbares, etd'unautrecôtéon nepeut 
s'empêcher d'admirer les recommandations si souvent 
adressées aux palefreniers et propriétaires de chevaux, 



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— 60 — 
d'user avec eux de douceur et de prudence, en les flattant 
de la main et de la voix, en se gardant bien de duretés et 
de brusqueries qui gâtent le caractère. C'est surtout quand 
il faut dresser le poulain que la douceur et la patience 
sont prescrites. Ceci nous rappelle' l'observation adressée 
par l'empereur Napoléon III aux éleveurs de Norman- 
die. Il leur faisait observer que leurs chevaux étaient 
bons et d'un excellent service, mais qu'il y avait en eux 
toujours quelque chose de farouche qui tenait de la mau- 
vaise éducation : car, ajoutait l'empereur, on obtient plus 
par la douceur que par la brutalUé {Indépendance belge, 
24 novembre 1858). 

Nos Arabes connaissent aussi bien que nous les courses 
de l'hippodrome. Leurs exercices à cheval et leurs fan- 
tasias, sont des spectacles encore aujourd'hui d'une 
piquante curiosité. Comme nous, ils savaient préparer le 
cheval à la course, et Yentrainer, pour nous servir de 
l'expression technique actuellement en usage. 

Les Arabes distinguaient, IMe cheval de race, ou pur 
sang ; c'était le plus estimé ; on l'appelait cheval antique 
ou d'ancienne race ; on connaissait sa famille et sa généa- 
logie mieux que celle des hommes ; S"* le cheval de travail, 
ou bête de fatigue, bardoun ; d'où vient le mot bardeau 
ou bardoty nom donné aujourd'hui au mulet issu du che* 
val et de l'ânesse. 

Un très-long chapitre est consacré à la médecine vété- 
rinaire ; cent onze maladies sont décrites avec l'indication 
des traitements de chacune d'elles. C'est un cours com- 
plet pour l'époque. 



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— 61 — 

Ce cbapitre se termine par un paragraphe de peu 
d'étendue, mais qui mérite Tattention de tous les ama- 
teurs, sur la surveillance que le mattre doit exercer sur 
son animal. Il doit tous les matins le visiter et l'inspecter 
en détail^ lui-même, sans jamais s'en rapporter aux valets 
d'écurie. 

Celte partie dlbnal-Awam a été vue par M. Huzard, 
de la Société impériale d'agriculture de Paris, et par 
M. Goubaux, professeur à Âlfort ; l'un et l'autre, bien 
compétents en pareille matière, ont constaté qu'au milieu 
d'opinions erronées, il y avait des choses intéressantes, 
qui aujourd'hui pourraient trouver une application utile. 
Les Géoponiques ont aussi, au livre XVI, divers cha* 
pitres consacrés au cheval. Deux de ces chapitres sont 
pour les généralités, et dix-sept autres chapitres sont pour 
les maladies. 

G)lumelle (YI, 27) et les autres auteurs des Reirusticœ 
traitent sommairement du cheval, et après quelques géné- 
ralités, Columelle entre dans de plus longs détails sur la 
manière d'élever les poulains. Végèce, dans son traité inti- 
tulé : Ars velerinaria^ sive mulo'-medicina, donne un traité 
de médecine vétérinaire complet pour la thérapeutique, 
auquel il faut, sans doute, aussi appliquer le jugement 
porté par M. Huzard sur Ibn-al*Âwam, c'est qu'au milieu 
d'opinions erronées, il s'en trouve de bonnes. 

En parlant d'hippologie ancienne, on ne saurait oublier 
le Traité d'équiUUion de Xénophon. Il est court, mais il 
est éminemment pratique, surtout si l'on prend l'édition 
annotée par M. Gurnieu. 



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— 62 — 

De Hammer, dans son Coup (Tcsil encyclopédique des 
sciences de POrient {Encychp. Uebersicht der Wissen» 
schaften des Orients, p. /i56), indique cinq ouvrages sur 
la vétérinaire, peu connus, qu'on ne trouve point dans 
Hadji-Khalfah. 

Parmi les publications récentes sur les chevaux arabes, 
on ne peut oublier celle faite par M. le général Daumas : 
les Chevauœ du Sahara (in-8, Paris, 1851), et le Naceriy 
traduit par M. le docteur Perron (1). Ces ouvrajçes 
ont leur importance pour la théorie et la pratique, et ils 
répondent à la conflance que peuvent inspirer des publi- 
cations sur rhippologie faites par les ordres du ministre 
ou bien sous la surveillance de l'illustre général. L'ex- 
posé pratique est, suivant un usage très-fréquent chez les 
Arabes, souvent interrompu par des pièces de vers, des 
ballades et des récits d'expéditions guerrières ou amou- 
reuses. 

Ici nous n'avons rien de poétique, tout est prosaïque, 
mais sérieux et exclusivement pratique. 

Les oiseaux de bassensour forment encore une partie 
assez importante de l'économie rurale ancienne et de notre 
Maison rtjMique. 

Cinq espèces seulement ont pris place dans ce traité : 
les pigeons, les paons, les oies, les canards et les poules. 
Les Géoponiques ajoutent les faisans, les perdrix, les 
tourterelles, les geais et les vautours. Il est probable que 

(4) Abou-Bekr-]bQ-Bedr<El-Naceri, La perfection dvs deux arts ou 
Traité complet d'hippologie et d'hippialrie arabei, par Témir ElNtu^y 
3 vol. m-8% fig. Paris, Bouchard-Huzard, 4852-60. 



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— 6S — 
e'e^ à cause de la chasse à Toiseau et dé la fauconnerie 
qu'il est parlé des oiseaux de proie. Les Latins ne disent 
rien des paons, mais ils parlent des faisans [Pallad., 
h 89). 

Il est à remarquer que notre auteur, éminemment 
pratique, ne parle point de l'emploi des pigeons pour le 
transport des lettres, si largement pratiqué dans l'Orient. 
Les Gëb/ioniqrueî ni les agronomes latins n'en disent rien. 
Gepeodant, ce mode de message aérien est mentionné 
dans le poëte Anacréon, ode 9, de Columba, et Pline en 
parle (X, 53) (1). 

La production artificielle des foies gras est indiquée 
par notre auteur arabe ; seulement elle est appliquée ici 
au canard et non à l'oie. Cette industrie était connue des 
Grecs; les Gé^poniqves en parlent (2), Horace (3) et 
]uTénal (4) la vantent. Pline en attribue l'invention à 
Apidus (in, 78j. 

Le chapitre des poules entre dans des détails satisfai- 
sants sur Téducation de ces gallinacés. Les qualités que 
doivent réunir le coq et la poule sont bien décrites. Les 
procédés pour la conservation des œufs sont accompa- 
gnés de précautions usitées et préconisées même aujour- 
d'hui. 

(4) Yojex sur ce sujet Bochart, Hicrozoic.j P. U, 1. 1, p. 4 5 fol. ; 
elll» 5ii, édit. Ed. Ros. Mul. — La Colombe ménagère de Michel 
Sabagh, ma. de Sacy, p. 94 et 95 (impr. impér., 4 805). — VoJney» 
Yofoge en S^rie eî en Egypte^ 3' édit., I, p. 274 et suiv. 

(2) Géop., X[V. 22. 

(3} Saiir., lib. U, sat. 8, y, 88. 

(i) iur.,Sai.,V, 4 44. 



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- 64 ~ 

V incubation arlificielle esi traitée sommairement; né-^ 
cessairement il est parlé des Égyptiens» qui passent géné- 
ralement pour les inventeurs du procédé. Pline en parle 
aussi, et les Géoponiques (XIV, 8) décrivent l'opération 
avec assez de soin. Golumelle n'en dit rien, mais il parle 
de rincubation naturelle avec détails. Inutile de dire que 
les influences lunaires sont souvent rappelées, et qu'elles 
jouent ici encore un grand rôle. 

L'éducation des abeilles clôt la partie qui traite des 
animaux de basse-cour et ferme le dernier volume de 
Tœuvrc d*Ibn-al-Awam. 

Notre auteur a dû nécessairement suivre les idées 
admises de son temps sur ce précieux insecte, et prendre 
dans les auteurs les passages tels qu'ils se trouvaient ; 
aussi le lecteur doit-il s'attendre à rencontrer des erreurs et 
des fables très-accréditées à cetteépoque. Il faut aussi tenir 
compte du climat méridional où Téducationdes abeilles est 
dirigée tout autrement que dans notre zone tempérée. 
Si on ne doit pas espérer avoir un traité qui réunisse 
les profondeurs de vue et la finesse d'observation qu'on 
trouve dans les recherches d'Huber (de Genève), cepen- 
dant on peut encore trouver, comme toujours, quelques 
bonnes indications. 

Aristole a été souvent cité, et on trouve de nombreux 
extraits de son Histoire des animaux^ ce qui ne doit pas 
surprendre; car le philosophe naturaliste fournit une 
histoire complète des abeilles, suivant les idées admises 
de cette époque sur l'insecte, sur l'organisation inté- 
rieure de la ruche, le rôle du roi^ celui des mâles ou des 



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— 65 - 
bourâottsetsurlestravauic des abeilles ouvrières. L'auteur 
a com(dété son article par la description de la récolte du 
miel et sa eonsenration , particulièrement en rappelant 
les usages reçus et les pratiques usitées en Espagne. 

LesCëûpofitçties(XV, Setmv.) traitent des abeilles 
avec une certaine étendue. Columelle (IX, 2 et suiv.) 
entre aussi dans des détails très-circonstanciés sur les 
sœns qu'elles réclament, et en plus d'un point nous le 
trouvons d'accord avec l'arabe. 

Peut-OD parler de l'éducation des abeilles dans l'anti- 
quité sans citer Virgile, qui traite ce sujet et les fables 
qu'on y rattachait en vei^ si harmonieux et si justes dans 
tous leurs préceptes. La fable et l'épisode d*Aristée, 
qui, chez le poëte latin, laissent dans l'âme de si douces 
émotions, se trouvent textuellement dans les Géoponiques; 
on ne la voit ni dans Ibn-al-Awam, ni dans les Rei rusticœ 
Kriptcres, ni dans Pline. 

Le miel ne paraît point avoir été pour les animaux 
seulement le nectar des fleurs pompé par les abeilles, mais 
il était encore, suivant les anciens, une rosée qui tombait 
du ciel, d'où lui venaient les épilhètes de roscidum, 
oenum, et les abeilles n'avaient plus qu'à la recueillir. 
Aristote professait cette idée {Hist. anim.^ V, 22). 

Notre auteur cite le passage d' Aristote, sans en pro- 
duire aucun autre. Théophraste, dans son petit chapitre 
sur le miely le voit tombant de l'atmosphère et se fixant 
sur les feuilles de certains arbres, comme la manne. 
Suivant Pline, le miel vient bien de l'atmosphère, 
mats il est une sueur du ciel, une salive émanant deà 

5 

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— 66 — 

adirés, qu même une purgation de l'air (Plin., XI, 13). 

Une partie de ces idées sur Torigine du miel trouvé 
par les abeilles sous la forme d'un liquide sucré attaché 
aux feuilles de certains arbres semblaient avoir été reprises 
depuis quelques années, tandis que Cuvier, suivant la 
note sur le passage cité dePline, voyait dans le miel une 
excrétion que les abeilles pompent au fond de la corolle 
des fleurs (Plin., éd.'Panck., t. VIII). C'est une autorité 
assez imposante. 

Voilà, en somme, ce que nous apprend notre auteur des 
pratiques économiques arabes et anciennes. Â ces des* 
criptions se rattachent des accessoires qu'il peut être bon 
de signaler, car ils peuvent avoir leur intérêt. Nous pou- 
vons trouver dans ces textes des documents précieux sur 
l'administration d'un domaine rural, sur la vie intérieure 
delà maison, la tenue des ouvriers, les soins qu'on devait 
leur donner, et ce qu'on pouvait exiger d'eux ; on voit 
aussi quelle était la part faite à la femme dans l'adminis- 
tration de la maison. 

Ces devoirs du propriétaire et de son gérant sont indi- 
qués très-sommairement dans le prologue d'Ibn-al- 
Awam, mais les Géoponiques (II, 1, 2, && et suiv.) en 
parlent avec extension; Columelle aussi en traite avec 
détail (XI, 1 ; XII, 1 et suiv.). 

Le mattre et le gérant doivent exercer une surveillance 
active et ne jamais tolérer la négligence ni la paresse. 
D'un autre côté, ils doivent traiter avec beaucoup de 
modération les ouvriers, qui chez les Romains étaient des 
esclaves , récompenser ceux qui travaillent et punir les 



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^ 67 — 
pansseux, mais toujours avec justice ; si la parole doit 
dire grave, jamais elle ne doit être dure. Le surveillant 
doit avoir des principes religieux et faire observer fidèle- 
ment les fêtes, car elles donnent au laboureur un repos, 
que rendent nécessaire les travaux pénibles des champs. 

La propreté était une vertu exigée des ouvriers, et 
poussée dans certains cas jusqu'à la superstition, puisqu'il 
était des travaux, que l'ouvrier qui ne la possédait point, 
ne pouvait aborder. 

Nous avons dit que Tadministration intérieure était 
dévolue à la femme. Prenons les Économiques de XéuQ- 
pbon (ch. Vn et suiv.), ouvrons Palladius et Columelle, 
et nous verrons en quoi consistait cette administration 
exclusive. Mais il y a celte différence entre Vécrivain 
grec et 1^ Latins, que ceux-ci semblent parler pour la 
femme d'un simple métayer et pour une villageoise, 
tandis que l'autre parait tracer une suite de sages conseils 
donnés par un bomme de bonne condition à sa jeune 
épouse» Ces pages de Xénopbon méritent d'être lues et 
méilitées par ceux qui veulent prendre une idée plus 
exacte de la condition des femmes, qu'on s'obstine à juger 
d'après les mauvais jours de la décadence, et à regarder 
comme esclaves par une fausse appréciation des formalités 
du mariage, usitées chez les Romains, Columelle, au 
contraire (XII, pr. 8), nous apprend qu'anciennement 
entre mari et femme on ne connaissait pas la dis- 
tinction des biens, que tout était en commun, comme 
les travaux. Hais de son temps déjà les choses avaient 
bien changé *, les femmes énervées par la mollesse et le 



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-^68 - 

goàt du luse avaient perdu leurs habitudes laborieuses» 
Il est beaucoup d'autres documents utiles pour Tbis* 
toire morale, et même pour l'histoire politique des peu- 
ples, qu'on pourrait découvrir dans les textes agrono- 
miques, si on les étudiait avec soin, sans prévention et 
ioivec cet esprit de critique que, tout récemment, M. Rei- 
naud a si heureusement introduit dans l'étude des poètes 
latins pour l'histoire du temps d'Auguste. 



Telle est l'analyse rapide du contenu du livre d'Ibn-al- 
Awam. Il résume, avons-nous dit, les connaissances agro- 
nomiques acquises à l'époque où il écrivait ; en effet, il 
a puisé de tous les côtes, chez les anciens comme chez les 
modernes , dans les auteurs orientaux aussi bien que 
dans ceux de l'Occident. Il donne toujours, tels qu'il les 
comprend, les noms des écrivains mis à contribution; 
mais, sans doute par un sentiment de fanatisme qu'on 
s'explique difficilement, il a omis les noms de ceux des 
auteurs cités qui n'étaient point musulmans, fait regret- 
table, puisqu'il nous eût révélé des noms et peut-être aussi 
des foyers de lumière que nous ne soupçonnons point. 

Nous avons maintenant à parler des écrivains cités par 
Ibn-al-Awam. Tous leurs noms sont rappelés dans son 
prologue ; on y reconnaît des Grecs, des Latins et des Ara- 
bes. Est-ce à dire pour cela qu'il ait connu tous les ou- 
vrages cités? Nous sommes autorisés à en douter. Tous ces 
noms d'auteurs, à Texception de ceux d'Aristote, de Ga- 
lion et de quelques autres viennent du livre d'Ibn-Hedjadj, 



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--69 — 

qui parait avoir été aussi une véritable Maison rustique. 
Pour mettre de l'ordre dans nos idées, uous parlerons 
d'abord des Latins et des Grecs, puis des Arabes, et F Agri- 
culture oabathéenne viendra en dernier lieu. 

Il serait certainement bien intéressant de pouvoir faire 
connaître exactement ce qu'étaient ces auteurs cités, et à' 
quel siècle précisément ils appartiennent. Mais pour la 
plupart d'entre eux il faut y renoncer; les documents sont 
nuls ou insuffisants, ou les noms ont été défigurés, ou bien 
encore ces noms ne sont cités nulle part ailleurs. Casiri 
les lit tout autrement qu'Ibn-al-Awam, sans qu'on puisse 
savoir sur quelle autorité il s'appuie. Nous croyons que 
notre travail laisserait à désirer, si nous négligions entière- 
ment cette synonymie; mais d'un autre côté nous ne 
voulons pas pénétrer trop avant dans la que^ion ; nous la 
traiterons sommairement en nous aidant principalement 
des prolégomènes que Needham a placés en tète de son 
édition des GéoponiqueSj du savant travail de M. Ërn. 
Heyer, inséré dans son Histoire de la Botanique, et des 
recherches de M. Wustenfeld sur les médecins et natu- 
ralistes arabes. 

Les noms incontestables sont ceuxd'Àristote^ de Galien, 
deI>ioscoride etd'Hippocrate, le vétérinaire. Le premier est 
particulièrement cité à cause de son Histoire des animauœ. 
Galien Test fort rarement, et seulement pour l'hygiène ; les 
deux derniers le sont seulement une fois ou deux. Junius, 
qu'on croitgénéralementètreColumelle, esttrès-fréquem- 
ment nommé ; cela devait être, car il est l'auteur du traité 
agronomique latin le plus complet. Souvent on ne trouve 



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— 70 — 

du texte latin qu'un ensemble de l'idée ; souvent aussi les 
articles do Junius se trouvent dans les Géoponiques. Le 
nom de Yarron est révoqué en doute, mais à tort, à notre 
avis. L'opinion de tous les commentateurs est que le 
Yarron des Géaponiques, de même que celui cité par 
Ibn-al-Awam, est MarcusTerentius Varro. M. Meyer veut 
que ce soit un autre personnage à cause de Tépitbète de 
Roumi qui lui est donnée. Mais il nous serait facile de dé- 
montrer que ce nom a plus d'une fois été appliqué indif- 
féremment aux Grecs et aux Romains ou Latins et cela à 
partir des conquêtes des Romains dans l'Orient. M. Son- 
tbeimer, se guidant sur le sens plutôt que sur la lettre, 
traduit selon le besoin par Grec ou Ramainf ainsi que 
l'a reconnu M. Meyer lui-même. Banqueri ainsi que nous 
avons traduit de même. 

M. Meyer veut voir dans Tarthious le nom altéré de 
TetenHus. Nous ne pouvons admettre celte opinion. Ce 
nom est cité une seule fois à cause de la culture du cUrus ; 
or ce que Yarron dit de cet arbre n'a aucun rapport avec 
le passage cité de Tartbious (Farr., III, % h). 

Maron^ qu'on voit une seule fois, doit être lu Bar(m ou 
Yarron, car c'est sous ce nom qu'on retrouve dans les 
Géoponiquei (II, ^23) l'article attribué par Ibn*al-Awam à 
Maron. 

Democrites-^r^Roumi, que nous trouvons aussi écrit 
Democratis, serait, suivantNeedham, le philosophe d'Ab- 
dère ; son opinion parait fondée, car Golumelle le cite, 
nommément parmi ceux qui ont contribué aux progrès de 
l'agriculture. Yarron le qualifie de pbysicira (1, 1» 8); 



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~ 74 - 
M. Meyer oe voit en lui qu'un pseudcKDémocrite (H. 
BJ.,17 (I). Quoi qu'il en soit, Démocrite jouissait d'une 
grande réputation. H est très-souvent cité par Ibn-al- 
Awam et dans l^Géapaniqnes, Un manuscrit contenant 
une traduction arabe abrégée des Géoponiques est présenté 
comme renfermant les doctrines de Démocrite (M.B.I., 
014, A.F.). 

KMtus ou Kastos. Ern. Meyer (t. III, p. 253), à Toc^ 
casion des traductions en arabe- des traités d'agriculture 
écrits en grec, se livre à une longue dissertation sur ce 
nom. Après avoir comparé divers passages qu'il trouve 
dans Ibn«-Beilhar avec ce qu'il a lu dans Ibn-al-Av^am, 
fl est amené à voir dans Qostus ou Qost, une abréviation 
deCoDstantinus Porphyrogénète, par ordre duquel se fit 
la compilation des Géoponiques, Nous ne suivrons point le 
savant allemand dans ses doctes et habiles argumenta- 
tions. A la page 253, il dit que Kastos pourrait bien être 
unabrégéde Kassius Dionysius^ puisil examine la question 
en réunissant dans un même article tlaurqastos et Léon^ 
Aêiouad. Pour nous, nous admettrons tout simplement 
ce qu'on lit dans Hadji Khalfa (l. V., art. 10877) et qui 
est répété textuellement dans d'Herbelot, Bibl orient., 
p. 975, c'est que Kastos fut Tauteur d'un livre intitulé : 
Kitalhal^felahah-ar-roumiah, le livre de l'agriculture 
grecque, qui fut traduit plusieurs fois, d'abord par Sei^ius 

(4) Wastenfeld adopte ces idées, et, suivant lui, l'œuvre agricole de 
Démocrite aurait été traduite en arabe par Ibn-Walischiah, au m* siècle 
de rbégire [De axàci. Grœcorum Version, et comm. syriae. aro6., 6te. 
J.€. Wrarieh. iipsift, 1842, p.. 92). 



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~ 72 — 
filsd'Helias ar-Roumiy puis ^2LTKosta''hm''Luca'de-Balbdc^ 
et en troisième lieu par Eustache et Ahou-Zakariarben- 
Ahi. Mais la version de Sei^ius est la meilleure; il a en- 
core été fait une traduction persane sous le titre de Aourjs 
nameh. On voit souvent les mois persans dans les citations. 

Nous trouvons le nom de Çosius-ben-Amisaly mais une 
seule fois, et le passage cité se rencontre dans les Géoponi- 
ques, X, 63, attribué à Damogeron, agronome sur lequel 
on a fort peu de données. 

Leon-Àswad (le Noir) ne peut être Léon l'Africain qui 
vécut au seizième siècle. Nous n'en dirons pas davantage 
sur ce personnage cité seulement dans la préface. Le 
nom de Léon, seul, peut rappeler le Léon de Photius 
et le Leoulins des Géoponiques (Meyer, Hist. Bot., III, 
24â). Casiri et Wenrich lisent Léon-aUhabib, le médecin^ 
correction hardie que rien ne justifie. 

Sodioriy qu'on trouve écrit Soudaboun, est encore un de 
ces noms difficiles à reconnattre. Est-ce le Sotion des 
Géoponiques? C'est très-vraisemblable. Ce Sotion peut-il 
être le philosophe dont parle Diogène Laërce ; c'est plus 
que douteux, lui qui recommande d'inscrire le nom de 
Rophaïlsur la charrue (Géop. ,11, 19, et ibid.^li^), de faire 
promener une jeune fille nue pour faire périr l'orobanche 
dans un champ qui en est infesté. Needham croit que c'est 
un personnage qui pourrait être un grec du Bas-Empire, 
parce qu'il trouve dans un de ses articles une locution qui 
appartiendrait à cette époque. Sotion cite Démocritedans 
le chapitre /i2. 

Jfriahius, qui vient (I, 658, texte) avec TAgriculture 



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— 78 — 
nabathéenne, recommande des choses bizan*es et super- 
stitieuses. Ce nom nous semble bien une altération du nom 
grec Jfricanus, qui, lui aussi, prescrit des pratiques su- 
perstitieuses {Géop., \ly 18, IV, 2, etc). 

AiuUoliusd' Afrique. Casiri lit AntroUus^ et le fait l'é- 
quivalent d' /in^rodtaAon ; suivant Ern. Meyer, c'est le 
même qu'Anatolius de Beryte, qui serait le même que 
Findanionius ou Vindanius. Quant à nous, nous n'hési- 
tons point à ridentifier avec VAnaUdiusàes Géopaniques^ 
parce que les citations de ce dernier recueil présentent de 
Fanalogie avec celles d*Ibn-al-Âwam. 

Solon ou Scholon paratt être le nom d'un personnage 
fort problématique. Casiri pense que ce peut être Zenon 
lecritique, Xénophon le disciple de Socrate, l'auteur des 
Éccnimique$, ou même Silon ; mais il laisse la question 
indécise, ainsi que M. Meyer. Les documents font en- 
tièrement défaut. 

Apollonius et ApiUeius. Chacun de ces deux noms n'est 
cité qu'une seule fois par ibn-al-Àwam, mais le second 
se trouve souvent dans les Géoponiques. Il serait possible 
qu'Apollonius fût celui de Pergame, cité par Columelle. 
Apuléiusseraitl'auteur de Y Ane d'or^ et d'autres ouvrages 
dont les titres seuls ont été, dit Needham, conservés par les 
grammairiens ; parmi ces ouvrages on remarque un traité 
sur les arbres f des questions naturelles et de médecine. 

Cassianus est écrit dans la préface Cassinus eiCassius. 
M. Meyer (t. 111, p. 252) réunit ces deux noms dans un 
seul article ; nous en avons fait autant. Banqueri lit Cas- 
sianus; nous l'avons imité, comme aussi nous avons lu 



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- 7i — 

avec le traducteur espagnol Cassius, quand le nom s'est 
présenté ainsi. Casiri veut qu'on lise Cassius, parce qu'il 
trouve dans ce nom Tabrégé de Cassius Dionysius Uticensis 
que Varron (1, 1, 10) et Columelle indiquent comme le 
traducteur des œuvres agronomiques de Magon. Banqueri 
admet cette opinion pour Cassius, dans Cassinus ou Cas- 
sianus; il voit dans Cassianus Bassus le compilateur des 
Géoponiques, M. Meyer veut qu'on lise partout Kassianus, 
parce que presque tous les articles d'Ibn-al-Awam cités 
sous ces deux noms se trouvent dans les Géoponiques sous 
le nom de Cassianus. Celte raison n*est pas sans valeur. 
Nous Tadmeltons d'autant plus volontiers que nous avons, 
nous aussi, constaté le fait. 

Tkartius, nom cité dans la préface^ et que dans le texte 
on trouve écrit TartVWotts, serait pour Casiri, Théophras^ 
tus^ et pour M. Meyer, Terentius ; dans le doute, nous 
laissons le nom tel qu'il est. 

flatoiirfon serait, pour Casiri, Pythion, cité par Varron, 
et Bindon. qui est une altération certaine du nom cité dans 
\bl préface, deviendrait Bion-{Soleus). 

Birihaious de la préface, écrit dans le texte Birigalous, 
devient le nom altéré de Virgiliuè, Birgilious des Grecs, 
parce que l'article cité contient des prescriptions analogues 
à celles qu'on lit dans Virgile^ 

Labthius^ Lagthius et LarUhiuSy sont évidemment le 
même nom écrit de trois manières différentes. Casiri, 
qui écrit Laksinus, lit sans diiBculté Licinius; pour nous, 
nous lisons les noms comme ils se présentent. 

Sadihames est un pereonnjige complètement ineonno, 



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- 75 — 

comme tant d'autres. Casiri en fait, bien arbitrairement, 
AfUiganus Kymaiis. 

Samanoi ou Schamanos est encore un de ces person- 
nages inconnus, comme Abou», Sâdi, et tant d'autres que 
nous passons sous silence. Sàdi, qu'on ne peut confondre 
atec le poète de ce nom, est dans le même cas, ainsi 
que Saraghos, dont Casiri fait Chareas ou Sergius, un 
[Ailosopfae du temps de Justinien, suivant Aboulpharage. 

Sîdagos (Tlspahan; nous adoptons entièrement Topi- 
nion de Banqueri, qui rectifle les diverses manières d'é- 
crire le nom patronymique : il lit partout Itpheany. Ca- 
siri, avec sa hardiesse habituelle, lit PiUaeus ou Uidorus 
Hùpanui. 

Uahraris et Manharis. Ce dernier nom ne se trouve 
qu'une seule fois ; nous n'hésitons pas à voir un seul et 
anique personnage sous ces deux noms, dont Tun est 
visiblement altéré. En effet, Farticle unique de Manharis 
traite de la plantation des arbres, ainsi que la plupart 
de ceux de Mahraris, c'est-à-dire du même sujet. Nous 
repoussons la distinction de Banqueri, et la nature po- 
sitive et pratique des articles nous fait repousser la suppo- 
ntion de M. Meyer, qui voit dans ces noms la transcription 
de celui d'Hermès Trismégisie. 

Margouthû, qu'on lit une fois Marhouihis. Banqueri, 
adoptant cette dernière lecture, traduit par Mauricio. 
Casiri lit plus hardiment Maghutis et traduit par Magan, 
dont les travaux agronomiques peuvent autoriser cette 
conjecture. Manial-aUThabihy et Marêimlal'Thaniiy. 
Ces deux noms évidemment s'appliquent au même per* 



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~ 76 — 

soDuage. Marsial est la lecture la plus fréquente^ et Mar- 
sinal est une de ces fautes de copiste si coainiunes parmi 
les Arabes. Les noms patronymiques nous semblent égale* 
meut altérés. La forme a/-7/ia6% n'existe pas en arabe, 
comme le dit très-bien M. Meyer. Al-Thanisy ne peut se 
traduire par Y Athénien, comme le fait Banqueri, puis- 
qa'Alhènes se dit Atliina (V. Edrisi). Â la suite de ces 
conjectures, nous hasardons aussi la nôtre ; nous lisons 
Marsial-al-(a<Aîm, le Latin, et nous verrons sous ces noms 
Gargilius Martialis, l'auteur agronomique cité par les 
Rei ruslicœ scriptares. 

BarouranthouSy Tarourantioqus et Qarouranthous ; ces 
trois noms s'appliquent, suivant nous, au même individu. 
Casiri transforme le premier en Rhinto (comicus) ; le se- 
cond devient Diodorus AUicus, et le troisième Pteuti-^ 
phanes ou Plausiphanes ; mais aucune de ces opinions 
n'est fondée. Mieux vaudrait chercher TerenUu8{yarro)^ 
simple conjecture que rien n'autorise. 

Anoun écrit par erreur Abous une seule fois; Casiri écrit 
i46oun et traduit par £t>agfon Thasius; Banqueri lit ces 
noms comme ils se présentent. Gomme M. Ern. Meyer, 
nous verrons dans le nom d'Hannon celui d'un Cartha- 
ginois. 

Parmi les Arabes nous voyons Abou-hanifah, dont le 
nom complet est Abou-hanifah'Ahmed-ben'Dawoud-al'Di'' 
nouri. Ce dernier nom est dérivé de la ville deDinour, de 
la contrée des montagnes ou de Tlhraq de Perse. Il est au* 
teur de divers ouvrages scientifiques sur l'astronomie, 
la grammaire, et surtout d'un ouvrage sur les plantes, très- 



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-.7? - 
souvent cité par Ibn-al-Beithar ; c'est dans celuî-cî que 
notre auteur a fait ses emprunts. L'époque de sa mort 
varie depuis 281 de l'hégire* (894) à 290 (903 Er. Ch.) 
(Y. Hadji-Khalfa, éd. Flug, III, p. 63, et V, 162). 

Rhazèsei Aboutcassem-az^Zalirawi ou Albucasis, dont 
nous avons parlé plus haut (fol. 57 et 58). 

Ab(njhAbd'Allali-Mohammed'Ibn'Ibrahimr'Ibn'^l''Faç€l'' 
(d'Andalisi, l'Espagnol. Casiri lit llispaUiui, On manque 
de renseignements précis sur l'époque où il a vécu ; 
M. Meyer fait remarquer qu'il dut vivre avant Tannée &67 
de rhégire, c'est-à-dire 107/i, puisqu'il est cité par Ibn- 
Hedjadj, qui vivait à celte époque. Il composa, dit Casiri, 
on grand traité sur lagriculture. il devait, en effet, être 
considérable, puisqu*ila fourni de nombreux et importants 
articles k Ibn-al-Awam. M. Meyer pense qu'il a pu être 
confondu avec Ben-Baçal; nous sommes porté à le croire 
aussi. 

Ibrahim - ben-Moliammed-ben -al- Baçal-al-Andalisi est 
cité seulement quatre fois, trois fois avec le titre de son 
livre Al^açàd et al-beyân , les Buts et les explications. Il 
parait aussi avoir été Fauteur d'un traité d'agriculture, 
qui en embrassait toutes les parties. Il est cité une tren- 
taine de fois dans le manuscrit 88& f. s. B. I., souvent 
avec le rappel de son Traité d'agriculture; son autre livre 
n*y est jamais cité. Dans El-Makkari^ texte, t. II, p. lOA, 
Ben-al-Baçai est indiqué seulement comme l'auteur d'un 
traité d'agriculture ; c'est là Tunique document historique 
qu'on ait sur lui. 

Ab(m^Ofnar''Ahmed-Ibn^Mohammed-lbn-Hedjadj pa- 



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^ 78 — 
raltèlre Dé à Séville, comme on le voit dans la préface 
d'Ibn-al-Àwam. Il compose le livre intitulé aUMognâ^ le 
suffisant, vers l'an &66 de Ibégire (1073, Er. Cbrét.). 
C'était aussi une grande compilation agricole dans la- 
quelle figurent tous les noms des Grecs et dos Latins que 
nous avons vus précédemment, et quelques Arabesi 
comme nous Tavons déjà dit, Rbazès et Àbou-Hanifab. 
On trouve souvent dans les passages qui lui ont été em- 
pruntés des points de contact avec les Géopaniques, telle- 
ment que parfois ils semblent en être une traduction. 
On ne voit point qu'il ait connu r Agriculture nabatbéenne, 
Ckvc il n'en dit rien. On se demande pourquoi le livre de 
Qoeadr-ou-al Beyan lui a été attribué par notre auteur 
(cbap. XX, art. 1). 

Hadj de Grenade, ou, suivant Casiri, Hadj-Ahmed de 
Grenade. Il Tindique comme ayant composé un Abrégé 
d'agriculture, et il aurait vécu en l'année 553 de Tbégire 
(4160 r. c). On ne sait où Casiri a puisé ces données, car 
on ne trouve rien sur le compte d'Hadj de Grenade ; 
Hadji-Kbalfa l'a passé sous silence. 

Abm'l-Khaïr de Séville est un des auteurs arabes le 
plussouvent cités. Son livre parait contenir les résultats de 
sa propre expérience, mais rien ne vient nous éclairer 
sur l'époque de sa vie et de sa mort ; nous n'avons pas 
même le titre de son livre. 

Cette liste de noms grecs , latins et arabes , est celle 
des principaux auteurs, ou de ceux qui nous ont paru 
mériter d'être mentionnés; il en est plusieure que 
nous avons cru devoir laisser de côté parce qu'ils ne 



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— 79 — 

sont nommés qu'une seule fois ou aième point du tout. 

UAgrieuUuTe nabalhéenne, comme nous l*avons vu, a 
fourni de nombreux artidesàIbn-al-Awam. Elle est citée 
^kl fois dans le preniier volume et 157 fois dans le se- 
cond, oequi fait 398 fois. Elle est mentionnée, soit sous la 
simple indication de son titre, soit avec ce dernier, accom- 
pagné du nom de l'auteur nabatbéen; il est arrivé aussi 
que les noms des auteurs seuls aient été cités. Le nom 
dlbn-Wahschiab, son compilateur. Test rarement. On 
voit alors quelle large part Ibn-al- Awam a faite àce traité, 
et rimportance qu'il lui attribuait. 

Nous nous demanderons d'abord : Qu'est-ce que ce 
recueil connu sous le nom d'Agriculture nabatbéennc? 
Quel est son auteur? Ces questions sont devenues néces- 
saires en présence de tous ces doutes et de ces dénéga- 
tions élevées récemment sur rauihenticité du livre et la 
bonne foi de son traducteur, Ibn-Wahschiah, 

M. Et. Quatremère, dans son mémoire sur les Nabathéens^ 
s'en est occupé (rès-sérieusement et avec toute l'érudition 
qu'on devait attendre d'un savant aussi éminent; M. Ern. 
Meyer a traité deTagricuIture nabathéennedansletomelll 
de son Histoire de la botanique^ s aidant du mémoire de 
M. Quatremère et des nombreuses citations d'Ibn-al- 
Awam. Plus récemment, M. Chwolson a publié sur cette 
même agriculture un long mémoire qui porte pour titre : 
Sur les restes de la littérature nabathéenne dans les traductions 
arabes. Ce mémoire a trouvé des contradicteurs, et il a 
amené la publication de savants mémoires, par MM. Renan, 
eo France, et Gutscbmid, en Allemagne. Dans ces mé- 



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— 80 - 

lûoifes, on s^est occupé bien plutôt de la forme du livre 
et des accessoires que du fond. Ainsi on a parlé d'abord, 
et tout naturellement, de la nation nabathéenne, de l'âge 
du livre qui, suivant M. Quatremère, auquel nous l'avons 
souvent entendu dire, remonterait à Nabuchodonosor, et 
suivantM.Cbwolson, bien plus-loin encore dans l'antiquité. 
On a savamment aussi discuté à Toccasion des Sabéens, 
dont il est fréquemment parlé dans le livre; les pratiques 
superstitieuses et leurs auteurs ont encore été beaucoup 
étudiées, mais la légende de Tamouz surtout a donné 
lieu à de grandes controverses. On a voulu voir dans 
l'ouvrage un mélange d'idées grecques et de superstitions 
orientales* M. Gutschmid croit, et il n'est pas le seul, que 
rimagination d'Ibu-Wahschiah a la plus grande part 
dans la rédaction de son œuvre, dont la majeure partie 
serait de son invention. Il nous semble qu'on a trop oublié 
le développement qu'avait pris l'agriculture dans la Chai* 
dée, développement attesté par Hérodote, comme nous 
l'avons vu, et par tous ces canaux d'irrigation creusés 
dans la Mésopotamie et la Syrie. Est-il étonnant que 
dans un tel état de choses il se soit trouvé des écrivains 
pour composer des livres sur une industrie si prospère? 
le contraire devrait plutôt nous surprendre. Quant à 
nous, noire intention n'est point de prendre part à cette 
lutte, ni de suivre les savants auteurs nommés dans 
leurs habiles argumentations. Une pareille entreprise 
dépasserait nos forces et excéderait de beaucoup les 
limites que nous avons dû nous imposer. Amené par la 
nature de notre travail & parler de rAgricuUure nabar* 



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— 81 — 

théenne, nous le ferons aussi comme semble Texiger 
l'œuvre dlbn-al-Awam, c'est-à-dire que nous ferons 
oonnattre le résultat de nos études sur ce sujet, en nous 
repliant de préférence sur la partie pratique, laissant de 
côté toutes les histoires ou questions de morale qui, à notre 
point de vue, constituent un accessoire du domaine de 
Tarchéologie et de la philologie plutôt que de l'agronomie. 

Nous commencerons par exprimer le regret de n'avoir 
pu pousser notre investigation aussi loin que nous l'au- 
rions désiré, faute de documents suffisants. En effet, nous 
ne possédons à Pans qu'un manuscrit incomplet, com- 
prenant la seconde et la troisième partie d'un ouvrage qui 
en contient neuf, privés surtout de la préface, pièce si 
importante, quand il s'agît d'apprécier un livre, car c'est 
là que se trouve la clef de la pensée de l'auteur. 

Et encore ce manuscrit est*il très-défectueux. Il y a 
dans le calendrier une transposition que M. Quatremère 
a déjà signalée; le mois d'Adar manque tout entier, 
et vers la feuille 1&9 il y a un passage brusque de la 
culture de la pastèque à celle de la vigne. Ces défec- 
tuosités en font nécessairement soupçonner plusieurs 
autres, peut-ôtre non moins importantes. Du reste, l'écri- 
ture est nette et lisible. 

Il existe, en outre, à la Bibliothèque impériale cinq 
autres manuscrits de plus petite dimension que le précé- 
dent, qui tous traitent de l'agriculture, et qui se présen- 
tent, par leurs titres, comme des abrégés de V Agriculture 
nabathéenne^ ou d'Ibn-Wahschiah ; ce sont les n""' 91/i et 
915, A. f., et 882, 885 et 88/i, f. s. Chose remarquatile, 

6 

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— 82 — 
tous ces manuscrits semblent accuser une affinité intime 
entre Tagriculture nabathéenne et l'agriculture grecque. 

Le mss. 9i&9 A. P., porte pour titre : Livre abrégé de 
fAgrimlture d'Ibn^Wahchtah. A la suite d'une courte 
doiologie on trouve : FoUà ot qu'a éMU Démocrite pour 
Vin$tiMion des laboureurs eu des ouvriers^ etc. 

Le mss. 916, A, P., a pour titre : Livre pour la science 
de rAgrieuUure. En suite de la doxologie et d'un exposé 
par l'auteur, qui ne se nomme pas, on lit : Lorsque je me 
fus bien confirmé sur l'agriculture dlbn-Wahschiak et 
celle de la Grèce, etc. 

Les mss. 883, 1 et 888, "2, f. s. , sont identiques avec 
le précédent, et ils portent le nom de l'auteur, Tobaigha- 
ai'Harkamaschy'Ol'Taman-Tsamari, nom qui semble 
turc ou d'origine tartare. 

Le mss. 882, f. s., porte pour litre : Livre de V Agricul- 
ture nabathéennCy abrégé de In grande Agriculture naba-- 
théenne^ par Abou-Behr^ben-Yahia-^^en^Ioussouf-Ibn^ 
Qarqamous*al*Homery, Après Tinvocation habituelle, il 
commence par ces mots : Voici un livre des livres du 
peuple de Roum. 

Le Q"* 88A., f. s., a une physionomie particulière; il 
parait d'origine plus moderne que les autres ; il a pour 
les végétaux une division méthodique qui lui est spéciale, 
dérivée de la forme du fruit et de la forme de la graine. 
Il cite des agronomes de toutes les époques, grecs, latins, 
arabes, sans oublier Ibn-Wahschiah ou V Agriculture nc^ 
bathéenne; il rapporte à la suite de chaque plante un 
fkttgment du livre des Secrets du soleil et delà lune^ attri- 



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— 8S — 
boé à Ibo-Wahschiah ; des distiques ou des quatrains 
terminent souvent les articles. 

Les n- 944, A. F., et 882, F. S., semblent être une 
traduction des Gëoponifue^ par extrait. Si les auteurs de ces 
manuscrits eussent présenté leur œuvre comme un extrait 
der^^rîtfu/tore grecque, il n'y aurait rien d'étonnant; mais 
toujours nous y voyons en télé rappeler le nom dibn-^ 
Wahschiah, ou V Agriculture nabaîhéenne. Cependant l'un 
d'eux (91 à)annonce les doctrines de Démocrite, nom essen- 
tiellement grec, et l'autre annonce un des livres du peuple 
ic Rmm ; fait-il ici allusion uux Géoponiques, qu'il tra- 
duit? Mais ces expressions sont les mêmes que celles 
d'Ibn-Khaldoun, parlant de rAgriculture nabathéenne 
comme nous allons le voir. Aucun nom grec n'est cité 
dans le corps des livres. Souvent on trouve réunis les 
noms des mois persans et syro-macédoniens. 

Quant aux n~ 915, A. F., et 883, F. S., ils semblent 
être un traité abrégé d'agriculture dans lequel seraient 
fondus ensemble les principes grecs et les principes na- 
bathéens. Il est dès lors peu étonnant que, pendant long- 
temps, ce livre ait été pris pour un abrégé de V Agricul- 
ture nabathéenne. 

Ibo-Khaldoun, dans ses Prolégomènes, au chapitre in- 
titulé : Science de l'Agriculture, parle de Y Agriculture 
nabathéenne et de la compilation d'Ibn-al-Awam en des 
termes qui ne peuvent servir à élucider la question. II dit: 
« Parmi les livres des Grecs , on traduisit le Traité 
d'Agriculture nabathéenne^ attribué aux plus savants 
des Nabathéens, et contenant sur l'article de la Magie 

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-.8Û - 
des détails qui annoncent des connaissances profondes. i» 
Comment concilier celte assertion, que Y Agriculture na'- 
bathéenne était un des livres du pays grec, avec cette autre 
assertion qui en fait un livre chaldéen, traduit par Ibn- 
Wahschiab ? Cette antinomie avait déjà frappé M. Et. 
Quatremère, et il avait cherché à l'expliquer par la sup- 
position que ce livre, écrit primitivement en chaldéen, 
aurait été traduit d*abord en grec et de là en arabe, « ce 
qui, ajoute-t-il, est le contraire de ce qui a lieu pour les 
livres grecs, d'abord traduits en syriaque avant de Tètre 
en arabe ; » puis il se reprend bien vite pour déclarer 
que l'assertion dlbn-Kbaldoun est erronée et contraire 
à l'autre assertion, si précisément articulée, que la tra- 
duction fut faite du chaldéen par Ibn-Wabschiah. Mais 
nous dirons qu'on peut très-bien supposer que le ma- 
nuscrit chaldéen resta sans être traduit oublié et délaissé, 
dans une bibliothèque , faute d'interprètes capables, 
comme il arriva au manuscrit de Dioscorides dont parle 
Ebn-Abi-Osaïba dans la Vie cCEbn-Djoldjol (1), qui, 
faute d'interprètes, resta dans la bibliothèque de Nasr- 
Abd-Arrahman. 

Si maintenant nous comparons l'agriculture naba- 
théenne avec les agricultures grecque et latine, au point 
de vue pratique, nous devons trouver de nombreuses 
analogies. D*abord les principes généraux pour la culture 
du sol et la plantation doivent être les mômes dans tous 
les âges et dans tous les temps, et l'on pourrait retrouver 
les mêmes doctrines sur la distinction des terrains, sur 

(4) Traduction d'AbdalUtif de Sicy, p. 496. 



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— 85 — 
les amendements, la fumure et le mode de plantatiou, etc. , 
aussi bien chez les auteurs chaldéens que chez les Grecs, 
les Latins, et même dans Olivier de Serres. Mais eusuite 
ces principes génémux se modifient dans leur application 
et dans les détails en raison du climat ou des perfectionne- 
ments amenés par l'expérience. Ainsi, de ce qu'une pra- 
tique est usitée en Chaldée et en Grèce, ce n'est pas à 
dire pour cela que les Chaldéens l'aient prise des Grecs. 
Il faut plutôt penser le contrai re, d'après ce que nous 
avons dit au commencement sur la marche de l'agrono- 
mie. Ces analogies dans les procédés de culture peuvent 
être d'autant plus fréquentes que les deux climats, plus 
rapprochés, présentent plus de ressemblance pour la na- 
ture du sol et les circonstances climatologiques. En outre 
de ces procédés, il en est d'autres qu'on retrouve partout 
chez les anciens et chez les modernes, dans l'Orient et 
dans rOccident, nés très-probablement dans chaque pays 
où ils sont employés. Nous citerons pour exemple la 
recommandation de ne couper le bois que quand la lune 
est croissante et déjà très-lumineuse; ce principe se 
rencontre dans tous les pays , chez les Orientaux, les 
Grecs et les Latins, et même aujourd'hui encore chez nos 
bûcherons. L'observation de la lune le troisième ou le 
quatrième jour de son renouvellement, celle de chaque 
phase du satellite de la terre, pour en déduire le temps 
probable, se retrouve aussi partout. Combien d'autres 
faits de ce genre ne pourrait-on pas citer ! 

Ce qoi surtout semblerait témoigner d'une origine \ 
grecque^ c'est la vigne de la thériaqucy cette vigne à laquelle / 



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— »6 — 

on prétendait donner la propriété de contre-poison. 
Tous les auteurs de TOrient et de l'Occident en ont 
parlé : Nabathéens, Grecs et Latins, Palladius et Pline. 
Il est probable qu'il faut prendre ici le moi thériagu e 
comme synonyme de contre-poison. Ce mot était sans 
doute alors très-répandu et employé en ce sens, et Ibn- 
Wahschiah aura cru devoir Tintrodurre dans son teite. 
Suivant Sagrit, elle aurait été très-anciennement connue 
dans laChaldée^oùon lui donnait le nom de vigne crépue^ 
parce qu'elle l'était en effet. 

Une partie qui nous présente de grandes et nom- 
breuses ressemblances avec les Géoponiques^ c'est le 
Calendrier; il en est plusieurs parties qu'on prendrait pour 
la traduction exacte des Géoponiques. Toutefois l'auteur 
ne manque jamais de revenir à la Babylonie et à la Syrie. 

Si nous possédions le texte complet ^ nous pourrions 
sans doute signaler d'autres points de ressemblance ; mais 
s'il y a des points de ressemblance nombreux, il y a aussi 
des différences essentielles qui donnent à l'œuvre dlbn- 
Wahsdiiah un cachet particulier. Tous les noms de con- 
trées et de lieux sont syriens ou babyloniens; dans les 
Géoponiquetf ils sont grecs. Les Arabes sont cités dans 
celles-ci pour la préparation de leurs engrais , prépara- 
tions qu'on lit aussi très-détaillées dans Y Agriculture na^ 
bathéenne. Théophraste vante le système de culture, pour 
les palmiers, employé par les Babyloniens, ce qui montre 
les progrès faits par l'agriculture dans ces contrées. Ibn- 
Wahsobiahcite des traditions orientales ; les Géoponiques 
citent les légendes de la mythologie grecque. 



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— 87 ^ 

VAgrieuUure nabathéenne indique une rose de seize 
vents; les Géoponiques la donnent de' douze, quatre de 
Djoins. Dans le mas. 015^ Â. F., elle est portée à trente^ 
deux, comme nous l'avons vu. 

Les auteurs nommés dans un livre ne le sont point 
dans l'autre. Nous ferons encore remarquer que les Géo-» 
jxmiqyes ne citent jamais les auteurs du recueil des Rei 
ru$lieœy sinou Varron, deux fois, et cependant les noms 
latins sont ceux qu'on rencontre le plus souvent. Ces 
noms sont très-peu connus, car il né reste de leurs ou- 
vrages que les passages que nous a transmis le compila- 
teur des GéaponiqueSf et la citation de ces noms dans 
quelques ouvrages d'érudition. 

La liste des plantes aussi a sa physionomie spéciale^ 
Elle contient beaucoup de noms de plantes qu*on ne trouve \ 
point dans Ibn-al-Avram4 Les noms pour lesquels Ibn^ ^ 
Wahschiah a donné souvent les noms équivalents dans 
l'arabe et d'autres langues ont une forme spéciale et 
souvent ohaldéenne. 

LesNabatbéens rattachent les plantes au soleil, à la lune 
et aux planètes. C'est ainsi que les cucurbitaeées sont 
des plantes lunaires. La lune et Mars, dit Sagrit, agissent 
eu oommun sur la pastèque, c'est pourquoi elle est hu- 
mide en excès. Deux astres heureux agissent simultané* 
ment sur la vigne, ce sont Jupiter et Vénus ; c'est Mars 
qui a hérissé d'épines les plantes; cette doctrine est 
aussi éttxidue aux animaux et aux minéraux, f 89^ l&â 
et il 9. Cette distinction et cette théorie ne se trouvent 
£uiiit ailleurs ; nous l'avons déjà signalée plus haut. 



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— 88 — 

V Agriculture nabathéenne rapporte les douze mois de 
Tannée aux quatre éléments, comme nous l'avons déjà 
vu, et cette division ne se trouve nulle part ailleurs que 
dans le calendrier de Cordoue. 

V Agriculture nabathéenne est surchargée de prescrip- 
tions superstitieuses et astrologiques. Les Géopmiques en 
contiennent aussi un bon nombre, mais beaucoup moins ; 
les Romains en ont aussi, mais moins encore que les 
Géoponiques. Ibn-al-Awam, sans y avoir renoncé absolu- 
ment, en a singulièrement diminué le nombre, ainsi que 
lui en rend témoignage Ibn*KhaIdoun. Columelle cite les 
Ghaldéens pour des observations météorologiques et astro- 
logiques, et Caton recommandait d'y avoir peu de con- 
fiance et défendait d'en conseiller l'usage, ce qui indique 
qu'on pourrait juger de l'âge relatif d'un traité d'agri- 
culture d'après le plus ou le moins de pratiques supersti- 
tieuses qu'il contient, et alors l'agriculture d'Ibn-Wah- 
schiah serait la plus ancienne. 

Avant d'aller plus loin, citons un fait qui parait d'une 
manière détournée établir un nouveau point de corréla- 
tion entre les Géoponiques et V Agriculture nabathéenne^ 
c'est cette menace de couper un arbre stérile qu'on lit 
dans un article des GéoponiquesÇS.^ 83] attribué àZoroastre 
et qu'on retrouve dans V Agriculture nabathéenne, suivant 
une citation d'Ibn-al-Awam (1, 552 texte* 517 trad.).Nul 
doute que le texte complet du livre d'Ibu-Wahschiah ne 
nous fournit les moyens de constater d'autres analogies 
sous le nom de Zoroastre, car la majeure partie des ar- 
ticles, qui dans les Géoponiques portent ce nom, sont des 



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— 89 — 
prédictions superstitieuses. En attendant, il est important 
de noter cette coïncidence. 

Quel est le Zoroastre cité ici? Est-ce le Zerdacht^ légis- 
lateur des Persans, et celui-ci serait-il le Zoroastres Per- 
somedus, auteur de quatre livres sur les phénomènes de la 
nature, dont parle Suidas, et que Needham pense ne 
point être celui des Géoponiques? H est bien permis de 
croire que ces citations auront pu être puisées dans quelque 
ouvrage publié sous le nom de Zoroastre. Cependant il 
ne faut point oublier le grand cas que le Zoroastre, au- 
teur du Zendavesla, faisait de l'agriculture, et les obUga- 
lions qu'il impose aux Perses de cultiver et de planter 
comme nous l'avons vu. Néanmoins il est très-rationnel 
de penser qu'on aura pu sous ce nom publier des ouvrages 
pour leur donner plus d'autorité, comme ceux, sans doute, 
dans lesquels ont pu être puisées les diverses citations 
attribuées à Adam, Seth, Noah (Noé) et autres patriarches 
de ràucien Testament. Nous sommes autorisé dans nos 
conjectures, quand nous voyons dans Hadji-Khalfah 
(tom. I,p. 61) qu'on attribue à Adam : i^ un livre qu'il 
aurait écrit en diverses langues, trois cents ans avant sa 
mort ; 2* un traité sur la divination, portant pour titre : Li- 
ber abseanditarum, livre des choses cachées (III, p. /i73) ; 
S* Sifr (U-mûustaqim ; Liber rectè consHtutus (iMc/., 
p. 600), etc. 

Dans la préface du livre qui a pour titre : Kitdb kaschaf 
asrâr al^mohtalin min Beni^âssdnyelc, livre de la mise 
au jour (litt. découverte) des secrets des rusés des Béni- 
Sâ$$ân), composé par Abd-al-Rahim, de Damas, connu 



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— Do- 
sons le nom d'Al-Djawbariy on voit figurer les noms des 
patriarches, Adam, Seth, Abraham, avec ceux d'Aristote 
et de Platon^ parmi les noms des auteurs d'ouvrages oon- 
suites (manuscrit appartenant à M. l'abbé Barges). 

Ces écrits pseudonymes attribués à Adam autorisent à 
penser qu'il en fut de môme pour d'autres personnages. 
Combien d'écrits dont l'authenticité est contestée n'ont-ils 
pas été attribués à Aristote; combien ont été publiés sous 
le nom d'Hermès! Ceux qui sont un peu au courant de 
la bibliographie française savent que tout ce qui était 
publié sur la magie et la sorcellerie et qui s'y rattachait 
était rapporté au savant Albert le Grand sous le titre de 
Grand- Albert^ pour les ouvrages importants et la haute 
magie, et de Petit-Albert^ pour ce qu'on appelait magie 
blanche. 

Maintenant nous arrivons à une question complexe et 
bien controversée : Quelle part doit- on faire à Ibn-^Wah- 
schiah dans la rédaction de VAgricviture nabalhéenne? 
A-t-il traduit intégralement un livre écrit en chaldéen, ou 
bien n'en a-t-il traduit qu'une partie, à laquelle il aurait 
rattaché ses propres observations, ou bien, enfin, son livre 
aurait*il été fabriqué en totalité par luit Telles sont en 
réalité les questions qu'on a posées et débattues. 

Avant de lesaborder, voyons quels matériaux Ibn-Wah- 
schiah ou Tauteur de l'Agriculture nabathéenne pouvait 
avoir à sa disposition pour composer son œuvre. Les Na- 
bathéens, dit M. Quatremère, possédaient une littérature 
assez riche ; leurs livres étaient nombreux. Parmi ces ou- 
vrages il y eu avait plusieurs qui traitaient de Tagriculture. 



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— 91 — 
\jd plus ancien était deSagrit (Dhagrit» suivant M. Ghwol* | 
son), qui parait avoir vécu à une époque indéterminée; il J 
était écrit en vers. Vint longtemps après, Jambouschad, qui 
ajouta à ce qu'avait faitSagrit, le résultat de sa propre ex< 
périence; puis Tamitri ou Tamiri, et plusieurs autres dont 
le mémoire rappelle les noms qui se trouveraient réunis 
dans VHiêtoria orientaHs d'Hottinger ; Adam, Setb et Noé 
7 figurent aussi (Cf. Heyer, in, p. &5, &6)* Ainsi, il pa- 
raîtrait qu'Ibn-Wahscbiab n'aurait eu à sa disposition que 
des ouvrages détacbés, qu'on peut difficilement croire 
avoir été réunis en un seul corps. 

Quant à nous, nous pensons qulbn-Wahschiab est l'au- 
teur du livre qui a pour litre : V Agriculture nabaihienne. 
Nais, en examinant attentivement la forme de la rédac- 
tion, nous avons remarqué qu'il se composait de citations 
diverses portant toutes le nom de leur auteur. Nous avons 
aussi remarqué que souvent le rédacteur intervenait lui- 
même en indiquantsa personnalité. Nous avons été frappé 
de l'analogie que ce plan présentait avec celui suivi 
par Ibn*al-Awam. Nous avons pensé que Toeuvre d'Ibn- 
Wahschiab pouvait bien être une compilation dans le 
genre de celui de notre Arabe de Séville, c'est-à-dire une 
Maison rustique. Nos conjectures ont été confirmées par 
les deux passages extraits de la préface du livre et rappor- 
tés par H. Gbwolson dans son mémoire (pag. 45 et 16, 
noie). Dans le premier, il est dit qu'Ibn-Wahscbiah tra- 
duisît le livre de VAgricuUuTe nabathéenne en Tannée 290 
de l'hégire, et qu'il le dicta k Abou-Thaleb eu l'an MS 
de l'hégire. Dans le second passage, il dit qu'il voulut 



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— 92 — 
compléter sa traduction et qu'il dicta à Âbou-Thaleb, lui 
recommandant de n'empêcher personne de prendre com- 
munication du livre à cause du grand avantage qu'on en 
pouvait tirer. On voit donc ici un premier travail resté 
incomplet pendant vingt-huit ans, que son auteur a voulu 
compléter ; et il Ta dicté à un ami, son disciple, comme 
ledit M. Ghwolson, ce qui est bien probable, ajoutant à ia 
première rédaction et y intercalant diverses réflexions et 
ces citations traditionnelles si nombreuses. 

M. Ern. Meyer, pour ses appréciations de V Agriculture 
ficAathéenne^ manquait d'un document fort important , le 
texte. En effet, Ibn-al-Awam cite toujours V Agriculture 
nabathéenne, et souvent Koutsami ou autre, rarement Ibn- 
Wahschiah, de telle sorte que plusieurs des articles cités 
lui semblent d'une origine commune, tandis que s'il eût 
vu le texte, il eût distingué ce qui était propre à chaque au- 
teur chaldéen et au traducteur, et il n'eût pas été surpris 
de rencontrer des noms de plantes grecs ou indiens. 

C'est sans doute de ce premier travail que veut parler 
Âbou-Thaleb, quand il dit qu'il demanda à l'épouse dlbn- 
Wahschiah communication d'un exemplaire original pour 
vérifier une grande lacune qui existait à la place où était 
expliquée la fabrication du vin. 

Ainsi, nous le répétons, il est impossible que le livre 
d'Ibn-Wahschiah soit une simple traduction, puisqu'il 
contient souvent des observations qui lui sont propres, 
portant sou nom ou sa qualification de traducteur que 
nous allons expliquer. Nous ferons remarquer aussi que la 
plus grande partie des traditions historiques viennent de 



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— 93 — 
lui. Ceci dégagé, il ne nous resterait de la rédaction chat- 
déenne ou nabatbéenne que les articles de Koutsaœi , 
Sagrity Jambouschad et quelques autres^ c'est-4i-dire les 
éléments d'un fort bon traité d'agriculture. L'indication 
de ces différents noms que portent les plantes dans di- 
verses contrées est bien aussi de la main du rédacteur. 

Quel était ce disciple ami d'Ibu-Wahschiah qui fut son 
éditeur? Il s'appelait Abou-Thaleb-Ahmed-ben-cU-Hossein" 
ben ^Ali'-ben - Ahmed-ben - Mofiammed-ben -^d-Matek-^l- 
Ziâl ; il est mentionné par le Firist-el-Ouloum comme 
Tami dlbu-Wahschiah dont il publia les œuvres {Mém 
ChuxAsoriK 

Il ne nous reste plus qu'à voir ce qu'on doit réellement 
entendre par le mot nûqil ; à proprement parler, ce mot 
qui vient du verbe naqol^ lequel signifie transporter (d'un 
lieu dans un autre) et par suite traduire^ devrait s'inter- 
préter le traduisant. Mais nous avons admis qu'lbn-Wah- 
achiah avait trad uit seulement les auteurs nabathéens. Alors 
nous demanderons encore s'il les a traduits bien intégrale- 
ment, ou s'il ne s'est pas contenté d'en extraire la partie 
essentielle à son sujet pour la transporter et l'introduire 
dans son livre, précisément comme l'a fait Ibn-al-Awam, 
ainsi qu'on en acquiert la preuve en comparant les extraits 
qu'il donne de Y Agriculture nabathéenne avec le texte du 
manuscrit. Ibn-al-Awam résumant dans sa préface la 
méthode qu'il a suivie pour ses citations dit : naqaltou 
aqovâl^ fat traduit les dires, ce qui dans le sens logique 
signifie : fai rapporté ce quont dit les auteurs, etc. Ainsi 
Ibn-Wahschiab pourrait bien, lui aussi, n'être plus un 



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-94 — 

traducteur dans le sens qu'on donne habituellement à ce 
mot j mais Thomme qui a composé un livre en rappor- 
tant les doctrines des auteurs qui Vont précédé, prenant 
chez les Nabathéens ce qui convenait à ce sujet, comme 
semblent l'indiquer ces mots moulaf ahdA-aUhitab, le 
compositeur de ce livre. 

Pourtant on peut très-bien admettre qulbn-Wahschiah 
ait traduit intégralement les textes des agronomes naba- 
théens, et que dans sa dictée à Âbou-Thaleb il ait entre- 
mêlé ses propres observations et ses notes aux articles des 
divers auteurs qu'il a quelquefois abrégés, comme il le 
dit (V, p. 89). Nous le répétons, pour bien juger la ques- 
tion, il faudrait voir l'ensemble du texte. 

Telles sont les conjectures que nous hasardons et li- 
vrons à l'appréciation des savants. 



Telles sont l'analyse et la disposition du livre dont nous 
avons entrepris la traduction, travail pénible, labeur 
difBcile auquel nous avons consacré plusieurs années 
d'études et de recherches consciencieuses. 

Cette traduction présentait plusieurs difficultés sé- 
rieuses quant au texte et quant à la matière. Le texte, 
déjà publié par Banqueri, à Madrid, au commencement 
du siècle, laissait à désirer dans plusieurs parties, ce qui 
s'explique facilement, parce que le savant ecclésiastique 
n'avait à sa disposition qu'un seul exemplaire. Nous avons 
pu opérer plusieurs rectifications eu nous aidant de la 
partie de X Agriculture nabathéenne dont nous avions le 



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— 95 — 
manuscrit, et des Géoponiques^ où nous avons trouvé de 
nombreux passages analogues et même identiques. Nous 
nous sommes aidé utilement aussi d'Àristote. 

Rendons à Banqueri la justice quMl mérite. Il abordait 
une matière très-difficile; il n'avait pas en lexiques ni en 
auteurs spéciaux les ressources qu'on possède aujourd'hui . 
Nous croirions manquer à la reconnaissance si nous ne 
disions que son œuvre, malgré ses imperfections, nous a 
été d'un grand secours. Le premier qui déchiffre et tra- 
duit un manuscrit est comme celui qui explore le pre- 
mier une forêt vierge ; il ouvre le passage et facilite 
l'accès à ceux qui viennent ensuite. 

Une difficulté sérieuse venait de la lexicographie. Ici, 
comme toutes les fois qu'il s'agit d'ouvrages techniques, 
les lexiques laissent infiniment à désirer ; nous avons dû 
y suppléer en appelant à notre aide les connaissances 
acquises par notre séjour à la campagne et par l'étude des 
sciences naturelles. Ces deux auxiliaires nous ont bien 
servi encore pour l'interprétation de la matière, qui, 
très^argée de détails, exige beaucoup de connaissances 
q^éciales. 

Un autre ordre de difficultés se trouvait encore dans la 
détermination des noms des arbres et des plantes. Pour 
vaincre cette grande difficulté, dont nous avons déjà 
parié, nous nous sommes aidé de Y Histoire de la botanique, 
de M. Meyer, déjà souvent rappelée , de YHistoriareiher- 
bariœ, de Sprengel, et de la Flore de Pline, par M. Fée, 
œuvre de profonde érudition, où se décèlent le savoir et la 
sagacité de Tauteur. La version arabe de Dioscorides, par- 



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— 96 — 
fois aussi, nous a bien servi. Nous avons encore eu 
recours à Forskhal; mais notre conBance en lui était 
moindre que dans les deux premiers savants, parce qu'il 
recueillait les noms tels qu'on les lui donnait, et que sou- 
vent il eut affaire à des gens peu habiles, comme le prouve 
fréquemment la mauvaise orthographe des mots. C'est 
aussi l'opinion de Sprengel, avec lequel nous avons été 
heureux de nous rencontrer; 

Nous avons aussi tenté de déterminer les insectes nui- 
sibles et les rongeurs, ceux-là surtout qui attaquent les 
fruits et la vigne ; Bochart a nécessairement été consulté, 
et M. Guérin-Méneville, savant entomologiste bien connu, 
a été assez bon pour nous venir en aide. 

Le plus souvent, et toutes les fois que nous Tavons pu, 
nous avons donné l'équivalent des poids et mesures arabes 
en poids et mesures métriques actuels. Pour opérer cette 
détermination, nous nous sommes aidé du savant travail 
de M. Vasquez-Queipo sur les poids et mesures des an- 
ciens et des Orientaux^ et d'explications très-lucides con- 
tenues dans une lettre que nous a adressée avec une bien- 
veillance remarquable le savant espagnol en réponse aux 
questions que nous lui avions soumises. C'est lui qui 
nous a fourni la détermination du mardjah, mesure 
agraire arabe, et de quelques mesures de capacité. M. Jo- 
mard, de regrettable mémoire, nous est venu en aide 
avec sa bienveillance habituelle et la complaisance em- 
pressée qu'il mettait toujours à répondre aux questions 
qui lui étaient adressées. C'est à lui que nous devons la 
détermination de la coudée et de ses fractions. 



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— 97 — 

Pour Tévaluation du karaty nous nous sommes appuyé 
sur les données obtenues dans les expérimentations faites 
avec M. Rodet, et consipées dans un article sur les 
pesanteurs spécifiques chez les Arabes (1), inséré dans le 
BuUelin de la Société Asiatique ^ prenant pour base les 
quatre grains d'orge, ou 212 milligrammes, et non le 
grain de kouara^ comme le dit chaque année, par erreur, 
Y Annuaire du bureau des longitudes^ parce que ce grain 
n'a pas le poids du karat. 

Quelquefois, mais pas autant que nous l'eussions 
Toulu, nous avons rappelé les procédés et coutumes au- 
jourd'hui en usage, qui se montrent analogues à ceux de 
l'Orient. Ce que nous n'avons jamais manqué de faire, 
c'est de rappeler les Géoponiques^ le recueil des Rei rus- 
tieœ scriptares et Pline, quand il y avait lieu, afin de 
fournir aux curieux une sorte de traité d'agriculture 
comparée, et de leur venir en aide pour l'histoire de la 
science. 

Les notes placées au bas des pages pourront paraître 
trop brèves et souvent insuffisantes, nous en convenons ; 
mais nous avons été limité par l'espace, et retenu par 
la crainte de grossir les volumes, qui déjà par eux-mêmes 
avaient tant d'ampleur. Nous espérons pouvoir, dans un 
troisième volume supplémentaire, revenir sur ces notes et 
leur donner un développement convenable. Nous y don- 
nerons aussi un travail assez étendu sur la détermination 



(4) Voy. Bechereheê iur VhUtùire naturelle et physique chez le$ Arabes 
(Journal de la Soetété asiatique, 4 858, tom. xi, 5« série, pag. 379). 

7 



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— 98 — 
des végétaux et des insectes cités, travail déjà fait et qui 
peut être livré à la presse. 

Enfin, nous nous sommes proposé d'être utile à notre 
pays en faisant connaître les pratiques agricoles de cet 
Orient si mal connu sous ce rapport. Nous avons pensé que 
nous ouvririons une nouvelle voie à l'observation et à la 
pratique. Les agricultures grecque et romaine étaient 
déjà bien connues, celle des Arabes ne Tétait point ou 
trop peu; nous avons voulu combler cette lacune. Le lec- 
teur nous fera peut-être le reproche d'être resté trop 
attaché à la lettre et de ne pas avoir assez fait pour la dic- 
tion. Nous répondrons que ce n'est point une œuvre litté- 
raire que nous avons voulu faire, mais une œuvre où la 
pratique vînt s'associer à l'érudition, l'agronomie à la 
philologie. Nous avons travaillé non-seulement pour des 
Français, mais aussi pour des savants étrangers ; nous 
avons donc pensé qu'il fallait surtout faire ressortir Tin- 
telligence du texte. 

Nous pensons aussi avoir fait une œuvre utile pour 
TAlgérie. En effet, quand le gouvernement impérial s'oc- 
cupe d'une manière si active de faire fleurir l'agriculture 
dans cette France africaine, afin d'utiliser dans toute son 
étendue son sol si fertile en céréales et qui fait concevoir 
de si belles espérances pour la culture du coton, il ne peut 
qu'être très-avantageux et à propos de vulgariser les 
préceptes enseignés par les Arabes. Écrits pour le midi 
de l'Espagne et pour la Syrie, dans leur plus grande par- 
tie, ils peuvent donc être avantageusement appliqués à 
l'Algérie, qui a tant de rapports, pour la climatologie, avec 



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— 99 — 

ces deux régions, suivant les indications que nous devons 
à Tobligeance de M. Renou. 

Nous répéterons encore ici ce que nous avons déjà dit 
dans notre prospectus, qu'il faut bien se garder de con- 
fondre l'œuvre d'Ibn-al-Awam avec VJgricuUure nor- 
bathéenney comme on le fait si souvent. Cette dernière, 
ainsi qu'on Ta vu, a fourni de nombreux articles à notre 
auteur ; mais c'est, comme on l'a vu aussi, un livre bien 
distinct et d'une époque très-différente. 

Qu'il nous soit permis maintenant de témoigner toute 
notre reconnaissance aux savants ou amis qui ont bien 
voulu nous encourager dans l'accomplissement de notre 
œuvre et nous aider de leurs conseils : MM. Reinaud, 
Gaussin de Perceval, l'abbé Barges et Munk, mes maî- 
tres, qui, par leurs conseils dans de savants entretiens ou 
par des communications obligeantes, nous ont aidé à 
triompher des difficultés qui pouvaient nous arrêter. 

Nous serions ingrats si nous négligions de mentionner 
parmi les personnes qui ont droit à notre gratitude, M. An- 
toine Passy, qui a si chaudement patronné notre œuvre 
auprès de la Société impériale et centrale d'agriculture, 
laquelle, sur son rapport, a jugé notre traduction digne 
d'une médaille d'or. Je dois aussi une mention de recon- 
naissance à M. Emm. Latouche, secrétaire adjoint à l'É- 
cole impériale des langues orientales, qui plusieurs fois m'a 
fourni d'utiles indications. Pourrais-je aussi sans ingrati- 
tude oublier deux amis dévoués, MM. le docteur Laudy 
et Octave Gardet, dont les conseils m'ont été si utiles. 



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— 100 — 
Toutefois, disons en terminant, que si une étude sé- 
rieuse et approfoudie des agronomes de l'antiquité révèle 
chez eux de grandes connaissances en agriculture, ce- 
pendant, en se repliant sur notre époque, on voit que 
depuis que Tagronomie a attiré vers elle l'attention des 
hommes d'intelligence et qu'elle s'est élevée à l'état de 
science, elle a participé au bénéfice du mouvement intel- 
lectuel qui caractérise notre siècle, et que sa part dans 
le progrès lui a procuré de grandes améliorations. Elle 
nous fournit une nouvelle preuve de la vérité de cette 
assertion, que si Ton doit dire : ab Oriente luœ, on peut 
ajouter avec non moins de vérité: abOccidenteprogressus. 

OBSERVATIONS. 

ïbn-al-Awam cite souvent ce qu'il a vu ou expérimenté lui- 
même; ces citations sont indiquées en arabe^ littéralement par 
ces mots : pour moi, que nous avons remplacé par ceux-ci : 
l'Auteur dit. 

Nous avons traduit le mot Anoucha par Enoch, c'est une erreur 
que nous avons reconnu trop tard, il fallait traduire par Noach, 
Noé. 

Les citations de Pline sont faites généralement d'après le texte 
et la traduction annotée, publié par Panckoucke. Celles des 
Agronomes latins sont faites d'après l'édition de Gasp. Fritsch, 
2 vol. in 8*, Lips, 1735. — Pour les Géoponiques, nous avons 
suivi l'édition de Needham, 1 vol. in 8*, Cantabr. 1704. 

Titre du Mémoire de M. Gutschmid : Die Nabatcuscke Land- 
wirthschaft und ihre Geschwister {Zettschrift der deutscken Mor- 
gerdand-Gesellschaft ; 50 Band, 1 ffeft). 

Errata. — Page i!i6; lis: Rhazès^ né dans riraq-Àdjémi^ à 
Rhal, l'ancienne Rages, d'où lui vient son surnom par l'adjonc- 
tion d'un Z [Aboulf., Géogr., text,, p. MO. 



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PROLOGUE 

ou PRÉFACE DE L'AUTELR ARABE. 



AC XOM DU DIEC CLÉMBNT ET MISER ICORDlEiX EN QUI EST TOUTE 
HA CONFIANCE. 

L'auteur de ce livre^ le cheik illustre Abou Zakaria lahya 
Ibn Mohammed ben Ahmed Ibn al Awam^ à qui Dieu fasse mi- 
séricorde, dit : Louange a Dieu, le maître des mondes... 

Après avoir lu les livres sur Tagriculture laissés par les 
agronomes musulmans d'Espagne, et ceux qui viennent d'au- 
tres agronomes anciens qui écrivirent antérieurement sur la 
culture des divers terrains, ouvrages dans lesquels se trouve 
l'indication satisfaisante des travaux à exécuter pour les ^- 
mis, les plantations et tout ce qui s'y rattache; et en outre ce 
qui, dansées mêmes écrits, forme l'accessoire de l'agriculture, 
comme l'élevage des animaux, c'est-à-dire de ceux d'entre 
eux qui lui viennent en aide, mon attention s'est flxée sur ce 
que ces ouvrages contenaient de plus intéressant. C'est, d'a- 
près les sources originales mêmes, que je rapporte dans mou 

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— 2 — 

livre les systèmes ou manières de voir qui y sont contenus, 
conservant les divisions par chapitres^ par sections et les ex- 
plications. 

Celui qui voudra embrasser l'agriculture (litt. cette partie), 
comme industrie, y trouvera. Dieu aidant, un moyen d'exis- 
tence ; il en obtiendra, non-seulement sa propre subsistance, 
mais aussi celle de ses enfants et de sa famille (domestiques). 
11 trouvera la satisfaction de ses besoins et de tous ses désirs. 
Ainsi il se procurera tous les avantages de la vie présente et 
la félicité de l'autre, avec le secours de Dieu. En effet, au 
moyen de semis et plantations , ses provisions alimentaires. 
Dieu aidant, seront abondantes. On rapporte que c'est à cela 
que le prophète fait allusion, quand il dit : Cherchez le sou- 
tien de voire vie dans les fruits de la terre. 

Le cheik illustre, éloquent, le très-remarquable Abou Omar 
Ibn He4jadj, à qui Dieu fasse miséricorde, vers la fin d'un des 
livres qu'il a composés sur l'agriculture, intitulé le Mognah 
ou le Suffisant, parmi les conseils qu'il donne sur ce à quoi il 
faut prendre garde, dit ce qui suit : C'est pour toi, mon frère, 
que j'ai mené à fin ce travail. Tout ce que je dis converge 
vers le but que je me suis proposé ; je me suis assez étendu 
pour te prémunir contre les opinions de ces populations igno- 
rantes , chez lesquelles on ne rencontre aucune espèce de sa- 
voir, ni rien de bon , quel que soit le laps de temps qui se soit 
écoulé depuis qu'elles sont adonnées à l'agriculture, et qu'elles 
sont attachées à ses travaux. Ainsi tu laisseras de côté (l) 
ces hommes pour adopter les doctrines des «igronomes les 
plus distingués et les plus intelligents, car voilà nos seuls mo- 
dèles, aucun autre ne peut en servir. Ne te laisse donc point 
entraîner par les raisonnements de ces gens stupides, ni par 
les opinions de ces hommes grossiers et orgueilleux ; ne tiens 
aucun compte de leurs discours frivoles, tu ne peux espérer 
tirer d'eux rien de plus qu'un service de valets , car ils sont 
en dehors de la science et fort éloignés de ce qu'il y a de bon. 

(t) Litt. tu as dëtoariié toi d'eux (pour (e porter vers, etc.). * 



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3 — 



ARTICLE PREMIER. 



Parmi les raisons qui peuvent déterminer à se livrer aux 
travaux de Tagriculture, qui peuvent engager à s'y adon- 
Dcr et à étudier les principes de l'agronomie et ses diverses 
branches, ce sont les récompenses promises par le pro- 
phète à ceux qui les auront mis en pratique iJtUt. aux semeurs 
et aux planteurs). On raconte que le prophète a dit : Si quel- 
qu'un Tait une planiilion ou un semis, et qu'un homme en ait 
mangé ou même un oiseau, ou un animal sauvage, la quantité 
absorbée lui sera comptée comme aumône. Le prophète a dit 
encore : Si un homme fait une plantation et qu'elle porte 
du fruit. Dieu lui donnera une récompense proportionnée 
aux fruits qui auront été produits (HlL qui seront sortis). 
Abou Harirab rapporte que le prophète a dit : Celui qui 
élè\e une construction , sans commettre d'injustice , ni 
léser personne, ou qui (ait une plantation en respectant 
les principes de la justice, obtiendra de la miséricorde 
du Créateur une récompense qui lui procurera beaucoup 
d'avantages. Le prophète a dit encore que lorsque Dieu 
veut rendre une semence productive, il place sa bénédiction 
entre le chaume et l'épi, et qu'il préi)Ose un ange à la garde 
de chaque grain. Ainsi, quand vous faites un semis, dites : 
IHeu! envoie ta bénédiction et ta miséricorde. Il existe encore 
beaucoup de mots et de sentences du prophète sur ce sujet, 
j'espère que ce que j'ai rapporté sera suffisant. 

Abt. il 

On lit dans le livre intitulé Cim$eiU à un homme $ur la bontu 
tenue de ion domaine, qu'un jour Abou Harirah interrogé 
sur ce qui constitue la valeur de l'homme (la virilité) (1), ré^ 

(1) CeUe expression «^1 se trouve dans le Mss. 882 f. s. a. f* 2 v em- 

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— 4 — 

|)ondit : Craindre Dieu et bien administrer son domaine. Qis- 
Ibn-Hazem dit à ses enfants : Votre principal devoir, c'est de 
bien administrer votre fortune, car c'est ce qui excite les sen- 
timents généreux et qui éloigne les idées de bassesse. Atabah 
Ibn Abou Çafian dit a son intendant en lui conQant la gestion 
de ses biens : Donne des soins à ce qui dans mes affaires est 
peu important, il gi-andira ; si tu négliges ce qui est grand, il 
s'amoindrira. On trouve l)on nombre de préceptes de ce genre 
comme ce qui suit: Le propriétaire d'un domaine rural doit le 
surveiller lui-même. Il ne doit jamais s'en absenter, surtout à 
l'époque où s'exécutent les travaux de culture afin de s'assurer 
si les ouvriers travaillent avec zèle, les récompenser et rem- 
placer ceux qui en manquent (i). Parmi les proverbes on cite 
celui-ci : Le champ dit à son maitre : Fais-moi voir ton ombre 
et cultive. 

Art. 111. 

On dit que le premier homme qui se livra a ragricuUurc 
fut Adam, sous l'inspiration divine qui lui enseigna l'agro- 
nomie; ensuite ce fut Seth, flls d'Adam, puis Edriz; vint en- 
suite le déluge, et à la sortie de l'arche, personne ne songea 
• à s'occuper de culture, ce fut Noé qui y rappela les hommes 
(et la leur enseigna). 

Art. IV. 

Ibn Hazam l'espagnol, à qui Dieu fasse miséricorde, dit : 
Sachez que l'agriculteur ne trouve de repos, de jouissance, de 
sécurité, de considération et enfin la récompense à laquelle 

ployée dans le sens de maître du domaine dans un passage où se trouvent avec 

détail iM préceptes qui sont ici en abrégé. &Xs^^ Jc»ijO «t «^ c^:^ 

J\ qui répond bien à ce ^umÀjj hx^\ v„,^/^a.L0 JSkj , %! qu'on lit ici 
^ • •* • " w 

On peut comparer Geop. U. 1. — ttoXu tG otYpw «MpeX({xoç Vj tou Ssottoto'j 
icapouffia. Phmmum confert agro prœscnKa domini. Pailadius dit à peu près 
la même cLose, Pratentia Domini proveettis est agri. De re rust, 1, 5. 

(l) Il faut llr^j^^ comme dans le Mss. 882, loc. cit. et non J.*.û£» 



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— 5 — 

il a droit; que lorsqu'il a forcé le sol à être son tributaire [liU. à 
lui payer la dlme). 

L'agriculture est de tous les moyens de gagner sa vie^ le 
plus avantageux ; elle s'applique à deux sortes de terrains (1) 
ceax élevés (qu'on ne peut arroser), et ceux qui sont arrosés. 
De ces deux espèces de sol, celle qui est la plus estimée pour 
son produit, et comme la mieux garantie contre les accidents, 
c'est celle qui est arrosée par les sources et les eaux courantes 
an moyen des rigoles. Une seconde classe de ces terres arrosées 
exige beaucoup plus de peine et de fatigue, c'est celle qui 
l'est au moyen des machines telles que norias, aqueducs et 
machines a godets ou seaux que mettent en mouvement {lUi. 
font tourner) des chameaux, des ânes et des mulets, celle - 
ci court le plus de risifues (2). Mais il ne faut recourir aux 
norias ou machines pour les irrigations qu'autant qu'il y a né- 
cessité impérieuse pour assurer la subsistance (de la famille) 
et qu'on manque de tout autre moyen. Dans ce cas, Tagricul- 
teur doit diriger le travail par lui-même, s'il n'en agit pas 
ainsi il y aura pour lui augmentation de dépenses et diminu- 
tion dans les bénéfices. La dépense causée par les animaux 
vient se joindre aux autres accidents, et souvent aussi, elle 
éprouve un accroissement (inattendu). Sachez bien qu'un 
petit domaine réuni est plus avantageux, plus estimé et plus 
productif qu'une grande propriété (morcelée) et divisée. Le 
premier peut être surveillé par une seule personne, ttmdis que 
|)Our la seconde il faut un surveillant à chaque partie. 



(1) Itil. elle se divise en deax parties : les terrains élevés et les terrains 
arrosés. Ici est une forte ellipse qui pourrait donner à penser qu'il y a une 
lamne dans le texte, car pour s'exprimer d'une manière logique il faut dire : 

• L'agricoltore se divise en deux parties, l'une a pour objet les terrains élevés 

• ft rautre les terrains arrosés; ceux-ci forment deux classes dont la première 
> la plat estimée» etc. • Notre traduction diflère de celle donnée par M. de Sacy 
Qirest arab. i. t2S, rectificative de Banqueri. Ces deux natures de terrains 
étaient connues des Romains sous le nom de sieeanea et rigua. Colum. Il, 3. 

(2) On lit aussi L^l ; Banqueri y a substitué [^ji^\ que nous avons adopté ; 
M.deSae) a ronserré U première leron, loe. cit. 



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— 6 — 

Art. V. 

Ce qu'on entend par agriculture c'est Tamélioration de la 
terre^ la plantation des arbres^ la greffé de tout ce qui peut 
gagner à ce procédé. Le semis des graines suivant Tusage reçu 
pour chaque terrain^ l'application des soins qui peuvent en 
étendre le profit^ l'emploi des procédés qui, par Teflèt de la 
volonté divine, peuvent écarter les accidents nuisibles , la 
connaissance des diverses qualités de terre, bonne, moyenne, 
et celle qui est inférieure : voilà des principes fondamentaux 
qu'on ne peut ignorer; il faut encore savoir quelles espèces 
d'arbres, de graines et de légumes il convient de cultiver dans 
chaque espèce de terrain; faire les choix des bonnes qualités; 
en quel temps on doit spécialement confier à la terre ces di- 
verses espèces ; quel état de l'atmosphère est le plus convenable ; 
de quelle manière on doit exécuter les travaux pour les di- 
verses opérations. On devra aussi connaître les diverses na- 
tures des eaux qu'il convient de donner aux différentes espèces 
végétales. Il faut avoir l'expérience des divers- engrais (et amen- 
dements) et de ce qui peut ajouter à leur énergie, savoir les ap- 
pliquer suivant l'exigence de chaque espèce de végétal, planta; 
ou arbre, et même de terre; de quelle façon le sol doit être pré- 
paré pour recevoir la semence et comment, après le semis, 
on continue la culture (i), on applique les engrais; comment 
aussi se nivelle le terrain pour faciliter le cours des eaux de 
façon qu'elles arrivent aux diverses parties qu'on veut arroser. 
Il faut savoir régler la quantité de graine que peut supporter 
le terrain, suivant chaque espèce, et donner les soins voulus 
pour combattre les accidents fâcheux qui s'attachent à ces di- 
verses cultures. Il ne faut donc rien négliger et se tenir at- 
tentif pour tout ce qui peut maintenir toute chose en bon 
état, afin d'en tirer tout l'avantage (désiré) et l'accroître 
encore, avec la volonté divine. Il faut aussi savoir emmagasi- 

(1) liu. la manière du travail avant son semis et après sa plantation. 



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ner les graines et les firuits^ ne point ignorer le parti qu'on 

peut tirer du produit des arbres et autres détails analogues 

qui se rattachent à Tagriculture, la volonté divine venant en 

aide. 

Art. VI. 

Après que j'aurai^ avec le secours de Dieu^ terminé ce que 
je me suis proposé de dire sur Tagriculture, j'ajouterai la ma- 
nière d'élever les animaux^ qui sont indispensables pourTagri- 
culture. J'indiquerai aussi la manière d'élever certains oiseaux 
qu'on entretient dans les basses-cours et dans les habitations 
pour le profit qu'on en tire. Je dirai à quels caractères on re- 
oonnatt ceux qui sont les meilleurs et les plus vigoureux. Je 
tracerai ce qu'il convient de faire au moment du part^ et en- 
suite pour dni:sser les jeunes animaux. J'indiquerai aussi les 
soins et les traitements exigés dans diverses maladies^ et tous 
les détails accessoires à cette matière. 

AnT- VIL 

Sachez^ Dieu puisse-t-il me venir en aide ainsi qu'à vous, 
que j'ai divisé mon travail en trente-cinq chapitres. J'ai assem- 
blé et groupé ces chapitres d'après les matières qui y sont 
traitées et les rapports (|Mi les lient entre eux, aidé de la volonté 
divine dont j'implore le secours et en qui je me confie. J'ai 
pris pour base de mon travail ce qu'a écrit le cheik savant et 
illustre Abou Omar Ibn Hedjadj, à qui Dieu fasse miséricorde, 
dans son livre qui porte pour titre El-Mognah (le Suffisant) 
qu'il composa en Tan 466 (hégire, 1 073, ère chr.). Il a rédigé son 
travail d'après les doctrines des agriculteurs et des philosophes 
Motecalemins (i) les plus distingués, il a rapporté ou traduit les 
textes en citant chacun des auteurs auxquels ils appartiennent. 
Le nombre des auteurs qui ont fourni des citations s'élève à 
trente. Les anciens sont : Junius, Varron,Lecacius, Youkansos 

(1) Seete de phtto0opble arabe. V. Bfaiik» — Mélanges de ptUloMphte juive et 
9nbe, pag. 313 et 021, les Moteealemine sont cités deux fois dans ie Mss. 884 f. 
S. A f. M r et 90 r. 



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— 8 — 

Teritsiiis, Betoudon^ Baryathius^ Démocritus leGi*ec^Gassianus^ 
Tharoiir-Atîkos, Léon le Noir (l'Africain), tiourkastos le savant 
grec, Sadihames, Samakous, Sarahous, Anatolius, Solon, 
Sidagosde Syabes, Mouharis, Margouthis, Marsinal d'Athènes, 
Hanon, Barour-Anthos, et parmi les écrivains d'une éftoque 
postérieure sont : Rhazès , Isaac , Ibn Soliman , Tabit Ibn 
Korah, Abou Hanifah Aldinouri et autres dont nous omettons 
les noms. 

J'ai ensuite puisé dans les auteurs qui vont être cités ci- 
après, ce qui m'a paru le meilleur ; de ce nombre est le livre 
de l'Agriculture NaUxUliienne, composé par Koutzami. 11 a ré- 
digé son travail d'après les principes des savants les plus célè- 
bres et autres dont il a cité les noms et l'épocfue. Parmi eux 
sont : Adam, Sagrit, lambuschad, Anoucha (Enoch)^ Masi , 
Donna, Thamitri (1) et autres. Le plus souvent, j'ai abrégé la 
citation du titre (et du nom) par l'emploi d'un simple signe : 
ainsi, pour l'Agriculture nabatbéenne, c'est la lettre ia. Le li- 
vre du cheik Abou Abdallah Mohammed Ibn Ibrahim Ibn el- 
Fazel, à qui Dieu fasse miséricorde, basé sur l'expérience, a 
pour signe abréviatif ^. Le livre d'Abou'l Rhair de Séville, 
composé d'après l'ensemble des doctrines des savants et des 
agriculteurs, aussi bien que d'après les résultats de sa propre ex- 
périence, est indiqué par ^ Pour le livre d'Hedjadj de Gordoue, 
c'est 9. J'ai encore cité Ibn Abou'l Djouad, et Gliarib Ibn Sa- 
had et autres ; j'ai de plus introduit dans mon livre ce que j'ai 
rencontré de bon dans ce qui est attribué aux savants dont les 
noms suivent : Dimouath, dont le signe d abréviation, est ^, 
Galien ^, Anatolius d'Afrique ^. Les Perses sont indiqués 
par j, Kastos par ^j, Kassius par sjX, Aristote par JpJp, Ma- 
karius le Grec par ^. Quelques savants ont écrit dans les 

Amiales que ce Makarius grec était originaire d'Alexandrie. On 

(1) L'Agric. nabat., ^ 54, v* IC, parle de Thaméri le Chauanéen, et Thainari 
al-KarbA8ch iy^j^^ ^j^^ ^^''^^ ^j^Uà. Nous trouvons dans Ibn 
al Awam le premier une seule fois et le second nulle part. Nous reviendroi» 
sur ce sujet. 



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— 9 — 

pense qa'il fut un des hommes qui ont vécu le plus long- 
temps^ et qu'il aurait atteint trois cents ans. Je rapporte les 
opinions de ces écrivains textuellement^ selon qu'ils les ont 
consignées dans leurs œuvres^ sans jamais chercher à modi- 
fier l'expression. J'ai aussi introduit les opinions d'hommes 
étrangers à l'islamisme : je ne les nomme points mais je les in- 
dique d'une façon détournée^ en faisant précéder les passages 
cités et par forme d'abréviation de ces mots : tin auire a dit 
telle chose* Quant à moi^ je n'avance rien qui me soit pro- 
pre (1), sans qu'il ait été démontré par plusieurs expé- 
riences. 

J'ai divisé mon ouvrage en deux parties principales ou li- 
vres. On trouve réuni dans la première tout ce qui concerne 
la connaissance des terres^ leur choix^ les engrais^ les eaux; la 
manière de cultiver et de planter les arbres , de les greffer^ 
avec tout ce qui peut se rattacher à ces diverses matières et en 
constituer l'accessoire. La seconde partie (à partir du chapi- 
tre XVII) renferme tout ce qui regarde les semailles (2), tout ce 
qui peut s'y rattacher^ suivi de l'élevage des animaux. Dieu est 
mon aide^ mon partage et mon meilleur guide. Quand j'ai à 
parler de la culture des terres, je mets toujours en -première 
ligne les principes établis par le cheik Al Khatib Abou Omar 
Ibn Hedjadj dans son livre qui a pour objet les théories des 
anciens. Je les pose comme bases fondamentales, à cause de la 
réputation dont jouissent ces doctrines parmi les savants. Je 
n'en ai rien voulu reti*ancher, parce que, malgré la distance 
des régions où vécurent ces agronomes, leurs préceptes s'ap- 
pliquent très-bien à notre pays. J'ai complété mon œuvre et 
le but que je me suis proposé, par les emprunts que j'ai faits 
aux auteurs espagnols. En effet, ce qui est le résultat de leur 
expérience et qui concorde avec les opinions des anciens , est 
ce qui convient pour notre pays. 

(t) C'est-i-dire de ma manière de voir ^\j ^ puUqu'en effet souvent 
Ifan al Avam cite ses propres expériences, llanquert traduit autrement. 

(2) Dans sa {dus large acception, la culture de toutes les plantes herbac<^, 
etc. 



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— 10 — 

Obiervationx préliminaires (i). — Koutzami^ dans rAgricul- 
ture nabathéenne^ pour expliquer ce qu'on doit entendre par 
fried f'Xai\, cité pour donner la mesure de la profondeur^ 
quand il s'agit de fouiller le sol et de creuser des fosses pour 
y planter les arbres^ et autres opérations analogues^ dit que 
deux pieds équivalent à une coudée pIj3 et un peu plus d'un 
empan j^ ; quelquefois^ c'est une coudée et un empan- pleins. 
^jLi {nabseh, action de découvrir) déchaussement, mot qui 
s'applique à la culture des arbres. C'est une opération qui 
consiste à découvrir et mettre à nu les racines de l'arbre, sui- 
vant ce qui est usité dans l'espèce, j^ (thamar, action de 
couvrir) comblement, c'est ramener la terre dans la cavité. 
^> (maschaq) désigne une fosse peu profonde, fij^' [ta- 

douih) est à peu près synonyme de aJ^S taqlimy tailler (2), 
kamah, mais plus particulièrement rogner, est l'équivalent 
dej)jzabre (3). 

La poignée ^^ kaf, quand sa quantité n'est point détermi- 
née, s'entend de dix grains. Suivant Abou Abdalla Ibn el 
Fazel, le qoufah ïAî, cité dans son livre, est égal à un neu- 
vième d'un demi qafiz de Ctordoue. Le haicd (4) jû^ porte 
une surface de douze coudées sur quatre. , 

(1) L» Jcl^l litt. préface. Nous traiterons ailleurs des mesures citées. 

(2) Pour préparer et disposer les formes de l'arbre [aptare) ; ce mot est expli- 
qué à la préparation de la greiTe pour rinsertioD. 

(3) Il s'agit ici encore d'une taille, mais qui s'appiique aux extrémités dca 
branches pour les empêcher de s'emporter, les refréner en quelque sorte, comme 
l'indique le mot Asamah. frein. Vibourgeonnemet^t de la vigne se rattache à 
cette sorte de taille. Vid. inf chap. IX, où cette opération est expliquée avecdi- 
vers autres synonymes. 

(4) Le mot ^jo^ semble désigner ici une mesure agraire dont la dimension 
est indiquée; nous la retrouvons plus loin, chap. Hl, art. 3, dans la prépa- 
ration de la terre pour le froment. Dans les dict., il est traduit par pitcina, eon- 
ceptaculum ciqua' majuSy lapidibus extructum. Il est pris dans ce sens dans 
VAgr. Nàb., 55, 3. Mais ordinairement, dans Ibn al-Avan, il indique un car- 
reau dont les bords relevés facilitent la retenue des eaux dans les Irrigations. 
Ces carreaux, de dimension variable, sont usités en Egypte dans les diverses 
cultures. V. Bové, Cuit. d'Egypte, p. 1 1. 



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— Il — 

Ce qui Tient d'être exposé précédemment^ donne Tindica- 
tion générale du plan de Touvrage ; le contenu de chaque 
chapitre va venir se joindre à ces explications^ la volonté di- 
vine aidant. 

Le chapitre premier traite de la connaissance des terres et 
de leurs qualités, bonnes^ moyennes et inférieures^ d'après les 
signes et les caractères extérieurs^ indications de la nature de 
ces divers terrains, noms des végétaux qu'on peut utilement 
semer ou planter dans chaque espèce et ce qu'il est possible 
d'y faire ; signes auxquels on peut reconnaître les terres im- 
propres à la culture et qu'on nomme terres délaime$ (landes). 

Le chapitre II traite des engrais et de leurs diverses espèces; 
nnanière de les préparer; utilité qu'ils présentent pour les 
terres^ les arbres et toutes les plantes en général ; comment 
on les emploie. Ce qui convient à chaque espèce de terre et 
aux diverses espèces d'arbres et de semis ; noms de ces espè- 
ces. Natures de terres auxquelles les engrais conviennent, in- 
dication de celles qui ne peuvent les supporter, et pour les- 
quelles ils ne sont d'aucune utilité. 

Ghap. III. Des diverses espèces d'eau employées pour l'irri- 
gation des arbres et des plantes , ce qui convient à chaque es- 
pèce de végétal. Manière d'ouvrir les puits dans les jardins 
pour les arrosements ; époque favorable pour le faire, indica- 
tions pour obtenir l'eau (1), et sur ce qui peut la faire perdre, 
d'après Philémon et d'autres, avec tout ce qui peut se ratta- 
cher à ce sujet. Nivellement du sol du jardin pour favoriser 
le cours des eaux. 

Ghap. IV. Etablissement des jardins* symétrie observée dans 
la plantation des arbres pour obtenir un bel effet, choix à 
faire. 

Ghap. V. Ce qu'il convient de faire pour obtenir des arbres 
diverses espèces de fruits dans les terrains élevés et dans 

(1) JsLjlX^t a, suivant tous les dictionnaires, le sens de creuser le puits jus- 
qu'à ce qtt*OD arrive h la source, ou bien à la couclie aquifère. Il s'agit ainsi de 
diapoaer la cavité eu égard k la nature du sol, de telle façon que Teau s*y con - 
«erre. L*J)*f exprimerait au contraire ia dispaTiUon^ et sa déperdition. 



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— 12 — 

ceux qui sont arrosés. Ck)nnaissances indispensables à celui qui 
veut faire des plantations^ époques de celles des arbres. Gom* 
ment se font les semis des noyaux et des pépins ou graines des 
divers fruits. Plantation des branches détachées par éclata bou- 
tures ou plançons^ celle des bourgeons ou jeunes pousses (1). 
Plantation des branches prises sur les racines^ nommées 
^\y ou drageons (2). Gomment se fait la marcotte par cou-- 
chage ^j^'^, le pliage et provignage de la vigne ,j«J»ï- Com- 
mefit se pratique celle nommée istUaf ^bix^l (ou marcotte en 
pot ou par entonnoir). Soins qu'exigent ces divers semis de 
noyaux et graincs> et plantations diverses de boutures^ plan- 
çons, bourgeons, jusqu'à ce que les jeunes sujets aient atteint 
leur hauteur et leur croissance normale. Indication de la pro- 
fondeur des fosses préparées pour les plantations^ leur lon- 
gueur et largeur , eSstances qu'il faut laisser entre elles. 

Ghap. VI. Exposé sommaire sur la plantation (mise en 
place) des arbres fruitiers et des légumes qui peuvent être re- 
plantés (3). Expériences faites sur quelques espèces. Ghoix des 
époques i)our les semis et les plantations y pour effectuer la 
taille, pour cou|)er les rameaux qu'on veut employer pour les 
greffes et les écùssons, pour la vendange, pour abattre le bois 
et autres opérations analogues. 

Ghap. VII. Nomenclature des arbres qu'on plante habituel- 
lement dans la plus grande partie de TEspagne. Détermina- 
tion des espèces, description de quelques-unes d'elles, mode de 
plantation pour chacune, terres qui peuvent spécialement leur 
convenir. Irrigation, application des engrais. Ensemble des 
soins à donner à chaque arbre individuellement. Je commence 
par les arbres des montagnes, puis viennent ceux des vallées 
(ou du littoral), enfln ceux des plaines. Les arbres dont on a 

(1) x^^ nu. les yeux^ ocuH dans Columelle, V, 9. Bourgeons ou jeunes 
pousses de Rozier. 

(2) Vivi radicest, Colum. Ili, l4; ou stolones, Tcapaoïr&Seç ou [AOÇxcufMtOoCy 
Geop. X, 3. 

(3) À$\j^! litt. qui sont mûrs, qui ont atteint, par les procédés Indiqués au 
chflp. précédent, leur grosseur normale pour être replantés et mis en place. 



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— 13 — 

traité^ sont : Tolivier^ le laurier^ le cliêne^ le poirier^ le pista- 
chier^ le cerisier, le caroubier, le myrte, Tarbousier, le 
dharofii), le châtaig^fiier, le néflier, Tépine blanche, le grena- 
dier^ le grenadier sauvage (gulnar), Tamandier, le pin, le pin 
à pignons (2), le cyprès, le genévrier, la sabine, le figuier, 
le capriflguier, le mûrier, le noyer, le rosier, le jasmin, le 
houx-frelon, le sumac, le bigaradier, le cédratier, le zamboa, 
lehmonnicr (citronnier), le dadi (3), le kadi{A), le coignassicr, 
le pommier, Vaimès, Tazederach, l'orme blanc, le noir, le 
peuplier d'Italie, le saule, TabricoUer, le péclier, le prunier, 
le palmier, la TÎgne, le noisetier, la canne à sucre, le bana- 
nier, le roseau à flèches {arundo sagillaria), le frêne, le platane, 
le laurier rose, la ronce, le rosier de montagne {rosa canina), 
le lycium d'Europe. 

Chap. Ylli. Greflès des arbres entre lesquels il y a affinité et 
sympathie, indication de ces arbres. Époque où se fait la gref- 
fe, comment on doit couper les arbres, c'est-à-dire disposer le 
sujet pour recevoir la greflè ; moyens d'assurer sa conserva- 
tion^ choix des branches pour l'insertion (qalames); comment 
on les taille. Greffenabathémne (jui se fait en ouvrant des fentes 
à la partie supérieure de l'arbre ou bien sur la tige et même 
sur les racises (3). Greffe romaine qui se pratique par l'in- 
sertion du qalame entre le boisetl'écoroe comme la précédente, 
sur le haut, sur la tige ou la racine de l'arbre (6). La greffe 
penane qui se pratique en tube et aussi sur le haut de l'ar- 
bre et les racines; comment on y procède à l'égard des arbres 

(1) Sorte de figoier sauvage suiv. Caste), suivant Forskhol. flor. MfffpL xcv, 
Arbre indéterminé ^ arbcrohscura. 

{tij^^i\ a, dans les diction., la signification de c^ne de ptn. 

(3) ^jLj arbre dont la détermination est très -incertaine. Nous y revien- 
drons plus loin. 

{\) Pandanus odoratisshmis. Spr. II. R. H. I, 270, Koura odorifera Forsl^. 
p. I7Î. 

(&)C*est la greffe par insertion^ ffifit/o des Latins '£YxevTpi(rp(,oç. Geop. X, *S. 
V. Cohim., V. 0. 

(6) CTfst la greffe en couronne^ infoliaiio des Latins, 'Ë|jLCpuXXt9|Aoç. Gcop. Ibid. 



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— 14 — 

fruitiers. Greffe à la grecque, i)Our laquelle on enlève un mor- 
ceau d'écorce en long^ ou bien en forme de feuille de myrte^ ou 
encore en carré et même en rond (i).Ck)mmenton opère pour 
la greffe par térébraHan (2) dans laquelle on amène Tunion de 
deux arbres ensemble (en faisant passer un rameau do l'un 
dans un trou pratiqué dans Tautre) : le premier donne ses fruits 
habituels et on a de cette façon une tige unique et des fruits de 
deux espèces. Description deTopération^ soit qu'on la pratique 
sur la tige au-dessus du sol^ soit sur le tronc au-dessous ou 
bien sur les branches du sujet. Greffe à l'aveugle et autres opé- 
rations analogues à la greffe^ comme d'introduire un noyau ou 
une graine dans une espèce de plante quelconque^ tel qu'un 
pépin de courge dans une bulbe de scille^ de concombre 
dans de la bourrache; un pépin de melon dans le lyciet^ ou 
bien dans la racine de la réglisse^ du mûrier^ du figuier ou 
autres. Exposé sur la durée de la vie des arbres. 

Ghap. IX. De la taille des arbres^ temps où eUe doit se faire. 
Quelles espèces supportent bien cette opération^ quelles sont 
celles qui ne peuvent la supporter. TaiUe de la vigne à pied ou 
montée^ nettoiement préliminaire à lui donner. Par quels 
procédés on peut activer la pousse des arbres et prolonger leur 
exîstence^la volonté divine aidant. 

Ghap. X. Gomment on doit cultiver les terrains plantés d'ar- 
bres de manière que la culture profite au sol et aux arbres. 
Saison où il faut la faire: choix du temps; dans quelles con- 
ditions doit être le sol pour recevoir cette culture. Ârbi*es qui 
veulent une culture fréquente, arbres qui la repoussent. Ghoix 
des ouvriers qu'on doit employer pour les travaux agricoles. 

Ghap. XI. Application des engrais aux terres et aux arbres, 
aux terrains plantés et non plantés. Nature des engrais qui 
peuvent convenir à chaque espèce (de sol ou d'arbres), amen- 
dement des terres salées ; quantité à fournir, temps pour le 
faire. Manière de donner l'engrais aux arbres en raison de 

(1 ) Greile en écusson, inoculatio des Latins, 'Ëvo9ÔaXi9{jL<K. Geop. Ibid. 
(3) Golum., IV, 29, 18. . 



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— Ib — 

leur çotiditioii et de celle des terrains où ils sont implantés. 

Ghap. xn. De l'irrigation des arbres, des plantes et légu- 
mes. Epoque à laquelle il convient de la faire, dans quelle 
proportion. Noms des arbres qui yeulent beaucoup d'eau, et 
de ceux qui la repoussent. 

Chap. XIII. Fécondation artificielle des arbres dont les noms 
suivent (I) : le sycomore {fieu$ sycomorus), le palmier précoce^ 
le figuier^ le pêcher^ le grenadier, le néflier^ le poirier, le ce- 
risier^ l'amandier, le noyer, le pistachier, l'abricotier, l'olivier, 
le pommier, le châtaignier, le rosier, le palmier ordinaire, le 
cédratier^ le bigaradier^ l'œil-de-bœuf (prune de Damas). Ma- 
mm de procéder à ces fécondations artificielles. Culture (par- 
ticulière) à donner aux arbres pour faire grossir les fruits, les 
rendre plus savoureu^^ plus juteux et plus abondants, par la 
Tokmté divine. Indication des arbres entre lesquels il y a de 
la sympathie et ceux entre lesquels il y a antipathie. Utili- 
lation de ces connaissances pour éloigner dans la plantation 
ceux qui sont antipathiques. 

Chap. XIV. Traitement à suivre pour les arbres et plantes 
dont les noms suivent quand ils sont attaqués par quelque ma- 
ladie ou accident ^heux. Ce sont : le pommier, le prunier, 
le bigaradier, le pêcher, le coignassier, l'amandier, le noyer. 
Indication à employer pour les plantes et les légumes. Corn- 
ment on remédie à la langueur, Tétiolement, le retard dans 
la pousse, la déviation de direction, la chute des feuilles. Moyen 
d'éloigner les fourmis et d'empêcher leurs ravages. Remèdes 
à apporter aux dégâts causés par la gelée ou par la chaleur, 
par les mauvais vents. Comment on rend la vigueur à la vigne 
vieille ou affaiblie. 

Chap. XV. Procédés ingénieux qu'on exécute sur certains 
arbres et certaines plantes, tels que ceux à l'aide desquels on 
introduit dans un fruit un parfum et une eaveur (qu'il n'avait 
pas)^ ou la' propriété de la thérlaque; comment un fruit peut 

(I) Voilà latéralement ce que dit le texte. Dans ce titre, qui diffère de celui 
qui est en tête du chapitre, fauteur semble avoir eu vue les procédés qui font 
acquérir plus de qualilé aut fruits. V inf. 



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— 16 "- 

devenir doux et purgatif; application du procédé aux arbres 
greffés^ aux branches et aux plantas, de façon que le fruit re- 
tienne ces propriétés; description des procédés; é)K)ques où on 
doit les pratiquer. Gomment on peut obtenir une rose jaune ou 
bleue (à volonté). Traitement du rosier pour le faire fleurir 
hors saison. Gomment on amène le pommier à donner ses 
iruits à une époque qui n'est pas habituelle. Procédé pour 
faire paraître de l'écriture ou des dessins quelconques sur des 
pommes. Recette i)Our forcer les fruits du coignassier, du poi- 
rier^ du pommier, du melon, du concombre de prendre telle 
forme que ce soit. Comment on peut faire allonger le grain 
de raisin ou faire que la grappe paraisse composée d'un seul 
grain; et aussi pour obtenir dans la même grappe des grains de 
diverses couleurs. Gomment il faut traiter la vigne pour obtenir 
des grappes sans pépins. Gomment on peut amener le figuier 
à pi*oduire des fruits de diverses nuances et obtenir ces nuances 
«ur le même fruit. Procédé pour que la fleur de la giroflée soit 
noire et blanche. Gomment il convient de planter les myrtes 
et les citronniers à l'entour des pièces d'eau. Gomment, sur une 
seule et même racine, on peut avoir de la laitue, de la bette 
et autres es[)ècesde légumes. Gomment par les soins de la cuN 
ture on peut faire grossir le navet, ou la rave au delà des 
proportions habituelles. Moyen d'obtenir de la coriandre et 
du fenouil sans graine. 

Ghap. XVI. Procédé pour la conservation des fniits frais et 
secs et celle de la figue verte ou sèche. Gomment on doit res- 
serrer les pommes, poires, coings, cédrats, grenades, prunes^ 
cerises, pistaches, glands (doux), châtaignes et jujubes. Em- 
magasinage du froment^ de la farine, de l'orge, des lentilles, 
des fèves, des graines de légumes, conservation des ix)ses sè- 
ches et de l'essence de rose. Recettes pour conserver des lé- 
gumes dans le vinaigre afin d'en user hors de leur saison. 

Ghap. XVII. G'est le premier de la seconde partie de ce traité. 
Gemment on doit eflfectuer (le labour et) le retournement du 
terrain, temps où on doit le faire, avantage qu'on en retire^ 
amendement par ce moyen des terres épuisées. 



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— i7 — 

Cbap. XVnL Graines et légumes qui, semés dans un terrain, 
le reposent et lui sont favorables. Choix des semences et des 
^Taines, comment on reconnaît celles qui sont les meilleures ; 
procédés pour constater celles qui sont bien saines et les distin- 
^ler de celles qui sont gâtées ou avariées. Choix des conditions 
atmosphériques convenables pour semer. Nature des terres 
propres aux diverses espèces de graines. 

Chap. XIX. Connaissance des saisons où doivent être faites 
les semailles, comment elles doivent Tétre. Semailles du fro- 
ment, de Torge, 4p Fépeautre (i ) ^^L, que je crois être ce que 
les Nabathéens appelaient Us Kalbà (et non Kali, ou Elask- 
kfUia èSs^\ qui est le Chondros, Xov8poç des Grecs, nommé 
encore par les Nabathéens Khouschaki ^U*^ et le Tharmir 
j^jL qui est le Thourmaki ^^j^ des mêmes. Quelles plantes 
sont hâtives, quelles plantes sont tardives. Quantité de graine 
à employer évaluée diaprés la condition du sol. 

Chap. XX. Des semailles du riz, du dourcdi (millet ou sor- 
gho i^j^), du dokhn ^Js^^ ou panic, des lentilles, pois, haricots, 
dans les terrains arrosés et ceux qui ne le sont pas. Indication 
de la saison pour semer, quelles espèces conviennent aux di- 
verses espèces de terre. 

Chap. XXI. Semis ou culture, dans les terrains arrosables on 
non, des légumes, tels que : fèves, pois chiche, lupin, fenu 
grec, vesces noires, carthame ; époques des semis, en quels 
terrains il faut les faire. 

Chap. XXII. Culture du lin, du chanvre, du coton, de Toi- 
gnon, du safran, du héné, de la garance, du jonc aromatique, 
de la luzerne, du chardon bonnetier, du pavot blanc. Com- 
ment doivent se faire les semis dans les deux espèces de ter- 
rains arrosables ou non. Terre convenable à chaque espèce. 

Chap. XXIII. Etablissement du potager , choix du sol con- 
venable, comment les semis doivent se faire dans les jardins. 



- 1) Généralement c'est le (eta de Dio^c, 2, III, triticum diceocum. Allleun 
Dou aurons occasion de revenir sur ce grain, ainsi que sur les autres auxquels 
il ttt assimilé, et qui forment dans le texte des articles distincts. 

2 



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— 18 — 

Légumes qui aiment la transplantation, temps qu'ils doivent 
rester dans le terrain pour atteindre leur maturité, en quelle 
saison il faut faire la récolte des légumes en général. Articles 
spéciaux pour chaque espèce, ainsi du (semis ou culture), de la 
laitue, de la chicorée de jardin, du pourpier, de la blète (Ut- 
ttm), Tarroche (belle-dame), le chou, le chou-tleur, la bette 
(ou poirée). Nature des terrains qui peutent conyenir à ces 
diverses plantes (i). 

Chap. XXIV. Semis ou culture des plantes à racines (comes- 
tibles) et leurs congénères, comme navets, carottes, radis, oi- 
gnon, ail, poireau, panais, sécacul, colocase et piment noir. 

Chap. XXV. Culture du concombre, de la pastèque, du me- 
lon des Indes, du mélo-pépcm (ou petit melon), du cornichon^ 
de la courge, Taubergine, la coloquinte, groupe nommé plan- 
tes de fleurs. Epoques de culture et terre convenable. 

Chap. XXVI. Culture des plantes dont les graines sont em- 
ployées comme assaisonnement et médicaments, telles que le 
cumin, le carvi, la nigelle, le cresson alénois, Tanis, la corian- 
dre, le fenouil, espèce cultivée et espèce sauvage, l'anis sau- 
vage s-t^yj, le peucedanum, la cardamome; saisons des semis, 
quelles plantes veulent les terrains élevés et quelles sont celles 
que demandent les terrains arrosés. 

Chap. XXVII. Culture de Vocymum et plantes aromatiques, 
telles que la giroflée, le lis, te nénuphar, le buphthalme, les 
narcisses blanc et jaune, le narcisse macédonien, Tazerion, la 
rose sauvage {rasa canina), la violette, la citronnelle, la menthe 
cultivée, ta marjolaine, Torigan (marou), le basilic (ou thym), 
Talthéa (ketmie), Talthéa à feuilles de ûguier, la mauve com- 
mune, celles de Cordoue et de Sicile, Facada (sant), la lavande; 
époques des semis. 

Chap. XXVIII. Culture des plantes cultivées dans les jardins 
et qu'on emploie à divers usages, teb sont : la chélidoine glau- 
que ou pavot cornu, le cardon, la rue des jardins, Tindigo, To- 

(1) J'ai complété, d'^très le titre même du chapitre^ le teite qui Id laifie un 
peu à désirer. 



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— 19 — 

ngan^ ramiée^ la sarriette des jardins^ Tabsinthe, le pegmum 
iarmala, Tasperge^le câprier^ k sumac^ le fenouil, la fùmeterre, 
riris bfeu, /• germamiea, le plantain, la jusquiame Manche, 
le lierre, la smilace lisse, Tiris commune, rarum êracunculus, 
la matricaire, la camomille, le mélikt. 

Chap. XXIX. Soins à donner aux récoHes et manière de 
les disposer (i). Procédé à Taide duquel on peut reconnaître 
quelle espèce de graine prospérera davantage dans le courant 
dsTaBnée qui se présente. Connsussance de Tépoque des mois- 
sons, cImhx des CDiplaoements pour l'établissement des aires 
et des lieux pour dépiquer les récoltes; oonmient on doit em- 
magasiner les fruits et les grains. 

Chap. XXX. Réunissant tout ce qui a été enseigné sur les 
coastraetionsy le temps opportiin pour abattre les arbres qui y 
saat destînéa^ et pour les moulins à presser ks olives, et au- 
tres choses de ce genre. Recettes pour faite sécher les pkntes 
et arbres nuisibles au sol. Moyens de défense pour les vignes 
etksjardias, rempiaçant les murs de clôture. Transplanta- 
tion des arinres des lieux incultes où ils ont crû, dans les jar- 
dins. Deseriplioii de la Modjared ou herse propre à niveler 
ks kms cultivées. Description de q^ielques arbres ou plantes 
doBt il esft parlé dasM le livre qui traite de la greflè. Procédés 
particnKer» qui peuvent être apfdiqués aux arbres ou aux 
pour leur amélioration. Recettes pour éloigner les 
inx et les insectes nuisihtes. Ruses pour la chasse des 
oiseaux. ProBostics pour oomiaMre si k frait sera abondant, 
avant Tapparition (des boutons) potrr ks pommiers, la vigne 
etks«liviefs. 

Comment on doit pétrir le pain <ie froment, k faire lever à 
l'aide do ferment et même sans aucun ferment; sa cuisson 
d'après las meilkurs systèmes et ks plus propres à augmenter 
sa qualité alimentaire. Moyens de ramollir les noyaux des 



(I] Litt : litipofiftbfi des «emencef ; mais en te reportant au texte du chapitre 
« voit qu'a s'agit des moissons et de la manière de les ranger et d'en extraire 
ispilB. 



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— «0 — 

traits à Teffet de les rendre susceptibles de fournir un pain 
dont on puisse se servir dans un temps de disette et quand 
les substances alimentaires vieanent à manquer^ jusqu'à ce 
que Dieu dans sa miséricorde envoie un soulagement. 

Utilité des averses et ce qu'elles ont de nuisible. Avantages 
des pluies^ du soleil^ du beau temps et des vents pour la végé- 
ation^ la volonté divine aidant. Phénomènes qui font présager 
que l'hiver sera pluvieux^ ou qu'il sera beau et froid^ par la 
volonté divine. Phénomènes indicateurs qu'on peut recon- 
naître soi-même, suivant l'expérience acquise à cet égard. 

Indication des saisons et des travaux agricoles qu'il convient 
d'exécuter dans chaque mois. 

Ce chapitre renferme t^ut ce qui a trait à ces divers sujets 
ou autres analogues. C'est par lui que j'ai complété la réalisa- 
tion de ce que je m'étais proposé dans l'intérêt de l'agriculture 
(proprement dit) par la composition de mon livre. En Dieu est 
ma confiance. 

Ghap. XXXI. C'est le premier de ceux qui traitent de l'éle- 
vage du bétail. Education des espèces boviney ovine et caprinSy 
tant des mâles que des femelles. Choix des meilleurs animaux. 
Epoques où il faut donner le mâle aux femelles, durée de la 
gestation et de la vie des animaux. Ce qui leur est le plus conve- 
nable, tant pour l'alimentation que pour la boisson. Remèdes 
applicables à quelques-unes de leurs maladies ou infirmités. 
Comment on doit les gouverner et les diriger, suivi d'autres 
renseignements qui peuvent fournir à leur bien-être. 

Cbap. XXXII. Education des chevaux, mulets, ânes et cha- 
meaux (mâles et femelles) tant pour le produit que pour la mon- 
ture et l'utilité qu'on en peut tirer, soit pour les travaux agri- 
coles, soit pour les courses ou les voyages quels qu'ils soient, 
ou tous autres services analogues. Choix des meilleurs ani- 
maux^ temps de la saillie. Durée de la vie (1) des étalons et 
.des femelles d'après les données générales. Nourriture conve- 
nable, quantité à fournir ; abreuvement des animaux; quand il 

(1) Sans doute, comme le comprend Banqueri» durée de leur faculté génératrice. 



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— 21 — 

faut le foire. Leur engraissement et leur préparation pour les 
courses de Thippodrome (1). Dressage des poulains et rectifi- 
cation des défauts qu'ils peuvent avoir dans le caractère^ 
comme d'être rétifs^ etc. Préceptes fondamentaux de Téquita- 
tion et de Fart hippique. 

Ghap. XXXIIJ. Traitement de certaines maladies des clie- 
vaux et bêtes de somme par des médicaments faciles à trouver^ 
ou bien avec remploi des instruments (chirurgicaux)^ opéra- 
tions faciles et peu douloureuses et qui n'exigent point une 
grande habitude pratique, telles sont la saignée à la jugulaire, 
au poitrail ou au flanc, à l'œil, à la cuisse; l'ouverture de la 
veine, la cautérisation à froid et celle avec le fer chaud (2). 
Syipptômes qui indiquent l'existence des maladies et infir- 
mités, traitement de chacune d'elles quand elles sont consta- 
tées. Cette partie est ce qu'on appelle la médecine vétérinaire 
(albeythariâ). 

Chap. XXXIV. Des oiseaux qu'on élève dans les habitations, 
dans les jardins et les métairies, pour le profit ou à cause de 
leur beauté : tels sont les pigeons, les oies, les canards, les 
paons, les gallinacés, puis les abeilles. Quels sont les meil- 
leurs animaux , manière de les élever et de les régir , leur 
nourriture, traitement de quelques-unes de leurs maladies. 

Chap. XXXV. Education des chiens, manière de les dresser 
pour la chasse, pour (garder) les graines et le bétail; les meil- 
leures méthodes pour les gouverner. Traitement de leurs ma- 
ladies ; ce qui leur convient le mieux, suivant les diverses cir- 
constances, avec l'aide de la volonté divine. 

Voici le moment de mettre, avec le secours de Dieu, à exé- 
cution tout ce qui a été énuméré , chapitre par chapitre, et 
de coordonner méthodiquement ce que j'ai promis dans ce 
prologue. C'est là le but final que je me suis proposé et que je 
veux réaliser. En Dieu est mon espoir. 



(1) C'est-è-dire, suivant les amateurs modernes, de leur entratnetMttt. 

(2) Ftd. inf. indication précise de ces deux opérations, /ci le texte Tcut-il 
rectification? 



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— 13 — 



CHAPITRE PREMIER. 



GoonisnDee, ^après les Indiees apparents, des terres de bonne qualité, celles 
de moyeiHic, et celles de qualité inférleore propres aax semis et plantations. 
Ecrites qai ne peoTent convenir pour ce double but et qu'on nomme landes 
(leiRs dâateées et incoltes). Terrains qui dans cbaque espèce couTiennent 
le Dieux pour les arbres ou ponr les planter, d'après ce qu'a écrit Ha4a4i, A 
qui Dieu fasse paix et miséricorde, sur les terres de choix et sur les man- 
Takes. 



Le premier point en agronomie^ dit Tauteur^ c'est de oon* 
naître les terrains et saToir distinguer ce qui est de bonne 
qualité d'aTec ce qui est de qualité inférieure. Celui qui ne 
possède point ces notions manque des premiers principes et 
mérite, par rapport à l'industrie agricole, d'être traité d'igno- 
rant. 

Rhazès dit, dans son livre de Physieà auicultaUone, qu'avec 
le temps, la pierre passe à l'état argileux par suite de l'action 
du soleil et de la pluie. En effet, le soleil dessèche la pierre, il 
en divise les parties eomme le ferait le feu. Vient ensuite la 
pluie qui enlève celles des parties qui sont assez ténues, de 
sorte qu'à la longue, la masse corrodée passe à l'état terreux. 
Cest, dit Ibn He^jadj, la preuve la plus évidente que le soleil 
échauffe la pierre et qu*il eo dilate les parties. Ainsi la surCace, 
quant à la chaleur et à la division des parties, est meilleure que 
tout le reste. Cest pourquoi nous voyons, par exemple, que 
les diverses natures de terre, extraites du fond des puits ou des 
tranchées, sont stériles les premières années et ne cessent de 
rétre que quand le soleil les a mûries et qu'il en a divisé les 
molécules en les échauffant. La terre ne produit donc rien 
avant d'avoir senti la chaleur du soleil^ parce que de sa nature 



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— 24 — 

elle est sèche et froide. Si donc elle ne recevait \\as du soleil 
la chaleur et de la pluie rhumidité^ aucune plante ne pros|)é- 
rerait à sa surface. Mais si la terre est sèche et froide de sa 
nature^ elle ne Test pas au même degré partout; il y a des 
parties plus froides comme il y en a de plus humides et d'au- 
tres plus sèches. Suivant les agronomes les plus habiles^ la 
terre la plus chaude (1) est la terre noire; vient ensuite la 
terre rouge. La terre blanche est plus froide et la terre jaune 
viendrait encore après. Le degré de froid de la terre blanche 
sera plus ou moins fort en raison de la quantité de parties de 
rélément blanc qui entre dans sa com|)osition ; il en sera de 
même pour la terre jaune comme pour toutes les autres de 
nuances diverses. Dieu, qu'il soit exalté ! Ta voulu ainsi. 

Parmi les terres fraîches et moites, celle qui tient le premier 
rang c'est celle qui dans sa disposition ressemble à du fumier 
ancien et consommé (du terreau), qui se divise facilement sans 
(ju'on y rencontre rien de boueux à sa superficie, qui ne durcit 
|K)int de façon que sa glèbe soit dans la sécheresse pareille à 
la pierre par sa compacité excessive. On ne la voit jamais frap- 
I)ée d'aridité ni gercée. Elle ne perd ni sa fraîcheur, ni son 
humidité, au i)oint que ses parties deviennent une sorte de sa- 
ble ou gravier pierreux. Une terre qui réunira ces conditions 
sera la plus estimée de toutes celles de cette catégorie. On la 
rencontre rarement; cependant nous l'avons trouvée. 

Vient ensuite la terre de laquelle Abou Hanifa, habile dans 
la connaissance des plantes, a parlé dans son livre dont je 
loue Texactitude dans ses doctrines. 11 dit que quand le sol est 
disposé en plaine chaude et meuble, d'un aspect arénacé dans 
sa couche superficielle, sans cependant qu'on puisse dire que 

(1) J'ai Buivi le texte publié par Danqueri, j'ai \uja\ ; mais un texte traitant 
du choix des terres, conçu à peu près dans les mêmes termes (Mss. 6t5, A. F. 
B. !.)> ne fait de la température qu'une question incidente. Il commence par 

jLsct^! ^J^)^), ce qui porte à croire qu'il faudrait lire de même, ou^^l 
ou peut-être ^j^ \^ comme plus loin, p. 42. 



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— «5 — 

c'est UD sable ; ce terrain sera un de ceux dans lesquels les 
plantes réussiront bien^ et si on a soin (i>our les arbres) (t) de 
les déchausser, puis y rapporter de la terre, on les conservera 
longtemps, quelle que soit Tespèce. Ce résultat vient de ce que 
la terre, à cause de sa perméabilité, absorbe bien Feau, soit 
qu'elle vienne du ciel, c'est-à-dire par les pluies, ou de la terre 
|)ar les irrigations ; elle pénètre aisément ( 
arroser les racines des végétaux et raviver 1 
réjouir les pointes). Le végétal ainsi abre 
longtemps. L'auteur ajoute : Quand, au a 
est compacte et tenace, l'eau se répand à sa 
rintérieur en retire aucun avantage, puisq 
imbibe, et alors le terrain demeure stérile. Quand la terre ert 
serrée, dure et aride, l'eau s'écoule à la surface sans s'arrêter, 
et les radicelles des plantes sont privées dans son sein de l'hu- 
midité vivifiante. 

Suivant l'opinion d'un autre agronome, la terre sèche ad- 
met deux divisions ou espèces : les sables qui sont ce qu'il y a 
de plus aride, parce que c'est une sorte de petit gravier fin, 
une sorte de pierre sèche et très-pauvre en sucs nourriciers 
pour les plantes; la seconde espèce^ la terre boueuse (2) 
l^^\y qui est très-sèche aussi, mais possédant pourtant beau- 
coup plus de fraîcheur que le sable. On la dit sèche parce que 
sa glèbe se durcit et acquiert la consistance de la pierre, sans 
jamais se diviser ni s'ameublir comme celle décrite plus haut. 
Mais en y mêlant de cette terre douce et arénacée qui res- 
semble à un sable fin, on la bonifie et on la rend perméable 
aux radicules ou chevelu des plantes, en lui permettant d'ab-- 
sorber les eaux qu'eUe reçoit. Celte dernière nature de terre 
arénacée se rencontre très -souvent dans les alluvions et les 



(1^ Ced n'est pas dans le texte, qui dit les plantes en général ; mais la suite fait 
voir qu'il s'agit des arbres. 

(3) C'est sans doute la terre argilo- marneuse plastique qui, par rhumidité, de- 
Meot facilement i)oueuse par le'piétinement et la trituraUon, et qui, par la se- 
cberesie, est au contraire très-compacte et très-dure. Cf. p. 42, K 9. 



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— «6 — 

Ilots (4) Les sols d'alluvion et d'atterrissement sont placés en 
première ligne pour la bonne qualité^ à cause du limon dont 
ils sont mélangés^ parce que les courants apportent avec eux 
les détritus détachés de la surface du sol ayec les immondices 
et les fumiers. Dans de pareilles conditions^ le sol est néces- 
sairement meuble et il retient beaucoup de fraîcheur; et 
mtrc^ ce qui souvent a lieu^ un mélange de 
'en est que {dus frais et plus meuble encore, 
te à peu près dans les mêmes termes. La 
lualité^ dit-il^ est celle qui réunit Taptitude 
slle à retenir l'humidité. Or la couleur noire 
ist le signe indicateur de l'aptitude à recevoir 
est de même de la terre rouge^ mais dans un 
degré moindre que la précédente. Après la terre rouge vient 
la jaune ; elle est la limite inférieure de l'affinité pour le calo- 
rique et plus rapprochée de la. constitution froide ; quant à la 
terre blanche^ elle est froide (complètement). 

Les terres de nature sèche et celles de nature fraîche et 
humide se reconnaissent à des caractères visibles et appa- 
rents. Ainsi, la terre qui ressemble à un fumier ancien et 
consommé (à un terreau), sur lequel ont déjà passé plusieurs 
années, qui n'est point de texture compacte, occupe le premier 
rang parmi les terres de ce genre. Vient ensuite le sol dans 
lequel se trouve un mélange de limon et de sable, comme les 
terres d'alluvîon et d'atterrissement (2). La terre qui est placée 
au point extrême pour l'aridité, c'est la terre rude, dont les 
• parties sans cohésion sont un sable graveleux qui n'est mêlé 
d'aucun limon qui lui procure de la moiteur, ni d'aucune ar- 
gile qui permette de l'assouplir. Tels sont ks décombres des 

(1) Banqueii a traduit »jUa. Djesaîr par la Méiopotamie; pour nous, il nous 
a semblé que l'auteur présentait ici, comme dans tout le chapitre, des principes 
généraux sans vouloir particulariser. D'ailleurs le nom arabe de la Mésopotamie 
est Vpjd. Djtxireh au sing., conmie on peut le Toir dans Aboulfeda, pag. 27a, 
éd. M. Reinaud et dans le Uotthterik, page 262. Les mêmes expressions jojt 
jjtjs^t ont été rendues par terre des ikt, 19, On., U, par le même Banquerl. 
" (2) Le sol de la Mésopotamie iuIt. Banqueri. 



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— «7 — 

maiBODs qui ressemblent à de la clmux^ la terre glaiseuse ou 
boueuse quand elle est sèche^ quoique plus fraîche encore, de 
beaucoup, que n'est le saMe, mais sa glèbe en se desséchant 
prend de la dureté. Or, cette cohésion et cette dureté de la 
glèbe sont des indices de la sécheresse du sol qui dans ce cas 
arrive à la coonstaiice de la pierre. Mais si, à un teirain de 
cette nature. Tient se mêler une certaine quantité de terre 
meublé qui participe du sable, la rigidité cesse et les plantes 
peurent y plonger leurs racines. Que ce qui vient d*£tre dit 
TOUS sore de r^le. 

Sîdagoz dit : Quand nous examinons les diters terrains avec 
TaUention convenable, nous trouvons que les conditions de 
douce moiteur, de fonds riche {lia. gras) et de perméabilité, 
sont (dus nécessaires encore que la chaleur qui peut leur ve- 
nir du soleil et de Tair, et ainsi leur apporter cette partie de 
f amendement. Car alors même on n'esft pas dispensé de four- 
nir de Tengrais et d'ameublir le fonds pour faciliter aux 
plantes ks inoy^» d'étendre leurs racines et rendre Tarra- 
chement plus facile. Mais si les deux conditions de moiteur et 
de dialeur se trouvent réunies ensemble, e*est ce qu'on peut 
trouver de mieux et de plus convenable. 

Dm Hedjadj, à qui Dieu fasse miséricorde, dit que les asser- 
tiotts de Sidagoz sont d'une vérité à laquelle on ne peut rien 
opposer. Le même écrivain dit en ta*aitant de la classification 
des terrains, d'après les opinions de Junhis, de €assianus, 
Democriles et Rastos,qui sont les princes de la science agri- 
cde : Suivant Jnnius, les meilleurs de tous les terrains sont 
les terres noires. Les anciens les vantaient beaucoup; on en 
troiiTe de fréquents éloges, et cela parce qu'elles supportent 
très4)ien les pluies abondantes (sans en souffrir). Vient en- 
suite, pour la iqoalîté, la terre de oouleiir «îo/eOe. L'auteur 
entend par là, dit Ibn Hedjadj, une terre rouge de mer, pas- 
sant au noir, ce que nous appelons rouge des Indes (1). Cette 

(1) Panadiâs I, V, dte ayee éloge la tem de eonlevr foncée, mais il dit qu'il 
te moliie eberelier la ooQleor que la nature grasie et donoe. Coliiiiieile dit 



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— 28 — 

terre est arrivée au dernier degré de perfection quand elle est 
d'une texture peu dense. Les arbres y réussissent très-bien. 
Revenant ensuite à Junius^ il dit que la terre inondée par un 
courant d'eau quelconque est dite limoneuse ^Usk (i). 

Suivant Deinocrites^ le terrain de la meilleure nature est 
celui qui absorbe bien les eaux pluviales^ qui ne laissent point 
sur lui de surface glissante^ et qui à la suite des pluies ne se 
fendille point. La terre qui par l'effet de la chaleur ne se gerce 
point est encore de bonne nature. 

11 ressort de tout cela^ dit Ibn Hedjadj^ que le terrain (pour 
être réputé bon) jie doit être ni boueux^ ni dur. Queltpies-uns 
m'ont dit^ ajoute-t-il : Comment le sage Democrites peut-il 
ainsi faire la critique des terrains sujets à se fendiller^ pui&> 
que nous voyons que le sol du territoire de Carmona (f), qui 
est sujet à cet inconvénient^ donne des produits en blé plus 
forts que ceux qu'on voit partout ailleurs? Or donc^ je dis que 
cette sorte de terre ne doit être dépréciée que par comparai- 
son avec les autres terres qui^ d'après les principes établis plus 
baut^ sont de première qualité. Mais d'un autre côté^ on ne 
doit pas ranger dans les premières qualités cette terre sujette 
à se fendre par la seule raison qu'elle produit de beau fro- 
ment. Car^ comme la majeure partie des graines et des plan- 
tations qui lui sont confiées réussissent mal^ comment ne pas 
donner à d'autres terres la préférence sur elle? La terre noire, 
d'une texture peu dense, qui ressemble à un fumier vieux et 
usé (ou terreau), et dans laquelle réussissent toute espèce de 
semences et de plantations, doit être mise au premier rang 



que la couleur noire n'est pas, comme les couleurs en général, un indice 
aussi certain de la qualité de la terre que le croyaient les anciens. 11 conclut en 
disant: Xon ergo color, tanquam certus auctor, teHù est honUatii arwmm. 
De re rust., 11, 2, 17. 

(1) On lit dans les Géop., Il, 9: La terre déposée par le courant ett appelée 
limoneuse ^ XucoSyjç limosa. Elle est douce et chaude, ce qui est plus exact que 
le t0xte arabe qui semblerait fautif. Ou bien il faut entendre ici uae inondaUon 
momentanée d'eau limoneose comme celle du Nil. 

(2) ViUe de l'Andaloasie. 



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— Î9 — 

à cause de sa qualité vraiment supérieure. Mais peut-on mettre 
en parallèle une autre nature de terre dans laquelle ne peu- 
vent pousser que certaines plantes ou graines^ et encore après 
une inlerruption de culture, un temps de jachère et de repos, 
et quand alors même on aura dû recourir à une culture péni- 
ble et semer fort? Le besoin de repos et d'un temps de jachère 
pour cette terre est évident, par suite de la volonté divine. 
Suivant Kastos, la meilleure de toutes les terres, c'est celle 
qui absorbe Teau des fortes pluies, qui produit toute espèce 
de plantes et dans laquelle elles se développent en beauté, en 
force et en ampleur. La terre qui ne donne qu'une végrétation 
grêle et rabougrie est de mauvaise nature. Junius prescrit 
de choisir pour la culture des légumes la teiTe qui n'est ni trop 
blanche, ni trop dure, c'est-à-dire celle qui n'est pas trop 
crétacée et qui dans l'été ne se fendille point trop. La terre 
Uanche, pendant l'hiver, est facilement prise par la gelée ; 
pendant l'été elle se dessèche et tout ce qu'on y plante est 
exposé à rester chétif et grêle, La terre blanche (crétacée) peut 
bien être convenable pour les jardins, mais seulement à la 
suite d'un travail opiniâtre et après qu'on a mêlé au sol même 
une quantité d'engrais qui lui soit égale. La terre qui se gerce 
en été ne peut jamais convenir pour l'établissement dtîs jar- 
dins. Une terre rude ne convient pas davantage, parce qu'elle 
ne peut fournir un suc alimentaire aux plantes qui alors res- 
tent sans vigueur, parce qu'elle ne livre aucun passage à 
l'eau. Les terres qui ne sont point d'une dureté excessive et 
qui contiennent du sable sont bonnes pour les légumes. Ce 
sont celles qui contiennent une forte partie de limon (1) et 
qui peuvent fournir aux végétaux une ample nourriture. On 
peut reconnaître la terre amveuable pour les légumes par 
l'expérience suivante : on mouille la terre avec de l'eau, on la 
lave; si l'élément limoneux est dominant, le terrain est bon 
pour les légumes ; si, au contraire, le sable est en excès, il ne 

(M Géop , XII, 3, eonUent ces principes et la deecription do procédé. L'ar- 
tick «t atUiiHié à Udyinoa. 



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— 30 — 
convient point. Si, en manipulant la partie terreuse, on re- 
connaît qu'elle est comme gommeuse et très-visqueuse, elle 
est encore impropre pour la culture des légumes («). Voilà ee 
(pie dit Junius. 

Cassîamis dit qu'il faut chercher pour k» légumes une terre 
grasse^ onctueuse^ qui ne soit ni rude, ni blanche, ni glai- 
seuse^ et qui ne se gerce point en été. 

Ibn Hedjadj dit que le motif pour lequel on rejette les terres 
bourbeuse^et eell€3 qui sont rudes, comme impropres à la cul- 
ture des légumes^ c'est parce que ceux-ci sonà de leur nature 
humides, aqueux, et que Télément {9) en est luMe comparé à 
la te](ture ligneuse des arbre» (liU. aux urbres ligneux). Us ne 
peuvent donc, par cette raison, réussir que dans les terres 
grasses, fraîches et meubles, parce que, IcHrsque les racines 
exercent leur faculté attractive, les sucs nourriciers sont pom- 
pés facilement, tandis que dans tes terres bourbeuses (dur- 
cies) et glaiseuses ils n'arrivent qu'en trèa-petite quantité, les 
racines ne pouvant que diacilement plonger dans l'interieur 
de ces sortes de terres, comme déjà il a éte dit plus haut. Les 
terres compacte» sont donc phis favorables aux arbres qu'aux 
légumes. 

Il est des agriculteurs qui affirment que la terre sableuse 
reçoit une augmentation de froid en hiver et une augmente- 
tion de chateur en éte. De même, teS' terres pierreuses à la 
surface du sol absorbent la chaleur en été et te froid en hiver, 
et par suite, elles sont nuisibles aux végétaux imf^ntés dans 
leur sein, tant en éte qu'en hiver. En effet, la pterre s'échauffe 



(I) Columdle, dont Tauteur arabe paraît citer le texte, donne de Topera tion 
et des eonflëquences déduites une description toute diiKrente: Quod terum^ivê 
tfUiê eccpeditd nobU rtaione centingit dùcerê, nmn per^guâ eonwpergitvr aquà 
gléba, manu tMgHur, ae H gluêtnata en, quams lewissima taetu presm inkt- 
reicii. Et pieis in modum ad digitos lentescit habendo ut ai$ VirgiUui; sadem 
illita humo non dissipatur, Eares admonét nos, inetse uUi materi^' naturalem 
fueeum et pinguHudinem. Col., Il, 2, 18 ; Virg., Georg. II, 250. Pline parle aussi 
de eetto Tiseosité d'un bon wd. G. x?ii, 3. 

(3) fiaoqueri pour^^^^ijJ! lit :j^^is»^\, ce qu'en en exprime. 



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— 31 — 

iûiqours aws riofioence de raction de la chaleur solaire ^ 
oomme elle se rafraîchit quand Fair est froid. Voilà ce que 
dit Junius, et il dit encore que dans les profondeurs de la 
terre il en est autrement, c'est tout Topposé. 

GaUen dît, dans son liyre Des médicamenU simples, que les 
Grecs appliquent le nom de nide ïxtÀ à une argile qui, à 
la surface comme dans Tintérieur, est grasse et douce au tou- 
cher. Celle qai, au contraire, est Topposé, c'est-à-dire nulle- 
ment grasse, est appelée terre dure, £jJL»; celle-ci ne peut 
convenir que pour la poterie. Il y a une différence établie 
entre les lieux dont le sol est doux, frais et de bonne nature, 
et celui où il est aride, sec et sableux. 

Le même auteur dit aussi que les agriculteurs pensent que la 
terre qui abondé en végétaux s'éloigne de la nature pierreuse. 
On ne fait aucun cas de la nature aride et sableuse, parce 
qu'elle n'est propre à rien. Il ajoute que les terres cultivées 
par les hommes se subdivisent en espèces particulières (1). 
Ainsi, il y a la terre grasse etdecouleor noire, la terre douce, 
non Uancfae, qui est grasse : ces deux espèces sont bien tran- 
chées. Les autres occupent divers rangs entre ces deux extrê- 
mes, desquels elles se rapprochent plus ou moins. Il dit 
encore que la terre grasse est la meilleure des terres labou- 
rables, c'est-à-dire pour le labour* 

On lit dttis le livre d'Hedltadj, sur la connaîssance de la na- 
ture des parties de la terre qui sont en élévation et de celles 
qui sont en dépressioii : Sacbeai que les montagne sont plus 
frmdes et plus sèches que les plaines. Les terres sèches sont 
pierreuses, ou bien leur couche superficielle se rapi»t)che de 
la pierre par sa dureté. Les terres froides le sont par suite de 
l'action trop intense du vent, ou parce que la neige y séjourne 
beancoop, suivant ce que dit Tsabet Ibn Ck>rah. La couche su- 
perfideUe sur ks flancs de» montagnes est d'une qualité de 
heaueonp inférieure. La ca«ise de cette diUérenee, c'est que les 
parties échauflëes par le soleil, et rendues ténues par suite, 

(1) a. VarroD, U, 9.; Paltad., 1» &, 6. 

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— 32 — 

sont entraînées par les eaux pluviales et portées vers le pied 
de la montagne (dans le fond de la vallée), et par suite, le sol 
s'amaigrit (par leur perte). Quant aux plaines, c'est le con- 
traire qui arrive. Les terrains plats et les prairies dans les- 
quelles les eaux ne séjournent pas trop longtemps sont de 
bonne qualité et dans un bon tempérament, parce que la 
couche superficielle est devenue noire par suite de décompo* 
sitions (lut. putréfaction) causées par les eaux. Or, tout ce qui 
se décompose prend une augmentation de chaleur; maisTeau 
qui y est amenée en abondance rafraîchit la couche végétale 
et lui donne de l'humidité. Le froid de l'eau fait équilibre à 
la chaleur déterminée par la décomposition. 

Solon dit que les prés ou marais sont froids, sans pourtant 
qu'ils le soient en excès. La cause de cet état est dans la quan* 
tité d'eau qui afflue et qui, pénétrant le sol, refroidit la couche 
superflcielle. Le froid y devient prédominant ; il s'y est établi 
de deux manières. Mais la putréfaction que l'aflux de l'eau pro- 
duit dans cette superficie donne une certaine somme de cha- 
leur (1) : comparés aux montagnes, ces prés sont plus humides 
et plus chauds. Ici finit la citation de Solon. Les terres ombra- 
gées des vallées profondes et dominées par des hauteurs, les 
gorges ombreuses par lesquelles s'écoulent les eaux, sont for^ 
mées d'un sol très-froid, parce que le soleil ne s'y voit ja- 
mais et que les plantes ne peuvent s'y nourrir, à cause du 
froid et de l'humidité en excès (par les raisons qui viennent 
d'être données). Le sol qui se trouve dans les meilleures con- 
ditions et le tempérament le plus convenable, celui con- 
séquemment qu'on prise le plus, est celui qui provient de 
détritus enlevés aux montagnes, uni dans sa surfllce, et dans 
lequel les éléments sont combinés dans une juste proportion. 
Viennent ensuite les prairies ou marais, puis les montagnes, 
dans lesquels on préfère les plateaux aux coteaux , par suite 
des raisons émises plus haut, c'est-à-dire à cause des érosions 
qui leur enlèvent ce qu'ils ont de bon. Les terrains les plus 



(1) Soui-entendut qui afTaiblit le froid d'autant. 



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— 33 — 

oiauTais de tous sont ceux des gorges profondes encaissées et 
ombragées^ desquels on n'obtient qu'avec grand'peine des pro- 
duits presque sans valeur. Nous traiterons ce sujet dans le 
cours de cet ouvrage, la volonté divine aidant. 

Solon dit : si on vous interroge sur la nature d'un fonds de 
terre, dont partie est en plaine et partie en coteau^ pour sa^ 
voir quelle est la meilleure des deux parties, donnez toujours 
la prétérence au terrain de plaine sur celui qui est en éléva- 
tion, par cette raison que les eaux pluviales se dirigent tou- 
jours vers le premier, charriant avec elles ce qu'elles ont en- 
levé à l'autre qui occupe les parties élevées. Cette portion de 
soi en plaine est toujours la plus fraîche et la plus meuble. La 
glèbe, dans les terrains en élévation, est toujours plus dure et 
se rapproche de la constitution rocheuse des montagnes. C'est 
ainsi que les choses se passent communément, car souvent il 
se rencontre des sols élevés qui ont plus de valeur que ceux 
qui sont dans les fonds (des vallées). On trouve des plaines 
où le sable est en excès, et plus haut le sol a beaucoup de 
fraîcheur. Cependant, le plus habituellement les choses se 
passent comme nous l'avons dit, et ce qui est généralement 
admis, c'est que les terrains des fonds (ou vallons) sont préféra- 
bles à ceux des hauteurs (ou plateaux). Cette préférence a lieu 
surtout si dans le haut c'est la couleur rouge qui domine cl 
si dans le bas la couleur passe au noir; de mdme, si la partie 
culminante est blanche et la partie en dépression rouge ou 
noire, ce qui se rencontre souvent. Le terrain dans lequel 
séjourne l'eau (marécages), et qui produit beaucoup d'herbes, 
n'en est pas moins déprécié, et on en fait peu de cas, parce que 
rhomidité qui y est en excès neutralise la chaleur. Un sol de 
cette nature ne peut convenir qu'aux plantes qu'on sème aux 
approches de l'été, comme les melons, les courges, le doura et 
ce qui est analogue {i). Les autres ne peuvent s'accommoder 



M) l] s'agit id sanfl aucun doute de marais qui ont été disposas de façon .^ 
piluvotr admettre la culture daris quelques parties relevées au-dessus du niveau 

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— ié — 
4rmm pmtïï knrnk : ; 

forlrorUÀ. 
If j|fcs le Ihic d I 

fWir fi!<— liiiit leur i 

▼er qir« doit fûe ks cxpcntaco^ D i 

mentalMn |ar fodeur d le ^oôl^ H d'à 

lileYiieet le loudier; d'autre» forloit] 

k» Yqfétam qui uoiimil sur le 

|ar la ^ue et le toodier ot la 

plaoief % knoetit a inaiiqiicr, les sKoes indkaleiin im 
Parmi \e% méthode» d'eipérimeotatioD prcsmles par Ju- 

nf Ui^ est celle de Finspedioa. Quand od eiamiiie one boom 

terre, on reconnaît qu'elle ne se Cend point par la sécheresse 

attnr>«|»bériqije ni par la rareté des pluies. Si une pluie abon- 

liante >ieiit à tomber, eUe n'est point boueuse, mais elle 

ii\m)t\Hi toute Teau pluviale ; dans les saisons froides, on ne 
>oit iMiifit la surface prendre l'aspect de tragments de tessons 
de |Miterie (I). Les anciens, dit Junius, aTaient encore une au- 
tre façon i\'i juger la terre par la Tue en examinant si les ar- 
bres et les plantes sauvages qu'elle produisait élaioit forts et 
vigoureux et serrés entre eux, au point de s'enlacer les uns 
dans les autres ; dans ce cas, c'était une preuve de bonne qua- 
lité. M, au contraire, les végétaux étaient de moyenne taille et 
i'^}|)C*ndant serrés, c'était l'indice d'un sol de moyenne qualité. 
Hi Icit branches des arbres étaient grêles, se desséchant promp- 
tetnont, si les herbes étaient courtes, la terre était faible. 
Uiiund on explore le? terres par le goût, on ne donnera jamais 
i\ un terrtiiu salé la préférence sur celui qui est doux. 

«Iiuiiiis dit que |K)ur faire l'expérimentation de la terre par 
la dogiistation, on en prend une certaine quantité qu'on tire 
(lu fond d'une fosse pratiquée (à cet etTet). On la met dans un 

(I) On Ut dans les Géoponlques : Et ti frigoris tempore dor^um iyiius usla- 
cnnn 09TpavMSr| non appanaU Géop« II» 18. 



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— 35 — 

^ase de \enre^ on verse de Teau dessus^ puis on goûte cette 
eau (i). La terre salée^ suhant les anciens^ devait être rejetée 
comme n'étant bonne à rien, à leur avis^ sinon pour le pal- 
mier qui y végète très*bien et donne de bons fruits. D'après 
Ibn Hedja4j> et c'est aussi l'opinion d'un bon nombre d'agri- 
cultrarS; le chou y réussit bien aussi. On a encore parlé du 
omcombre qui y acquiert une bonne qualité et une^aveur 
très-sucrée. 

Ceux qui expérimentent le sol par Todorat veulent savoir si 
rôdeur est mauvaise et désagréable^ ou bien si^ au contraire^ 
il en est autrement. Les agronomes sont généralement d'ac- 
cord sur ce point : c'est que la terre qui exhale une mauvaise 
odeur n'est pas de bonne quaUté. Parmi les choses qu'a écrites 
Démocrite^ on trouve ce qui suit : les caractères de la terre 
bonne pour la plantation se reconnaissent ainsi : on creuse 
une foese de la profondeur de deux coudées^ on prend de la 
terre du fond^ on la met dans un vase de yerre^ on verse 
dessus de Feau de pluie ou de l'eau courante de bonne qualité 
exempte de toute mauvaise odeur. On manipule cette terre 
pour la mêler à l'eau. On laisse le dépôt se faire, et l'eau 
se clarifier, puis on la goûte et on la flaire tout à la fois. Si 
l'odeur trouvée est bonne^ la terre l'est aussi ; si au contraire 
elle est salée^ c'est l'indice de la stérilité du sol. Si l'odeur est 
désagréable^ la terre est de mauvaise qualité, le tout dans la 
proportion de l'odeur et de la saveur (révélées par les or- 
ganes). 

Kastos veut qu'on rejette toute terre de mauvaise odeur 
ou salée, en faisant remarquer que cette dernière est bonne 
pour le palmier. Junius dit : quand on veut faire choix d'une 
terre pour semer, et Texpérimeuter par le goût et par l'odeur, 

(!) Le mode d'opération pour cette expérience par la dégnstatiou est décrit 
dou Cohiiiielie, de Me rwtt, II, 3, 20 et de Ârbor., 3, 6. PaHadlus en parie aussi 
pliulMièvenient de Be rust.y I. —V. Virgile, Géorg.,11, 238, 10. L'ensemble de 
cette dtatioo eomme de celle qui précède se trouve dans Columelle, toc. cit.t 
■MtodiMémlnée ; souvent la pensée est la même, seulement elle est présentée 
4\uie manière différeole. 



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— M — 

Uwttt decnsuterâ Uj 

4e plaotor des aifaet^ fl 

jiffqii'à quatre fioar la ngne. La terre dei 

toiijoun élfv rqelée^ daot quelque < 

eUe ne iauniit éire tioaiie à quelque chme. 

SklagOK dit : fi on tous présente deux aortes de terre de 
natures dtSereotes et qu'où tous demande laqneUe est la plus 
imprégnée de salure et laqudk est la meilleure, prenes un 
▼ase^ euipUsses-te d'eau et de Tune de oes deux espèces de 
terre^ et piaoez4e dans te plateau d'une balance, puis emplisse» 
de même te vase de te seconde terre à explorer. La tem doit 
être sèclie, c'est-à-dire sans humidîté apparmte (i). 

Ibn Uedjjaiy dit qu'il est des personnes qui jugentsi une 
terre est bonoe ou mauTaise d'après tes plantes qu'dte pro- 
duit Ce moyen n'est point exempt d'erreur (t). Cest te 
makjchir, nommé par les étrangers qardat (3), te fribulus 
lerrulriê sauvage puante nommé ausri vûnaga, deux espèces 
de plantes qui ne se trouvent guère que dans les bonnes terres 
babitueUement Dans les terrains inférieurs en qualité, il y 
croit te zohUr des champs , oonou chez nous sous le nom 
d'origan de l'âne ; de même aussi, on y trouYe l'amaïUhin, 
nommé par les étrangers moiial , l'heiracium , le froment 
sauvage , appelé chez nous te blé à te perdrix . Ces plan* 
tes ne se trouvent jamais que dans les terres de qualité infé- 
rteure* U n'en est point de même pour toutes les espèces de 

( I ) L'auteur laisse ion explication Incomplète i il y \eut éUblir que là quaUté 
de la terre se révèle par la pesanteur. Pline parle aussi de la pesanteur do 
la terrr, mais d'une manière dubitative. Nec gravis aut leviorjusto depr^n- 
ditur pondère i quod enim pondus terr.r jusium intelligi potest ? Virgile est 
pins «ipIlQltt : Ouof ftWfit est, ipso tacUam se pondère prodit Giorg., II, 254 . 
Kt la main de son poids l'informe sûrement (Delille). 

(9) Pline aussi loc. ciU parle de l'Incertitude des signes exUrioiin. iiryunMnla 
qutmui judicantium t,rpe fallunt, fion utique ketum solum est in quo procêr» 
arbora nifenf, etc. 

(3) Les noms des plantes sont indéterminés et Indéterminables Josqu'id. Peut- 
être faut-il lire khardal J^jÂ. sénevé^ parce que plus loin, cli. kxvi, art. S, 
on lit que cette plante aime les bonms terres. 



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— 37 — 

plantes (qui ne sont point aussi spéciales), car il en est que 
l'on trouye à la fois dans les terres de choix et dans celles de 
retmL Aussi sont-elles des indices moins certains : tel est 
l'oignon sauTage y c'est-à-dire la fdl/e y quelques légumes 
rudes et autres. 

Il en est qui disent que la terre humide et fraîche est de 
iMHUie nature, et que, lors même qu'elle resterait quelques an- 
nées privée de culture, elle ne se couvrirait point de brous- 
sailles; quant aux terres de qualité inférieure légères ou com- 
pactes, celles qui sont sèches se couvrent promptement de 
broossailles et même d'arbres comme des chênes, du buis 
et des téiébinthes ou de ces autres plantes qui croissent dans 
les broussailles et qu'on ne trouve point dans les terres mai- 
gres. 

Ibn Hedja4j dit : nous avons déjà rapporté, en parlant des 
terres, ce qu*on doit en espérer d*avaDiageux, Dieu aidant. 
Peutrétre quelqu'un nous objectera que ces terres que les ha- 
biles agronomes repoussent, nous les trouverons convenables 
à œs espèces de plantes qui y croissent (spontanément) et s'y 
développent si bien. Tel est le sable où se trouve cet arbuste 
nommé cm ghilan, épine d'Egypte {acacia gummifera), qui 
y croit ainsi que le kaladji (hedysarum alhadgi^ alhadgi mau-^ 
rarum) et le buis qui croissent dans les terres dures. Répondez 
(i ces (éjections) que ce que j'ai avancé est vrai en ce que 
dftos chaque espèce de terre il croît effectivement des plan- 
tes qui y réussissent très-bien, mais que pourtant il en est 
un bon nombre qui se perdraient ailleurs. Les honunes ex- 
périmentés pensent que le choix doit se porter sur la terre 
où l'humidité^ sans être en excès, se trouve associée à la cha- 
leur, mais non celle où l'humidité est exclusivement do* 
minante, parce que les deux (premières) conditions sont celles 
que réclament le plus communément les plantes, et consé- 
quemment on rejette les terrains qui sont dans des conditions 
opposées. Les terrains auxquels on donne surtout la préfé- 
rence, ce sont ceux qui sont propres à la culture du blé, de 
l'orge, des fèves et autres végétaux les plus nécessaires à 



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— 38 — 

l'homme. Par la même raison ; on vante les terres qui convien- 
nent aux arbres cultivés dans les vergers^ comme le pommier, 
le poirier^ le prunier; on estime encore les terres qui sont 
propres aux légumes ^ telles que Taubergine, l'arroche, Fé- 
pinard-fraise^ la coriandre, et autres plantes analogues. 

Solon dit que dans la terre fraîche on peut semer utilement 
toutes espèces de plantes en général. Aussi est*elle très- vantée 
et très-prisée. Pourtant, de ce que le lopin réussit parfaitement 
dans la terre sableuse^ ce n'est pas une raison pour en exalter 
la qualité, parce que ce fait est une exception à la règle com- 
mune; car si on sème cette plante dans la bonne terre^ elle ne 
manquera pas d'y réussir très<^bîen. Mais si on essaye de se- 
mer du blé dans le sable, il sera toujours grêle et petit. Voilà 
ffui est clair et explicatif pour toi (lecteur). De même, parce 
que le pin vient bien dans le sable, ce n'est pas une raison pour 
le vanter, puisque le pin est un arbre de peu de valeur; et d'un 
autre côté (par opposition)^ dit encore l'auteur, on trouve que 
le sable ne convient ni pour le pommier, ni pour le poirier, ni 
pour le prunier. Ce qui constitue le mérite d'une terre, c'est 
quand on y voit réussir la plupart des plantations ou des se- 
mis de ces végétaux utiles à l'homme dans ses besoins. 

Ibn Hedjadj ajoute encore que, dans le sable, viennent bien 
divers arbres, tels que l'abricotier, le grenadier, le cognff»- 
sier ; mais ce résultat ne se voit que dans les jardins et encore 
avec le secours des engrais employés en abondance, ainsi que 
des arrosements continuels, tandis que dans le sable laissé à 
sa nature primitive ces arbres ne pourraient pas végéter. Mais 
l'application de l'engrais, la fraîcheur de l'eau lui créent une 
nouvelle constitution. Cette perméabilité de la masse la rend 
plus apte à recevoir l'eau d'irrigation et à la retenir, et par suite 
à permettre aux plantes de plonger leurs racines dans le sol ; 
sans ces moyens auxiliaires indiqués, le sable n'est qu'un sol de 
ixibut maigre et d'un mince produit, à moins encore qu'il ne 
soit mêlé de limon ou de terre franche, comme il a été dit plus 
haut. Mais il faut se garder de trop multiplier les arrosements 
et de les donner en excès, car le sable n'a point (par lui-même) 



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— 39 — 

d'affinhé pour Teaii. Soment donc il arrive que des individus 
peu experts en agronomie s'imaginent que le sable n'admet 
point Teau de l'irrigation et ne la retient point par imbibition. 
Ainsi elle serait comme avalée (par déglutition] dans l'opéra- 
tion : alors, loin d'appuyer Taugmentation, ce serait sa des- 
truction, puisque, par suite de la sécheresse des molécules, 
le tout est un composé de pierres menues que l'eau traverse 
seulement dans ses interstices (i}. 

On lit dans r Agriculture nabathécnne la même chose que ce 
qui plusieurs fois a été exposé et détaillé précédemment. Sa- 
chez, dit Sagrit, que les terres varient à l'infini (dans leur con- 
stitution) et dans leur manière de se comporter par rapport au 
froid, à la sécheresse et à l'humidité (liil. leur manière de 
les recevoir). Ainsi il est indispensable que l'agriculteur ait 
connaissance de cet état de choses, puisque la terre est le prin- 
cipe duquel toutes les plantes, sans exception, tirent la matière 
de lenr aocreissement. Quand l'agriculteur a reconnu la nature 
du sol, il peut confier à chaque espèce ce à quoi il est le phis 
conTenable en fait d'arbres, de plantations et de semences : 
c'est là le complément de l'agronomie et la perfection de la 
science. Souvent il arrive que la terre est altérée et gâtée au 
point de contracter un goût nuisible aux plantes; telle est la 
saveur saumâtre et autre analogue. La cause de cette altération 
est la combustion produite par la chaleur du soleil et autres 
causes diverses. Les terres saines, exemptes de toute espèce de 
vice, conviennent à toutes les plantes en général. 

Adam, sur qui soit le salut, dit que la terre de la meilleure 
qualité et la plus saine est d'une nuance qui passe au noir. 
Elle absortie vivement et abondamment les eaux phivialcs, 
sans devenir pour cela boueuse. Cette accumulation d'eau dans 
sa couche superficielle n y apporte aucune altération ; sa con- 
sistance tient le milieu entre la densité compacte et un état 



I) Ce passage da texte est asses difflcile et obscur, et le sens en est malaise 
à saisir; il porte h une théorie très -vicieuse en discordonce avec les lois de la 
plnr9«|ue. Je .«oup<:onne de l'altëralion dnns quelques mots. 



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— 4t — 



Articlb I. 



Signes Indicateurs de la condition des terres, leur mauTab état ou leur lionne 
nature, tiré du livre de l'Agriculture nabatiiéenne. 



nature^ exempte de défauts^ se reconnaît 
[1. C'est celle dont la superficie^ sous Tin- 
ihaleur ou d'un froid intense^ ne se fend 
, pendant l'automne ou bien au commen- 
te manque de pluie a causé une très- 
k la suite de pluies continues^ la sur* 
face n'est point couverte d'un limon glutineux qui adtière 
fortement aux pieds quand on marche dessus^ ou aux mains 
quand on le manipule ; mais toujours elle absorbe les 
eaux pluviales, et quand la pluie a cessé il n'apparaît point 
à la surface une sorte d'efflorcsc^nce blanche. 11 est des terres 
qui n'occupent point le premier rang pour la bonté et dont la 
surface, le lendemain ou trois jours après la cessation des 
pluies, se montre couverte de quelque chose de blanchâtre, 
sorte d'efflorescence assez semblable à la farine, répandue sur 
tout le sol ou en amas comme dans les fonds, quoiqu'il n'en 
existe pas (et que le terrain soit bien uni); on fait peu de cas 
d'un sol pareil. Un signe auquel on reconnaît une terre de 
bonne nature et fort estimée, c'est quand par un froid très-vif 
on ne voit point se former à la surface une croûte consistante 
qui a l'aspect et la forme de tessons de poterie; sa couleur est 
d'un blanc qui n'est point net. On peut distinguer une bonne 
terre d'une mauvaise au moyen de l'expérience suivante : on 
prend une certaine quantité de la terre qu'on veut éprouver, 
du poids de deux à trois rotls; on la met dans un vase d'ai^ile 
dont on bouche l'ouverture bien hermétiquement. On dépose 
ce vase ainsi préparé dans un trou profond de trois ou quatre 
coudées. On laisse le tout séjourner pendant quatorze jours, ce 
qui est la moitié du temps que la lune met à faire sa révolution ; 
on retiœ alors le vase, on l'examine avec attention, et, si 



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— 43 — 

re\térieur est couTert d'humidité, on l'ouvre. Si, au contraire, 
il ne se manifeste aucune trace d'humidité, on le replace et on 
le couYie tniement de terre; on le laisse ainsi pendant sept 
jours, puis on le retire et on Fouvre pour voir s'il ne s'est point 
produit de ces vers ou autres animaux qui se forment en abon- 
dance par suite de la putréfaction dans les lieux non rafraîchis 
par l'air (s'il en existe); on examine la couleur de ces insectes; 
s'ils sont noirs, violets ou verts, la terre n'est pas d'une qua- 
lité reoommandable ; si, au contraire, ils sont rouges, jaunes 
on cendrés, ou de couleur tirant sur le brun, ou d'un vert clair, 
ou enfin blancs, la terre sera de très-bonne nature. Vous 
exfdorez ensuite l'odeur du contenu du vase; si, après le sé- 
jour au fond du trou, elle a retenu l'odeur qu'elle avait avant 
on bien si elle en diffère peu, la terre est de bonne qualité et 
même de la meilleure possible ; s'il s'exhale une odeur de 
gâté, cherchez à vous rendre compte de cette idtération, c'est- 
à-dire s'il y a tendance à l'acidité, à l'amertume, à la stypticité 
ou antres saveiu^ pareilles ; constatez bien le fait. Si vous avez 
votre terre exempte de ces saveurs, vous pouvez prononcer 
qu'dle est de très-bonne qualité. Si quelqu'un de ces mcu- 
vais goûts se manifeste clairefnent, il faut s'assurer si elle 
dérive d'une tendance à l'acidité, à l'amertume ou à la stypti- 
dté ou de tout autre mauvais goût. On forme alors son opi- 
nion en conséquence de ce qu'on a observé. On déguste aussi 
cette terre une demi-heure après l'avoir extraite de la fosse. Si 
eHe a la même saveur que l'argile chaude, de couleur ronge, 
qu'on extrait du puits, quand elle est sèche, cette terre explorée 
sera de bonne nature. Si, au contraire, le goût tire au sau- 
matre, à l'amertume, à l'aigre ou à la stypticité excessive, ou 
enfin à tout autre goût qui est l'indice de l'altération, vous 
réglerez encore ici votre appréciation d'après les faits observés. 

Aulre procédé qui exige mains de temps que le priciderUy mais 
qui est aimt moins sûr et moins certain que le premier. 

On prend dans la couche superficielle une poignée de terre 

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qu'on mêle avec de Teau douce ; on laisse reposer^ puis on 
agite^ opération qu'on répète plusieurs fois vivement^ laissant 
entre chaque fois un intervalle de repos; on déguste ensuite 
le liquide pour s'assurer de la saveur^ si elle est saine ou mau- 
vaise. Le plus certain et le meilleur^ c'est d'employer de Teau 
douce très^chaude pour ce mélange. On agite (comme il a été 
dit) à plusieurs reprises, laissant un petit temps de repos 
entre chacune d'elles. Quand le refroidissement est complet, 
on hume de cette eau une portion; puis une autre. Le goût 
révèle ce qu'est la terre^ si la qualité en est bonne ou non. 

Autre procédé. 

On prend de la terre dans le fond d'une fosse, en quantité 
suffisante; on en aspire l'odeur. Si on la trouve irréprochable 
et pareille à eelle d'une terre de bonne nature, exempte de 
toute odeur mauvaise ou gâtée, la terre sur laquelle se fait 
l'épreuve est bonne. Après avoir exploré l'odeur, vous passez à 
la dégustation, pour vous assurer si la saveur répond à l'odmr. 
Voici la manière de procéder : on dépose la terre dans un vase, 
on verse dessus de l'eau douée, pure comme celle du Tigre ou 
toute autre pareille ; on agite le mélange, on déguste, puis on 
asseoit son opinion d'après ce que Texpérience a révélé. Le 
goût d'une terre, lyoute l'auteur, ne se manifeste qu'après 
qu'elle a été détrempée dans de l'eau pure et légère. 

Attire procédé qui a pour 6ul, dit Fauteur^ de faire connaUre 
d'une manière bien évidente la qualité et la bonté d'un mI 
9 ttt n'a point été mis en culture, litt. : qui est resté vide de 
semis. 

Il faut, dit l'auteur, commencer par examiner les végétaux 
qui ont poussé sur le terrain, -herbes, broussailles et autres 
plantes analogues. Si ces plantes s'élèvent vigoureuses et ro- 
bustes avec leurs branches qui s'entremêlent, le sol est sans 
reproche et de bonne nature; mais s'il arrive que les plantes 



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— 45 — 
soient chéUyes, grêles^ se produisant seulement par places^ le 
soi est d'une nature non exempte de \ioes. 

Koatzami dit qu'il est des personnes qui, dans leur expéri- 
mentation, se contentent de la vue des plantes crues sponta^ 
Dément, ne fût-ce que d'une seule, tels que le lis^ le lyciet^ les 
épines> les ronces et autres. Us prennent des brandies et des 
feuilles du centre, ils les goûtent et font la comparaison de 
leur saveur a^ec le goût de celles des plantes qui croissent dans 
les terres exemptes de tout reproche, et de là ils déduisent la 
diirérence ou le rapprochement qu'il y a (entre les deux terres). 
Suivant l'Agriculture nabathéenne^ on peut juger de la bonne 
on mauvaise qualité d'un terrain d'après la condition des 
plantes qu'il produit spontanément. 

Koutzami dit que souvent il arrive que dans les terrains 
saumâtrea, ceux dans lesquels l'eau transsude^ ceux qui sont 
inondés (bourbeux), ceux trop mous, gras en excès, ceux 
d'une saTeur styptique^ les terrains brûlants, meubles en 
excès, trop durs ou trop compactes, ou autres de nature tout 
opposée à celles de bonne qualité, on voit croître spontané^ 
ment des plantes et des végétaux ; néanmoins, ces terrains 
flODt délaissés sans qu'on leur donne ni amendement^ ni cul- 
ture. Ces plantes sont : le pouillot, l'absinthe, l'hyssope, 
l'tmMHse {ariemiêia orienlalis), la chicorée sauvage, l'ellé- 
bore noir qui, chez les Nabathéens, passe pour être un poi- 
fon, le câprier^ l'épine rouge (buisson ardent), toutes espèces 
propres aux mauvaises terres. Quant aux terres brûlantes et 
de mauvaise odeur, elles ne produisent rien. Les terres salées 
et saumâtres produisent le sehal, cydonia indiea (1); dans les 
terres mouvantes et peu consistantes croît l'armoise de Judée 

(I) Le mM JjJI tulTantle dioUono.de Cutol cydonia indiea, qui Mt iUMi 
llmerpréUUoD Indiquée parle traducteur Jbu Beitliarm Souliieimar. ATlMmie 
cite cette plante trop brièvement pour la reconnaître. 11 dit ( J, 257 ), que c'est 
on médicament Indien qui ressemble au J^^^^j Jietu^ibil amomum xingiber 
liDù., gingembre. Banquerl traduit par c/iardon (qui croit au pied du palmier, 
leiuflbqite). Je ne sais sur quoi s'appuie celte traduction. Kaxwinl n'en parle 
Mat la sroirili volonUars que c'est un nom altéré. 



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- 4ê — 

moyeiid de la rappeler en partie, il n'y a pas d'autres soins à 
donner à ces deux natures de terre que ceux que nous aTons 
Indiqués^ saroir : les retourner pendant les grandes chaleurs 
et briser la glèbe. La terre molle , arVaçtgoA^ ^J^, exige 
remploi d'un procédé qui fasse cesser cet excès d'amoUisse^ 
ment. Yambuschad dit que la terre molle peut être comparée 
à la terre grasse et à la terre suante dont c'est l'état habituel. 
Ces trois sortes de terre ont de l'analogie entre elles. U est des 
agronomes qui disent que la terre molle est la terre limo- 
neuse, d'autres la placent seulement dans les terres suantes ; 
mais c'est une erreur^ car la terre iuante, al'haraqahf I5j^\ 
tient le milieu entre la terre molle et la terre limoneuse. 

La terre molle en excès est mauvaise^ c'est l'opposé de la 
terre grasse ; elle a une saveur qui tient le milieu entre l'ad-- 
dite et la fadeur. Par suite de son ramollissement^ cette terre 
ne peut recevoir aucun procédé d'amélioration ; cependant, on 
peut la retourner pendant les chaleurs solaires pour qu'elles 
puissent la brûler, mais non complètement; parce que, trop 
brûlée, cette terre se met en cendre et ne produit plus que des 
plantes grêles et étiolées. 

On lit encore (dans l'Agriculture nabathéenne) que Yambus- 
chad donne à la terre grasse le nom de terre molle ; c'est une 
expression impropre (i), car chez nous cette terre est précisé- 
ment l'opposé de la terre grasse. Il conseille de cultiver cette 
terre molle, vers l'équinoxe du printemps, plusieurs fois à la 
charrue, et de donner force fumier, quel que soit celui qu'on 
puisse avoir à sa disposition, à l'exception, toutefois, de celui 
de mulet. Le fumier est très-avantageux pour ce terrain, en 
favorisant en même temps la végétation de ce qui lui aura été 
confié. Ce à quoi cette terre grasse (suivant Yambuschad) con- 
vient le mieux, ce sont les vignes, parce qu'elles s'y dévelop- 
pent d'une façon admirable. Les branches y prennent de 



(1) L'expression qui se Ht ici y^^^ji^ (fiaH/V résume en lui seul ta critique 
que fait Ibn Wascblat de la dénomination de terre molie appliquée à celte 
terre. Ag. nab., f. 66 v 1. S. suiv. 



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— 4» — 

l'ampleur^ les souches du volume^ les raisins^ très-juteux^ 
donnent un y'm salutaire. Cette terre convient à toute espèce 
de T^tal qui, par sa forme , se rapproche de la vigne , ar- 
brisseau ou plante herbacée. 

Cette terre, dit Yambuschad , a été appelée molle parce 
qu'elle a peu de force. Il faut avec elle en agir avec précau- 
tion, parce que si elle recevait plusieurs labours coup sur 
coup elle s'ameublirait trop et perdrait encore de son peu de 
force. On y sème particulièrement de Torge après avoir com- 
|dété les labours '; on donne ensuite une irrigation suffisante^ 
et alors Toi^e lève et pousse bien. Si, )>ar hasard, il vient 
i pleuvoir avant la germination, le succès est plus complet et 
la récolte plus belle. 

Ce nom de molle, rdkikah, a été encore donné à la terre 
l^reroent saumâtre, qualification qui, sur ma vie, est bien 
proche de la vérité, car cette terre a été également nommée 
terre fiiible. Les causes de cette faiblesse peuvent être corrigées, 
spécialement par l'application des engrais reconnus lui être 
avantageux : c'est du fumier de vache mêlé à de la teri'e 
étrangère (rapportée) de bonne nature. Mais si on brûle des 
feuilles et des branches de sebestier garnies de leur fruit, des 
plants de courges, qu'ensuite on mêle cette cendre à de la 
terre végétale ou du fumier de vache, et qu'on use de ce com- 
post pour l'amendement de cette terre, à plusieurs reprises, 
elle s'en trouvera très-bien. Une opération encore bonne pour 
la terre molle, c'est d'y semer des graines qui ne jettent point 
de racines trop profondes, comme les co^xvolviUui (i), la ro- 
quette, le cresson alénois et autres plantes analogues. La terre 
saMeuse varie dans sa coloration en raison de ce qui est mêlé 
au sable. 11 tant l'étudier avec 'attention pour i*econnaitre quelle 
est cette substance étrangère {JitL mêlée), ce qui n'est point dif- 
ficile. La terre sableuse est toujours meuble, parce que^ tou- 
jours aussi, c'est le sable qui met la terre dans cette condition. 

(\) Cetta synonymie demande quelque explication ; nous y reviendrons plus 
lard. 

4 

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— 50 — 

Toutes les plantes qui croissent dans cette terre sont peu en- 
raçinéesi grêles et faibles. La terre sableuse jouit de la propriété 
spéciale d'être très-propre pour les vignes. Le sol dont la couche 
superficielle est mêlée de sable est par là garanti contre les 
accidents fâcheux. Les soins d'amendement qu'elle réclame, 
avant de recevoir les semences^ seront donnés d'après ce que 
nous avons indiqué de convenable pour ce mélange (quand il 
existe); en traitant la question des terrains. Il faut, pour le bien 
des semis et plantations, retourner le sol; il faut encore^ ce qui 
est très-avantageux; ajouter un mélange formé de fumier 
d'ânC; de pareille quantité de tiges de fèves^ de paille d'orge et 
de ù-oment. Si on commence la culture avant l'automne, on 
fera très-bien. La terre dure comprend plusieurs espèces. Dans 
Tune, la glèbe tire sur le blanc ; c'est la nuance primitive (ou 
type). Une autre espèce a cette teinte blanche plus légère. La 
première espèce, où la couleur blanche domine, est dite gyp- 
seuse (crétacée). Celle dans laquelle elle est plus faible est dite 
terre dure; elle n'est bonne ni pour le palmier, ni pour les 
plantes aromatiques ; les plantes alimentaires y restent lan^ 
guissantes. 

On lit dans une autre partie de l'Agriculture nabathéenne 
que parmi les terres dures il y en a une espèce dont la couleur 
tire sur le cendré passant insensiblement jusqu'au blanc : c'est 
la terre nommée proprement dure, quoiqu'elle le soit un peu 
moins que la précédente. Cette sorte de terre convient parti- 
culièrement au froment, au millet, au sorgho, à la lentille et 
aux grands arbres, tels que le noyer, le noisetier et l'olivier 
ou autres arbres analogues. Les principaux soins que réclame 
son amendement , c'est de détruire la dureté en donnant au 
sol de nombreux labours à la charrue pour le retourner. On . 
les commence dès le premier de tischerin second , qui corres- 
pond au mois de novembre. Tous les dix jours on renouvelle le 
labour, on brise vigoureusement et avec soin la glèbe de façon 
à l'amener à l'état de terre meuble. Les laboureurs y intro- 
duisent les vaches et le menu bétail, pour que les premières y 
déposent leurs déjections. On ne cesse de les introduire et de 



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— Bi- 
les faire aller et venir jusqu'à ce que la terre soit ramollie (1) 
et la couche végétale trës-adoucie. Les hoinnies doivent ac- 
compagner les animaux, et s'ils peuvent piétiner aussi, c'est 
une chose très-avantageuse pour le sol que ce piétinement si- 
multané des hommes et des animaux , dont les déjections se 
trouvent mêlées avec la terre végétale (2). C'est là sans contre- 
dit le meflleur amendement pour cette sorte de terrain. La 
terre pterreuse, dite aussi terre de montagne, se trouve dans 
les parties très-froides de la Babylonie. On dit aussi dans TA* 
griculture nabatbéenne que la terre de montagne, quant à la 
cooche superficielle (végétale) et le sou^-sol, est dans une con* 
dition qui tient le milieu entre la terre pierreuse et la terre 
molle. La terre pierreuse est donc plus dure que cette terre de 
montagne proprement dite. Les soins qu'elle réclame, c'est que 
pendant les grandes chaleurs on la retourne avec de grandes et 
fortes pioches. On applique cette opération à ce qui peut la ré- 
damer, en se conformant dans ce travail à ce que nous avons 
prescrit d'après les traditions venues des anciens. Il faut ausû 
briser la glèbe avec des masses, et, si on n'agit pas ainsi, cette 
terre demeurera stérile. Les travaux doivent être, exécutés la 
Dnit, depuis le commencement jusqu'à la fin, ou depuis le mi- 
lieu (minuit) jusqu'au jour, ou jusqu'à deux heures après l'ap^ 
parition du jour. Ce mode d'opérer est le meilleur pour toutes 
ks terres qui sont alors rafraîchies et s'imprègnent de la rosée 
delà nuit. Aussi ces terres dures profitent-elles beaucoup de 
la réalisation de ces travaux pendant la nuit. C'est donc le 
temps pendant lequel il faut les exécuter, et ce qui réclame le 
labour doit le recevoir la nuit, par la raison que nous avons ci* 
tée, l'humidité que la terre reçoit de la rosée de la nuit. Les 
bcnib aussi ne doivent point travailler dans ce terrain pen- 



^1) Ult. frfevre, c'est-à-dire qu4% le ptétUiement du liétaa tiMse apparaître 
rhamidlté à la surface. 

U) H s'agit Ici da parcage, indiqué par les agronomes latins : Ubi wmentem 
NtuTM tris, ibi ovet dekekLto, Gato» de He ruH., XXX. Pline dit à peu près U 
Béne eiiMe, XVII» 8, 0. fin. Ce passage no se trouve point dans r Agriculture 
, Q aura sans doute été Intercalé par Ibn Alawam. 



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— 54 — 

dant le jour^ parce que Tardeur trop intense du soleil les 
échaufferait et les rendrait malades. Les bœufs ne doivent èli'e 
attelés à la charrue qtie quatre par quatre^ et on ne doit pas se 
contenter d'un seul couple à cause de la dureté de la terre; il 
faut donc les doubler. On se servira aussi de socs pesants et 
longs; toujours dans ces divers labours on doit sonder profon- 
dément; c'est plus avantageux. 11 faut aussi briser toutes les 
mottes avec grand soin^ tant qu'il en reste une seule. La cul- 
ture de ce terrain est très-fatigante pour les animaux ; le la- 
boureur doit donc avoir avec lui des vases contenant de Teau 
fraîche pour en laver le cou et le museau des bœufs; on leur 
mouille aussi la tête; par ce moyen ^ ils sont rafraîchis^ re- 
prennent haleine^ et le poids du travail est allégé (1). 

La terre rouge n'exige point qu'on ait recours à aucun pro- 
cédé extraordinaii*e pour en amender les mauvaises qualités. 
Le systèmede culture àemployer pour elle^ c'est de labourer en 
automne avec de petits socs sans plonger trop avant; cette na- 
ture de terrain ne l'exige point. La terre cinéroïde I^Iaj^S, 
sa teinte tire au blanc sale avec une nuance grise très- pronon- 
cée. On ne peut pas dire qu'elle soit de mauvaise qualité^ puis- 
qu'elle produit diverses plantes^ et que plusieurs arbres y 
viennent bien^ tels que le palmier et la vigne. Ces deux es- 
pèces prospèrent dans ce terrain^ à cause de son extrême sé- 
cheresse et de son peu d'affinité pour l'eau. Quand on a planté 
dans cette terre un palmier ou un arbre quelconque^ il faut lui 
donner un arrosement continuel^ à cause de la difficulté qu'é- 
prouve Teau pour pénétrer dans le sol par suite de sa consi- 
stance. Quant aux légumes^ il faut bien se garder de les se- 
mer dans ce terrain ; mais on peut lui confier des graines 
ayant de l'affinité avec le riz. Si nous disons que cette terre 
convient à cette graminée et qu'elle s'y plalt^ c'est parce que 
l'eau peut séjourner sur la racine ; de tous les terrains^ c'est 



(1) Le texte d*Iba Ala^am est ici très-fautif et peu intelligUble. Je me suis 
aidé du texte de l'Agriculture ualïathéenne, rapporté ici d'une manière fort 
Inexacte. 



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— 53 — 

celui qui est le plus convenable pour le riz, le froment^ l'orge 
et les pois; mais on ne doit y semer ni sorgho^ ni lentilles^ ni 
hariootSj ni pois chiche, ni pois mungo. La terre charbonneuse 
(ou plutôt anikracoïde) (i) est d'une couleur noire très-foncée ; 
(pielquefois la nuance perd de son intensité^ sans que jamais il 
s'y mêle rien de blanc. On la voit transsuder à la surface. La 
méthode à suivre pour la culture est celle prescrite pour la 
ierreemérotde. Tout ce qui réussit dans Tune réussit également 
dans l'autre. Ainsi les plantes à qui celle-ci convient^ celle-là 
learom vient aussi; cette derni«3re cependant est plus favora- 
ble aux palmiers. Quand on donne de l'eau avec abondance , 
on lyoute beaucoup à sa qualité qui se rapproche de celle de 
la terre dnéroîde. Cette terre est propice pour la vigne et les 
plantes qui, conmie elle^ s'étalent à la surface. Elle convient à 
tontes les espèces délicates, plantes ou arbres^ mais tout par- 
culièrement à toute espèce potagère de gros légumes ^ comme 
les choux, les épinards^ la poirée, la laitue, le cbou-fleur, le cres- 
son alénois et autres congénères; parmi les petites plantes pota- 
gères, c'est la menthe, le basilic, le persil et autres. Il faut arro- 
ser largement tout cequ'on plante ou sème dans cette terre, sans 
attendre que les semis aient trop soif. Si ces terres anthracoîdes 
ou cinéroîdes se trouvent dans un lieu où il soit posuble de 
faire entrer l'eau et de l'y retenir pendant longtemps, c'est pour 
le mieux; on peut alors, sur cette terre ainsi mouillée^ cultiver 
concombres et cornichons, et planter de la vigne. Quand on a 
tait les semis, le jeune plant reste (après qu'il est levé) jusqu'au 
moment convenable pour le repiquer. C'est le meilleur système. 
U terre argileuse (céramoïde) al-kazaflah SLi)îi^t (2), c'est la 
terre dont la surface, pendant les chaleurs de l'été, i^emble 

(i; Àmihraeoidey parce qu'elle n'a d'analogie avec le charbon que l'aspect. 
BanqDcri lit ILior^! af-aàjemiaU et traduit en conséquence par ^(ratif/è^e; 
nab c'est one erreur. Tous les traités d'agronomie arabe, y compris l'Agr. nab., 
(ftlio 63, Terso, lisent 2L»ar^) al-fahmiah, charbonneux ou noir de charbon. 

di Précédemment il a été question de cet état de la couche superficielle Uu 
*ti n traitant des conditions qui dénotaient une bonne qualité, mais pendant la 
pWf «teniemenl. !tl, au contraire, cVsl pour l'été. (C. !•% p. 48. iT.Géop. II, 10.) 



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— 54 — 

couTerte de tessons de poteries y soit pour la consistance ^ soit 
pour la couleur ; souvent elle prend une légère nuance de 
Targile rouge à potier. Le meilleur procédé qu'on puisse em- 
ployer pour Famendement de cette terre^ c'est de la retourner 
profondément et de briser la glèbe à la masse ^ de façon que 
ce qui a déjà été brûlé par Texcès de la chaleur puisse se mê- 
ler à ce qui ne Ta point encore été. On répète Topération une 
seconde et une troisième fois^ puis on répand un mélange de 
pailles de fèves^ d'orge et de bouse de vache. 

La terre, dite hellébarine , al-kharbaqiah lJjjài^\, est celle 
qui exhale une odeur pareille à celle de l'ellébore^ odeur fé- 
tide ; c'est la plus mauvaise des trois qualités citées. Par sa 
chaleur (excessive) elle gâte toutes les plantes qu'on y sème; 
cependant elle est bonne pour les fèves spécialement. Les ter- 
res molles se placent entre celles qui sont ressuantes et infil- 
trées d'eau. Toute la difiEérence consiste dans la manière de les 
traiter. La terre ressuante et celle infiltrée d'eau se traitent en 
allumant des feux de quelque bois que ce soit^ au milieu^ et sur 
les côtés et dans divers endroits en très-grand nombre } par là 
on fait disparaître l'état limoneux et de transsudation. Cepen- 
dant il y a à craindre que ces deux natures de terres ne passent 
à l'argile durcie, et, dans ce cas, ce nouvel état serait pire que 
celui que l'on a voulu corriger. Déjà il a été mentionné (irécé- 
demment un genre d'amendement diflërent applicable à ces 
deux espèces de terres. Elles sont bonnes pour diverses espèces 
de plantes, telles que le chou, le myrte, le chou-fleur et autres 
espèces de nature analogue qui se comportent de même. 

La urre salée comprend plusieurs variétés. Ainsi, il y a la 
terre salée proprement dite, la terre salée à laquelle se mêle 
de l'aridité, celle empreinte d'amertume, de sty|)ticité, et celle 
enfin qui est légèrement salée. Les signes qui peuvent les faire 
reconnaître, c'est quand on voit apparaître à la surface une cer- 
taine efflorescence blanche qui provient d'un commencement 
de salure (1). Cette efflorescence a reçu de Sagrit le nom de 

(1) C*eit-à-Ulre que le principe salé oomineiice à se oioDtrcr. 



i 

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- 55 — 

salure d'exondaiion, afrihafiah X^LDI^ parce que c'e«t une 
salure qui s'élève en couche mince à la surface (litt. exundaî). 
Quelquefois celte efflorescence se manifeste dans les terrains 
où sont plantées les vignes. On la fait cesser en y semant de 
Toige à Tentour des souches de vigne ou dans le voisinage , 
parce que cette orge absorbe le principe salé. 11 y a pour ce vice 
du sol un remède général^ comme il y a aussi^ pour chaque va^ 
riété de terre salée^ un remède spécial; mais le premier peut 
snlBre. Ce qui convient à toute espèce de salure^ c'est la plan- 
tation du palmier qui pousse avec vigueur et qui devient trè»- 
beau dans chacune des terres qui en sont affectées. Le procédé 
commun consiste à donner^ après la première pluie (autom- 
nale), si elle vient de bonne heure^ à l'entrée du mois de tis- 
cberin i^, un labour^ sans attendre plus tard que le huit; si la 
pluie se fait attendre jusqu'à la fin du mois, donnez, le dernier 
jour du mois, votre labour à la terre afifectée de salure pure- 
ment et simplement. Si quelque saveur étrangère s'y est méf- 
iée, on labourera dans le second tischerin , sans attendre plus 
tard que le 2 ou le 3 de ce mois ; on se servira de petits 
socs. On prend ensuite des tiges de fèves dégagées de leurs 
graines, provenant de la récolte de l'année précédente, et bien 
sèches. On les bat de manière à les amener à l'état de paiUe 
bien menue. On répand cette paille en abondance sur le sol 
après le labour; on arrose par-dessus soit la totalité, soit une 
partie seulement si le champ a une grande étendue. C'est le 
meilleur procédé qu'on puisse employer pour améliorer cette 
naturede terre ; vient à la suite pour l'efficacité la paille de fève, 
puis ceiled'orge, celle de froment (à leur état naturel), puis des 
sarments de ronce écrasés, des feuilles d'althéa sèches et pi- 
lées. Ces procédés sont faciles, usez-en ; et, s'il vous est possible 
d'employer toutes ces choses simultanément, ce sera très-bon. 
Cependant il est permis d'user de chaque chose isolément, a 
l'exception toutefois des ronces qu'on ne doit point employer 
sans un mélange préalable avec quelqu'une des autres sub- 
stances; mais seules, jamais. Du reste, ce qu'il y a de meilleur 
dans tout ce que nous avons hidiqué, ce sont les pailles de fève 



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— 56 — 

et d'orge. On laisse ensuite la terre se reposer dans cet état^ 
sans rien faire de plus. L*été venu, on répand une certaine 
quantité de bouse de vaclie mouillée d'eau ^ procédé qui con- 
tribue beaucoup à ramendement du sol, et à ramener à une 
bonne condition, et qui neutralise la salure. Quand arrive 
Tautomne de la seconde année et qu'on entre dans le mois de 
tischerin !«', on répand du fumier de vache mêlé de fumier de 
chcTal et d'âne, sans y mettre absolument rien du fumier de 
mulet ; alors on peut semer de l'orge, des fèves, des lentilles , 
des pois chiches. Entre ces semences, on répand de la graine 
de lin, puis tout ce qui aura été semé recevra une abondante 
irrigation. Toutes les graines employées doivent être de choix, 
recueillies dans des terres de bonne qualité. 

Saussade pense que ce qu'on peut prendre de meilleur pour 
l'amendement de ces terres (salées), ce sont les feuilles de 
vigne et les sarments, ainsi que les feuilles et les pousses de 
tout arbre à fruit oléagineux, comme le noyer, l'amandier, le 
pistachier, le noisetier, le ricin et autres analogues. Ces objets 
peuvent être employés pour l'amendement des terres viciées, 
mais particulièrement pour celles qui sont affectées de salure ; 
ils possèdent, à cet égard, une propriété toute particulière. On 
procède ainsi : on prend les féuiUes et la partie la plus déli- 
cate des branches, on les bat jusqu'à ce qu'on les ait réduites à 
l'état d'une paille menue qu'on répand en abondance sur la 
terre salée. Ensuite on donne avec de l'eau une irrigation lé* 
gère, et on laisse reposer le terrain. Le même syoute : on peut 
appliquer ce procédé à toute nature de terre viciée pour l'a- 
mender, à l'exception de celle qui a un goût acre, pour laquelle 
il y a une recette différente de celle usitée pour tous les ter- 
rains (qui nous occupent). Saussade ajoute : ce qui nous sem- 
ble convenable pour amender non-seulement la terre simple- 
ment salée, mais encore celle où cette saveur est mêlée d'un 
goût étranger, qui se révèle à la suite de la constatation de la 
salure , c'est de répandre à' la surface de la lie d'huile, prove- 
nant d'olives non salées, car elle ne doit porter en elle aucun 
autre goût que celui de l'olive. On en arrose le sol avant le 



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— 57 — 

laboar^ auquel on procède ensuite; on réitère avec la lie l'ar- 
ro6emeut« sui^i d'un second labour^ après lequel yient une 
troisième application de la lie. Tout cela fait, on répand du fu- 
mier de vache en grande abondance , et on laisse reposer 
quelques jours. On donne un nouveau labour avec de petits 
SOC89 évitant de plonger trop avant, mais au contraire restant 
presque à fleur de terre. On sème alors de rorge> du fenu grec, 
des pois chiches, des bettes, des courges, des mauves. On 
plante des pabniers très-espaces entre eux, et , dans les inter* 
vaUes, on sème les plantes que nous avons indiquées, qui ab- 
sorberont la salure qui vicie le sol. On donne constamment 
un fumage composé de bouse de vache et de lie d'Iiuile d'olive 
mêlées ensemble. La bouse ne sera ni trop vieille, ni trop ré- 
cente, et de la sorte l'amendement sera complet, la volonté 
divine aidant 

Attire procédé pour l'amendement des terres salées. 

Il consiste à retourner la terre au commencement d'octobre, 
pour que les eaux pluviales puissent laver (l'élément de) la sa- 
lure, etron opèrecomme sur les terres styptiques ou de mauvais 
goût. Quant à celle où domine une saveur amère, c*est la plus 
mauTaise des espèces par son âcreté, et celle qui est la plus re- 
belle à l'amélioration. Elle est funeste aux graines avant la 
germination et non après (i). Il y a un moyen cependant de 
ramener à un amendement complet ou peu s'en faut. Ce' 
moyen consiste h donner un arroeement d'eau douce réglé en 
raison de la facilité qu'on aura de le faire. Ces arrosemenis 
commenceront dans la seconde moitié de nisan ou avril ; pas 
avant. On devra les pratiquer aussi dans les premiers jours 
du mois d'adar. L'eau devra séjourner le plus longtemps pos- 



(I) TfUe est U tnidacUon littérale ; Il fout entendre par là que les graine^s y 
frnneot très -difficilement, qu'elles y përUsent généralement, mais que, quand 
cl!ciont pn lever, les plantes s'y maintiennent et y végètent. 



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- «8 — 

sible^ et^ s'il se pouvait qu'elle restât pendant tous les mois 
d'été, jusqu'au milieu d'éleul^ce serait très-bon, mais il n'en 
faudrait point prolonger le séjour plus longtemps. Si l'on ne 
peut user de ce moyen, il faut prendre des courges desséchées, 
des convolvulus, des feuilles de vigne; on fait sécher le tout, 
et les courges sont prises avec la pulpe et la graine, après 
toutefois qu'on les a coupées en morceaux. On pile le tout, et 
on le mêle avec de l'eau douce dans des bassins de cuir 
goriKi (1). On répand ensuite cette préparation sur le sol qui, à 
l'avance, aura reçu un labour peu profond et même très-léger. 
Pour un adjrab de terre ainsi vicié, U suffit d'un arrosement 
avec vingt ^or Aa de liquide ainsi préparé. L'opération se fait 
vers la fin de la nuit, au point du jour; on peut la prolonger 
pendant trois heures plus tard ; c'est le moment (de la journée) 
le plus opportun; si on peut forcer les quantités pour la pré* 
paration indiquée, ce sera encore mieux. Ce sera encore très- 
bien , si cet arrosement peut se répéter plusieurs fois, après 
avoir donné un labour au sol encore humide. On peut aussi 
pratiquer un mélange d'eau et de terre de bonne nature qui 
ne soient entachées d'aucun mauvais goût; on s'en servira 
pour l'arrosement; on donne deux ou trois labours. Le même 
système se continue pendant six mois, c'est-à-dire pendant 
l'été tout entier ou même pendant deux étés. La terre , ainsi 
traitée, sera bien amendée. L'expérience a constaté le succès 
du procédé , surtout quand le vice n'est point trop grand ni 
trop invétéré par le laps de temps. 

Le même auteur assure que cette terre, imprégnée d'un excès 
de salure ou styptique dans une mesure qui dépasse toute li- 
mite, peut quelquefois être amendée par la culture des plantes 
mucilagineuses, comme du coton, du fenu grec, des fèves, de 

(I) v-^^ qouroub, pluriel de w-mLî qarih qui, suivant le dlcUonnalre, dé- 
signe une barque employée pour le scrTice d'un plus grand bàliment, une c^- 
loupe, un allège. V. HarirI pof com. Ce nom parait, par ce qu'on lit ici. avoir 
été appliqué à une mesure de capacité qui, dans l'espèce, serait en cuir Id^i^ia» 
.^J^ ^ — Le même procédé est Indiqué dans l'Agric. nabath., folio 46, 
recto, I, 16^ dans les mêmes termes. 



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— 59 — 

Forge, des pois mungo, du cresson alénois^ du lupin et autres 
espèces analogues, n doit en être ainsi à Fégard des terres^ ci- 
tées précédemment, qu'on a pu amender (i) par le séjour pro- 
longé de Teau on par l'autre procédé indiqué à la suite, ou bien 
encore, s'il arrive, dans le climat de la Babylonie et les contrées 
analogues, que le ciel se couvre de nuages pendant quarante 
jours sur les tenues acres, d'odeur fétide et autres entachées 
de vices qu'on désire voir disparaître. Le résultat sera com- 
plet s'il peut arriver que le soleil reste voilé pour ces sortes de 
iemiiifl sans se montrer aucunement pendant la somme de 
jours indiqués; on n'aura besoin de recourir à aucun autre 
procédé. Mais, quand ces améliorations ont été obtenues, on y 
sème les plantes mucilagineuses et visqueuses, car le semis 
de ces sortes de graines est indispensable pour enlever ce qui 
peut encore rester du principe vicieux ou amer. Souvent 
même il sutBt de les y semer une seule fois ou deux. D'autres 
fois, au contraire, on devra y revenir. 11 suffit aussi, pour en 
lever complètement l'amertume, de la culture de l'amandier 
à fruits amers, du myrte, du laurier. 

« Mon opinion^ dit Koutsami, est que, quand on cultive les 
plantes mucilagineuses indiquées plus haut, et qu'on plante 
en même temps l'altbéa et des branches (ou boutures) d'abri- 
cotier dans les terres dont il vient d'être question, aussi bien 
que dans toutes celles entachées d'un vice quelconque , on les 
rectifie, à cause de l'absorption qui se fait d'une grande partie 
de réiément vicieux. Parmi les terres acides se trouvent les 
ferres molles et celles qui sont ressuantes à cause de l'acidité 
de Teau qui constitue l'humidité et le suintement. Cet état est 
fiuâle à reconnaître à la dégustation , en expérimentant sur la 
terre seule (directement), ou bien après l'avoir mêlée et dé- 
trempée dans l'eau. On peut arriver à l'amélioration de ces 



{l\ CTest-à-dire que dans les terre« amendées par les procédés indiqués plus 
haut, et qu'il ya rappeler en ajoutant celui de Tinfluence d'un ciel couvert, il 
but aussi semer ces plantes mucilagineuses pour achever de détruire le prin- 
cipe dêléière, ainsi qu'a Teipllquera ensuite. 



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- 60 — 

sortes de terres^ au point d'enlever toute Tacidité et de la neu- 
traliser entièrement. Ce résultat si complet s'obtient par Tappli- 
cation plusieurs fois répétée de l'engrais indiqué comme effi- 
cace pour ces sortes d'amendements. L'engrais^ indiqué pour 
les terres molles et ressuantes^ est composé de cendre de gre- 
nadier^ d'engrais humain et de bouse de Tache. » 

Koutsami continue et dit : « sachez bien que toutes les terres 
viciées^ quelle qu'en puisse être la cause^ que ce soit salure , 
chaleur, acidité, mauvaise odeur, mollesse ou lourdeur, état 
glaiseux ou compacte, ou ce qui estressuant, entaché d'aigreur, 
de stypticité excessive, obtiennent de l'amélioration, quand 
l'eau limoneuse des courants a séjourné pendant longtemps à 
la surface, et que, par suite de cette stagnation, elle a laissé 
déposer un terreau abondant. Cette amélioration est d'autant 
plus grande que l'eau arrive plus bourbeuse. Cette eau lave et 
rafraîchit la terre, qui le demande ; elle laisse après elle une 
terre neuve (litl. étrangère), terre de saveur douce; car la terre 
n'entraîne que les parties les plus légères du sol et les meil- 
leures. Elle rendjdonc de la vigueur aux terres affaiblies et ai- 
gres par un dépôt qui remplace l'engrais. Si le sol renferme 
un principe salé, l'eau, par sa fluidité, le lave, le dissout et 
le neutralise par sa saveur douce. Elle chasse aussi la chaleur 
de la salure par sa nature froide, et. si le sol est trop chaud , 
elle lui procurera de l'amélioration à l'exclusion de toute autre 
chose. L'eau éteindra encore l'acidité par sa température 
froide si le sol est encore imprégné d'une mauTaise odeur 
l'eau douce, la terre rapportée exempte de mauTais goût dont 
le sol est chargé, se déposent, se mêlent au sol primitif, 
atténuent peu à peu l'odeur désagréable qui finit par dispa- 
raître en totalité, quand le fait s'est répété plusieurs années 
de suite. Il faut, quand le sol a été desséché, donner un labour 
profond, fumer avec des engrais de nature douce et lénittve. 
S'il arrive que la terre soit molle ou ressuante, le limon dont 
l'eau est chargée sera salutaire. On retournera le sol une fois 
[)ar mois, soit quatre fois en quatre mois, à partir du com- 
mencement d'nziran jusqu'à celui d'éleul. Le soleil pompe 



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— 61 — 

rbumidité, cause de la transsudation ^ en même temps ciiic la 
terre rapportée vient se mêler au sol (et produire son effet). » 
L'auteurdit encore : « Parmi les choses utiles pour Tamen- 
dement des terres en dehors delà bonne qualité et d'une juste 
proportion (dans leur composition), il faut ranger la pluie 
douce et l^ère^ qui tombe sans interruption pendant Tingt- 
quatre heures. Vient ensuite la pluie dite de lavage (1 ); elle est 
plus violente que la première, du double. Ces pluies dissolvent 
la salure, Famertume^râcreté^lorsqu'elles ont été persistantes. 
La troisième (classe) d'eau qui concourt à l'amendement, c'est 
cette eau bourbeuse (dont il a été déjà question), lorsque , sé- 
journant sur le terrain, elle y laisse le limon qu'elle a charrié 
des autres contrées. Ces atterrissements sont salutaires pour 
tous les terrains. Les deux sortes de pluie dont nous avons 
parlé concourront à l'amendement de la terre par la volonté 
de Dieu ; mais leur effet ne sera bien complet que si elles se 
reproduisent par intervalles et plusieurs fois, de manière qu'a- 
près avoir duré pendant vingt-<iuatre heures^ pai* exemple, ou 
environ^ elles cessent de tomber; le vent qui s'élève ensuite 
frappe la terre de son souffle pendant deux ou trois jours, puis 
alors la pluie recommence comme précédemment, puis elle s'a- 
paise et cède la place au vent. Ces alternatives de pluie ou de 
vent, plusieurs fois répétées (produiront l'effet bienfaisant at- 
tendu)^ la volonté divine aidant. » 

Art. lir. 

MoieiM à raide desquels, suivant r Agriculture nabatbéenne, (m peut amë- 
liortr7(etIameDder):le8 terres quand la couche superflcielle (végétale} ëe 
tnmve méîée de pierres, de fragments de briques ou de poterie, des balayures 
dans lesquelles sont des tombeaux et des objets de nature diverse, comme 
d'ordinaire il s'en trouve dans les balayures (ou nettoyages) des habitations 
humaines et dans les immondices qui se rencontrent sur les chemins aux- 
quels sont mëfk des pierrailles, du petit gra\ier et autres corps de nature;} 
divcnes causant de l'altération dans le goût de la terre végétale, tels que du 

(I) Elara, des paysans de Champagne.! 

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— 631 — 

•el, de U oouperoM ((), des noyaux de froito de dlYereea espèces, ou bien 
de celte terre sur laquelle la chaleur et le froid ont exereé leur influence 
avec une grande intensité, qui tantôt est récite, et tantôt d'une humidité qui 
a déterminé la putréfaction, du telle sorte qu'elle est complètement viciée; 
somme anisi (pour remédier) k tous ces mélanges de foutes les sobetanees 
étrangères qui n'entrent point dans la composition de la terre végétale, tell« 
que la sciure de bols, les fragments du roseau, des plâtras, des fragments da 
mortier de chaux durcie {V, et autres matières analogues en telle quantité 
qu'ils forment une partie (considérable) de cette terre à laquelle ils causent 
un grand préjudice. 

Dans les terrains où se trouvent ces sortes de mélanges^ 
rien ne réussit que le palmier et les grands arbres. Le moyen 
d'amender les sols qui se trouvent affectés du mélange de 
quelques-uns des corps qui viennent d'être nommés^ c'est d'y 
rapporter de la terre d'une bonne qualité bien constatée par 
Texpérience. La meilleure qu'on puisse employer, c*est une 
terre glaiseuse rouge , qui , dans la manipulation^ reste adhé- 
rente aux doigts comme si elle était mêlée de glu (3). On ré- 
pand par-dessus du crottin d'âne et de la bouse mêlés ensem- 
ble ; on incorpore le tout avec le sol rendu défectueux par les 
corps étrangers en plongeant le plus profondément qu'on le 
peut par le labour. En effet le sol profite particulièrement de 
ce qu'on peut faire pénétrer dans le fond. A la suite de l'opéra- 
tion^ on donne une irrigation assez abondante^ pour que l'eau 
puisse s'élever à la hauteur d'une coudée. On la laisse séjourner 
pendant plusieurs jours , jusqu'à ce que le dessèchement soit 
complet. On reprend alors l'application des engrais composés^ 
et on arrose avec de l'eau plusieurs fois. On sème ensuite des 
aubergines^ des légumes de toute espèce ; s'il est possible, beau- 
coup de menthe, c'est excellent. On rejettera le chou-fleur, le 

(1) 2^\j c'est le XoXxovOov de Diosc. V, 114. Encre de cordonnier, couperose, 
sulfate de fer des modernes. 

(2) Littéralement^ des graviers de gypse et des pierres de chaux. Mais il est 
clair qu'il s'agit ici de décombres qui sont mêlés au sol. 

(3) Cette terre rouge, visqueuse, consfillée ici, c'est la marne. Pline qui en 
parle avec certains détails, XVII, c. 4» vni, en cite de plusieurs couleurs, et 
entre autres la UfMrgilhn des Grecs. 



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- «3 — 

chou ordinaire^ le radis, le navet^ le poireau de Syrie et mirm 
plantes analogues. Cette terre conyient aux légumes et h Tau* 
bei^ne ; mais il ne faut y mettre ni plantes aromatiques (1), 
ni graines alimentaires (céréales)^ ni arbres fruitiers^ ni aucun 
végétal pareiL Quant à la terre qui a été infectée par la putré- 
faction d'une grande quantité de cadavres (qui y ont été dépo-» 
ses (i), elle en souflnre une altération profonde; elle doit alors 
être traitée comme la terre acre, de mauvaise odeur. Le pro- 
cédé prescrit doit être appliqué en automne, à rapproche de 
lliiver, et vers Tépoque de l'arrivée des pluies qui , tombant 
après Fapplication des moyens d'amendement, favoriseront un 
succès complet 

Koutsami dit : « sachez, mes frères et mes amis, que toutes 
les tenes , dans toutes leurs diyerses conditions, peuvent être 
délivrées ée toutes les espèces de vices dont elles peuvent être 
atteintes par remploi des moyens d'amendements que nous 
avons décrits. Il est de ces amendements qui conviennent 
(plus particuhèrement) pour les semis et les plantations; mais 
tous en général peuvent être profitables aux diverses espèces 
de plantes sans exception , sinon pour les terres de saveur 
âcre^ de mauvaise odeur qui ne peuvent être bonifiées qu'au 
moyen d'arrosements très-abondants, en faisant séjourner 
l'eau à la surface du sol, et en répétant ce procédé pendant 
plusieurs années de suite. » 

Art. rv. 

Qualités des terres poreuses, moUes, visqueuses (glaiseuaes), compsetfs, très- 
didises et autres dont il sera quesUon. 

La terre de nature demeys^^ alriktinaz ne peut convenir 
pour les plantations. On la reconnaît de cette manière : on pra- 

(1) A Pexception de ia menthe qui plus haut est surtout recommandée. Il en 
est de même pour les plantes potagères; il faut tenir compte de la restriction 
qui précède. 

;:) Voy. Aigrie, nabalh., folio 5i, \er60, i. 12 et Mes. B. 1., folio S83,f. s. folio S, 
recto. 



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— 64 — 

tique trois trous de la profondeur d'une coudée et demie 
dans trois endroits divers^ ensuite on met dans un vase d'ar- 
gile les terres de ces trous recueillies avec soin ; d'un autre 
côté , on prend dans la couche superficielle d'un sol bien 
meuble (M. poreux), nullement dense^ sur lequel il n'y ait au- 
cun doute, une quantité de terre égale en poids (à la pre- 
mière), ce dont on s'assure au moyen d'une balance. Alors on 
remplit les trous avec cette terre meuble ; on la presse en la 
foulant aux pieds pour qu'elle s'entasse bien. S'il reste un 
excédant^ soyez certain que le sol dans lequel ont été prati- 
qués les trous est d'une nature dense et très-dure. Cette sorte 
de terrain ne convient en aucune façon pour la plantation (des 
arbres)^ mais elle est propice aux légumes, aux céréales et me- 
nus grains. Si, au contraire, la seconde , c'est-à-dire la terre 
meuble, remplit exactement les trous pratiqués, sans qu'il yait 
aucun reste, cette terre (expérimentée) convient ixmr les plan- 
tations. Vous pourrez en faire, parce que la terre meuble et 
peu dense est très-bonne pour cet objet, tandis que la terre 
dure et compacte ne convient aucunement; mais elle reçoit 
avec avantage les semis (de plantes). 

Les anciens avaient établi une distinction entre la terre 
glaismse, jjh^\ àl-moutalazzazy et la terre compacUy Jllxjt 
al-moutalabbady pour la cotiche suporflcielle et le fond. Cepen- 
dant, la manière d'être de toutes deux se rapproche beaucoup^ 
sinon que dans la terre glaiseuse les molécules se pénètrent 
bien plus intimement, tandis que dans la terre compacte les 
molécules constitutives sont plus fortement adhérentes entre 
elles, en même temps qu'il y a entre elles pénétration. La terre 
dense (moulakannaz) passe à la dureté et prend la consistance 
pierreuse; elle est plus rude que la terre compacte^ al-mouta- 
labbad, et la terre glaiseuse, al-moulalazzaz. La différence qui 
sépare ces trois natures de terre est très-faible; seulement la 
terre dense et la terre compacte se rapprochent plus et elles 
ont plus de confraternité. La terre glaiseuse parait faire classe 
à part. 

Venant à la terre molle, i^J\ ar-rakhouah, et à la terre 



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— 65 — 

de texture peu serrée, meuWc, poreuse àlaXàr^ ' al- lakaikhalah 
(il ne faut pas les confondre). Tune n'est pas Tautre. La terre 
poreuse (meuble) a peu de cohésion. Ce qui constitue la 
différence entre elles, c'est que dans la terre meuble les molé- 
cules sont séparées entre elles par des interstices desquels ré- 
sulte la sécheresse du tout, mais qui laissent des TÎdes per- 
méables. La terre molle est celle qui, dans ses parties consti- 
tuantes, est pareille à la terre glaiseuse par ramollissement 
qui est dans son essence. Mais il y a entre les deux espèces une 
diflfêrence manifeste. Il a déjà été dit que toute terre sableuse 
(c'est-à-dire qui reçoit du sable dans sa composition) est 
molle, parce que le sable (qui s'y est mêlé) la rend moins 
consistante. La terre grasse en excès est celle qui est quali- 
fiée de moUe, dans laquelle se montrent l'infiltration des eaux 
et une humidité qui tient à sa nature. 

La terre qui tient le milieu entre la terre très-poreuse et 
odie qui est très-glaiseuse et qui passe à la première convient 
très-bien aux vignes. Un caractère distinctif, c'est que si elle 
reçoit l'eau douce elle l'absorbe, et que, s'il en est qui séjourne 
dans les dépressions qui peuvent s'y trouver, elle disparait en ^ 
<{uelques heures. Cette terre convient très-bien aux vignes, 
sans aucun doute, mais la terre poreuse leur est plus favorable 
encore; c'est une propriété ({u'elle possède spécialement, et, si 
à la porosité se joint la légèreté, c'est plus avantageux encore; 
la vigne alors acquiert beaucoup de force et donne de beaux 
résultats. La terre très-glaiseuse qui passe à la dureté du cail- 
lou se reconnaît à ce qu'elle retient l'eau à sa surface, sans 
l'absorber ni se laisser pénétrer par elle. Les vignes qu'on lui 
confie s'y étiolent; cependant, elle est bonne pour les légumes 
et autres plantes analogues. Les terres qui, absorbant l'eau, la 
retiennent dans leur sein et dans les cavités qui s'y trouvent 
quand la surface est aride, comme tout sol analogue, ne peu- 
vent être bonnes pour la vigne, non plus que celles qui tien- 
nent le milieu entre ces terres, c'est-à-dire qui, laissant pé- 
nétrer dans leur intérieur une partie des eaux, en retiennent 
une partie sur le sol qui devient vaseux. 

5 

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— M — 

Abt. V. 

Indices d'après lesquels on peut recooDaitre qu'un terrain est humide. 

Nous ferons connaitre, la volonté divine aidant^ dans le 
troisième chapitre de cet ouvrage^ dans la description des ter- 
res^ ce à quoi on peut reconnaître que Teau est proche ou éloi- 
gnée de la surface^ comment d'après cela on peut conclure la 
fraîcheur d'un terrain ou sa sécheresse. 

Koutzami dit dans TAgriculture nabathéenne : nous avons 
décrit dans ce livre les qualités des terrains^ leurs différen- 
ces^ la préférence de certains d'entre eux pour certaines plan- 
teSy leur répulsion pour d'autres^ tout cela d'une manière assez 
large et suffisante. L'homme qui comprend bien toutes ces 
choses^ possède l'élément principal de la connaissance des vé- 
gétaux et de la manière de les cultiver^ et de les faire prospé- 
rer {liU. maintenir leur vie). ^ 

Sagrit dit dans le même livre : il ne faut pas croire que le 
système de culture des arbres et des plantes de toute espèce et 
les moyens de, les garantir des accidents qui peuvent les frap- 
per soient les mêmes partout; ils varient au contraire en rai- 
son de la diversité des contrées. Quelquefois il arrive que dans 
une région tel végétal réussira, quand il ne réussira pas dans 
une autre. Ainsi^ ce que je prescris dans ce livre (l'Agriculture 
nabathéenne) est ce qui convient au climat de la Babylonie^ 
spécialement^ et par suite à toute autre contrée qui pour la 
condition climatérique peut avoir de l'analogie avec elle. L'au- 
teur de ce présent traité (Ibn al Awam) dit : j'ai emprunté à 
l'Agriculture nabathéenne tout ce qui me parait pouvoir con- 
venir à la partie occidentale de l'Espagne^ parce que la Baby- 
lonie est située dans le quatrième climat et que cotte partie de 
l'Espagne se trouve placée dans ce même climat. J'ai examiné 
les époques indiquées généralement dans TAgriculture naba- 
théenne pour la maturité (des récoltes) dans la Babylonie et à 
l'entour^ et j'ai reconnu que chez nous elles étaient à peu près 



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- 57 - 

les mêmes. Cette raison m'a déterminé à rapporter dans mon 
livre une partie de ce qui est contenu dans TAgriculture 
nabathéenne. 

Abt. VI. 



Signes auxquels on peut reconnaître les différentes espèces de terres bonnes ou 
maavaises, d'après les deui ouvrages que nous avons cités, celui d'Jbn-Hed- 
jaiQ et TAgrieiilture nabat&éenoe. 



Anaiolius rAfricain dit que^ quand on voit dans un champ 
des plantes dont les feuilles sont grandes^ larges^ pleines de 
sève et d'un vert foncé, se pressant les unes dans les autres, 
avec des racines vigoureuses, c'est l'indicé d'un sol de bonne 
qualité. Si d'un autre côté vous voyez dans un terrain des ar- 
bres crus spontanément et sans culture, sans que jamais per- 
sonne y ait mis la main, c'est encore l'indice d'un bon terrain; 
$i la végétation est dans une condition moyenne, la terre aussi 
n'est que de qualité moyenne. Mais quand vous voyez les plan- 
tes maigres, étiolées, avec des feuilles et des branches toutes 
grêles, des racines sans vigueur et dépérissant promptement, 
une pareille (végétation) indique une terre maigre; il en faut 
conclure de même quand on la voit couverte d'épines, d'her- 
bes et d'arbres rabougris; un terrain (qui donne ces produits) 
n'est bon à rien (1). 

Les caractères auxquels se reconnaît un bon terrain, dit 
Kastos, c'est quand les arbres y croissent avec force et vi- 
gueur. Ils ont moins d'apparence dans un sol de moyenne 
qualité et sont moins pressés entre eux. Dans une terre de 
qualité inférieure la végétation sera grêle et chétive. 

Suivant Anatolius l'Africain, la meilleure des terres est celle 
qui pendant l'été ne se gerce pas trop. A la suite de fortes 



(1) Y. Géop. 11, 10» où les mêmes Indications se trouvent, filles y sont attrl- 
Mm auMl à Anaiolius. 



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mest r ; xjpnirmt pas ImurtPfff .«^éiip. knr. cil.) Est 

<le kKrae aatnre la larre iwîre «{oi peut nppticler 

<f ean 4e pinie aassem «afrxr ; f«fniifa«t ce toraBi nesi pas 

pfoptte ans ^i^nKS. UKleReesli]kbanKqnalite,dît laslos^ 

i|i»ad^ab9DÎte4epiaMseBatÊiiiseBH. fean est pranpiaiient 

ahmtée^ et quasd elle mt se iend pint penfant les grandes 

ebaleon. 

Iipab nkpfmie que les autevs ifoi eai ccrft sur ragricol- 
tore disent qiril y a pliisieim espèces de lerre doot ik doo- 
nent la descriptioD. Ib DommeiEl les mies tares WmrAes^ et 
les autres ferres moiray d'antres terres jaUnseï . Les terres 
gra$ie$ ^ ^ y^ J ! M-mmmak sont, soirant en\., celles qui con- 
tiennent nne sorte de Innon visqueux comme de la dre. Ils 
nomment II» hasehak une terre grasse qui possède bien 
une sorte de limon, mais qui est dépomme d'adhérence* La 
terre hcucliah^ blanche, est reponssée par eu\ dans plusieurs 
circonstances, de même que celle qui est sableuse. De œs 
deux esi»cces, la première est la meilleure de tontes et la se- 
conilc la plus mauvaise. Mais il existe des Tariétés iniennê* 
diai rcs <\u\, pour la bonté, se rapprochent de la première, de 
même (|u1l y en a qui descendent vers la seconde. 11 en est 
aussi (|ui tiennent un juste milieu entre les deux. Mais tout 
(^cla a dcjâ été présenté plus haut avec quelques détails. Parmi 
IcK moyens d'explorer les terres^ il faut encore compter l'odo- 
rat et la dégustation, ainsi que l'observation de ce qui s élève 
a In surface de Teau dans laquelle on a plongé la terre. Voici 
co cpron fait : veut-on reconnaître une terre destinée aux sc- 
rnii'/ on o|>orc sur la couche superflcielle; maïs quand il s'a- 
git (l'un terrain pour les plantations, on plonge à deux coudées 
de profondeur ou même un peu plus. On prend la quantité 
d'une poignée de terre; on la met dans un vase de verre ou 
d'argile, neuf, de large ouverture; on verse de l'eau de pluie 
ou de Tenu douce, de manière que la terre en soit couverte. 
On agite le mélange jusqu'à ce que la dissolution soit com- 
plète. On laisse reposer afin que le dépôt puisse se former au 



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— 69 — 

fond dii Tase. On examine alors la surface du liquide; si Ton voit 
surnager quelque chose d'épais^ le sol est de bonne nature^ si- 
non il est maigre^ et on ne pourra l'utiliser qu'à force d'engrais. 
Employant ensuite l'olfaction et la dégustation^ le liquide sera 
de saTeur (et d'odeur) douce si la terre est telle. On a dit aussi 
que si l'eau se trouve être bonne et douce^ la terre également 
est bonne et douce; si au contraire elle est amère et salée^ la 
terre est de mauvaise nature. La mauvaise odeur est encore 
aussi l'indice d'un mauvais fonds qui n'est propre à rien. Sui- 
vant Kastos^ si l'eau est saumfitre^ le sol sera libéral (c'est- 
à-dire fertile) (i). 

Suivant Abou'l-Khalr, si l'eau et la terre, au flairer^ accusent 
une bonne odeur, le sol sera de bonne qualité et dans un bon 
tempérament; mais une odeur fétide dénote un mauvais sol. 
Si l'odeur est nauséabonde et celle de substances gâtées, on 
peut en inférer une altération et une corruption dérivant des 
éléments qui entrent dans la compo3ition (litt. du mélange). 
Fuyez, dit-on, fuyez de toutes vos forces la terre salée, le sable 
et Teau qui le sont aussi. Gela a déjà été dit avec des dévelop- 
pements explicatifs; lisez et méditez. Il a été établi aussi que 
si on pétrit de la terre avec de l'eau, que le résultat soit vis- 
queux et de la consistance de la cire, la terre est bonne; s'il 
en est autrement, elle ne vaut rien (FW. suprà, p. 44). On dit 
qu'ondes moyens de reconnaître la terre grasse et substan- 
tielle et de la distinguer de celle qui est maigre et épuisée, 
r'est de creuser un trou de la profondeur d'une coudée; on 
prend bien garde de rien perdre de la terre qui est extraite. 
Oo rejette ensuite cette terre dans la cavité qu'on a bien évi- 
d(^. Si cette ca\ité étint comblée il reste un excédant, le sol 
est gras; mais s'il ne reste rien il est de qualité moyenne. Et 



.;i) Le texte de Banqueri porte Ldr*^ sakhiah^ que tous les lexiques rendent 
par iiberalis, m^nificns; moU je soupçonne que c'est la suite d'une erreur de 
ropifte. car cette assertion est rontraire h tout ce qui a été dit Jusqu'ici de ta 
terre ttlée. U faudrait pe t être ïérr' sahakhah et troduire ; la (erre sali'e 
f*t crilf dite sabakhah. 



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- 70 — 

si^ ioate h terre remise dans la caTité, cette dernière n'est pas 
complètement pleine au nireau du sol, il est de mauTaise 
nature et maigre (i). Hedjadj écrit que cette expérience man- 
que d'exactitude* 

SuiTant Rastos, il faut rechercher pour les légumes la terre 
grasse et substantielle et celle qui n'est pas rude ; mais on 
repousse la terre blanche, celle qui est glaiseuse et celle qui se 
gerce et se fendille pendant Tété. Suivant un autre, la terre 
la meilleure pour les légumes est celle qui n'est ni rude, ni 
affaiblie. La terre rude ne supporte pas Teau donnée avec 
abondance ; il en est de même de celle qui se fend. La terre 
faible ou trop légère se ramollit en hiver, se dessèche en été, 
et les légumes y périssent bientôt. 

Ibn el-Fazel dit que dans une terre dont la couche supé- 
rieure est bonne et le fond ou sous-sol mauvais, il faut cultiver 
des menues graines; que, si on se trouve dans la nécessité de 
planter, il faut y mettre des arbres dont la racine rampe à la 
surface du sol, comme le pêcher, le pommier et autres pareils, 
en observant seulement que quand les racines atteignent la 
mauvaise terre ils souffrent et périssent. Cette espèce de terre 
produit au commencement de l'année de l'herbe qui est brûlée 
ensuite quand la température s'est échauffée, à moins que 
par l'irrigation on ne lui fournisse la possibilil 
graine. Quand par la culture on plonge dans 1 
donne de profonds labours, la mauvaise terre 
surface gâte la bonne terre qui alors est privée d 
dant on peut, k force d'engrais bon et consoc 
remède ; c'est le seul moyen ; on ne peut y si 
autre. Il en est qui prescrivent d'employer pour les semis les 
terres de bonne qualité et pour les plantations celles qui sont 
inférieures. 

Le livre des deux scheiks Ibn Ibraïm ïbn el-Fazel et Ibn el- 
Khaïr le savant sur la connaissance des couches superficielles 
du sol pour savoir ce qui convient pour les semis et ce qui est 

(1) V.Gëop. Il, 11. et Col. 



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— 71 — 

bon pour les plantations (i)^ sur les procédés à employer pour 
améliorer chaque espèce^ avec Tindication des plantes et ar- 
bres qui réussissent dans chacune d'elles^ ce livre (dis-je) cite 
la terre blanche. Abou el-Rhaîr dit qu'elle est de nature froide 
et sèche. Ibn el-Fazel dit que les plantes y restent grêles et 
qu'elles ne consenrent pas longtemps une belle apparence. 
Cest seulement dans les sols de très-bonne qualité et gras que 
les plantes se montrent en abondance. D'autres auteurs en di- 
sent autant. Ces terres (blanches) exigent beaucoup de culture 
à cause de leur rigidité. Quand elles ont été bien travaillées, 
qu'on a multiplié les labours profonds et qu'on a appliqué 
force fumier à cause de la nature froide, elles acquièrent de la 
qualité et les arbres y atteignent de fortes proportions en 
hauteur et en étendue. Si c'est un terrain de plaines, auquel 
on a donné des soins de culture et qu'on ait amendé avec des 
engrais, les semences qu'on lui confiera réussiront parfaite- 
ment. Les plantes dans ce terrain exigent beaucoup de culture 
avec du fumier chaud et humide; sa nature froide ne lui per- 
met point de supporter une grande quantité d'eau. On y voit 
prospérer le figuier, l'olivier, le caroubier, le poirier, le gre* 
nadier, l'amandier, le coignassier, le pistachier et la vigne. 
L'amandier y est très-beau, ainsi que le figuier et le carou- 
bier; ces arbres dans ce terrain exigent peu de soins. Le figuier 
et la vigne ne s'élèvent pas très-haut. Ces deux espèces pous- 
sent très-bien aussi dans d'autres terrains, mais dans celui-ci 
le raisin est extrêmement sucré et très-juteux. Dans ce terrain 
réussissent également bien l'aneth sauvage, l'indigo, le pas- 
tel et la garance. La colombine fournit un très-puissant amen- 
dement. Abou'l-Khaîr dit que dans ce terrain les arbres n'ont 
aucun mal à redouter. Suivant un autre, cette terre aurait 
été décrite sous des noms différents. Elle est désignée sous le 
nom de terre blanche de montagney terre blanche nue (dépour- 
vue de végétation), terre blanche humide , grasse , dure, sub~ 

(I) Cett-à-dire^ celles qni conviennent pour la culture des plantes et celles 
qui eonriennent pour le^ arbres. 



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— 74 — 

stantidle et douce; la terre blanche saîée qui n'a rien de bon, 
c'est celle qui, mouillée après dessiccation^ accuse au goût cette 
saveur (i). 

Djah cite dans cette classe la ferre ressuante dans ses diver- 
ses parties^ qui n'est point grasse ; la couche meuble est d'une 
couleur cendrée^ à laquelle se mêlent des nuances rouges, 
blanches et noires. Cette nature de terrain se prête très- 
bien à la culture. Il y a aussi cette terre de bonne nature 
grasse, visqueuse, qui se rencontre en plaine et sur les mon- 
tagnes; elle est préférable au sol blanc superficiel, et exige 
moins de soins de culture que lui. Elle est favorable à l'olivier, 
au grenadier, au chêne, au caroubier, au pistachier^ au poi- 
rier, à l'azerolier, au néflier commun, à l'amandier, à la vigne, 
aux diverses espèces de figuiers, à celui à fruits longs, à fruits 
rouges, à fruits panachés, à fruits velus et à toutes les variétés 
à fruits noirs. Les légumes y réussissent à merveille : la bette, 
le chou, le navet, le radis et autres analogues, auxquels con- 
vient bien cette nature de terrain. L'amendement qu'elle de- 
mande, c'est le crottin de pigeon et l'irrigation avec de l'eau 
douce. Quant à la terre rouge, dit Abou'l-Khaîr et autres, elle 
est de nature chaude et sèche, mais plutôt chaude que sèche. 
On en compte plusieurs variétés : 1" rouge grasse; 2* rouge 
molle; 3» tirant légèrement sur le noir, rappelant la couleur 
de raisin sec connue sous le nom de couleur indienne; 4'' celle 
mêlée d'un peu de sable, connue sous le nom de ras (2). Cette 
variété se subdivise en deux, l'une mêlée de sable et l'autre 
glaiseuse qui n'en contient point. La terre de montagne et de 
plaine qui est forte et rebelle à la culture, il la faut diviser et 
la fatiguer beaucoup pour ameublir sa couche terre végétale cl 
en adoucir la raideur. Tels sont les moyens d'amélioration à la 
suite desquels on pourra une première fois semer sans avoir be- 
soin d'engrais. Cette terre supporte beaucoup d'eau; elle retient 



(1) L*auteur parait avoir voulu rappeler ici les diverses espèces de terres 
auxquelles on a appliqué l'épitliète de blanches. 

(2) /r^P^ 5 P^"* 'oin on lit tj^j^^ or-m. 



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— 73 — 

rhumi^té pendant longtemps. Ibn el-Fazel dit que ce terrain 
exige peu de fumier; il ne faut même lui en donner qu'avec 
beaucoup de modération à cause de sa nature chaude ; à peine 
sil doit être apparent. On use de la même réserve pour les ar-> 
bres qui y sont plantés^ auxquels la culture seule doit suffire. 
Mais^ si on fait un second ensemencement qui suive immédia- 
temait le premier^ il faut que le fumage soit plus abondant 
et sarUmt beaucoup arroser^ (et ne pas oublier que) la grande 
quantité d'engrais raffaiblit et l'altère {liU. la rend malade). Il 
en est qui prescrivent d'employer du fumier d'animaux^ usé, 
de deux ans. Quand cette terre reste inculte^ elle ne produit 
rien; on n'y voit que de la végétation saas verdure (sans doute 
des mousses et des lichens). 

Ibn el-Fazel dit que cette terre est favorable au flguier, à 
ramandier^ au noyer^ au mûrier^ au pin à pignon^ au thuya^ 
an cyprès, au citronnier, au caroubier, au néflier, au pom- 
mier, au prunier ordinaire, au prunier de Damas (œil-de- 
bœnf); le rosier y pousse d'une façon admirable; sa fleur est 
da plus beau rouge. Suivant Ibn el-Fazel la terre rouge est 
bonne pour les plantes herbacées (semences), et non pour les 
arbres. H a éte dit aussi que la terre rouge pierreuse était, 
ainsi que la terre d'un noir très-foncé, convenable pour les ar- 
bres. Suivant le même auteur, la terre végétele rouge est 
bonne pour les légumes; on y voit réussir ti'ès-bien l'oignon, 
l'ail, l'aubergine, le radis, la carotte, la rave, la moutarde, le 
cresson alénois, la nigelle cultivée, le chervis, la rue et autres 
plantes analogues. La terre nommée ^j^^ ar-ris (ou ar-ras 
( K. $up.) est un terrain rouge dont la couche supérieure ou 
végétale est mêlée d'une faible quantité de sable; elle est mai- 
gre, très-légère ; l'olivier seul peut y végéter après qu'on y a mis 
force oolombine et qu'on l'a plusieurs fois remuée à la char- 
rue. D y a encore une autre variété de terre rouge, glaiseuse, 
dans laquelle l'eau ne pénètre qu'avec une grande difficulté ; 
eDe est encore connue sous le nom de ar-ris; on y voit réussir 
l'olivier, le figuier velu, le caroubier, le chêne, le poirier, le 
néflier, Vajserolier, le châtaignier, et autres espèces analogues. 



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— 74 — 

Getle terre exige autant de fumier et de soins de culture que 
la précédente. 

La terre noire^ dit Aboul-Rhaîr^ est d'une nature chaude et 
sèche; elle est rebelle à la culture et au labourage (i) ; les ar- 
bres ne peuTcnt y réussir et prendre de l'accroissement (2) 
qu'à force de peine et d'arrosement qu'il ne faut point négliger. 
Cette terre^ située en montagne et à son état ordinaire^ peut 
avec des soins multipliés de culture convenir pour la planta- 
tion de ToUyier^ du caroubier^ du chêne^ du châtaignier^ de 
l'azerolier^ du poirier^ du prunier, du cerisier et autres. Le fi- 
guier ne s'y plait point, pas plus que le pêcher qui n'y yit que 
peu de temps et donne peu de fruits. On peut y mettre la fève. 
Forge, les lentilles, le sorgho, le millet, le cumin, le chenris, 
la nigelle et autres plantes analogues, qui y viennent bien; on 
y cultive encore fructueusement le cresson alénois, la corian- 
dre et la moutarde. 

n y a, dit un autre, parmi les variétés de terre végétale la 
terre moHe qui se fend, la terre de montagne dure qui résiste 
au coup de pioche quand on veut en porter; une autre est 
de couleur de cendre foncée, une autre de fraîcheur hu- 
mide. Hadj de Grenade dit que la terre excessivement noire^ 
s'échauffe (litt. se brûle) au point de sortir des bornes d'un 
juste tempérament et qu'elle perd toute la fraîcheur et l'humi- 
dité qu'elle pouvait contenir ; alors les arbres s'y dessèchent. 
L'amendement qu'on peut appliquer à cette terre, c'est du fu- 
it) Tout ceci semble être en opposition avec ce que nous avons lu plus haut 
des quantités de la terre noire; mais il faut remarquer qu'il s'agit ici non de 
la terre en général, mais de la couche supérieure dont les agronomes arabes 
admettent plusieurs variétés, comme nous allons le voir bientôt. Nous avons vu 
aussi que la terre dite fahamiah ou anihrcLeoide était très-noire et d'aasez 
mauvaise nature. 

(2) Le texte porte L^ ^£aàj ^ lit. ne se fendpoint éCelle.Bsnqaen tiûms^ 
cette version; il faut donc alors entendre qu'un arbre ne peut dans ce sol devenir 
asseï gros pour être fendu. Telle est notre interprétation. Mais nous pensons 

qu'il faut lire L^ ^LuO j) ne forme point de tige en eUe; c'est ce qui est plus 
logique. 



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— 75 — 

mier vieux qui^ par son ancienneté^ ait perdu toute chaleur^ 

ayant conservé son humidité. 
Djah dit qu'il 7 a une terre grasse glaiseuse qui se dissout 

facilement dans Teau. Suivant un autre, la couche végétale qui 
se gerce pendant les chaleurs de Tété ne peut convenir pour 
aucune espèce d arbres; mais le froment y vient bien ainsi que 
certains légumes. Les plantes qui y croissent le plus commu- 
nément sont hérissées d'épines^ tels que les artichauts (sauva- 
ges)^ les ronces et autres pareils. Le sol où l'artichaut pousse 
bieD, est de mauvaise nature. On connaît de ce terrain noir 
trois classes, une bonne^ une moyenne et une inférieure en 
qualité aux espèces dont la description précède. La terre en- 
graisêée ou fumée ï^xj\ almodamaneh est ainsi nommée^ 
parce qu'étant contiguë aux habitations^ ou voisine^ il s'y mêle 
par suite les fumiers ou déjections des animaux domestiques 
et autres. Par une conséquence nécessaire^ les mauvais terrains 
(qui se trouvent dans cette condition) doivent se bonifier et la 
couleur superficielle passer au noir; mais pour ceux qui sont 
(naturellement) d'une bonne quaUté^ cet excès d'engrais doit 
être nuisible aux plantes qui s'y trouvent^ quand l'air vient 
à s'échauffer. (}uand ce sont des terres sableuses (en excès) ou 
blanches., ou montagneuses sèches^ ou rudes et pierreuses^ ou 
enfin une de ces espèces de terre ayant besoin d'une grande 
quantité de fumier^ cette condition (de voisinage des habita- 
tions) leur est profitable. Les terrains qui sont dans une con- 
dition contraire^ c'est-à-dire^ éloignés des habitations^ sont 
nommés àJ\j^\ al-borâniak. Les terres fumées doivent re- 
cevoir une culture fréquente qui mêle la surface avec le fond, 
et qui rétablisse l'équilibre dans la composition. On peut alors 
y semer des graines et des légumes de toutes sortes; ils vien- 
dront très-bien, si c'est un sol d'irrigation; les plantes potagè- 
res peuvent y être utilement semées. On y verra aussi prospé- 
rer les arbres qui admettent un fumier abondant et le suppor- 
tent bien; quant à ceux qui le rejettent, ils n'y vivent pas 
longtemps, comme le coignassier et le pécher qui n'y durent 
guère et produisent peu. 



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— 76 — 

La terre végétale jauney dit Ibn el-Fazel, est d'une nature 
qui se rapproche de celle des terres blanches pour la froideur 
et la sécheresse; elle leur est même inférieure en qualité^ ainsi 
qu'aux terres noires de montagne^ et d'un produit plus faible; 
elles sont sans force et en quelque sorte maladives et légères. 
Il n'y a pas d'autre moyen de les amender que de leur donner 
de nombreux soins de culture^ comme aussi fumer largement 
avec du fumier de bétail et de mouton sur lequel ait déjà passe 
une année; si ce moyen fait défaut il n'y a aucun moyen d'en 
tirer profit. On cite plusieurs espèces de cette terre : celle dite 
Jjiji^) al-makdanahf parce qu'elle ressemble au Kadân jt Jl^) 
sinon qu'elle a de la fraîcheur (i); celle qui tire par la cou- 
leur sur le blanc; bourbeuse, on l'appelle jfJ\ al-bir (2), 
elle se fend, et c'est la plus légère de toutes ces variétés. Il y 
en a une très-glaiseuse de laquelle on ne peut rien tirer de 
bon. De toutes ces sortes de terres, dit Ibn-el-Fazel, les seules 
qui offrent quelqu'avantage sont celles qui renferment de la 
fraîcheur humide. La variété makdancJi ne peut être bonne 
que pour les arbres dont la souche est vigoureuse, comme le 
caroubier, l'amandier, l'azerolier, le chêne, le châtaignier, le 
noyer, le palmier, le citronnier, le mûrier et autres analogues, 
et encore ces arbres ne peuvent réussir qu'à l'aide de nom- 
breux soins de culture et d'engrais. 

La terre rude, nommée al-moçarmanaA h^j^\ et mohinah 

(1) Nous avons laissé le nom arabe, fiiute de pouvoir en détorminer le sens 
avec précision. Banqueri traduit ii^t semblable à un cuir corroyé, eucro eurtido. 
Plus loin, page OG, Tauteur arabe assimile cette terre jaune à la pierre Kadûn, 
que Banqueri rend par : jaune de couleur de peau comme la pierre Kaddn, Au- 
cun lexique ni aucun livre d'Iiist. naturelle ne parie de cette pierre; on lit au 
contraire dans Castel .0 «xT Kidàn, nodus, funit, et dans Freytag separata 
pars f unis in eapiîeeameli. ^^y^ Kidan, sans élifa le sens de sella camelina^ 
pellis de crure animalis detracia. Nous avons de même conservé tous les 
autres noms arabes d'espèces de terrain qui, pris dans un sens technique, ne 
peuvent s'expliquer par le moyen seul du dictionnaire; nous espérons y revenir 
plus tard. 

(2) Al-hire, litt. de puits, sans doute parce qu'elle est bourlieuse comme la 
terre qu'on extrait du fond du puits quand on en fait le curage. 



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— 77 — 
e&i, dit Abou'1-Kaïr, d'une nature sècbe et froide. Il y en 
a deux espèces : Tune dont la couche superficielle est mêlée d'un 
sable épais; daus Tautre elle est mêlée de gravier et de petites 
pierres ou galets. Cette yariété du sol se rencontre en monta- 
gne ou en plaine. La surface^ c'est-à-dire la couche superficielle 
de celle qui est en montagne^ repose sur un amas de pierres 
qui sont très-seri'ées les unes contre les autres et qui font 
obstacle a la mise en culture^ ou n'en peut donc tirer aucune 
utilité. Gellequiesten plaine contient un gravier assez fin pour 
se prêter à la culture; lorsqu'au moyen de labours assez répér 
tés, on a pu opérer le mélange et la combinaison des divers 
déments (constitutifs) dusol^on est parvenu à une bonne con- 
dition. Il devient alors productif^ mais il faut beaucoup de tra- 
vaux et des arrosements abondants. Il lui faut beaucoup de fu- 
mier de mouton et de colombine. Toutes les terres de monta- 
gne veulent être traitées ainsi. Dans la terre rude réussissent 
le noyer, le pistachier, le caprifiguier, le figuier dikal, le ro- 
sier et le prunier; la vigne y pousse bien aussi. On y voit en- 
core prospérer Tabricotier, Tamandier, le laurier, Tazerolîer, 
le cyprès, le myrte, le dadi, le néfiier commun, et en somme 
toutes les variétés d'arbres, grands ou petits, que produisent 
les montagnes. 

Suivant l'Agriculture nabathéenne, le figuier aldi et le fi- 
guier rouge viennent très-beaux dans ce terrain. Parmi les 
verdures, il y a la courge; mais il faut la semer de bonne 
lieure iiour la manger (4); l'aubergine, les diverses espèces de 
plantes aromatiques, la rue, le lis, le nénuphar, la marjolaine, 
Torigan mâle et autres; parmi les graines (légumineuses), sont 
les lentilles, les haricots, les pois chiches et autres, surtout 
quand on sème tard et qu'on est soigneux pour la culture; 
car, si on en est parcimonieux, le produit sera médiocre. Les 
végétaux cultivés dans ce terrain supportent très-bien leschan- 

(I) Noos avons fait ici une rcctiiicaUon au texte, aAsez facile du reste, au 
loojen de ce qu'on lit ù la fin de ce paragraphe où. se trouve la mânie près- 
criptiOD. 



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— 7S — 

gements de temps et les Tariations atmospliériqaes. Ibn el-Fa- 
zel dit que les plantes de ce terrain peuTent être ayantageu- 
sèment transplantées dans mi antre, s'il a de la fratcheur; on 
y sème les courges de bonne heure pour les avoir précoces 
{lia. pour les manger). 

On compte, dit Aboul-Rbaîr, trois espèces de sables : V le 
sable fin et très-doux au toucher; f* le sable à gros grains et 
sans consistance qui ne vaut rien et dans lequel rien ne peut 
végéter; 3"* le sable fin, mêlé de beaucoup de terre végétale; il 
est connu sous le nom de terre franche (I). 

Suivant TAgriculture nabathéenne, le sable humide subit 
facilement Finfiuence des variations atmosphériques à cause 
de son peu de densité {litL sa faiblesse). Ainsi, il se refroidit si 
le temps est froid , s'échauflTe quand il est chaud, mais, en 
somme, il est froid. Il en est ainsi de la terre sableuse; quand 
la couche végétale est mêlée de sable et qu'il y est dominant, 
le sol tire au froid, ce qui a lieu même en dehors de Finfluence 
atmosphérique, car, alors même qu'elle se ferait fortement sen- 
tir, le sol serait peu disposé à la subir. Par cette raison, dit 
Ibn el-Fazel, la chute des feuilles et des fruits est précoce. 

La meilleure de toutes ces terres, c'est celle dans laquelle 
les deux éléments sont dans des proportions égales; une fu- 
mure abondante lui convient, la culture en est facile, mais 
elle veut peu d'eau; aussi le meilleur est-il de la lui laisser dé- 
sirer avant de la lui donner. La terre sableuse dont nous par- 
lons absorbe l'eau très-vite; réglez d'après cela la proportion 
qui lui est convenable; il arrive que quelquefois la surface est 
sèche quand l'intérieur est encore humide. Les arbres qui 
réussissent le mieux dans ce terrain sont le palmier, le pin^ 
le tamarisc, le cyprès et toutes les espèces qui viennent dans 



(1) Nous lisons ^ *^t cd'harriahy au lieu de ^j^ hariralij faisant ici 
une correction indiquée par Banqueri lui-même, il, p. 252, not. 2. Tous les 
lexiques donnent au mot harriah la signification de terra moUit, facHù et 
arenotat qui convient parfaitement ici; alors nous avons traduit par tem 
franche. 



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— 7» — 

le sable frais. Parmi les plantes de jardin^ il y a le pourpier. 
Les terres éTalluvion (1) sont le produit des atterrissements des 
grands fleuTes. La nuance dominante est le cendré communé- 
ment uniforme. Cette terre est mêlée de sable doux^ mais qui 
n'est point rélément principal. 

D y a encore la terre fraiche et molle, routhabah et rJiakoueh 
ijskj j iXy Suivant Abou'l-Kbaîr, c'est celle qui est dans 
les meiUeures conditions de tempérament^ celle qui se prête 
le mieux à la culture de toute espèce de plantes et qui s'ac- 
commode facilement à toutes les variétés de température et 
d'eau. Il lui faut peu d'engrais; aussi ne doit-on le fournir 
que dans les temps froids. Toute espèce de fumier lui convient 
quand il est vieux et consommé^ soit fumier de mouton seul^ 
soit engrais humain^ seul aussi, soit les deux combinés en- 
semUe. Dans ce terrain réussissent toutes les espèces d'arbres 
à fruits et de plantes aromatiques^ le basilic et ses diflérentes 
variétés, le jasmin, les plantes de jardin, le figuier dikal, ce- 
lui de Cordoue, le blanc et celui dont le fruit se fend, le coi- 
gnassjer,Ie pommier, le bigaradier, le cédratier, le jiyubler, le 
grenadier. Ce sol convient encore au lupin qui y réussit comme 
ailleurs. Le mûrier s'y montre aussi très-beau, ainsi que le ro- 
sier, le noyer, le dattier, le néflier, le pécher, le cerisier qui 
n'y vit pas longtemps parce qu'il arrive très-rapidement à son 
terme de croissance, et que son bois a beaucoup à souffrir des 
atteintes du froid pendant qu'il est encore tendre. La figue y 
mûrit tardivement, ce qui fait qu'elle se trouve atteinte par 
les pluies. L'oignon y vient bien, comme le poireau sau- 
vage (2), le lin, le héné, le riz, l'indigo, le cotonnier, les lé- 

(1) Noos avons lu ici ^ P jç^t djexiriah, adjectif dérivé d6 ij^j^ 
djejiirah^ tle; terre ^ile, formée, comme le dille texte, par atterrisiment oa aU 
imvùm; voir II, 19, une déOnlUon de ceè terrains qui est identique; iup., 26 not. 

{i) fiaoqueri rend ce mot jLJI a^-mz&drt qu'il propose comme correc- 
tkn de ^Jut^J) al-makaUi, par puerro nireftre, et 11 renvoie à Diosc. II, 179, 
liilitalé^{AinX^paaov$ nous avons suivi cette interpiéUUoo, quoique nulle 
pvt oo M troave ce mot nabati comme nom de plante. 



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— 80 — 

gumes^ les baricois^ le sorgho, le millet, le safran et toutes les 
plantes cfni se cuUiTeni dans les jardins; en somme tout ce 
qu'on y cultire, herbes ou arbres, réussissent parfaitement 
dans cette sorte de terrain. 

La terre dite épaisse (forte) dl-ghaliihah l)n\i)\ cette espèce 
qui, dit Aboul*Khaïr, est d'une couleur qui tient le milieu 
entre le blanc et le jaune, est forte, épaisse et glaiseuse. 
Elle manque de fraîcheur et dliumidité, se prête peu à la cul- 
ture, se fend pendant la chaleur comme la terre du désert. 
Les pluies arrivant, les fentes se referment et l'eau ne peut pé- 
nétrer à l'intérieur à cause de sa viscosité excessive; aussi en 
retient-elle une grande quantité (à la surface). Ce qu'il lui faut 
comme amendement, c'est le fumier de vache et de mouton 
consommé ; c'est une condition nécessaire. 

Ibn el-Fazel dit qu'on peut ameubUr la terre compacte à 
l'aide de la cendre et du fumier, et au moyen de labours mul- 
tipliés jusqu'à un complet ameublissement. On dit cette terre 
bonne pour l'ensemencement, mais non pour la plantation^ 
comme toutes les tenues sujettes à se fendre beaucoup. C'est 
pourquoi les radis,, les navets, l'oignon, le chervis et autres 
plantes y poussent bien. 

Kastos recommande de ne planter des arbres que dans un 
bon sol ne contenant aucun corps dur ni aucune pierre, non 
plus que dans celui qui est sujet à se fendre. On rencontre 
de ces natures de terre dans les plaines, mais elles sont trè&- 
sëches à la surface ; il en est fait mention sous ce point de 
vue. 

AuT. VII. 

Espèces du terres qui ne suiit bonnes ni pour les enseniencemenls ni pour les 
plantations et dans lesquelles rien ne réussit. 

Ibn el-Fazel et Abou*l-Khaïr citent parmi ces mauvaises ter- 
res celle qui est d'un jaune pur (ocre jaune), qu'on emploie 
pour la teinture des bois et des étoffes. La terre d'un rouge vif 



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— 8i — 

qu'on nomme maghrah S^ (1); il y en a trois espèces. La 
terre nommée Berqat ïiji qui est d'un blanc tirant sur le 
jaune; il s'en exhale une odeur sulfureuse. La terre caillou- 
Uusey hadahy v^o^; elle est blanche^ rude sur la surface^ 
repose sur une pierre dont on fait de la chaux ; les sables 
épais, grossiers et rudes entraînés par les torrents impétueux 
{^iU, aTeugles); la terre bleue mêlée d'argile à potier, employée 
à faire des Tases pour Thuile et le Tin (des tines); la terre 
Jaune al-mokadanah, qui ressemble à la pierre Kadan, sinon 
qu'elle contient de la fraîcheur. La terre salée, celle qui est 
chargée de minerai ; telles sont les terres arsenicales, sulfu- 
reuses, cuiTreuses, ferrugineuses et autres. A cette classe ap- 
partiennent encore les diverses espèces de terres argileuses, 
très-Tîsqueuses, la terre limoneuse (boueuse), la terre d'Ar- 
ménie (le bol d'Arménie), la terre de Roum, le cachet des iê- 
le$ (2), l'argile à faire des jarres, la terre selouki (de Thessalo- 
nique), les terres limoneuses, les boues charriées par les tor- 
rents des vallées^ ces sortes de terres sont appelées terres 
faibles (inertes, landes). 

Nous ayons indiqué les moyens d'amender les terres gras- 
ses, les terres ressuantes, celles qui sont infiltrée» d'eau, celles 
qui sont saumâtreset celles qui sont sableuses; ce qui a été dit 
des diverses variétés de terrains auxquelles on peut appliquer 
utilement les moyens d'amélioration, a été exposé dans un ar- 
ticle précédent, d'après ce qui a été extrait de l'Agriculture na- 
bathéenne. Prenez cet exposé, comparez-le avec ce qui a été tiré 

(1) Cette terre, d'un rouge vif, est la Rubrica nnopica MiXxo^ ctvOTCtXT) de 
Dme. V, lit. En y i^outant la Bubrica friabilU du même, 76-112, qui admet 
deoxTariétés, on trouvera les \iois espèces. Pline indique trois espèces, ru&ra, 
miwAt rubra et média, XXXV, G. VI, XIJ. 

(2) Celte terre ^j^t vl^ j^^ fjj^ (J^^^ Ult., cette argile 
et Boum ou de Grèce^ le caàiet des têtes, que Banquerl traduit par el romano qui 
es el principal (o mas fino) ne serait-elle pas la terre sigillée, Lemnia, qui vien- 
drait naturellement à la saite du bol d'Arménie ? Le nom arabe usuel de cette 
tem est ^yx^ ^jS V. Avic, 1, 183 et 184, qui entre dans de grands détails 

à ee s^jet. — AcjavIo^ Dlosc., V, 113. 



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! (pOUI ImKfCIl bCMMM), 

arfcc PaMe de b colonie éhmt fH csl mire secnin; Q n'y a 




icdedelBfage». — LeMde éteslten pmcril ici k 
«mnkté «rec li terre dite r^It^ iiikiée #€■■ rmu é mmu . Baaq., texte, i, €8, 



CHAPITRE n. 



Dea engrais ; leurt dlvenes etpèee», avantages qu'on en tire, leur préparation, 
manière de iTen serrir et de les appliquer. Indication d«s arbres et plantes 
pi s'en aceommodent bien et de eeot qui ne les supportent pas. Extrait du 
livre d'IboHedleJntr les Mrd/m, ,^jfAjm^\y c'est-à-dire les engraia. 

Suivant Junius (i), les engrais ajoutent à la qualité de la 
bonne terre et ils améliorent beaucoup la mauvaise, en lui 
donnant de la force. La bonne terre exige peu de fumier. La 
terre qui est d'une qualité moindre, mais dans un bon tempe- 

<l) Ce passage attribué ici à Junius se tronve à peu près textuellement dans 
les Géop., Il, 21, où II est attribué aux Qulntliiens. Le chapitre où Golumelle 
tralle ce sujet n'a qu'un rapport d'ensemble avec ce qu'on lit Ici. Le texte 
arabe dit que la colombine tue les sauterelles Ju* ^t^ djarad toud; le grec 
au contraire dit qu'elle tue le gason, sed el fframen abundi perdit, xal t)j¥ 
lYpcovTtv UotutitpxiDc XufAatvsToct. Nousverrons plus loin queKastos dit aussi 
la même chose. Peut-être l'auteur arabe veut -il dire que la colombine toe lea 
emlli des sauterelles. ^ Le procédé qni, suivant les Géoponiques, est employé 
par les Arabes pour la préparaUon de rengrais humain, manque Ici. 



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— 83 — 

ntmeiit, en exige un peu moins que la bonne terre; les ter^ 
nôns tùblee et légers en^ demandent beaucoup. Il ne faut 
point donner, en une seule fols^ au terrain Tengrais dont il a 
besoin, mais le lui donner peu à peu, à plusieurs reprises suc- 
cessiTes (i). La terre qu'on néglige de fumer est froide, celle 
qu'on fume en excès deyient brûlante. U faut, quand on yeut 
fomer les plantations, appliquer Fengrais sur les racines et les 
trônes ou souches; mais il but commencer par donner de la 
terre meuble, puis mettre le fumier ou Tengrais et recouvrir 
le tout d'une nouTelle couche de terre. En opérant ainsi, ja- 
mais les plants ne seront brûlés par Tapplication de Tengrais, 
car dans ce cas il euToie sa chaleur peu à peu au travers de la 
eoQche de terre interposée {liU. du voile), et en même temps 
la terre qui couvre l'engrais empêche cette chaleur de s'éva*» 
poier, et alors elle se reporte vers la partie inférieure* 

Suivant Junius, les meilleurs de tous les engrais sont ceux 
qui viennent des oiseaux, à Texception de ceux qui provien- 
nent des oies ou des oiseaux aquatiques, lesquels sont mauvais 
à cause de leur humidité; cependant on peut les utiliser en les 
mêlant à d'autres espèces. L'engrais le plus avantageux de tous> 
c'est la cotombine, et cela à cause de sa chaleur. Par cette rai- 
wcm, elle est bonne pour les terres faibles auxquelles elle donne 
de la vigueur; elle leur vient en aide pour la production de 
fruits vigoureux; elle tue aussi les sauterelles. Après la colom- 
faine vient dans le rang de l'utilité l'engrais humain, dans le- 
quel est une énergie qui se rapproche de celle de la colombine; 
il contient aussi une propriété destructive des herbes. Le fu- 
mier d'âne est en troisième ligne pour la qualité. 11 donne du 
stimulant aux semences; il est bon pour les plantations de tou- 
tes sortes. En quatrième lieu seulement vient le crottin de 
chèvre, parce qu'il a beaucoup d'âcreté. Le crottin de mouton 
est plus gras. La bouse de vache vient enfin ; mais le plus fai- 
ble de tous les engrais et le moins estimé, c'est le fumier de 

(I) Oki lit dans toi Oéop. : Il ne faut potait donner le fqmler par taf , mais par 



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— S4 — 

chevalet celui de mulet^ quand on en use tels qu'ils sont et 
sans mélange ; mais, si on les mêle aux espèces naturellement 
fortes, ils s'améliorent et on peut les employer utilement : tek 
sont les variétés et les degrés admis par Junius dans les fii- 
miers. 

Suivant Kastos, le meilleur de tous les engrais fournis par 
les oiseaux, c'est la colombine qui par sa chaleur tue les her- 
bes. Vient ensuite le fumier d'âne, puis le fumier du 
petit bétail, enfin le fumier de vache. Le plus utile de tous les 
fumiers employés communément, c'est le fumier de cheval 
en général (i). Le fumier mêlé est meilleur pour les oliviers 
que tout autre. Gassianus dans un chapitre de son livre exalte 
le fumier de cheval. Il en fait l'éloge et engage les agriculteurs 
à l'employer. 

Sidagos d'Ispahan dit que la chaleur des fumiers des ani- 
maux et leur humidité sont en raison de leur tempérament. 
Quand un animal a un tempérament chaud, son fumier doit 
donc l'être aussi; la colombine est chaude et sèche, parceque l'a- 
nimal qui le produit a ce tempérament. Ce principe doit vous 
guider pour l'appréciation des engrais. 

Quant à l'utilité des engrais, c'est qu'ils ajoutent à l'activité 
de la chaleur naturelle des plantes, pendant que la chaleur 
propre de l'engrais etles vapeursqu'il dégage ouvrent les pores 
de la terre et la rendent plus perméable aux racines des plan- 
tes. Ici finit la citation, et alors la suite des idées nous ramène 
à Junius (Géop. II, 21, p. 52). Il faut, dit-il, avant tout, bien 
se garder d'employer du fumier de l'année. Si les agriculteurs 
doivent être détournés d'en user, c'est parce qu'il n'y a aucun 
profit à le faire; parce que, à cet inconvénient, vient encore se 
joindre celui de déterminer la génération d'insectes (nuisibles); 
mais le fumier sur lequel trois ans ont passé, et même quatre 
ans, est très-bon, parce que par l'effet de ce laps de temps 
Il a perdu tout ce qu'il avait d'humidité et de mauvaise 

(1) Le texte porte ^^|;Ji j J-à^I dee chevaux éiëganU et des chevaux 
de trtvail ^>^ pluriel de ^>^ cheval de fatigue, tmdut des Latins. 



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~ 85 — 

odeur accidentelle (i); son âcreté s'est adoucie. Ce que oous 
aTOQS dit doit suffire. Ici finit la citation de Junius. 

Selon dit que le fumier qui a i^ieilli est deyenu plus doux^ 
et s'est refroidi; c'est donc celui qui est le plus conTenaUe 
pour les légumes. On doit employer pour les arbres celui qui 
a passé un an; ils n'en supportent pas un plus Jeune^ qui cause 
rétîolement. D'un aofare côté, il cause la génération d'une 
quantité considérable d'insectes nuisibles aux plantes. U y a 
aussi un chapitre dans lequel Selon dit que la colombine exerce 
une paissante action sur les fruits^ et que celui qui veut aug- 
menter le produit de ses arbres doit leur en appliquer; ils 
pousseront bien et leurs rameaux seront d'une v^étation 
splendide. Quand on veut qu'un arbre soit bien enraciné, sur- 
tout si quelques parties se montrent affaiblies et languissantes 
{KU, vieillies), il faut recourir au fumier de cheval et de vache 
qui jouissent de la propriété d'activer la végétation et de faire 
dèrelopper le végétal. La terre dans laquelle l'humidité est en 
excès est amendée par le fumier où la sécheresse est domi- 
nante, tels que la colombine et le crottin d'âne. Le terrain 
pauvre en humidité et maigre s'amende bien par l'emploi du 
fumier de vache; conduisez donc vos travaux d*après ces prin- 
cipes. Ici finit la citation. 

Suivant Junius, il faut appliquer à la terre douce le fumier 
de nouton et de chèvre, parce que ces sortes de fumiers sont 
plus àmx qu'aucuns autres. Pour les terres blanches, il faut 
le fumier de vache; c'est le meilleur à cause des principes 
doux et gras qu'il contient ; cette terre étant faible de sa na- 
loie^ œ fumier lui donne de la force. 

D'après le traité de l'Agriculture nabathéenne, où il est parlé 
de ce sujet (folio 7i , recto, fin), Koutsami dit que l'engrais peut 
s'employer de deux manières : la première tel qu'il se présente, 
la seconde, à la suite d'une préparation . On le compose au moyen 
de mélanges de substances et de fumiers différents qu'on as- 
ti) Géop., o&»oio^c, mauvaùe odeur seulement; U faut donc iel Ure: ^^ 
iMtaii, an lien de ^ hétn^ qui est dans le texte arabe, 



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9ûdeeiitenible,oa tim pT anc comhiMiiwp de ftimier arec 
mie terre Tégétafe de eooditioii qiri Imreriaiiie bien. La ma- 
jeure partie des ftamiers simples (non composés) sratbons pour 
les terres gitées, c'est-À-dIre «Des qui ont penhi leur bonne 
qualité et leur douceur. Ces ftamiers simples sont le fumier de 
Tache; tiennent en seconde ligne pour la qualité^ le crottin des 
ga»lleSy celui des ânes saun^es, celui des chèrres nour- 
ries par niomme(i h ceux debrdriset de menu bétail, la fiente 
des bubales, du cberal^de rêne dnnestique; mais, chez notis, 
le plus estimé de tous les engrais est lacolombine. 

La fiente des oiseaux autres que le pigeon n'a pas autant 
d'efficacité, à moins qu'on n'en Ettse d» mélanges airec d'au- 
tres substances qui les bonifient L'excrément humain est plus 
tempéré que la colombine et les déjections des oiseaux; cepen- 
dant il est fort échaufbnl parce qu'il est plus subtil qu'aucun 
des autres engrais ; il réchaulTe donc la terre par suite de son 
mélange intime stcc elle ; il fait disparaître ce qu'elle a de d«r, 
neutralise sa froideur et la dessèche. Il est très-utilement em- 
ployé pour le palmier, les arbres en général et les vignes, 
comme aussi pour la plus grande partie des petites plantes, 
dont il active le développement en les préservant d'accidents 
fflcbeux, la volonté divine aidant. L'excrément humain qui 
est vieux et noirci, mêlé avec du terreau provenant des autres 
fumiers, pour une plus forte partie, est utile i certains végé- 
tauxi tandis que d'autres engrais le sont davantage pour d'au^ 
très plantes. Je développerai tout cela, la volonté de Dieu ai- 
dant. Voilà quels sont les engrais simples; viennent à la suN» 
les pailles des plantes considérées aussi comme engrais sim- 
ple^ les tiges ou bois de quelques plantes, les feuilles, les sou- 
ches, lu racineêf les fruits desséchés et pulvérisés. En pre- 
mière ligne est la paille de fève qui se recommande le plus 
pour son utilité; ensuite la paille d'orge, celle de froment, 
tes liges de courge, celles des ronces ou plantes grimpantes, 
des mauves, du rosier, des giroflées, du nénuphar, de Talthéa, 

(I ) L'Agr. nabath. dit : Que n'ëlèveot pas Phomme et le ftimier de porc. 



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— 87 — 

les feuilles de navet, de carotte^ de laitue^ les bois du figuier 
ainsi que ses feuilles^ les parties yertes de Tarbre^ les pousses^ 
les feuilles de palmier^ la partie de sa fructification nommée 
kaloka (dattes non mûres) ; après les fumiers et les pailles jien- 
nentles cendres. En effets si on prend les pailles des divers 
végétaux que nous avons cités^ qu'on les brûle^ après les avoir 
fiiit sécher, qu'on en recueille les cendres, elles deviendront 
un bon amendement pour les plantes et les terrains. On peut 
employer la cendre de chaque espèce d'arbre ou de végétal^ 
pour l'appliquer à l'espèce pareille, tels que les vignes, le pal- 
mier, les menus grains, les légumes et toute espèce de plante 
en général, grande ou petite,car l'application s'en fait toujours 
avec beaucoup de profit, par la force que i^tte cendre commu* 
nique à la plante. Voilà le principe et la partie fondamentale 
de œ chapitre, et son résumé. 

Koutzami dit qu'un principe important dans la culture des 
vitaux sans exception, arbres et plantes délicates, c'est de 
mêler une certaine portion de chacun de ces végétaux aux en-* 
grais ou fumiers qu'on leur donne. Si on fait brûler des 
noyaux d'un arbre qui en produit, ou des branches d'un ar- 
bre qui ne donne pas de noyaux, ou des branches de toute 
espèce de plantes, et que cette cendre ayant été recueillie soit 
mêlée à du fumier et appliquée comme engrais à ces plantes, 
ce mode d'opération sera très-avantageux à ces végétaux pour 
lesquels on les aura employés et les fera pousser vigoureuse- 
ment. Ainsi, on peut user comme moyen curatif pour les 
(danies et les arbres de cendres provenant de quelques-unes 
de leurs parties et mêlées au fumier. Ainsi peut être traitée la 
vigne avec des cendres produites par des sarments brûlés de 
ses feuilles ou des pépins de raisin ; de même pour toute espèce 
d'arbres et de plantes. Si on ne veut pas faire brûleries parties 
du végétal, il faut les faire consommer avec les fumiers; le 
résultat sera bon et on pourra ensuite en faire usage comme 
engrais. 

Je placerai ici, dit Koutzami^ un principe général : que Teny- 
ploi de tous les fumiers provenant des animaux est bon, de 



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— 88 — 

même que ceux obtenus des végétaux. Le résultat en sera pro- 
fitable^ mais les trois esi)èce8 d'engrais simples que nous 
ayons signalées comme bases (i), et nommées ainsi^ sont les 
plus énergiques; mais les autres gagnent en yaleur et en 
efficacité par leur combinaison avec ces bases. 

Sagrit dit que les engrais les plus énergiques de tous sont 
la colombine et les déjections des oiseaux^ à Texception de 
celles des oiseaux d*eau et du canard. Dans la plupart des con- 
trées de la Babylonie^ on fait un mélange des crottins du pi- 
geon ordinaire^ de la tourterelle et du ramier; ce mélange fait 
pousser vigoureusement le blé^ l'orge^ le millet, le riz, le sor- 
gho, les lentilles, les haricots. On le sème en même temps que 
le riz quand on veut activer sa croissance et sa fructification, 
ce qui se fait surtout pour les terres légères et faibles, suantes 
et humides; les plantes dans ces conditions doivent pousser 
vigoureusement. L'engrais fourni par les oiseaux (1) produit 
le même résultat sur les arbres fruitiers quand on l'emploie 
de même; vous saurez que l'engrais humain vient après l'en- 
grais qui précède, pour la qualité et l'efficacité sur les terres " 
et les végétaux de toute espèce. 11 agit d*une manière parti- 
culière sur les terres infectées par le chiendent, tes épines et 
les autres herbes hostiles aux graines alimentaires et à toutes 
autres plantes cultivées. 

Saussade a décrit la préparation à donner à l'engrais humain 
avant de l'employer. Il faut, dit-il, par la dessiccation, lui faire 
perdre toute son humidité primitive jusqu'à ce qu'il soit com- 
plètement sec et noir. On le dépose alors dans des fosses dont 
nous donnerons ultérieurement la description. On verse des- 
sus de l'eau douce à deux reprises, on remue fortement de 
manière à opérer un mélange complet, et aussi pour que la 
dessiccation s'opère entièrement. On ajoute ensuite des cendres 
de sarment de vigne, puis on en use comme engrais pour les 



(t) Les déjections des oiseaux, Tengrais humain, les pailles, page 102. 
(2) Dans les limites Indiquées, peut<-étre faudrait-il remplacer rarticle par le 
dëmoostratif cei. 



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— 89 — 

Tignes. Mais si on yeut faire l'appUcation de Tengrais humain 
à un légume ou à une plante quelconque^ on y ajoute de la 
cendte de cette plante ou de ce légume pour lequel on veut 
remployer. 

(L'engrais humain) est^ continue Tauteur^ le meilleur; 
mais si on se trouye incommodé par son odeur fétide^ on peut 
h neutraliser au moyen d'une terre rouge^ chaude et de bonne 
odeur^ combinée ayec les engrais yenant des oiseaux. On 
mêle ces substances intimement ayec l'engrais humain^ et sa 
mauraise odeur disparaît après qu'on Ta laissé sécher pendant 
placeurs jours. Le fumier d'âne yient à la suite pour la qua- 
lité et son action efficace sur les arbres et les plantes^ en tai- 
sant remarquer^ toutefois^ qu'il ne conyient point à la yigne 
ni aux oliyiers; il faut renoncer à l'employer pour ces deux 
espèces^ car, lorsqu'on en a mis au pied de l'arbre ou sur la 
souche, il pousse au bout de deux ou trois jours des plantes 
très-mauyaises et qui leur sont nuisibles. Quand on se trouye 
dans la nécessité d'user du fumier d'âne, pour la yigne ou les 
oliyiers, on le mêle ayec quantité égale d'engrais humain ou 
d'oiseau, ou de terre végétale, ou de tout autre engmis. 
Vient ensuite le crottin de mouton, qui est tout particulière- 
ment utile pour les plantations d'arbres récentes, ou pour les 
plantes aromatiques et les légumes qui se transplantent. 

Sachez que le crottin de mouton est le plus gras de tous les 
engrais; c'est pour cette raison qu'il est le plus conyenable 
pour les terres salées, chaudes, amères, acides, et pour les 
plantes qui croissent dans ces sortes de terrains. Viennent à la 
suite les crottins de cheyal et de mulet. Le yulgaire préfère la 
bouse de yache aux crottins de chèyre et de mouton, et la 
place à la suite du crottin d'âne. La fiente du porc (1), soumise 
à l'épreuye, a été reconnue pour être brûlante pour les ra- 
cines des grands arbres, le palmier et toute espèce de plantes ; 
aussi n'y a-t-il rien de bon en lui. 

Suivant Saussade, l'engrais le plus énergique, c'est la colom- 

(l)Géop., ri,2l,p.$l. 



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— » — 

' cal le cnltm «fe cfaeirTe i « 
de MMaioB; ea ssmk !ien^ k crattiB dl 

4e faeke: an kntîHBe. Ii ieBle de dhevid H 
fe me *9 anaû. m le» bcI sar li 
ijinea M le» aMHie I» M» an «drcs^tul qnli eiîsie de 
niKcrtiliide sor kw omiliB^ et foll s'y a f» 
^onrt de rréfévrme. 

KiNitaiDi dit que ces enrrw se nwiliii i d aivec des pailles 
et des emdres; oo les bise se déamposer josqn'i ce que 
la masse Mai comme ces préporatioos pharmaceoticiiies em- 
plojrées |N9^ les hommes dans la pr a liqae de la médedne. On 
zpftiqae, en quelque sorte ooaune méiKcatioo, ces composts 
aux arbres, aux palmiers^ à la Tîgne et i toute espèce de 
plantes pour les guérir des aflècUons morbides qui les attei- 
gnent. On a quelquefois employé pour le traîtemMit de cei^ 
taines maladies des plantes, du sang et des urines, parce que 
le sang possède une propriété roerreillense pour fortifier 
certains arbres et certaines plantes. 



AiTicu rauun. 

Manière de préparer les engrais. 

On lit dans VAgricullure nabathéenne (l) : quand on yeut 
préparer des engrais pour rutiliié des arbres ai pour les 
plantes en général occupant le sol qui leur confient, ou bien 
pour écarter et chasser les accideuts fâcheux qui peuyent les 
attaquer, on commence par creuser des fosses longues et pro- 
fondes dans la forme des bassins pour Tirrigation et des réser- 
voirs (S) ; plus il y a de largeur et de profondeur, et mieux cela 
vaut. On y dépose deç fumiers, de l'engrais humain, de la co- 



(l}Oéop., Il, 33. 
(2) F« 73, r, 19. 



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— 9i — 

lombiiie et antres déjections de volatiles^ excepté celles d'oi- 
seaux d'eau et de canards^ dont jamais il ne faut faire usage. 
Qiumd le tout est dans les fosses^ on en opère le mélange de la 
U^n la plus complète. Ou y ajoute des feuilles de chou-fleur^ 
des pampres^ en outre du limon noir encore humide tiré de cer- 
taines riirières ou des puits; on mêle le tout en Tagitant et le re- 
tournant aTec un long morceau de bois; on répand dessus de 
Ul lie de Ym, de l'urine humaine. Ce compost est excellent, 
particulièrement pour les yignes. On a soin de bien retourner 
la masse tous les jours, ou tous les trois jours, jusqu'à ce qu'il 
se dégage une odeur fétide. Quand cette odeur infecte s'est 
manifestée et que le tout est parfaitement noir, on ajoute de la 
cendre de^sarments de ^igne brûlés avec les feuilles; on renou- 
velle la mixtion. Toutes les fois qu'on pourra augmenter la 
dose des cendres, ce ne sera que meilleur, ayant toujours 
soin de bien remuer le mélange, comme nous l'avons dit, 
tous les jours et sans y manquer. Quand le mélange ne laisse 
phis rien i désirer, on laisse le tout en repos, mais on ya dé* 
poser des urines dessus tous les jours, sans interruption, jus- 
qu'à œ que l'odeur ait atteint son maximum de fétidité et 
que la couleur ne puisse être d'un noir plus foncé, et que l'œil 
ne puisse distinguer aucune des matières qui entrent dans la 
oomposition« On étend alors ce compost sur la terre en par- 
tie seulement, l'autre restant dans les fosses ; on l'étalé de 
même afin qu'elle puisse recevoir l'action de l'air et par suite 
se dessécher; et, quand la dessiccation est opérée, le compost 
est arrivé à son terme. Cette préparation s'emploie pour les 
vignes bien portantes; elle en active la végétation en leur don- 
nant de la vigueur ; eUe écarte toute calamité qui pourrait les 
frapper^ la volonté de Dieu aidant. 

L'engrais destiné aux arbres fruitiers (Ag. nab. 75, r*, 6.), 
tels que le grenadier, le coignassier, le pommier, le poirier, 
Tazerolier, le pécher, l'abricotier, le jujubier, le sebestier et 
autres arbres pareils dont le fruit est froid, se prépare avec de 
fat cendre de ces mêmes arbres, à laquelle on ajoute de la terre 
noire prise sous eux; on mêle complètement les deux choses; 



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— 9t — 

on ajoute ensuite du crottin de bon choix, de pigeon commun^ 
de pigeon ramier et de chauve-souris (1). On mêle le touten l'a- 
gitant avec un long bâton ou une pelle à enlever les ordures, 
jusqu'à mélange complet. On verse sur ce mélange de Turine 
d'homme ou de chameau ; on retourne le tout jusqu'à ce qu'il 
soit devenu bien noir et bien pourri. On rapporte de nouveau 
de l'engrais humain vieux et noir, en forte proportion ; on 
continue à remuer avec la pelle et on y dépose les urines jour- 
nalières, pour augmenter la putréfaction et la fétidité de l'o- 
deur. L'urine de chameau est préférable à l'urine huouiine. 
Aussi, quand celle-ci vient à manquer, vous y suppléerez par 
du crottin de chauve-souris (Âg. nab.). On syoute encore des 
racines et des feuilles de raves, qui accélèrent la décomposi- 
tion des objets auxquels ils sont mêlés et le développement de 
la mauvaise odeur (2). On continue d'agiter encore après dé- 
composition, puis l'on étale sur la terre ce compost pour le 
taire sécher jusqu'à ce qu'il ait perdu toute espèce d'humidité. 
On l'emploie ensuite pour reterrer les racines déchaussées des 
arbres pour lesquels il est préparé, ou d'espèces analogues 
auxquelles l'opération sera profitable et qui donneront une 
belle végétation. Pour l'engrais destiné aux racines du bana- 
nier, au melon rond des Indes et autres variétés, ce qui con- 
vient le mieux, ce sont les fumiers de vache et d'âne, mêlés 
ensemble. On ajoute ensuite de la cendre des souches prove- 
nant d'épines crues dans des ti3rrains incultes; on opère le 
mélange complet; on retourne ce mélange pour combiner 
ensemble l'humidité que ces deux substances contiennent; 
on laisse ensuite reposer pour que la putréfaction s'effectue 



(1) L*Agr.iiabath.f. 7S,r,l. 11, dit: que ce crottin de chauve-sourii est nommé 
iÂjj^\ al'chigrak; ce mot m trouve dans le dlct. persan de Gaatel, Indiqué 
comme étant nabathéen et pouvant se lire t^jjtr' *c^^^^» H ^t traduit par 
lae, tteraut vel urina vetperiiUonis, Ce serait une sorte de guano comme on 
en trouve dans les lieux très-fréqnentés par les chauves^ouris. 

(2) Nous avons ici introduit quelques modifications dans le texte en nous 
aidant dec«lui de TAgr. nabath., f^ 75, r*, 1. H. 



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— 93 — 

et que la nuance noire se développe. Alors on rapporte quan- 
tité égale de terre pulvérulente venue de loin^ ou bien de cette 
poussière qui s'élève d'un sol poudreux quelconque^ on agite 
aTcc la pelle. Ce compost, placé au pied des bananiers ou ;des 
melons, leur sera très-convenable et leur donnera beaucoup 
de Tigueur. 

Préparation de l'engrais qui convient au jQguier, au cédra- 
tier, à l'amandier à fruit doux ou amer, au pistachier, au 
noyer ou autres analogues donnant des fruits de nature 
chaude (i). — On prend de la bouse de vache, du chaume resté 
sar pied après la moisson du froment et de l'orge, de l'herbe 
ponssée an milieu de ces céréales, des tiges d'ivraie, grandes 
et petites (2) ; on fait un tout de ces différentes choses; on le 
place dans les étables (ou compartiments, litt. maison^) où les 
Taches séjournent, en l'étalant de façon qu'il puisse être piétiné 
par ces animaux et recevoir leur urine et leur fiente, enfin 
être broyé avec leurs pieds et réduit à un état de menus mor- 
ceaux comme une sorte de pftte (A. N.) et être bien mêlé avec 
leurs déjections steroorales. 11 est de nécessité que la putré- 
faction s'établisse promptement. Quand le compost a atteint 
cet état, et qu'il est bien noir, on le remue avec de fortes 
pelles de fer ou de bois, on y incorpore de la terre rouge de 
bonne odeur, on effectue un mélange bien complet, ensuite 
on l'étalé sur le sol pour amener la dessiccation, de façon qu'il 
ne reste que le moins possible d'humidité ; on peut alors em- 
ployer cette préparation comme engrais pour les plantes que 
nous avons indiquées. 

Composition et fabrication d'un engrais généralement bon 
ponrtoute espèce de plantes,grandes ou petites sans distinction. 
—On prend du chaume de froment, racines comprises, après la 
moisson, des tiges d'orge en quantité égnle^ des épines, des 
ronces, du bois de figuier lui-même avec ses feuilles; on brûle 



(1) Agr. naiMUi. 75, r On. 

(2) au. Uges tubuleofes d'irrale et ce qoi est petit de tige ; T Agr. oaluith . dit 
tt qui etC T6rt on petit dans la tige. 



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f«r fenne de fanra^ ks 
fmrfjèficsi itntoitê itgtm oa 
geot iur le» éléneiils de Feop» el rj fiCBl lonqne Tau 
n'tti écoulée ou qifdk a été absorin par le «ol; on reloanie 
te rxmtemi de la toate^ aa frappe b niatièfe fMrtement pour 
amener la pénéttatioa det tnbatano» lea unes dans les au- 
troêf et par suite arrirer à nne pntréiKiioo qoi ne laisse rien 
k délirer. Quand le tout est bien noir et laisse eihalo* une 
odiur de iiourriture, on remue aTec la pelle en portant la 
mAiïàre fFun lieu yen un autre avec beaucoup d'énergie» jus- 
HU*à ce que, le mélange étant parCut, la masse soit comme 
um Kirte de pftle. Un pareil eugrais est utile pour toute es- 
|i^3ce «l'arbrtfet do plantes auxquels cm Teut l'apidiquer» a 
I «!xr/<*|)tlon (lu melon et du bauanler. 

Cet engrais (i), tnâlé à rexcrément humain» oouTient au 
cornichon, uu concombre, aux courges» à la rave» la carotte» 
réchulotle et autres plantes qui se déreloppent dans Tinté- 
riuur (lu sol sous forme de racines. Pour le cornichon et le 
GoncotiihriJi il faut i^outer de la bouse de vache» du crottin 
d'Aiu) (tt de l'engrais humain mêlés avec quantité égale de 
terre végétale de bonne qualité. L'aubergine» le chou-fleur» le 



(I) Agr. nsbalh., 76, r«7. 



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— »8 — 

chou ordinaire^ la raye, les oignons^ Taunée ^ devront rece- 
voir de Vengrais humain mêlé de crottin d'âne et de cendre^ 
quelle qa'en soit l'espèce; pourtant la cendre du saule est pré- 
tèrakle. On ajoute des feuilles de châtaignier avec les branches 
^ tes racines ; on dépose le tout dans ces fosses dont il a été 
question, on verse dessus de Teau douce^ on arrose bien Ten- 
wiaYAe pour favoriser la décomposition putride et l'amener à 
fin complète, on retourne cette masse, on la retire ensuite de 
la fosse et on l'étalé bien pour ta faire sécher et la réduire 
en quelque sorte à l'état de poussière âne (de poudrette). Ce 
compost appliqué comme engrais aux plantes indiquées plus 
baut, elles se développent bien et elles réussissent parfaite- 
ment 

Préparation de l'engrais pour les petites plantes de jar- 
din (i), comme la menthe, l'endive, l'estragon, la bette, le 
pcweau nabathéen, la roquette, le cresson, le basilic, le pour- 
pier, le persil et autres pareils.— On prend de l'excrément hu- 
main^ de la colombine, du crottin d'âne, de la bouse de va- 
die. LVsngrais humain doit être en quantité prédominante ; 
<Mi ajoute quantité égale de bonne terre végétale pulvérisée et 
du terreau recueilli sur les emplacements des dépôts de fu- 
mier et autres pareils. On réunit le tout dans la fosse de pré- 
peratioD ; on répand dessus du sang, peu importe lequel, mais 
œ qpii est préférable, c'est le sang humain, celui de chameau 
ou de mouton; on verse sur le tout de l'eau douce ; on effectue 
le mélange en fnalaxant la masse jusqu'à ce que la combinai- 
son soit parfaite. Si la pluie a pu arriver avant, elle active la 
décomposition putride et donne de l'énergie (/ttt. vivifie). On 
multiplie la malaxation afin que les éléments se pénètrent 
bien les uns les autres; quand la putréfaction est complète, 
et que tout l'ensemble est bien noir, on fait sécher; après la 
dessiccation, on mêle de la terre végétale pulvérisée ou toute 
espèce de poussière que ce soit, et on emploie la préparation 
sur les plantes de jardin indiquées. 

(1) Agr. oabath., 76, r. - On remarquera l'emploi da tang humain Indiqué. 

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^ 96 ~ 

Un engrais qu'on emploie avec avantage pour la laitue^ 
c'est un mélange d'excrément humain^ colombine^ crottin de 
poule^ feuilles de laitue y une certaine quantité de fiente de 
chauve-souris^ cendre de tamarisc (tamarix gallica'^ iitin.) et 
tamarix gummifera et autres plantes analogues; on mêlera ces 
choses^ de façon que l'excrément humain entre dans la com- 
position pour moitié^ et l'autre se composant des choses que 
nous avons énumérées en partant d'une appréciation conjec- 
turale plutôt que rigoureuse ; on met le tout dans les fosses in- 
diquées; on verse dessus du sang de quelque espèce que ce 
soit; on arrose avec de Feau de pluie. On abandonne la prépa- 
ration à elle-même jusqu'à putréfaction complète^ jusqu'à ce 
que la teinte soit noire, et qu'il se développe une odeur fétide. 
On extrait alors de la fosse et on fait sécher jusqu'à dessiccation 
absolue. Dans cet état, l'engrais peut être employé pour les 
laitues^ par l'application au pied^ ou bien en saupoudrant 
les feuilles^ de la manière que nous l'indiquerons^ aidé de la 
volonté divine. 

Tels sont les procédés à suivre pour faire consommer et 
pourrir les engrais, et ce qu'il suffit de savoir sur ce sujet. Les 
substances qui peuvent servir de ferment sont : la fiente de 
chauve-souris^ Turine et le sang humain qui, pour les fu- 
miers, remplacent le ferment et provoquent la fermentation 
putride; elles améliorent les engrais et leur donnent plus d'é- 
nergie^ ajoutent à leur chaleur naturelle, et rendent la combi- 
naison plus active et plus efficace. 

Art. il 

La qualité des fumiers est en raison de leur îîge (l). 

D'après l'Agriculture nabathéenne, les meilleurs engrais et 
fumiers sont ceux sur lesquels ont passé deux ans, s'ils en ont 
trois c'est encore mieux ; ceux qui sont âgés de quatre ans, 

(f) Ce tilre n*est pas dans le texte; Banqueri Va mis comme expIicaUf. Voy. 
Âgr. ndbcah., ^ 76, r» 16. 



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— 1)7 — 

qui ont perdu toute leur mauvaise odeur et qui ne sentent 
rien sont préférables à tous ceux qui sont réœnts (prés de la 
putréfaciion, Âgr. nabath.). 

Ce que je tous recommande bien instamment, dit Koutzami, 
c'est que vous n'employiez aucune espèce de fumier la pre- 
mière année du mélange des substances et de leur putréfac- 
tion. S'il vous arrive d'en user avant qu'il se soit écoulé une 
année sur lui, il est fort nuisible; même après Tannée 
écoulée il n'a point encore atteint la perfection ; celui qui a 
vieilli pendant trois ou quatre ans est bien meilleur; mais, 
quand il a passé plus de quatre ans, rejetez-le, n*en usez pas; 
il est sans action, il a perdu toute sa force. Celui qui est âgé 
de moins d'un an est mauvais en ce qu'il cause la génération 
des animaux nuisibles et des vers de toutes les longueurs. Sou- 
vent il arrive que, lorsqu'on a appliqué de ce fumier trop 
jeune à une plante qui est dans une terre molle et suante, et 
qu'on a donné de l'eau en abondance, la racine se trouve 
rongée. On ne doit donc employer un fumier qu'un mois 
ou deux après que Tannée de la préparation est révolue (i ;, 
Les engrais qui ont atteint cinq ans et plus ne sont bons à 
rien ; mais ils peuvent remplacer ces terres meubles entraî- 
nées par les courants, qu'on mêle aux engrais dans la pré- 
paration; ce vieux terreau est de beaucoup préférable. Quand 
Tengrais a dépassé sept ans, sa condition est ceUe d'une terre 
végétale de bonne nature, s'il est reste en plein air; mais, 
s'il est abrité d'un toit, il conserve son efficacité ; il est encore 
bon quoiqu'il ait cet âge, et il ne passe à cet étet de terreau 
inerte qu'au bout de dix ou douze ans. 

Article III. 

Uaoière d'employer les engrais pour les arbres et les plantes et de les projeter 
en poussière sur certaines plantes. 

On lit dans l'Agriculture nabathéenne (76, r* 19) : tous ces 
engrais décrits servent pour les arbres et les plantes; à cet 

(0 Agr. nabath.» ^ 80, r. 15, suiv. 

7 

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- 98 — 

effet on déchausse le pied {liU. on creuse) peu ou largement^ 
en raison de la dimension de Tarbre, et on remplit la cavité 
ayec quelques-uns de ces engrais. Si on voulait les répandre 
et les projeter à l'état pulvérulent sur les rameaux , qu'on 
s'en garde bien^ car ils ne sont profitables aux arbres et aux 
plantes que si on en fait l'application au pied ; mais ils de- 
viennent très-nuisibles quand ils tombent sur les feuilles^ par- 
ticulièrement sur celles des arbres fruitiers et des vignes; 
qu'on ne les emploie donc jamais par ce procédé. Ainsi, on 
ne peut pi*ojeter des engrais pulvérulents que sur l'auber- 
gine, les choux, le chou-fleur, et en général sur les gros lé- 
gumes (1), sur lesquels, du reste, on ne peut répandre que les 
engrais qui sont spéciaux pour les petits légumes en couche 
légère et très-mince, en même temps qu'on en applique une 
certaine quantité au pied. On lit dans l'Agriculture naba- 
théenne : t7 en e$i au contraire qui pensent (â) qu'il est d'une 
utilité évidente pour la vigne de projeter sur elle l'engrais pul- 
vérulent qui, en tombant sur les feuilles, remplacera à son 
égard la terre pulvérisée étrangère qu'on y projette. Cette 
opération est profitable et favorise le développement du fruit. 
D'autres vont jusqu'à dire que la pulvérisation en couche 
épaisse est pour les vignes d'une très-grande utilité. On a 
dit d'un autre côté, dans l'Agriculture nabathéenne, que l'en- 
grais pulvérulent projeté sur la vigne lui est on ne peut pas 
plus nuisible. Ce même livre dit que les vignes ne doivent 
point recevoir la pulvérisation avec les engrais, et qu'elle ne 
doit être employée que pour les légumes et les petites plantes 
avec mélange de la terre végétale écrasée, quand l'application 



(1) L*Agr. nabath. pqrle : sur Ions les légumes en général ; mais il faut em- 
ployer rarement pour les petits légumes tous ces engrais dont nous ayons donné 
le mode de fabrication. Agr. nabath., 76, r. 19. 

(2) Cette phrase n'est point dans ie texte; mais Danqueri l'a ajoutée avec rai- 
son pour faire cesser la contradiction qui existerait dans cette partie du texte 
avec ce qui précède. Dans le ms., le texte s'arrête précisément là où il va être 
parlé de la pulvérisation des vignes citée plus haut, au mois de Tamouz, et 
Géop. mois de JuUlet, liv. 111, lO. 



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— 99 — 

de ce procédé peut leur convenir. La même Agriculture na- 
bathéenne dit que la pulTérisation n'est bonne aux plantes 
qu'après que les feuilles ont été arrosées suffisamment pour 
faciliter Tadhérence. 

Sausaade dit que ces engrais^ surtout ceux de nature chaude^ 
ne peuTeot être employés que pour le pied des arbres ou les 
parties ligneuses des plantes^ mais que lorsqu'il est nécessaire 
de donner de Tengrais a de jeunes plantes et à des arbres^ il 
faut commencer par appliquer (sur la racine) de la terre végé- 
tale rapportée d'un autre endroit ; sur cette couche on dépose 
l'engrais qu'on recouvre d'une seconde couche^ de sorte qu'il 
se trouve entre deux lits de terre âne. La partie superficielle 
des terres rouges, dites chaudes^ est ce qu'on peut employer 
de meilleur à cet effet. Vient ensuite le terreau ramassé dans 
les lieux où a séjourné le fumier et dans ceux délaissés et inha- 
lutés. 

Sagrit prescrit de prendre^ pour amortir le feu des engrais^ 
des terres tirées des lieux sauvages^ inhabitables pour les 
hommes. C'est ce qui est le plus profitable pour tous les arbres^ 
pour les palmiers sans exception et toutes les plautes petites ou 
grandes. Aboubekr Ibn Waschiah (i) dit que Sagrit veut indi- 
quer les lieux découverts exposés à une fréquente action des 
vents. Quand l'engrais se trouve entre ces deux couches de 
terre, c'est une garantie pour les arbres et les palmiers contre 
son action trop vive. 

Les aubergines, les cornichons et les concombres, les me- 
lons et les plantes potagères qui sont considérées comme 
grandes, ont besoin qu'on emploie pour elles la pulvérisation, 
en même temps qu'on applique l'engrais au pied. Suivant l'A- 
griculture nabathéenne, tous les gros légumes, les choux, les 
aubergines, les choux-fleurs, les bettes, les laitues, les épi- 
nards demandent qu^on leur applique au pied une couche 
d'engrais disposé entre deux couches de terre avant qu'on en 



(1) Bauqaeri n'a pas compris que c'est ici le nom euUer d'ibn Waschiah, cité 
■ canse de l'expUcaUon qu'il donne. 



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— 100 — 

use pour eux sous forme de pulvérisation. La terre doit être 
rapportée d'un autre endroit^ de bonne nature^ ou bien du ter- 
reau ramassé dans les places où a séjourné le fumier et dans 
des lieux écartés^ ou bien de la terre venant des plaines dé- 
sertes^ comme le dit Sagrit. Souvent Tengrais est répandu sur 
les eaux courantes et les canaux d'irrigation des jardins {liu. 
légumes) pour que Teau le porte elle-même au pied des plan- 
tes. Suivant le vulgaire, c'est la meilleure manière de pro- 
céder. 

La plupart des hommes qui appliquent l'engrais versent 
(d'abord) l'eau sur le pied de l'arbre qui le reçoit, puis ils 
donnent une irrigation suivant l'usage. D'après rAgriculture 
nabathcenne, quand l'engrais avec toute son âcreté tombe sur 
les feuilles des grands arbres, et que le soleil dardant avec 
toute sa force en active encore l'action, 1^ feuilles sont brû- 
lées et détruites, et par suite l'arbre perd de sa vigueur. La 
condition des légumes et des plantes délicates est assimilée 
à celle des racines des grands végétaux pour l'application de 
rengi*ais. Ainsi, il faut pour ces petites plantes fournir de 
l'engrais aux racines et aux branches, tandis que pour les 
autres, c'est-à-dtre les arbres, l'engrais doit être appliqué 
aux racines seulement^ sans qu'il en arrive rien sur les jeunes 
rameaux ni sur les feuilles ; c'est là le moyen de le rendre 
utile en même temps aux racines et aux branches des gi*ands 
végétaux. 

Article IV. 

lUlUé des engrais pour les terres ; époque où il faut les employer, diaprés 
l'Agriculture nabathéenne. 

Sagnt dit : tous ces engrais dont nous avons précédemment 
donné la description, en parlant en même temps de leur uti- 
lité pour les plantes, sont aussi très-profitables pour les terres, 
soit celles qui sont couvertes de plantes, soit celles où il ne se 
trouve ni plantes ni arbres; car, si on met de l'engrais dans 



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— 101 — 

une mauvaise terre^ il la bonifie^ et^ si la terre est.de bonne 
nature^ l'engrais Taméliore encore et ajoute à son énergie. 
Son action est la même sur les plantes et les arbres ; il leur 
donne de la Tlgueur y les tient dans de bonnes conditions ^ 
neutralise les mauvais effets que peuvent produire les vents 
nuisibles^ le froid^ une chaleur excessive, la sécheresse et les 
eaux corrompues. Les terres dans des conditions médiocres et 
celles qui sont mauTaises en reçoivent un grand avantage 
parce qu'elles sont amendées et rendues à une bonne qualité 
et à un bon tempérament. Enfin, les terres faibles et celles qui 
appartiennent à ces classes connues sous le nom de terres lé- 
gères, humides et suantes, exigent qu'on leur donne de l'en* 
graîs. 

Article V. 

Les engrais que nous avons indiqués sont bons communé- 
ment pour les terres altérées dans leur qualité ; c'est là leur 
utilité générale; mais ils ont aussi une utilité plus spéciale, 
alors qu'on les emploie pour les arbres et les plantes pour les- 
quels ils sont spécialement préparés, sur lesquels ils agissent 
en même temps que sur les terres. Les terres faibles, qui con- 
liennent des plantations ou d'autres plantes grandes ou pe- 
tite», veulent recevoir de l'engrais plusieurs fois de suite. Sou- 
vent il faut le fournir en automne, en hiver et au commence- 
ment du printemps, constamment et sans interruption. Cette 
continuité consiste en ce que tous les deux jours on remue la 
terre ; le troisième jour on donne l'engrais; on continue d'en 
agir ainsi pendant vingt jours, ou quinze, ou même pendant 
dix jours, suivant qu'on le croit convenable, et en raison du 
degré avancé de la mauvaise qualité du terrain , ou de sa 
proximité d'une bonne nature ; si on vient à forcer l'engrais et 
à dépasser la proportion convenable, la terre en souffre et les 
plantes s'altèrent et s'affaiblissent; de sorte qu'il faut recourir 
à un moyen de médication contre cette altération. Si, au con- 
traire, on reste dans les limites d'une juste proportion, la 



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— iOÎ — 

terre ni les plantations n'ont rien à souffrir. Si on exagère la 
quantité d'engrais dans un champ^ de telle sorte que tout le sol 
soit comme transformé en engrais^ il devient acre et brûlant^ 
et la plupart des plantes se dessèchent au point qu'il devient né- 
cessaire d'y porter remède en mêlant une grande quantité de 
terre végétale de bonne nature^ ou bien de combattre Fâcreté 
par des arrosements d'eau douce qui l'enlèvent. Âinsi^ une 
terre. n'a jamais besoin de fumier en excès. Un des avantages 
de l'engrais^ c'est qu'il vient en aide au soleil et à l'air pour 
échauffer le sol et contrebalancer l'effet du froid trop vif qui 
peut frapper les plantes^ tant par l'eau que par la terre, qui 
sont deux corps froids. L'engrais communique ses qualités à 
tout ce qui touche à la racine ou souche des arbres, des palmiers, 
des vignes et des grands végétaux de toute espèce. Il commu- 
nique à la terre une chaleur qui pénètre dans ses profondeurs, 
se communique aux racines, au tronc de l'arbre et du végé- 
tal et de là remonte jusqu'aux branches. D'après l'Agriculture 
nabathéenne, les engrais échauffent la surface du sol pendant 
la saison froide en repoussant le froid de l'atmosphère; pen- 
dant les chaleurs, ils rafraîchissent le fond ^e la terre qui, 
alors, tend à s'échauffer, ce dont les arbres ainsi que les plantes 
auraient à souflrïr. 

Sagrit dit que la terre, d'une qualité tout à fait supé- 
rieure n'a point besoin d'engrais, tandis que la terre de mau- 
vaise nature en demande dans une quantité qui soit en rap- 
port avec ce qui lui manqye pour être de bonne qualité (l). 
Quant au terrain de médiocre qualité, c'est-à-dire qui est placé 
entre la bonne et la mauvaise, il lui faut un engrais fourni 
avec persévérance, dans la façon que nous avons prescrite pour 
répondre aux besoins de la terre légère. Car, nous l'avons 
dit positivement : cette terre exige un engrais abondant pour 
faire cesser son peu de force et lui rendre l'énergie qui lui 
manque. Parmi les avantages qu'offrent certains engrais, il y 

(1) Litt. En raison de ce qu'elle sort de la bonne qualité pour aller à la 
mauvaise. 



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— 103 — . 

a œtui d'écarter les animaux et les oiseaux des champs ense- 
mencés. 

Koutzami dit que toutes les fois que le crottin d'oiseau est 
combiné aTec celui de chauve-souris, qui est le schirzak, avec 
du sang desséché, pulvérisé, ou bien en morceaux avec les 
graines, et qu'on sème le tout ensemble, surtout dans les 
terres légères, ou affaiblies, ou suantes, ou humides, il en ré- 
sulte une grande amélioration pour le sol et les plantes ; la 
fructification en est activée ainsi que la croissance. Cette com- 
binaison écarte les animaux nuisibles qui pourraient attaquer 
les semis, tels que les rats, les lombrics de terre, les chenilles 
et autres qui causent des dommages aux graines et les empor-* 
tent. Quand cette composition est tombée dans le sein du sol, 
que l'humidité Ta frappée, il y a décomposition et combinai- 
stm avec la couche végétale qui se porte sur les racines des 
plantes; elle s'étend en même temps à la surface, et alors il 
s'exhale une odeur désagréable qui déplaît à tous les oiseaux, 
aux moineaux et autres petits animaux, tels que les rats et 
autres. 

Article VI. 

Force des engrais. 

11 y a des engrais qui sont chauds, d'autres qui sont froids ; 
il y en a de gras et de doux. On emploie chacun d'eux pour 
amender des terrains qui sont dans des conditions contraires. 
Ainsi, on appUqùe l'engrais chaud à ce qui est froid, et ce qui 
froid au terrain chaud ; celui qui est gras à ce qui est maigre, 
de même pour les autres. 

D'après l'Agriculture nabathéenne, Tengrais chaud se com- 
pose avec de l'engrais humain, pareille quantité de colombine, 
autant de crottin de brebis, partie égale de crottin de chauve- 
souris, de lie d'huile d'olive. On laisse le tout se putréfier 
assez longtemps pour que les vers se di^vcloppent; alors on fait 
sécher le compost qu'on emploie pour l'appliquer aux vignes 
qui ont été frappées par les vents froids ou autres accidents 



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. — 104 — 

de ce genre. L'engrais doux est celui qui ne contient point 
d'engrais humain^ ni de colombine, mais dans la composition 
duquel entre la bouse de vache, le crottin de brebis avec de la 
terre pulvérisée recueillie là où les fumiers ont séjourné. 

Quand on a besoin, dit Koutscami, de recourir à des engrais 
acres, on les obtient par l'addition de cendres de végétaux de 
nature chaude, qui leur communiquent une chaleur et une 
âcreté très-fortes ; telles sont les cendres de menthe, de jasmin, 
de rose sauvage, de serpolet, de basilic et de persil, qui pos- 
sèdent cette qualité toute spéciale et vraiment merveilleuse. 
On emploie ces cendres et celles des plantes chaudes de leur na- 
ture de la manière suivante : on mêle les terres aux engrais, 
les laissant se putréfier de manière que les divers éléments 
soient bien incorporés les uns dans les autres; cette compo- 
sition 8'ai)plique aux végétaux qui ont souffert du froid ou 
d'autres accidents analogues. L'engrais gras, nommé engrais 
doux, se compose aussi de la bouse de vache, des pailles de 
menus grains et des feuilles de plantes vertes, et surtout de 
celles qui sont mucilagineuses. On fait les engrais rafraîchis- 
sants de cette manière : on prend ce qu'il est possible de se 
procurer des diverses espèces de pavots sauvages ou culti- 
vées, feuilles, tiges et racines, qu'on mêle aux engrais, les fai- 
sant pourrir ensemble. On dit que si on mêle et que l'on fasse 
pourrir ensemble de l'engrais humain, du crottin d'âne, de 
la lK)use de vache, on obtient un engrais très-profitable , la 
volonté de Dieu aidant, pour toutes les plibtes qui ont souffert 
des effets d'un excès de chaleur, ou de la maladie nommée 
jeteritie (jaunisse), ou bien de ces brûlures (rougeau) qui atta- 
quent les arbres et les légumes par suite de l'action d'un air 
trop brûlant. Dans tous ces cas, cet engrais agira avec une 
efficacité merveilleuse, la volonté divine aidant. Voyez la com- 
position de ces engrais rafraîchissants et humides au chapitre 
du semis du riz, et la composition de l'engrais chaud au cha- 
pitre du semis des bettes. 



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105 — 



Article VU, 



Gardez-^ous d'appliquer à la vigne les engrais chauds^ dans 
la crainte qu'ils ne brûlent les racines et qu'il ne leur sur- 
Tienne cette maladie qui fait sécher les raisins. Toutes les fois 
qu'on reconnaît qu'un arbre et une plante ne peuvent suppor- 
ter un engrais cbaud et bnllant, il faut le remplacer par des 
paiUes qu'on a fait pourrir ensemble. Les pailles des graines 
alimentaires^ qui fournissent plus de sève et qui conviennent 
le mieux aux vignes^ sont les pailles de fëve^ d'orge^ de fro- 
ment, qui toutes sont employées utilement sans qu'on puisse 
concevoir aucune des craintes qu'inspirent les engrais brû- 
lants. 

Suivant les deux livres d'Ibn el-Fazel et d'Abou 'l-Khaïr 
sur les engrais, il en est sept espèces qui sont employées en 
agriculture; nous en donnerons la description, la volonté de 
Dieu aidant. Les engrais en général sont de nature chaude et 
humide. L'engrais vieux est plus humide que le nouveau. Ce- 
lui-ci est plus cbaud, mais il n'est point d'un usage favorable; 
ofi n'use d'un engrais qu'au bout de deux ans, ou même plus 
lard, afin qu'il se mûrisse. S'il arrive qu'on soit forcé de l'em- 
ployer avant ce temps, on ajoutera de la colombine et de la 
cendre qui possèdent la propriété d'accélérer la maturité de 
Tengrais. Nous ferons connaître la manière de procéder dans 
ce cas, la volonté de Dieu aidant. 

Le crottin du pigeon ordinaire, du pigeon pattu et du fran- 
colin est très-chaud et très-sec^ qu'on le prenne vieux ou 
récent; on l'emploie contre les accidents que le froid peut 
causer aux plantes. L'engrais humain est employé contre 
ceux que peut causer la chaleur (i). Les engrais rafraîchissent 
la terre frappée d'aridité, ils en divisent les portions compactes^ 
ib échautTent celles qui sont froides, ils engraissent celles qui 

(1) Banqoeii remarque avec raison que ce principe est en opposition avec ce 
qui a él4 dit plus haut. 



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— 106 - 

sont maigres^ ils ajoutent à la qualité des bonnes. Parmi les 
pailles^ celles de fèye^ d'orge et de froment sont profitables aux 
terres, employées ensemble^ isolément ou à l'état de décom- 
position. 

Article VITI. 

Des déJecUoDs des oiseaux. 

Les déjections des oiseaux sont^ suivant Abou '1-Khair, un 
poison Yiolent pour les plantes^ à l'exception de la colombine 
qui est le meilleur de tous les engrais. Elle est d'une nature 
chaude en excès et sèche. Ibn el-Fazel dit, au contraire, qu'elle 
est d'une chaleur et d'une humidité portée à l'excès. 

Abou '1-Khaïr dit que ce qu'il y a de plus nuisible pour les 
plantes, ce sont les crottins des oiseaux d'eau, des [loules et 
des oiseaux. La colombine fait pousser les plantes et les ravive 
très-promptement, quand par suite des gelées le froid les a 
atteintes et qu'il a arrêté leur croissance. On remédie à ces acci- 
dents en la délayant dans de l'eau douce et l'employant pour 
les arroser. La colombine convient à toute sorte de plantes et 
d'arbres; elle agit surtout avec une efficacité merveilleuse sur 
le henné et l'olivier. 

Ibn el-Fazel dit qu'une excellente chose pour les plantes qui 
ont eu à soufiTrir des rigueurs du froid, c'est de les arroser avec 
de l'eau dans laquelle on a fait dissoudre de la colombine. 
Mais il ne faut recourir à l'usage de cet engrais que lorsqu'il 
est bien nécessaire de le faire. On le dit aussi très-utile pour 
les terres affaiblies. Cet engrais, à cause de sa chaleur, n'oc- 
cupe que le second rang pour la qualité. 

Kastos dit que la fiente de toute espèce d'oiseau, et de canard 
en outre, est profitable à toute espèce d'arbres et de semis aux- 
quels on veut l'appliquer; il est bon aussi pour les lentilles ; 
mais ce qui est plus efficace contre toute altération qui puisse 
leur survenir, c'est la colombine, à cause de sa grande cha- 
leur. Tasmid ^x^ et tazbil J-j)j ont l'un et l'autre la même 
signification, action de donner de Vengrais ; les fientes des pi- 



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geons ordinaires, des pigeons à collier et des moineaux sont 
égales en qualité. 

L'engrais humain jl-oîil jj^, c'est wirWl Jj j celui qui 
est extrait des lieux (ou fosses) d'aisanceS (1); suivant Âbou 
el-Khaîr, il s'emploie après qu'on Ta fait sécher et réduit en 
poudre (poudrette); il est d'une nature chaude, humide et 
visqueuse. Suivant Ibn el-Fazel, cet engrais est de nature 
humide et muqueuse; la chaleur en lui est modérée. On a 
même dit que Texcrément humain pourri était froid et hu- 
mide. Suivant Abou '1-Khaîr, c'est lorsque cet engrais a sé- 
journé dans les fosses d'aisances qu'apparaît son humidité. 

Um el-Fazel dit que l'engrais humain convient bien aux lé- 
gumes d'été, comme les courges, les aubergines, le pourpier, 
l'oignon, le chou-fleur, l'épinard fraise (2), le henné, cela par 
suite d'une condition toute spéciale ; il convient de même pour 
la laitue. Il agit d'une manière merveilleusement favorable 
sur le palmier; on le fait dissoudre dans l'eau des réservoirs ; 
on en arrose les verdures dans la saison chaude; c'est ce qu'on 
peut eniployer alors de meilleur. Loin d'être nuisible, il est au 
contraire fort avantageux pour ces plantes dont il active la vé- 
gétation quapd elles ont trop souffert d'une chaleur brûlante. 
Employé dans ce cas et dissous dans l'eau destinée à l'arro- 
sèment, il produit d'excellents résultats en très-peu de temps. 
U en est qui disent que l'engrais humain est sans contredit 
le meilleur qu'on puisse donner à la terre; c'est le plus chaud 
de tous et celui qui est le plus hostile aux plantes nuisibles 
aux semences. On l'a signalé comme mauvais pour les oliviers 
et bon à un degré très-élevé pour les vignes. U en est qui, pour 
la qualité, l'ont placé au troisième degré ; d'autres le rangent 
à la suite de la colombine. 

Les crottins tels que ceux de brebis, de chèvre, de chameau, 
de gazelle, de cerf, et ceux qui s'amassent dans la bergerie, 
ont tous, dit Abou el-Khaîr, une grande affinité entre eux. Ils 



(1) Sêcusui, latrina, et ctoaca^ lieu eooTert et détourné. Ca*t, leme. 
(}) BlltoiD vlrgatDiii, Lion. 



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— 108 — 

sont d'une nature chaude et humide; ils sont au-dessous de la 
colombine; on ne les emploie que lorsqu'ils sont consommés 
et |)ourris et que les graines d'herbes qu'ils peuvent contenir 
sont mortes; car^ sf on en faisait usage plus tôt, ces mauvaises 
graines, en poussant, nuiraient aux bonnes semences. Cette 
sorte d'engrais est excellente et d'un grand avantage quand 
on l'a employée pour amender les terrains avant d'y répandre 
les semences de froment et de légumes. On l'applique avec 
succès aux terres sujettes à se fendre, aux terres molles des 
plaines. Quand ces crottins ont été mêlés à toute autre espèce 
de fumiers et bien consommés, ils forment un excellent amen- 
dement pour toutes les verdures ou autres végétaux auxquels 
on les applique. 

Suivant Kastos, les meilleurs de tous les crottins sont ceux 
de chèvre et de brebis, ensuite la fiente de vache et celle 
de chameau, qui tous profitent aux plantes auxquelles on 
les applique. Suivant quelques-uns, le crottin de chèvre est le 
quatrième pour la chaleur; le crottin de brebis lui serait 
inférieur en énergie; enfin la fiente de vache est la der- 
nière. 

Suivant Abou el-Khaïr, la fiente de porc est nuisible aux 
plantes pour lesquelles elle est un poison mortel. Suivant un 
autre auteur, c'est un mauvais engrais pour tout ce à quoi on 
l'applique, excepté pour l'amandier à fruits amers, qui, par son 
infiuence perdent leiu* amertume et s'adoucissent. Les fu- 
miers de bétes de somme, comme le cheval, l'ftne et le mulet, 
appartiennent à une seule et même espèce. Us sont d'une na- 
ture froide et humide. Ils donnent un bon engrais qui pour- 
tant le cède en qualité à ceux que nous avons nommés plus 
haut. On les em|>loie tels qu'ils se présentent, sans autre pré- 
paration que d'enlever ce qui peut y être mêlé de corps étran- 
gers, tels que pailles, herbes, pierrailles, os et autres choses 
pareilles. Suivaut Ibn el-Fazel, cet engrais est très-estimé; on 
l'emploie seul après l'avoir purgé de corps étrangers, et après 
l'avoir fait pourrir pendant l'hiver. On le pose sur les plan- 
ches de courges, d'aubergines, de cornichons, de colocases 



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- lOU — 

et autres analogues. On remploie tout spécialement^ dans l'es- 
licce, tout récent et tel qu'il est. 

Suivant Kastos^ les meilleurs ci-ottins des bétes de somme 
sont ceux de l'àne, ensuite ceux du mulet et du cheyal. Suivant 
d'autres^ ce sont ceux de mulet et d'âne qui seraient les 
meilleurs pour être employés sans mélange ^ suivant d'autres^ 
ils peuvent servir encore utilement quand ils sont mêlés d'en- 
grais chauds. Le même auteur dit que les engrais auxquels on 
ajoute des déjections de bêtes de somme^ des crottins de menu 
bélaU^ de la fiente d'oiseau, fournissent le meilleur com- 
post dont on puisse user pour l'olivier. L'engrais composé des 
balayures des maisons est le dernier de tous^ à moins qu'il ne 
soit pourri^ haché et nettoyé de corps étrangers et qu'il ait 
plus d'un an. Dans cet état de préparation^ c'est un bon en- 
grais pour les arbres, les verdures et les semis ; il est particu- 
lièrement favorable au pourpier^ à l'épinard fraise ^ le Ut- 
ium capiMum, l'arrocbe des jardins^ le légume des ança- 
riens ( 1 ) ou le chou commim^ la crette potagère et autœs 
plantes analogues. 

Suivant Ibn el-Fazel^ Yengrais composé ou compoU est chaud 
et humide^ salé et visqueux; un petit volume a la puissance 
d'action de tout autre employé à forte dose (2). On ne doit en 
user qu'au bout d'un an à partir du moment où ses éléments 
ont été réunis ensemble^ et après qu'on l'a nettoyé de tout corps 
étranger. Si on l'employait plus tôt^ il se produirait des plantes 
et des insectes ou animaux nuisibles à toutes les plantes d'a- 
lentour. Mais, quand il a passé une année, c'est un des engrais 
les plus avantageux et qui puissent le mieux convenir pour 
être appliqué à la terre, parce qu'alors il est arrivé à une 
condition sufOsamment tempérée. Après un espace de deux 
ans, il est parfait. Après trois ans, c'est, ditron, le meilleur de 

(1) jL^a! j( ÛSj Baqlah al-ançar. l>'où ce surnom Tient-il au chou ? Je ne le 
nk pu. Est-ce légume des chréiiens? ou des ançariens de Mëdlne ? 

(2) lia. noe peUte quantité de lui tient la place d'une grande quantité d'un 
SBlre. 



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— 110 — 

tous les engrais^ sans exception. On peut alors le donner 
comme amendement à toutes les terres sableuses et comme 
engrais à toutes les plantes. On peut^ dit-on^ en y ajoutant le 
tiers de cendre de bains récente^ ou le sixième^ suivant d'au- 
tres^ accélérer la putréfaction et ajouter encore à sa qualité. 
Vengrais des bains est^ suivant Abou el-Khaïr, un mélange de 
cendres et de balayures; il est salé^ sec^ dépourvu de toute 
espèce d'humidité. On ne peut remployer seul, sinon pour 
ameublir la terre compacte et en dilater les pores quand elle 
est dure, rude ou compacte. Mais seule, elle ne convient 
en aucune façon aux verdures sinon au bout d'un an et plus, 
quand Tair lui a communiqué de l'humidité et diminué la 
quantité de son élément nitreux et sa chaleur. Cet engrais 
jouit de la propriété de tuer tous les insectes nés dans le sol 
par suite de pourriture ou de décomposition, tels que les vers, 
le thartan et autres pareils qui attaquent les racines des 
plantes. 

Suivant Ibn el-Fazel, la cendre de bains (1) est de nature 
sèche, salée, ne possédant aucune humidité; elle fait dispa- 
raître les dégâts causés par les animaux et les vers qui pren- 
nent naissance dans les jardins et ailleurs, dans le sein de la 
terre. Â cet effet, on répand de cette cendre dans les carreaux 
en couches de l'épaisseur de la main; par dessus on place l'en- 

(1) C^LkLyart ûL»j Bamad al-o/immamaf, cendret de baint, et nou 
comme le traduit Banqueri cendre de pigeon^ cenixa de palomas. Un peu plus 
loiD, p. 131, Ibn-al-Awam y revient et nous apprend que dans les iMiins on > 
brûlait des fumiers L^ lAp^ ,_^^ O^ULyor't ^L»j. Chardin nous dit 
aussi (Voyage en Perse v. p. 307, Amst. 1711) qu'on brûlait dans les bains 
des broussailles et des mottes faites de terre et de fumier. Boyé nous apprend 
aussi qu'en Egypte on use de cendres de bains; Cuit, égypt., 47. Les Grecs em- 
ployaient aussi cet engrais, soit à l'état de cendre sèche, tI^ pr^v, soit à l'état de 
lessive, xovfac BaXveuôtxTÎç, Géop. H, 22 33. Le ms. 845, S A. f" 22, y a un 
article sur la cendre des bains qui rappelle une partie de ce qu'on Ut ici. 11 faut 
remarquer aussi que le mot pigeon, spéciflcatif d'engrais est toujours rendu par 
i^LyS^I, tandis que le mot ùL»j est toujours suivi de <oL»Lyart au plu- 
riel. L'Agr. nab. f. 73, v. Il; parle bien d'engrais composés de cendres d'ani- 
maux brûlés ; mais on en usait rarement. 



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— Hi — 

grais (spécial), puis on fait le semis. Quand, ensuite, l'insecte 
trouve sous la plante la cendre qu'on y a répandue, il s'enfuit ; 
c'est une sorte de couTerture (voile) interposée entre lui et la 
idante. La cendre divise la terre compacte au point de la ren- 
dre trcs-meuble. La cendre est, dit-on, chaude et neutralise 
les effets du &t>id, sur tout ce à quoi on Ta appliquée. 

Ibn Hedjadj, à qui Dieu fasse miséricorde, dit, d'après Ju- 
nius, que la cendre pour les légumes est préférable à tous les 
engrais (1). La raison, c'est que la cendre est légère et d'une na- 
ture très-chaude et fournit avec l'eau la nourriture du végétal, 
tue les vers et tous les autres insectes qui sont engendrés dans 
le sein de la terre par les fumiers ou par toute autre cause que 
œ soit. Cette opinion, émise par Junius, dit Hedja4j, est erro- 
née, parce que la cendre est extrêmement sèche, qu'elle n*a 
pas la moiodre humidité; répandue sur la terre, elle l'amai- 
grit, la divise et diminue la quantité d'humidité qu'elle con- 
tient. On ne doit pas l'employer seule, sinon pour la destruction 
des insectes et des vers particulièrement. 11 faut, toutes les fois 
qu'on veut faire usage de la cendre, la mêler avec un fumier 
humide bien consommé pour neutraliser l'effet nuisible de sa 
sécheresse. 

Suivant Cassius, le meilleur engrais qu'on puisse donner 
aux légumes, ce sont les cendres, à cause de leur chaleur et 
parce qu'elles tuent les vers et en outre les herbes (nuisibles) ; 
vient ensuite la colombine, qu'on ne doit pas elnployer en trop 
grande quantité, le crottin de menu bétail et autres fumiers 
pareils, dont on n'use que lorsqu'il y a nécessité. Un engrais 
ne doit point être employé trop vert, car il cause la génération 
des insectes et des vers. Suivant l'Agriculture nabathéenne, le 
crottin de chèvre et la bouse de vache conviennent aux se- 
mences, et les crottins des bêtes de somme aux arbres. L'en- 
grais humain est bon pour le palmier et autres arbres. La co- 
lombine va bien à toute espèce d'arbres. Mêlée aux graines et 



(I) Pour letf articbuuUf cinara. Col. De re rust.,\]y 71, 28. Cet article se re- 
tnmre pre^iue littéralement dane Géup., Xil, 4, attribué à Didymas. 



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— 112 — 

jetée avec elles daus les terres fraîches et basses, elle donne 
un bon résultat, mais elle ne vaut rien dans les terres sèches. 
On fait usage de ces engrais, quand on ei\ a; mais, quand ils 
manquent, il faut recourir à d'autres. Voici les moyens de les 
préparer^ suivant Abou 'l-Khalr. On recueille les vieilles 
{MÛllcs, celles des granges (1), des herbes qu'on a coupées; on 
met le tout ensemble dans une fosse en raison de sa capacité 
en ajoutant de la cendre^ ou suivant Abou '1-Kaîr^ de la terre 
végétale pulvérulente en petite quantité; on arrose avec de 
Teau chaude, s'il est possible^ ou bien de Teau froide plusieurs 
fois^ jusqu'à ce que vienne le temps des pluies; on arrose aussi 
avec de Furine humaine^ s'il est possible, puis on laisse les 
choses en cet état jusqu'à ce qu'il se soit écoulé une année. 
Alors on retourne le tout à plusieurs reprises; on le divise en 
le séparant; on ôte avec soin les pierres et tous les corps 
étrangers qui peuvent s'y trouver mêlés; on remue plusieurs 
fois pour activer la décomposition putride, la codion et la 
sortie des vapeurs (des gaz) délétères. Employé au bout d'une 
année , ce compost est bon pour les arbres et les verdures 
dans toute espèce de saison. C'est le meilleur engrais qu'on 
puisse appliquer aux arbres et surtout à l'olivier. Suivant 
Ibn el-Fazel, les composts ou engrais composés sont les fu- 
miers les plus énergiques. 

Autre pt^océdi. 

On dépose les diverses esi)èces de fumiers dans une fosse ; 
on ajoute des cendres, et on arrose avec de l'eau douce ; on re- 
tourne l'ensemble plusieurs fois iK)ur activer la décomposition 
putride. Ce compost est très-bon pour les olivier et la lavande 
slcedios. Si on ajoute à une partie de compost trois (2) parties 
de terre végétale qu'on mêle bien ensemble^ on obtiendra un 
bon engrais pour les semences. 

(t) LtU. les pailles usées et des environs (impluvia) des maisons. C. f. Col 
De re rust,, il, 15. 
(3) Lltt. Si H une charge de lui on (^oute trois chargti. 



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— 113 — 

Autre. 

SiÛTant Ibn el-Fazd^ on prend une charge d'un compost 
quelconque, ou bien^ suivant d'autres y une charge^ ou plus^ 
d'un engrais quelconque, et on y en scoute trois de terre végé- 
tale. Abou 1-Khaïr indique une partie de cendre^ une partie de 
sable; on divise la masse , on mêle bien les parties divisées 
(morceaux). On laisse le tout en repos jusqu'à ce qu'il se soit 
éooolé un laps de temps d'une année. On arrose plusieurs fois 
avec de l'eau froide ou chaude^ à moins que la pluie ne vienne 
elle-même à tomber dessus. On recommence encore à couper 
j^QSîeurs fois la masse qui devient un excellent engrais^ qu'on 
peut employer partout où il en est besoin. 

Autres. 

Il taut^ dit Ibn el-Fazel^ prendre une charge de colombine^ 
vingt charges de terre végétale, suivant Abou'l-Khaïr, une 
charge de noyaux d'olives. On mêle la totalité, on coupe et re- 
coupe la masse à plusieurs reprises, et elle passe à l'état d'un 
engrais de bonne nature, qui est d'un emploi très-proûtable 
pour les arbres et les plantes ; on peut en user au bout d'une 
année. 

Kastos dit avoir fait l'expérimentation d'une espèce d'en- 
grais dont n'ont parlé ni l'Agriculture nabathéenne ni aucun 
agronome. J'ai pris de ces engrais bien connus, je les ai fait 
brûler jusqu'à ce qu'ils fussent réduits en cendres. J'en ai usé 
CD cet état, et je les ai trouvés au maximum de bonne qualité 
et d'utilité pour les arbres et les verdures de toute espèce. Il me 
semble que les cendres des bains dans lesquels on brûle des 
fientes (sèches) sont de cette qualité. 

Ibn el-Fazel dit que, généralement, on défend d'employer 
les engrais avant qu'il ne se soit écoulé une année révolue ; 
mais, si on veut le faire avant l'expiration de ce délai, il faut 
prendre de tel engrais qu'on voudra : on le disposera en cou- 
ches unies et égales; dans l'intérieur, on pratiquera descreut 

8 

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— 114 — 

isolés de peu de profondeur^ dans chacun desquels on mettra 
de la coloinbine dans la proportion d'une partie pour dix de 
fumier ou même plus. On recouvre d'engrais^ on laisse repo- 
ser pendant un mois. Par ce procédé , Tengrais éprouve une 
coction telle^ qu'il semble avoir trois ans. 

L'auteur dit : J'ai un soir formé un tas d'engrais com- 
posé de crottin de bête de somme^ de balayures de la mai- 
son^ de terreau noir recueilli dans les places à fumier^ et des 
cendres; j'ai disposé le tout en couches sur une large natte. 11 
est venu à tomber dessus de la pluie. J'ai divisé ou coupé avec 
une pelle l'ensemble encore tout trempé de l'eau pluviale. J'ai 
enlevé tous les corps étrangers qui s'y trouvaient mêlés , 
tels que pierrailles ou autres. J'ai ensuite fait un nouveau 
tas bien pressé en le foulant aux pieds ; la nuit passée, j'ai 
fendu ce tas, et j'ai répandu les matières, n s'est trouvé 
qu'elles avaient la qualité de la colombine, comme elles en 
avaient la couleur et en exhalaient l'odeur. Dans cet état, je 
les ai appliquées comme engrais à la quantité d'une demi- 
charge à un olivier qui avait une grosse souche ; j'en ai ap- 
pliqué aussi au pied d'un second olivier de moyenne taille et 
d'un troisième de petite dimension, et j'ai constaté que cet 
engrais était d'une très-grande efficacité, qu'il amenait dans 
les arbres un produit abondant et précoce. J'ai continué la 
même opération plusieurs années de suite et totyours avec 
succès. Une petite quantité de cet engrais composé équivaut à 
une plus grande quantité d'engrais simple. 

Artiglb IX. 
Temps oonrenable pour appliquer les engralB, d'après les moU arabes. 

L'Agriculture nabathéenne (i) dit qu'il ne faut donner de 
l'engrais ni aux terres ensemencées^ ni aux palmiers, ni aux 
arbres, ni à quoi que ce soit des plantes, le premier du mois, ni 

(1) V. mas, f. SO, t«, 1. 21. Le texte de ce mas., semblable an commeocemeiu 
avec celui d'Ibn-al-Âwam, en diffère complètement vers la fin. 



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dans les jours qui le suiyent^ jusqu'au moment où la lune est 
en opposition avec le soleil (1). Quand elle a passé ce points et 
qu'elle est dans sa période décroissante^ c'est-à-dire^ depuisile 
16du mois lunaire jusqu'àla fln^ donnez les fumiers et iesen- 
gnus à toutes les plantes sans exception. Suivant quelques- 
uns, il fiiut donner de l'engrais aux lignes dans la période 
croissante de la lune^ c'est-à-dire^ depuis le premier du mois 
jusqu'à la moitié; il en résultera un avantage bien évident ; 
oiais si celte opération ne se fait que dans la période décrois- 
sante^ ce sera le contraire; il n'en résultera aucune utilité. 
Dans la nuit de la pleine lune, il se manifeste une force^ un 
dérdoppement de végétation , un accroissement en beauté 
dans l'extérieur des plantes qui sera sensible et non dou- 
teux (î). 

Abticle X. 

Quant à l'époque de l'année solaire où^'on doit fumer^ elle 
sera indiquée dans ce qui suivra^ la volonté divine aidant. 

Article XI. 

U a été dit préoédenmient qu'il y avait des arbres et des 
plantes qui n'admettaient pas les engrais , et d'autres^ au con- 
tiaîie, qui s'en accommodaient très-bien et auxquels par con- 
séquent il n'en faut point appliquer. D'après le traité sur 
l'Agriculture nabathéenne^les arbres qui n'ont pas besoin d'en- 
grais sont : le noyer, le noisetier, le tamarisc d'Orient (3), 
le caroubier de Syrie (4), le chêne, le châtaignier, le laurier, le 
cyprès, l'olivier sauvage, dont les fruits sont minces, le rosier 
et antres arbres analogues qui croissent spontanément dans 

(1) C6fl-à-dire arrivée au plein • 

B) Cf. Géop., n, %\ fin. Col., I)« re ritfl., II, 5. PaUad., Sipt., 18, 1. PUn., 

(S) Oa UcD ûauoli» à feuilles de tamarisc. 

(4) Le coroH^tsr de Syrie est. suivant AinseUc, Mat. médic. indie., 1, 364, le 
MmiWer noteiMsn; mais Arieemie en &it deux espèces. 



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— ne — 

les lieux incultes et en abondance, et qui sont de leur nature 
d'une texture dure et serrée, ou cpii aiment une terre rude et 
compacte. Il en est qui repoussent les engrais, ou bien il leur 
faut dé ces engrais spéciaux dont nous avons parlé , pour 
qu'ils profitent. Si pourtant on ne leur en fournit pas, ils s'en 
passent très-bien. Ces arbres sont ceux à qui la terre chaude, 
celle qui est dure, ou celle qui est blanche mêlée de gra- 
Tiers (i) , convient; elle suCflt pour leur communiquer la force 
dont ils ont besoin ; aussi , ne réclament-ils ni soins ni cul- 
ture ; si cependant on leur en donne, ils y gagnent. 

Suivant Koutzami, tous les arbres qui contiennent de l'huile 
n'ont pas besoin d'engrais ; pourtant il y a avantage à leur en 
donner, et l'engrais ne leur nuit aucunement. Ces arbres ad- 
mettent la greffe d'autres arbres qui ne peuvent souffrir les 
engrais, tels que le myrte, le jasmin, le cédratier, le bigara- 
dier, le bananier. Les arbres qui repoussent les engrais, et pour 
lesquels les engrais deviennent un poison sont : le coignas- 
sier, le cerisier, le prunier, le rosier, le laurier, le pin, l'abri- 
cotier et tous les bois gommeux qui souffrent de Fapplicatiou 
des engrais. Parmi les plantes aromatiques auxquelles les en- 
grais sont préjudiciables, il y a (2) la marjolaine , la violette, 
le basilic, la mélisse officinale, le thym. Parmi les verdures, 
il y a le radis, le navet et la carotte. Les arbres qui supportent 
bien l'engrais sont : l'olivier, le figuier, l'amandier, le pal- 
mier, le poirier, le grenadier, le jujubier, le pistachier et leurs 
congénères. 

(1) Banqueri traduit : terre blanche gypaeuse. 

(2) Oo trouve ici le nom du bananier; ce ne peut être qu'une erreur. 



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— 117 — 



CHAPITRE in. 



Des difenes espèces ou natures d'eaa qu'on peut employer pour l'Irrigation des 
■dires et des plantes. Quelle nature d'eau convient à chaque espèce de plante. 
Comment on doit procéder pour ourrir des puits dans les jardins pour ks 
anoaer. Nivellement du terrain pour faire arriver les eaux dans les endroits 
Tonlns [litt. vers eux]. Signes extérieurs auxquels on peut reconnaître la proxi- 
mité des eaux de la surface ou leur élolgnement, enfin tout ce qui se rat- 
tadie aox irrigations par l'analogie. 

L'eau potable^ dit TAgriculture nabathéennc, celle qu'on 
préconise^ c'est celle dont on dit qu'elle est douce. C'est celle 
dans laquelle ne domine ou ne se rencontre aucun goût par- 
ticulier (i). Cette saveur douce lui est inhérente. L'eau amère 
est la plus mauvaise^ puis l'eau salée et saumâtre, ensuite l'eau 
ficre et styptique ; enfin vient celle où prédomine une certaine 
saveur minérale. Abou'l-Khaïr reconnaît six espèces diverses 
d'eau : l'eau douce, c'est la plus légère en poids (2)^ et la plus 
convenable pour l'alimentation des hommes et (l'irrigation) 

(I) Le Mss. Il, 915. B. I. a. f. fol. 8 v% dit que l'eau originairement n'a ni 
odenr, ni saveur, ni couleur; mais que par sa nature elle est disposée à prendre 
cesaeddents dans les terrains sur lesquels elle coule ; d'où il résulte une gi*ande 
variété dans les eaux quant à la saveur. 

H) L'eau douce est la plus légère en poids Ujj lyâ t Comment faut-il en- 
tendre cette expression ? L'auteur veut-il dire que cette eau est plus légère à 
Testomae et plus facile à digérer, par opposition à Teau pesante et lourde, J^' 
de mauvaise qualité.^ Pline parle, liv. 31, 23, de la constatation du poids de l'eau 
pu là balance, ttatera, moyen fort Inexact, ^joute-t-ll. Athénée, 1. 11, p. 46, par- 
lant loognement des caractères par lesquels on peut constater la bonne qualité 
dereao^ cite aussi rexpérimentatlon par le poids, qui suivant Érasistrates est 
fluitfve. Notre auteur semble indiquer la constatation du poids par la ba- 



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— us — 

des plantes; Teau de pluie, eau de béfaédiction, qui est très- 
bonne pour les plantes délicates, comme les céréales, les lé- 
gumes et les plantes potagères qui s'élèvent sur une seule 
tige et dont la racine s'étend assez près de la surface du sol. 
Cette eau est encore très-bonne pour l'irrigation des arbres 
transplantés. D'après Ibn Abou'l-Fazel, c'est la meilleure des 
eaux et la plus estimée; avec elle, et à cause de sa pureté et de 
sa fraîcheur, on donne de la beauté à chaque espèce de plante; 
on obtient meilleure qualité dans le chou, Faubergine, Tar- 
roche et autres légumes analogues. 

Quantaui cours des rivières,ditAbou1-Khair, celles qui sont 
douces et limpides conyiennent très-bien pour toute espèce de 
verdure, telles que courges, aubergines, aulx, oignons, poi- 
reaux, et, en général, toutes les plantes potagères. Elle est 
favorable encore pour certaines plantes cultivées dans les 
champs, comme le lin; pour les plantes aromatiques, pour le 
carvi, le cresson alénois, la nigelle et autres espèces voi- 
sines. Ces dernières veulent beaucoup d'eau courante quand 
elles ont été forcées en fumier. U en est de même de la plupart 
des plantes dont la racine débile se tient proche de la surface du 
sol, qui réclament un arrosement large parce qu'elles veulent 
aussi beaucoup de fumier; souvent elles se trouvent mieux de 
l'eau courante que de toute autre. 

Ibn el-Fazel dit que les eaux des courants sont de natures 
qui varient entre elles soit par leur sicheresie, leur humidité 
ou leur âpreté. Elles enlèvent au soi sa fraîcheur; c'est pour 
cette raison que les plantes délicates, auxquelles on les donne, 
veulent une plus forte dose d'engrais (1). 

L'eau saumâtre et celle qui est amère, dit Ibn el-Fazel, con- 
viennent à quelques-uns des légumes maraîchers, tels que 
le pourpier, nommé aussi biqlah ilftJt, ridjelah SL^t; le 

(1) Ce que dit notre auteur de la sécheresse et de raction desséchaote des 
eaax courantes parait anormal et contraire à ce qu'on doit attendre de Peau. 
Banqueri tente de l'expliquer à l'aide d'une citation de Herrera, «n disant qn'eito 
dissout les parties de l'humus contenues dans le sol, ne laissant qa'nn saUe 
inerte. Le texte est précis, il faut le snlTre. 



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— 11» — 

iiqlah ou légume de ITemen, qui est le yarbouz ou la blette; 
fépinard fraise; le biqlàh az-zabbiah, qui est rarroche; le 
dosfî ou répinard; la laitue; la chicorée; le lis des jardins; la 
corète caltiTée (meloukhia) et autres plantes analogues. Ces 
eaux conyiennent encore pour Tirrigation du lin^ de la courge^ 
de Taubergine, du henné^ des diverses espèces d'origan et au- 
tres semblables. 

Les eaux douces de fontaine conviennent^ suivant Abou'l- 
Khaîr, pour Tarrosement de tout ce qu'on sème dans les jardins^ 
à l'eieeption de tout ce que nous avons mentionné précédem- 
ment. Les eaux de source et de puits^ suivant Ibn el-Fazel^ 
oonviemient aux plantes pourvues d'une longue racine plon- 
geant profondément dans le sol^ telles que carottes et navets 
longs; ce n'est même qu'au moyen de cette eau que ces lé* 
gumes peuvent obtenir une bonne végétation^ et cela quand 
même le sol serait mouillé par les eaux pluviales. Les eaux de 
puits, comme celles des fontaines, étant très-froides^ impri* 
ment aux plantes une secousse qui leur est favorable lorsqu'on 
les emploie pour les arroser. Les verdures exigentde l'eau venue 
de source à trois époques de l'année : en automne^ au prin- 
temps et en hiver. Dans cette dernière saison l'eau jaillissant 
des sources^ par sa subtilité^ sa Aratcheur^ son humidité et sa 
chaleur, imprime aux plantes pour lesquelles on l'emploie de 
l'agitation (ou une secousse). Si cette ressource manque, il faut 
7 suppléer par le fumier donné à forte dose. L'usage de ces 
mêmes eaux, en automne et au printemps^ contribue à don- 
ner aux T^étaux un bien-être (de végétation) évident. 

L'eau salée, dit Al)OU'l-Khaîr, est celle de laquelle on obtient 
du sel, aussi bien que de l'eau de mer; elles ne valent rien 
pour l'irrigation dea plantes ni l'une ni l'autre ; elles leur 
sont, au contraire, nuisibles tout aussi bien qu'aux arbres. 
Quant à moi, dit l'auteur, mon opinion est que les eaux ferru- 
gineuses (f ), les eaux sulfureuses, comme les eaux chargées 

(1) On tronve en note : ce soot les eaux qai cau£eDt de raltération (ou du 
doDunage) aux godeU des norias. Banqueri n'a pas traduit ce membre de 
phriie qn'Il dit n*a70lr pas compris, et qui du reste est mal écrit. 



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— i20 — 

de cuivre^ ne peuvent conyenir en aucune façon aux végétaux, 
et que l'eau la meilleure est Feau douce, ainsi qu'il a été dit 
plus haut. 

ÂRTiaE 1. 

Indices d'après lesquels on peut Juger si les eaux sont proches de la surface du 
sol ou si elles en sont éloignées. 

Quand on voudra ouvrir un puits, on pourra se guider d'a- 
près certaines espèces de plantes, ou bien d'après la couleur 
du terrain à sa surface, sa saveur et son odeur, et par diverses 
autres circonstances que nous indiquerons. Dieu aidant (Gonf . 
Géop. II, 3). 

L'Agriculture nabathéenne dit que lorsque les montagnes 
renferment des eaux à une profondeur peu éloignée, on voit à 
la surface une humidité très-sensible qu'on distingue au tou- 
cher et à l'œil, surtout vers la première heure du jour ou à la 
dernière. En effet, on observe sur cette surface une sorte de 
sueur et d'humidité. Toutes les fois qu'on en voudra acquérir 
la preuve, on répandra de la terre pulvérisée sur les pierres et 
sur les parties terreuses de la montagne ; on observera ensuite 
le mouvement de l'eau; si on voit la poussière s'imprégner 
d'humidité, la montagne renferme de l'eau peu éloignée de 
la surface, et le degré d'humidité sera toujours en raison du 
peu de profondeur de la nappe d'eau et de son importance; de 
sorte que, si elle est faible, l'humidité (extérieure) sera faible 
aussi et peu sensible. Sachez aussi que la présence des eaux 
dans le sein des montagnes peut être constatée par l'audition 
de leur murmure et la disposition du terrain de la superficie; 
ce sont encore des indices (à consulter) , comme Wtat de mol- 
lesse ou de consistance du terrain et autres accidents locaux 
qui peuvent se rencontrer, une certaine onctuosité du sol bien 
connue ou son absence remplacée par l'aridité. SI en obser- 
vant la surface du sol on trouve une terre grasse, de couleur 
noire ou cendrée, glaiseuse au toucher, an moindre contact 



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— iâl — 

avec Teau^ sachez bien qa'il y a dans les flancs de la montagne 
ane quantité d'eau abondante; si le sol est visqueux^ mou^ 
noir et gras^ si en pétrissant une certaine quantité de la cou- 
che superficielle elle devient gommeuse, il y aura de Teau en 
grande abondance. Si, au contraire, la terre est rude au tou- 
cher, nue à la surface et dépourvue de toute espèce de végé- 
tation, ou qu'elle y soit trè»-pauvre, concluez-en l'absence de 
l'eau ; de même, si la surface toute fendiUée produit des 
mottes sèches, arides, nobes; si le sol est d'une teinte jau- 
nâtre, passant au blanc, il faut de même en condure absence 
d'eau ; de même encore si cette surface fendillée prend un 
aspect de tessons de poterie très-secs. Le signe le moins équi- 
voque de cette disette d'eau et de toute humidité, c'est quand 
le sol prend l'aspect de l'ai^ile à potier. Le procédé pour juger 
par le goût et par l'odorat de la proximité ou de l'éloignement 
des eaux est celui-ci : on creuse dans ce terrain un trou d'une 
coudée de profondeur, on prend de la terre du fond, on la met 
dans de l'eau douce, dans un vase bien propre, et on goûte 
cette eau en même temps que la terre 3 puis on cherche à se 
rendre compte de sa saveur ; si celle de la terre, comme celle 
de reau dans laquelle elle a trempé, tourne à l'amertume, 
c^est que le sol ne contient point d'eau; il en est de même si 
on trouve un goût salé et piquant. Si la salure est faible, on 
arrivera à une certaine quantité d'eau, mais faible; si l'on ne 
reconnaît aucun goût quelconque, ni dans le liquide ni dans 
la terre, c'est que la couche aquifère est proche de la surface. 
Dans l'expérimentation par l'odeur, voici ce qui arrive : quand 
la nappe d'eau est seulement à la profondeur d'une coudée 
fiiible, on trouve une odeur pareille à celle qui s'exhale des 
terres extraites des canaux d'irrigation, des rivières et des 
eaux stagnantes, quand cette vase a été desséchée. L'odeur 
d'eau croupie (de putréfaction), celle des mousses aquatiques, 
sont encore des indices de la présence des eaux. Suivant, 
TAgriculture nabathéenne, Ibn el-Fazel et Abou'l-Khaïr, ce qui 
indique la proximité de l'eau dans une terre légère, c'est la 
présence du cyprès, du térébinthe, des ronces, du petit lyciet, 



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— in — 

qai, raiTant Ibn e]r¥92ei, s'appelle HouUab (i). Soivant l'A- 
griculture nabathéenne, le petit lydet est celui qui, dans le 
genre, indique plus spécialement la présence de l'eau, parce 
que la grande espèce crott dans les terrains maigres où Teau 
est fort éloignée (de la sur&ce), tandis qu'au contraire la petite 
est toiyours dans les terrains trais et humides, à la surface 
desquels se tnmye l'eau. Le tamarisc, le roseau à papier, le 
sumac, les ronces, le plantain croissent dans les lieux aqua- 
tiques, les étangs et les marécages. La bourrache, les menthes, 
les camomilles, la ketmie, la capillaire des puits, le jonc (dus), 
le soucbet odorant, les graminées, le mélilot, le ricin com- 
mun, le pouillet, le soucbet, la maure, le trèfle sauvage, 
toutes ces plantes croissent dans les prés (humides) (S); mais 
la petite centaurée, la petite joubarbe et autres analogues 
croissent dans les endroits légèrement humides et peu fournis 
d'eau. Mais quand ces plantes se montrent yigoureuses, bien 
fouillées, arec une teinte verte persistante, c'est un signe que 
les eaux sont abondantes et peu éloignées dans le sein du sol 
qui les a produites; quand c'est le contraire dans la végéta* 
lion, c'est aussi l'indice du contraire pour les eaux. La proxi- 
mité de l'eau douce s'annonce par les roseaux et le chiendent. 
Suivant l'Agriculture nabathéenne, quand ces plantes sont 
fortement établies dans le sol par les racines et le tronc, sur- 
tout en été et en automne, c'est une preuve que le terrain ren- 
ferme de l'eau en abondance (3). 

On lit dans l'Agriculture nabathéenne qu'un des moyens 
de s'assurer de la proximité des eaux et de leur saveur, c'est 
de creuser d'abord sur le sol, particulièrement là où crois- 
sent les plantes indiquées plus haut, un trou de trois cou* 

(1) Le texte porte «Ssuâit ^ ^^m^yS\'^ 8anqneri a lu ayee raison ^^^yi\, 
jf^\ comme l'Indique la citation de l'Agric. nabatb. wJs^t soiy. le dict 
de Fraytag; c'est le nom d'une plante qui fait tomber le ventre des giuélki. 

(3) Cf. Palladiua, Aug. tiii, et Géop., 11, 4, S. 

(S) Ces circonatances de végétation sembleraient s'appliquer plutôt à des 
plantes annuelles qu'à des plantes Tiyaces comme le chiendent et le roseaii. 



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— 193 — 

dées ou environ de profondeur. On prend ensuite un vase de 
cniYTe ou de plomb^ ayant la forme d'une coupe ou d'un grand 
seau, de capacité suffisante pour contenir environ dix rotls ; 
surrant d'autres, on peut employer un Tase d'argile. L'Agri- 
cnttore natuithéenue Teut que le vase ait une forme hémi- 
sphérique pouvant contenir de 7it 21 rotls. On prend ensuite 
un flocon {KU. une portion) de laine blanche bien layée, de 
bçon qu'il ne lui reste aucun goût étranger. On le fait sécher 
comiMement, on le lie avec du fil, on le fixe à l'intérieur du 
T8se> au milieu et à chacun des cAtés» avec de la cire, de ma- 
nière qu'il ne touche point la terre; quand le vase sera ren- 
Tené sur lui-même (litt. sur sa face), suivant quelques au- 
teurs, on enduit l'intérieur du vase, de poix fondue, de graisse 
ou d'huile ; surtout si ce vase est d'argile, c'est même une 
dioae de nécessité. Après le coucher du soleil, on place le vase 
ainsi préparé sur son ouverture, dans le fond de la cavité; on 
fait une couverture d'herbes vertes avec de la terre par dessus, 
de répaisseur d'une coudée; suivant d'autres, on rapporte 
autant de terre qu'il en faut pour combler le vide* Le lende^ 
main, avant le lever du soleil, on enlève tout ce qui recouvre 
le vase et on examine l'état de la laine. Si l'eau est proche de 
la surface, cette laine sera imbibée; si elle est à une profon- 
deur moyenne, elle sera seulement moite et fratche. S'il n'en 
est pas ainsi, l'eau repose à une grande profondeur ; mais si la 
laine est restée absolument sèche, on ne trouvera point 
d'eau (i) ; ou bien il peut se faire que sous le vase se trouve 

(I) Ce mode d'expérimentation est décrit dans les Géop. 11, 4, où il est attri- 
bué à Pamrnut, tandis qu'ici il est dit extrait de FAgric. nabat.; le grec dit que 
daaa le mffiea du flocon de laine on fixe une petite pierre par une ligature, 
saoi douta popT donner de la pesanteur, i^iad^o maxà (^oov tqC ifii» |«.(xp^ 
XfMpcov, eireonttanee qui manque dans Farate. 

Bananeri a itnToyé en note et déclaré inintelligibles ces mots t^ (3^1> 
sJi^yji ii on rétablit l'orthographe du dernier mot qui est altéré on lit : 
s,^yj ]jJo ti^j , on fiae avec de la evrê et Von asture la fiabilité, le 
sens ne laisse rien à désirer. Nous signalerons même ce mot Li qui est le 
flMt diaMalqne employé pour désigner la cire, aTeeralepK final, forme spéciale 
I iCsit Ln.). 



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— iU — 

une roche très-dure qui recouvre la couche aquifère (et cepen- 
dant alors^ malgré cette sécheresse), on devra trouver une eau 
abondante. En goûtant Feau (qui adhère à la laine), elle accu- 
sera une saveur pareille à celle du lieu ou à peu près, si Dieu 
le veut. Nous avons, dit Ibn el-Fazel, fait cette expérience, et 
nous avons trouvé toutes choses conformes à ce qui avait été 
dit; puis il ajoute un procédé que nous avons encore trouvé 
capable de faire connaître le goût de l'eau avant Touverture du 
puits : c'est de creuser, dans le lieu même où Ton veut le faire, 
une fosse de la profondeur d'une coudée, prendre dans le fond 
une motte de terre, la mettre dans un vase de terre vernissé. 
Alors on verse sur cette terre de l'eau douce (de bonne qua- 
lité), ou bien de l'eau de pluie ou autre de pareille nature, ou 
même de l'eau de puits, de façon que le morceau de terre 
puisse se dissoudre. On laisse les choses en cet état jusqu'au 
lendemain matin; on déguste l'eau; si elle se trouve être douce, 
c'est l'indice qu'on la trouvera telle dans ce lieu ; s'il .en est au- 
trement, l'eau sera en raison du goût constaté dans celle d'ex- 
périmeniition. 

Article II. 

De l'oiiverture des puits dans les Jardins et les lieux habités. 

Abou'l-Khaïr et autres disent que le puits rond à la partie in- 
férieure (dans le fond), avec une ouverture allongée, est appelé 
puitsarabe, et quecelui de forme oblongueàroriûce et à la base 
est appelé puits persan. Les puits parfaitement ronds à la base, 
c'est-à-dire les puits arabes, contiennent plus d'eau que ceux 
qui sont elliptiques (les seconds), parce que la rondeur de cette 
base étant proportionnée à l'ellipse, l'orifice devient nécessai- 
rement plus large. On lit dans l'Agriculture nabathéenne que 
lorsqu'on creuse un puits, et qu'on voit que le sol est dur et 
solide, la circonférence devra être plus large qu'elle ne l'est 
d'habitude. S'il est mou et peu consistant , on devra au con- 
traire la restreindre. Quand l'eau commence à sourdre, on en 
prend dans un vase pour la déguster. Si elle est douce, on 



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- 125 — 

cootûrae le traTail; si le goût n'en est pas franc^ on interrompt 
un peu le travail. On reprend un peu plus tard la dégustation. 
S on constate cette seconde fois qu'en réalité Teau soit mau- 
Taise et tienne du saumàtre^ on cesse tout trayait sans regret. 
Hais si 1 eau a de Tamertume ou quelque mauvaise qualité, 
on couvre le puits jusqu'au lendemain matin, pour repren- 
dre le travail et le compléter. 

Abou'irKhaîr dit que quand un puits est profond, il faut lui 
donner une ouverture large de même qu'à l'appareil de pui- 
sage (1). Si la profondeur du puits est de cinq qamah (brasses) 
OQ environ, Touverture devra être de seize empans, afin que 
la circonférence du mur prenant deux coudées environ, 
il reste encore environ neuf empans d'ouverture. Si la 
profondeur du puits est plus considérable, l'appareil de pui- 
sage aura plus d*aropleur. Sa circonférence devra donc être 
de douze empans. On lit dans l'Agriculture nabatbéenne que 
si les ouvriers, en travaillant, ont reconnu que les sources 
sont pauvres et l'eau peu abondante, il faut pour obtenir une 
pins grande abondance, pousser le travail à une plus grande 
profondeur, sans oublier, pour cette grande dimension (lilt. 
extrémité), ce qui a été recommandé plus haut (pour les pro- 
portions). Si on veut obtenir un puits qui fournisse beaucoup 
plus d'eau, il faut en creuser un second à côté, mais non con- 
tifcn avec le premier, jusqu'à ce qu'on atteigne la veine de 
l'eau. Ce second puits devra être moins profond que le pre- 

(1) àJLm sdmah, titula magna et instrumenta ad eam pertinenliay Freytag. 
C*esi toat l'appareil de puisage y compris la noria; Vide inf. 

m\ al-thy. Banqueri a traduit par piano en proposant de lire iULJJ); 
nous De saurions admettre cette interprétation ; nous pensons qu'il s'agit ici de 
lamiratUe du jnntt, ce qui l'entoure. En effet, plus loin (p. 145) en parlant de 
paits créâtes dans la terre moUe, l'auteur dit : 11 faut se hâter de les murer 
îjâ^t j*y^ï vi js^^ Joj j'^ljj. Vers la fin du chapitre, l'auteur, le 
même Abool-Khaîr, indiquant les moyens de prévenir la casse des godets 
contre le mnr d'enceinte, se sert du J^J . Les dlct. donnent au rerbe ^j^^ 
qui est le radical, le sens de oj)plevit puteum lapidibus, et par suite ce mot a 
pris place dans la langue technique avec le sens qu'il a ici. 

AUlenn doqs reTiendrons sur les mesures indiquées dans ce paragraphe. 



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— 126 — 

mier^ d'une coudée et demie euTiron; on en creusera ensuite 
un troisième qui descendra^ au-dessous de la source^ d'une cou- 
dée plus bas que le second ; vous complétez de cette façon 
(une série de) quatre puits^ de manière que le premier soit 
plus profond que tous les autres. On pratique ensuite dans le 
fond de ces quatre puits un trou (qui les mette en communi- 
cation) avec le premier^ afin que Teau fournie par tous se réu- 
nisse dans le premier» en augmente le Tolume et le double. 

îbn el-Fazel dit que quand la veine qui fournit de Teau dans 
le puits est dans un gravier» elle donnera abondamment; dans 
le sable» elle sera moins riche; si le sol est gras» Peau ne vien- 
dra que par suintement. Un procédé par lequel on fait arri* 
ver Teau de la source avec plus d'abondance et auquel il con- 
vient surtout de recourir si le puits ne donne que peu d'eau» 
c'est de prendre un makouk de sel bien mesuré ; on le mêle à 
une quantité égale de sable (1) pris dans un ruisseau d'eau 
courante» la nuit» quand brillent la lune et les étoiles. Le 
lendemain matin» on répand ce mélange sur l'origine de la 
source» ou bien tous les jours on en jettera sept poignées dans 
le puits» seulement ce que peut contenir (liu. porter) la main 
droite. Quand vous aurez complété la pratique du procédé» Teau 
augmentera d'une manière visible. En outre» quand vous vou- 
drez donner à votre puits plus de profondeur pour obtenir 
une plus grande quantité d'eau» il faut le faire en septembre 
ou octobre» quand les sources sont arrivées i leur point ex- 
trême d'abaissement (M^ d'arrêt) avant la chute des pluies (2). 
Ce travail doit se faire vers le 7 du mois lunaire ou le 21 ou 22. 

D'après Ibn el-Fazel» il faut faire en sorte de creuser 
son puits dans la partie la plus élevée du jardin et dans 
le potager» et près des portes» ou dans le milieu de (l'empla- 
cement)» s'il est possible. Mais il faut toij^ours s'attacher à 

(1) Le texte porte Jjj jitbel, fumiêfi Bangaeri a adopté eette lecture et fl a 
traduit par fimo^ mais nous peiuooB qu'il fiiut lire ramol J>»i $àbU, leçon plu 
logique et appuyée du lieu où il doit être pria m ruisseau (Teou çounmte, 

(2) Cest encore l'époque k laquelle aujourd'hui oo cieoae iee puite. 



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— 127 — 

rétablir dans le point culminant pour que l'eau arrive plus 
hdlement vers toutes les parties des terrains ; placé près des 
portes, Taccès en sera plus facile. C'est dans les mois d'août et 
de septembre ou octobre^ qu'il faut ouvrir les puits. On exami- 
nera attentirement ceux qui se trouvent dans les alentours^ la 
nature de la terre, leur profondeur, le volume d'eau qu'ils 
fournissent, et on se guidera d'après les indices observés. 
Quand les ouvriers ont atteint l'eau, on effectue l'épuisement, 
afin de pouvoir pousser le travail plus avant, jusqu'à ce qu'on 
ne soit plus maître de l'eau. Si, dans le fond, on rencontre une 
couche de terre forte, jaune, peu humide, passant à une teinte 
blanche faible , ou blanche passant au jaune, cette terre nom- 
mée ai-mauihabel (i) JLLJ) donnera peu d'eau. Si le fond est 
formé d'une terre compacte ou par une roche, l'eau arrivera 
par cftté et par suintement; mais ne vous en tenez pas là; seu- 
lement, continuez à creuser jusqu'à ce que vous ayez traversé 
et brisé l'obstacle superposé à la source, et soyez arrivé jus^ 
qu'à elle; l'eau affluera en abondance sur les graviers (prove- 
nant de la roche brisée). On lit dans l'Agriculture nabathéenne 
que si, en creusant un puits, on arrive à une roche qui arrête 
le travail, il faut allumer dessus du feu qui la brisera par l'ef- 
fet de la chaleur et de la fumée (en la calcinant) (S). 

Aboul-Khalr dit que, dans les terres peu consistantes, il faut 
se hâter de murer les puits. S'il est besoin d'une voûte, eUe 
aura vingt palmes de long sur une largeur de douze environ. 
Les voûtes les plus petites en longueur sont de douze palmes 
sur cinq et demie de large. Si on craint, dit l'Agriculture na- 
bathénne, qu'il y ait dans le puits des miasmes délétères qui 
en interdisent l'entrée pour les travaux, on s'en assure de la 
manière suivante : on allume une bougie, on la descend dans 
la cavité ; si elle ne s'éteint point, le puits est sain, exempt de 

(1) Od 06 UtmTe nulle part ce mot, qui Bans doute est un mot uauel peut-être 
altéré, Banqueri la traduit par apanderada. 

(1) Ce phénomène m manifeste fort souvent, il est très-oonnu en géologie; 
e'sil dans le forage des puits dans les terrains de cnde suitout qu'on Ta observé, 
car aaaaltAt qoe la eoiicbe solide du grés a été traversée, le Jaillissement a lieu. 



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— 128 — 

toute exhalaison nuisible. Si^ au contraire^ le flambeau s'éteint^ 
c'est qu'il y a des Tapeurs qu'on expulse par la yentilation au 
moyen d'une pièce d'étoffe ou de quelque chose d'analogue 
qu'on agite (vivement). Ce moyen est bien connu ; on l'exé- 
cute de la façon suivante : un homme fait descendre dans le 
fond du puits une pièce d'étoffe attachée à (l'extrémité d')une 
corde; il l'agite vivement, en ramenant vers l'orifice, et la 
plongeant rapidement dans le iond, il répète cet exer- 
cice plusieurs fois. Si le puits a beaucoup d'ampleur, plu- 
sieurs hommes pratiquent l'opération ensemble, munis chacun 
d'une pièce d'étoffe différente ou de quelque objet analogue ; 
en cela, on se règle sur la dimension du puits. On reprend en- 
suite l'expérience avec la bougie ; si elle ne s'éteint point, c'est 
que les vapeurs délétères auront disparu. On peut encore faire 
des bottes de roseaux ou de quelque chose d'analogue , d'un 
volume proportionné à la capacité du puits. Ces bottes sont 
descendues à l'aide de cordes que des hommes tiennent à la 
main et qu'ils agitent vivement en les attirant à eux pour les 
faire monter, puis ils les font descendre , répétant plusieurs 
fois ce mouvement rapide descendant et ascensionnel , faisant 
en cela exactement les mêmes mouvements que pour piler 
une substance qui serait dans le fond de la cavité. Ce travail, 
assurément, expulsera tous les miasmes délétères. (11 y a en- 
core ce procédé.) Dix hommes ou un plus grand nombre , sui- 
vant la grandeur de la circonférence, se placeront à l'ouver- 
ture, ayant chacun un vase d'eau froide à la main. Ces vases 
seront de la capacité de deux rotls. Ces hommes verseront 
tous simultanément le contenu des vases, puis ils procéde- 
ront aux ventilations de la manière que nous avons indi- 
quée, ou bien à l'aide de quelque procédé analogue ; et alors 
les vapeurs disparaîtront , la volonté divine aidant. On a pres- 
crit encore de verser de Feau extrêmement chaude dans le 
puits et de couvrir aussitôt l'oriflce avec une étoffe épaisse 
qu'on enlève ensuite ; c'est encore un moyen d'assainissement 
(d'expulser les vapeurs), la volonté divine aidant. On a dit 
encore de mettre dans un vase de la paille ou quelque chose 



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(en combustible) analogue. On y met le feu, et, quand la fumée 
se développe ; on plonge dans le puits cette paille fumante^ 
puis on la ramène (à la surface). Cet exercice, plusieurs fois 
répété, emportera les vapeurs, Dieu le voulant (1). 

Aboul-Kliaîr, (décrivant la machine à puiser Teau), dit 
qu'il doit y avoir, par chaque qamah (brasse) de la corde de la 
noria, cinq godets environ. U ajoute : Toutes les fois qu'on aug- 
mentera le nombre des dents de la petite roue qui fait tourner, 
c'est-à-dire qui donne le mouvement à la noria, et que Ton 
ai^entera (le diamètre de) la grande, la machine fonction- 
nera avec plus de légèreté et plus d'aisance. Vaxe ou arbre de 
couche, par sa longueur, ajoute aussi à la facilité (de la marche) 
delà noria; il n'y a aucun inconvénient à ce qu'il soit de trente 
schabres (C-^SSO) ou environ. Un des moyens de rendre le 
mouvement encore plus facile, c'est que l'axe, dans la portion 
qui est au-dessus du trou dont il est percé, reçoive (litt. soit 
coiqié par) une pièce de bois disposée perpendiculairement. 
L'n autre moyen d'allégement, c'est que la roue (lilt. le cercle) 
qui supporte les godets soit en bois dur très- pesant, et qu'on 
lui donne plus d'épaisseur et de poids qu'on ne le fait habituel- 
lement. On a encore recommandé de pratiquer im petit trou 
au fond des godets, comme moyen de les empêcher de se heurter 
dansl'eau contre la rampe-, on prévient encore, par là, un mou- 
vement de torsion dans l'eau et la fracture des uns par les au- 
tres, ou contre le mur d'enceinte du puits, et quand la noria 
s'arrête (et cesse de marcher) les godets se vident (de l'eau 
(fu'ils contiennent), et par suite la corde durera plus long- 
temps {lilL la vie de la corde sera prolongée). Dieu aidant (2). 



(OOn trouve dans Pliue, xxxi, 38, et dans Palladlus Aug. 0, des prescriptions 
aemlilable» à celles qu*on lit ici. Kaz<wien indique la venUlation à raide du souffle 
comme moyen d'assainir l*air ^icié des mines. 

(X) La tradacUon de ce passage présente de grandes difficultés : d*al>ord celle 
de rtnsufllsancc des dictionnaires pour les termes techniques, puis parce qu'Ici 
raoteur ne donne de la description de la noria que les moyens d'en perrection- 

ncr la marche, i^ae* , correction proposée par Banqueri, semble Indiquer Varhre 





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— «• — 



Amax IIL 



éeffcaénrk Bnvaa^ela fcnre;i sicc 



Cet instnnneDt, dit Abool-Khaîr; est bkn oonco. Le pro- 
cédé, quand od reot régler b sorfMx du sol et la nîreler eD 
l^employant^ consiste apprendre trois ou quatre bâtons de 
longueur égale; on ajuste chacun d'eux solidement et droit 
sur une planche ; on aura ainsi une forme de taUe pour 
chacun^ et tous ils auront, la base comprise, une hauteur bien 
égale; c'est une condition rigoureuse. Le premier de ces ja- 
lons se placera bien perpendiculairement sans qu'il penche 
(ni à droite, ni à gauche) à l'ouYerture du puits, si Teau d'ir* 
rigation part directement du puits sans réservoir (ou bassin), 
ou bien à Torifice de ce dernier si l'irrigation part de là. Le 
second jalon sera posé à la distance en ligne (UtL en £aoe) 
avec le premier; il en sera de même pour le troisième et le 
quatrième à rextrémité du canal (ou conduite d'eau) qu'on 
Teut mettre de niveau à partir de l'ouverture du puits ou de 
la bouche du réservoir. La distance laissée entre chaque jalon 
sera bien égale. On assure le pied au moyen de pierres ou 
de (]uelque corp$ pesant, pour prévenir la chute ou la dé* 



lU couche; il le traduit par Àtraveno, II viendrait de jâ. entraUur^ car il trans- 
met à l'appareil le mouvement reçu de la petite roue. Le mot «^ pièce de 

boit droite nous a semblé devoir remplir les fonctions de volant. — ^^r^ 
est rendu dans les lexiques par cumulus aremv ad ripam; Banqueri le rend par 
gradOM etcalleria; nous avons traduit par rampey qui semble se rapprocher de 
l'interprétation du dictionnaire.— Au lieu de .LLj, nous lisons . JL> Lj 
ou ^^L^y ce qui environne, le mur (v. sup., p. 125, noie), 11 semblerait 
que les godets portaient sur une seule corde. 

(I) nj répond ici à cette expression latine librare terram^ aquam, prendre 
le niveau de la terre, de l'eau. V. Plin. xxxi, 31, not, 3. {Hdit. Hard.) 

(3) C'est le niveau avec fU à plnml; ce mot ne se trouve pas dans les lexi- 
ques. 



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- !l31 — 

viation. On teod alors sur le sommet de ces jalons une petite 
corde (une ficelle) qui partant du premier arrive jusqu'au 
dernier; on rattache solidement; on y fixc^ entre les deux 
premiers jalons^ riiistrument (le marhifal). On interroge le 
fil à plomb pour s'assurer s'il tombe exactement sur la ligne 
qui coupe en deux parties égales la surface de l'instrument. 
S'il en est ainsi , la section de la conduite d'eau est de niveau 
entre ces deux jalons; s'il incline vers l'un ou l'autre^ il y a 
dépression de ce côté et élévation de l'autre. On procède alors 
au nivellemeut du sol en prenant de la terre dans la partie 
trop élevée pour la porter dans la dépression jusqu'à ce que 
le fil à plomb revienne sur la ligne médiane de l'instrument. 
On opère de la même manière entre chacun des jalons. Quand 
le sol a été nivelé jusqu'à son extrémité par ce procédé, on 
pense à rendre le point sur lequel on veut porter l'eau infé- 
ri^ire de niveau à l'ouverture du puits ou à l'orifice du ré- 
servoir. Le moins qu'on puisse donner de pente^ c'est douze 
doigts par cent coudées (1) de longueur. C'est la mesure in- 
diquée par Philémon dans son livre sur la Direction des eaux. 
On peut encore se servir de ï astrolabe pour régler le ter- 
rain et le niveler. On procède ainsi : on dispose à l'ouverture 
du puits ou à l'orifice du réservoir une planche placée bien 
de niveau ; on ajuste sur cette planche l'instrument^ de ma- 
nière que l'alidade soit placée en dessus^ et que les deux trous 
qui y sont percés dans les pinnules (2) soient bien cor- 
respondant à l'ouverture du puits ou bien au point d'écoule- 
ment du résenoir^ et l'autre visant sur la ligne par laquelle 

(1) Cest-à-dire 0,231" pour 46- 20, d'après la coudée égyptienne. 

(2) Le texte dit de façon que le La.*» soit placé en dessus et que les trous, 
qui sont aux extrémités d'elle, soient placés, etc. Ce mot A.;Ja.A> est traduit dans 
Castel par «efttdtttm, segmetUum Itym, similisve rei, et même par orhiculù 
Mate ici il parait difficile de prendre une autre signification que celle ù^alidade 
et de traduire \-^jJo autrement que par les pinnules qui sont percées d'un trou 
chacaoe, ce qui répond à cette description : l'alidade jL^ i est une règle de 
la même substance que Tastrolabe placée »ur le côté {Uti. le dos) à ses extré- 

s, ^j^^i^ dont deux pinnules x^Jj» percées de trous, ^uu^, 
i.. B. I. a.f. 1167 ^ av. 



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- - 132 — 

on \eut tracer la conduite d'eau. On prend ensuite une 
planche ou une pièce de bois carrée; on pratique sur l'une 
des surfaces [lili. un des carrés) de grands cercles rapprochés 
les uns des autres y depuis le bas jusqu'au haut^ tous d'un 
diamètre égal^ mais chacun d'eux d'une couleur différente de 
celle de son voisin, ou bien on place (au centre) des signau3L 
différents faits de quelque matière que ce soit, et très-visibles 
quand on veut les regarder de loin. On dresse cette pièce de 
bois ou planche (ainsi préparée) perpendiculairement^ n'in- 
clinant ni ne penchant vers aucun côté de la ligne qu'on 
veut niveler. Les cercles feront face à l'astrolabe. Un honunc 
applique ensuite sa joue sur la partie du sol comprise entre 
l'astrolalie et Torifice du réservoir, en s'approchant (le plus 
près |)0ssible) de l'instrument. Il porte son œil au trou de la 
pinnule de l'astrolabe qui est proche de lui, dirigeant son re- 
gard par l'autre trou, en visant en ligne droite de là vers les 
cercles coloriés de la mire, de façon que son œil, qui peut 
les atteindre tous, puisse les juger, et, en faisant passer le 
rayon visuel par les deux trous des pinnules à la fois, en ligne 
bien droite, il reconnaisse quel est précisément celui des cer- 
cles coloriés ou des signaux sur lesquels s'arrête le point de 
mire à l'exclusion de tout autre; il tâche de le retenir, se 
rend auprès de la mire pour s'assurer de l'élévation du cercle 
ou du signal au-dessus du sol qui la porte. Cette hauteur est 
celle (du terrain) entre l'orifice du réservoir et la mire. On 
enlève alors l'excédant où il existe pour le reporter sur la 
partie trop basse, rapportant dans les dépressions, autant qu'il 
est nécessaire pour que le rayon visuel, enfilant les deux 
trous de l'astrolabe, soit ramené au cercle (qui devient alors) 
le premier sur la mire et en contact avec la surface du sol. 
Quand ce résultat est obtenu, on est sûr que l'espace inter- 
médiaire est de niveau. On opère de celte façon eu face et sur 
les côtés, à droite et à gauche, sur une distance égale à la 
première; puis on cfl'cctue le nivellement du sol en rappor- 
tant de la terre des parties trop élevées dans celles qui ne 
le sont point assez, jusqu'à ce que l'œuvre soit au complet. 

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Philémon a exposé ces procédés dans son livre sur la Direction 
des eaux. 

Quelquefois on remplace Tastrolabc par une planche longue 
d'une coudée ou environ^ dans le milieu de laquelle on a tracé 
une ligne droite; à chacune des extrémités on perce un 
trou (1). Dans chacun de ces trous^ on enfonce un piton (2). 
(Ces deux pitons doivent être) bien égaux en hauteur etcn ou- 
verture» et les ouvertures bien correspondantes entre elles^ 
suivant la direction de la ligne. On opère (avec cette planche 
ainsi préparée) comme avec Tastrolabc. On regarde par le 
trou de l'un des pitons , en dirigeant la ligne de vision sur 
l'autre pour arriver à la mire. On emploie encore^ au lieu 
de l'astrolabe^ deux tuiles creuses ^^'^^ qirmidalân. Le 
dos^ ou la partie convexe de Tune^ repose sur la terre^ Tautre 
est placée sur la première, de manière qu'ensemble elles 
forment un conduit percé (un tube). On fait (partir) rol)ser- 
valion du point le plus élevé^ c'cstrà-dire, de Toriflce du réser- 
voir^ en dirigeant sa visée vers l'autre trou pour arriver à la 
mire (.'i), et 1 on effectue son opération comme il a été dit plus 
liaut. Quand le sol a été bien nivelé et le terrain bien égalisé, 
on fait ses divisions, et l'on ouvre les canaux ou rigoles (dans 
los conditions) connues. Il y aura entre les rigoles un inter- 
valle (concoi-dant) avec la meilleure dimension pour la lon- 
gueur des carreaux; on aura soin que ces rigoles soient un 
peu inférieures au niveau des carreaux dont la surface de- 
vra être très-unie, sans que jamais la tête soit plus élevée que 
l'autre extrémité (4), sinon l'eau entraînerait les semences et 
les engrais de la partie élevée vers la partie basse. Suivant 
ibn el-Fa«el, les carreaux doivent avoir douze coudées de long 

(I) Litt. à l'une des extrémités on perce un trou, et à l'autre un autre (trou). 

(î) i j t ISazsah, oeuîus ferreux quo pessuîus excipitur^ Cast, ce qui a exac- 
tement la forme du piton, qiron définit ni:ssi clou dont la tête est en Tonne d'an- 
neau. 

(3) Ici l'auteur revient, sans pré\enir son lecteur, à l'observation à l'aide de 
la planche et des pitons. 

14) Litt. et ne ?era par le haut ni plu? dt'primée ni plus élevée que le l»as. 



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— 134 — 

sur quatre de large (l). Ce sont des carreaux de cette dimensiou 
qui seront toujours cités dans cet ouvrage^ Dieu aidant. Si ce- 
pendant on les fait de moindre dimension, il n'y aura pas 
dincouYénient. Si on veut que la rigole parte en droite ligne 
de 1 orifice du réservoir, comme pour toute autre conduite 
d'eau, on prend trois piquets en bois d'une longueur arbi- 
traire. On en plante un près de l'orifice, enfoncé de façon qu'il 
soit en saillie d'une palme au-dessus du sol, le second à droite, 
par rapport à la muraiUe du réservoir, laissant entre les deux 
(piquets) la distance d'une coudée environ ou plus ; on plante 
ensuite le troisième à gauche dans les mêmes dispositions que 
le précédent, laissant entre lui et le piquet placé à l'orifice un 
espace égal à celui qui est entre le dernier piquet et l'autre à 
droite. On prend ensuite une ficelle (petite corde) ; on fait un 
œillet à un bout qu'on adapte à l'un des piquets placés aux ex- 
trémités (c'estrà-dire, de la ligne de droite ou de gauche) ; on 
étend ensuite cette ficelle vers le piquet de l'autre extrémité 
(de ligne). On fait un nœud (à la corde au point de rencontre) ; 
puis, tenant à la main ce nœud, on se porte vers la gauche , 
décrivant ainsi un demi-cercle ; ensuite portant l'œillet de la 
corde vers l'autre piquet auquel on la fixe, on se porte sur la 
droite vers le piquet (centre du demi-cercle) précédent pour 
tracer un autre demi-cercle. L'intersection de ces deux demi- 
circonférences se trouvera précisément vis-à-vis du piquet 
placé vers l'orifice du réservoir- Alors on attache la corde qui 
doit servir à la division (au piquet) dans le milieu en face de 
l'ouverture du réservoir; on la porte jusque vers le point de 
rencontre des deux cercles ; on continue toujours ainsi en 
ligne droite, sans s'écarter de ce point d'intersection, et l'on 
porte cette ligne jusqu'où l'on veut. On opère de la même façon 
pour tracer des rigoles qui sortent d'une autre (ou qui s'em- 
branchent sur elles). 

(1) C'est-à-dire 5»,544 sur 1",848, d'après la coudée égvf tienne. 



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— 138 — 



CHAPITRE IV. 

De t'établInemeDt des jardins et de la disposition des plantations qu'on y doit 
faire, d'après ce qu'a écrit Ibn Hedjah sur ce sujet. 

Il fout, dit Junius, quand on yeut planter un verger (1), 
choisir les emplacements dans lesquels se trouve de Teau en 
quantité suffisante. Il faut qu'il ne soit point trop éloigné 
de rhabitation du maître^ autant que faire se peut, afin de 
jouir à la fois de Tagrément de la vue, de la salubrité de Tair 
qu'il assainit et du repos qu'il procure à Toeil (2). La plan- 
tation des arbres ne doit point se faire confusément et sans 
ordre; il faut, au contraire, rapprocher tous les congénères 
pour éviter que les espèces trop vigoureuses n'absorbent les 
sucs nourriciers, et que celles qui sont délicates n'en soient 
privées. La distance à laisser entre chaque arbre devra être 
réglée d'après la nature du terrain et sa force. Il en sera parlé 
ailleurs, la volonté divine aidant. 

n faut savoir, disent Junius et Kastos, que de toutes les 
manières de planter, celle qui donne les plus faibles résultats 
c'est le semis (en place), litt. les graines; et sachez encore 
que la plus avantageuse est celle qui procède par ti^ansplanta- 

(1) On ne voit point pour quel motif Banqueri a Touln changer le texte et le 
lire îLiir iL> L^ trifi ^^L>^\ f^y jl-^^a^? choisisseï, pour 
planter, les lieux des jardins où sont des eaux sul&santes. Les Géop. X, I» disent la 
même chose à peu près que le texte arabe primitif. Pallad. dit aussi, 1 , 34. Borti 
et pomaria dùmini proxima esse debebxmt, qui Tient ensuite dans notre texte. Le 
passage des Géop. est attribué à Florentinus ; dans r40lumelle on ne trouve rien. 

(3) Un. Parce qu'avec la vue sur lui et l'agrément il faut qu'il assainisse l*air 
et lea yeux de ceux qui regardent. 



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«- 136 ^ 

tion^ et qu'un excellent mode de plantation pour les arbres 
est remploi de leurs branches (c'est-à-dire les boutures et les 
marcottes) (i). Kastos professe à peu près les mêmes principes 
que Junius dans ce qui précède. Voici ce qu'il dit : Il faut 
grouper les arbres par espèces analogues^ sans jamais con- 
fondre celles qui diffèrent et s'éloignent (par leur nature), 
pour éviter que ce qui est délicat soit avec ce qui prend du 
déyeloppement. Ceux-ci par leur ampleur produisent une om- 
bre qui; couvrant les premières^ leur |K)rtent préjudice et leur 
font perdre toute leur vigueur (les rendent chétifs). 

Kastos dit : L'emplacement le meilleur pour rétablissement 
d'un jardin ; c'est celui qui est pris dans un terrain uni qui 
reçoit les eaux d'irrigation d'un point plus élevé. 11 est des 
agronomes qui disent que la meilleure manière d'entretenir 
les arbres en bon état^ sans exception ^ c'est de leur donner 
de l'eau dans le cours de l'été et d'arracher tout ce qui vient 
se fixer (de plantes étrangères) sur ou à l'entour des racines, 
pendant qu'elles sont encore jeunes (liU. tendres), sans at- 
tendre qu'elles aient pris une consistance ni qu'elles se mêlent 
aux rameaux des arbr(?s, et que par suite toute la force (nu- 
tritive) se porte sur ces parasites [Hit. alors ira vers eux la 
force de cet ensemble). 

Un autre dit qu'il faut redresser les arbres courbés au 
moyen de i)erchcs en bois (tuteurs) auxquels on les fixe avec 
une corde pour les faire tenir droits; quand l'arbre est jeune^ 
il prend facilement cette (bonne) direction. 11 faut aussi être 
soigneux de fournir l'engrais (nécessaire). 

Suivant Abou'l-Kbaïr, quand on veut planter des jardins ou 
des vergers, il faut choisir les terrains des meilleures qua- 
lités dans les vallées arrosées de sources donnant les eaux les 
plus pures. On met, avant d'en venir à la plantation, le sol 
dans de bonnes conditions, on le nivelle pour que l'eau cir- 
cule facilement quand on procède aux irrigations; car ce ni- 
vellement, si on l'effectue après la plantation, peut mettre 

(l)Géop., ihid. lo€, cit. 



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-- 437 — 

à déoouYert quelques-unes des racines (importantes) des ar- 
bres et leur porter préjudice. Les jardins doivent^ autant que 
possible^ être à l'exposition du levant^ les arbres seront plan- 
tés en ligne droite et par ordre, en se donnant bien de garde 
de planter les arbres qui prennent un grand développement 
avec ceux qui s'élèvent peu (Cf. Géop.^ X, i). 11 ne faut pas 
non plus associer les arbres qui se dépouillent de leurs feuilles 
avec ceux qui les conservent 3 c'est d'un plus bel effet. Les 
arbr^ à feuilles persistantes se plantent à la proximité des 
portes et des bassins ou réservoirs; tels sont: le laurier^ le 
myrte, le cyprès, le pin, le cédratier, le jasmin, le bigarreau- 
tier, le zatnboa (pamplemousse), le limonnier, l'arbousier, et 
autres de même nature. On place le pin là où il est besoin 
d'une ombre épaisse, ainsi que dans le milieu des parterres. 
Le cyprès se range en allées et occupe les angles des carrés. 
Les arbres qu'on peut planter à la proximité des puits et des 
réservoirs sont, par exemple, le sorbier, l'azederacb, le dacli, 
l'orme, le peuplier d'Italie, le saule, le grenadier sauvage 
(goulnar) et autres analogues. Dans les jardins, on suspend 
aux grands arbres, pour l'agrément (1), des treillages ou ber- 
ceaux ; par suite, l'eau sous leur ombrage est plus fraîche et 
dans cet état de fraîcheur où elle est meilleure et plus avan- 
tageuse pour l'irrigation dans la saison des chaleurs. On dis- 
pose à l'aspect du nord des arbres qui projettent beaucoup 
d'ombre et ceux qui sont épineux (ou frutescents) ; tels sont : 
le jujubier, le pin, l'orme, Valmès, le saule et autres (qu'on 
range) vers les murs de clôture. On plante les mêmes ^espèces 
à Taspect du couchant (2); leur ombre ne portera aucun pré- 
judice aux arbres plantés dans le jardin , non plus qu'aux 
verdures (et légumes). Dans les grands vergers, les arbres 

(1) Baoqaeri a rejeté du texte les mots Jl JJJ ^^'L^Jt qui nous semblent 
liien convenir ici; en effet en lisant i^Sii ^^*LmJ! ^ dans les jardins , 
psnw Vagrémtnt etc., l'addition de la particule ^ est la seule correclion qui 
wniB paraisse uUle. 

(2) Banqneri a lu ^y^^ <IQ'H traduit par porte; nous croyons plus naturel 
de liie w>â3^ qui s^adapte mieux h l'ensemble de la phrase. 



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— lat — 

àûireat être pbatés séparément par espèces, €*est-à-4ire que 
ceux qui donoeiit leurs produits à la mènie époque doncnt 
être inxNipés eosemUe; tds sont : le pommier, le prunier, 
le poirier, Tabneotaer ; c'est un mofmi d'alléger les soins 
qu'euge leur oonsenration (leur entretien). Les rosiers se 
plantent sur le o&té du jardin fl). Dans les endroits on se 
trouve beaucoup de fraîcheur (Ittt. d'humidité), plantez For* 
me, le sauk pleureur, le platane, le cédratier, Vatmé$ et le 
laurier. On aura soin que le cédratier soit garanti des Tenta 
du nord et du couchant, et qu'il reçoive au contraire les venta 
du midi. Dans le chapitre XXn, on indiquera les terres qui 
conviennent pour le potager, si Dieu le veut. Précédemment, 
nous en avons dit quelque chose; consultez-le. 



CHAPITRE V. 

Minière d'élever les arbres dans un terrain non arrosé ou dans un verger {7) 
en terrain arrosé. Indication des arbres qu'on n'arrose point (3) d'après l'ex- 
périence acquise à ce sujet. 

Sachez qu'il y a des arbres qu'on plante pour leur fruit et 
d'autres pour leur beauté, le parfum de leurs fleurs et leur 
éclat. Il est aussi des arbres cultivés pour l'utilité qu'on retire 
de leur bois. On obtient toute espèce d'arbres, soit par le semis 
des noyaux, pour ceux qui en produisent, soit par les pépins 
contenus dans leurs fruits, quand ils n'ont point de noyaux. 

(I) 1^ Géop., X, I, veulent qu'on plante les rosiers dans les intervaUes des 
arbres. 

(3) io, plus oL^ M dit parUcullèrement d'un lieu planté d'arbres oa 
de vigne, un verger. «w^Lx^o est un jardin proprement dit, un jardin d'agré- 
ment, un parterre planté de fleurs, comme l'indique son étymologie persane 
y odeur, i^'-^ ^^» ^^^^ ^^ odeurs, lieu odorant. 
* (8) Le texte dit : que n'arrose point le planteur. 



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— 139 — 

La reproduction se fait encore au moyen de branches qu'on 
édate, ou bien qu'on coupe après les aToirchoisies dans là par- 
tie la plus conyenable (i ). On multiplie encore les arbres à Faide 
de bourgeons pris à l'extrémité des branches^ ou bien encore 
au moyen de boutures ou plançons taillés dans la partie infé- 
rieure de ces mêmes branches. Un aulre moyen est de prendre 
les drageons poussés sur les racines de certains arbres^ ou dans 
le voisinage, qu'on nomme nawami ou lewahiq et encore nabàt 
et laqah, qu'on choisit (2) et qu'on enlèTe ayec leurs racines 
pour les replanter dans un lieu où on les élèye (en pépinière). 
Si (œs drageons) n'ont point de racines, on les tient en nour- 
rice jusqu'à ce qu'ils soient poussés. Nous traiterons plus 
loin, la volonté divine aidant, de la manière de les diriger (3). 
Ces modes d'opérations s'appellent tagtis ^j*vJa«ï (couchage). 



(1) Noos avons traduit ce qu'on lit dans le texte, mais nous sommes porté 
à croire qne le mot jLx^^ ^^ altéré ; le sens semble appeler nne autre ex- 
preasion. 

(3) Noos pensons que ces mots «Jl^LJI et ^la13! sont des dénominations 
de rejetons. Au lieu de -.LiUI nous lisons ^UU! dérivé de ^^ qui, 

très-souvent est employé dans le sens de germinare, pulluîare. Le mot ^ LJJt 
proport par Bauqueri ne donne pas de sens. 

^) Les Géoponlqaes, X, 3, indiquent seulement quatre moyens de propaga- 
tSoQ qui résument les détails ; par la semence diA aic^pfAOToç : surculis avulsis, 
éiA «spaoTn&DV stolonibusappeîlatis tcI&v Xs^ofAevcov {Aoa^eu[jLaT(ov; à taledy 
isiacékfM et d ramo anb xXaSou. Théophraste, Hist. plant, il, est plus dé- 
taillé. 11 admet la reproduction spontanée sans culture auTojAOToç, ou de graine, 
par U culture, ou de racines, (ce qui s'applique surfout aux plantes bulbeuses) 
par drageons enracinés iiA iia^icoXoç ^\yi\,^^i^\ji}\^*JiAjuj\, par 

les branches ^b oxp^^iLovoç «bUaS;! qui s'entend des branches propres 
aux soareottes dcirb xXevbç gummitas ramt, les yeux ^o^ ci^' ^° ^°^' 
geoDB, natuli de Pline, gcho a&rou tou arùJywç, du tronc de la tige disposée 
en planons ou boutures, UUea, elava^ jJ^ plur. ^Djt ou du bois lui-même 
ampé menu ohco tou (uXov xaToxorc^vroç e(ç (jttxpa^ ce qui rappelle le ternit 
^or tnmçont. (Théop.. Bût. plant, comm. Scaliger, p. 72, 73). Cf. Yarron, 
De re niif., I, 40, Pallad. X, 11, 12, 13. Cato XLV., Col. De arhar., leiDere 
Wine, XVII, 10. VIrg., Géorg. II, 17. suiv. 



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— 140 — 

et iêlilaf i^! (marcotte en eutonnoir ou en pot). Chacun de 
ces procédés, pour la culture et la plantation, est soumis à une 
méthode particulière que nous ferons aussi connaître, Dieu 
aidant. Quand les branches ainsi plantées sont bien reprises 
et enracinées, quejeur bois a pris de la consistance, ce qui a 
lieu au bout de trois ans ou à peu près, elles fournissent des 
sujets bons à transplanter et à mettre à demeure fixe dans les 
endroits convenables a chacun d'eux, et dans lesquels. Dieu ai- 
dant, ils donneront de bons fruits. 

On lit dans Ibn Hedjadj, dans son livre qui traite des espèces 
et des formes des arbres qu'on plante, que Junius dit que tou- 
tes les espèces d'arbres peuvent être propagées [lin. plantées) 
par les moyens qui suivent : à l'aide de noyaux, de graines, 
ou de rejets ou drageons, qu'on détache de l'arbre (avulêiane), 
ou bien à l'aide (de boutures et de plançons, takœ ou clavœ). 
On choisit à cet effet ce qu'on a trouve de plus fort (i). Les espè- 
ces, d'une pousse vigoureuse et d'une nature spéciale, exigent 
qu'on y regarde à plusieurs fois. Ce qui demande à être propagé 
de graine ou de fruit, c'est le noyer, l'amandier, le châtai- 
gnier, le pocher, le prunier, le pin à pignon, le cyprès, le sor 
hier domestique, le laurier, le pin mâle (cèdre). Demetrius 
mentionne dans ce groupe l'abricotier, et Kastos ajoute le pis- 
tachier. Le même veut que quand le plant venu de graine a 
pris racine, il faut le porter (le repiquer) ailleurs, parce qu'il 
s'en trouve bien. Démocritc s'explique ainsi : Quand deux ans 
ont passé sur ces semis, il faut les replanter dans un autre en- 
droit. Junius exige aussi la transplantation de ces jeunes se- 
mis. Ibn Hedjadj affirme que tout ce qu'il y a d'hommes intel- 
ligents parmi les agronomes est d'avis qu'il est désavantageux 
pour les semis de rester en place. 

Junius dit que ce qu'on multiplie de branches détachées de 
l'arbre (2), c'est le pommier, le cerisier, le pisUichier, le myrte, 

(1) Ce passage attribué à Junius est un résumé des préceptes de ColumeUe 
dans son livre De arhorihus. Pline XVIl, 20 dit « peu près la mcmc chose. Cf. 
Virgile, Géorg. H, 9 et suiv. 

(2) Suivant les Géop., X, ?, de drajrr.nx, â ^tnUmihus. Ce pas^sa^ ctlé cmnme 



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l'azerolier. Kaslos ajoute à ces noms celui du néflier. Junius dit 
qu'il est des individus qui prennent une branche encore 
adhérente à Tarbre, lacourbent^ la tiennent couverte de terre 
jusqu'à ce qu'elle ait pris racine; alors on replante cette bran- 
che (ainsi marcottée)^ parce qu'elle exige la transplantation. 
Nous donnerons ultérieurement la description de cette opéra- 
tion {UiL forme); Dieu aidant. 

Suivant le même auteur^ ce qu'on multiplie de bouture (ou 
(le plançons), c'est le figuier^ le cédratier^ le coignassier^ l'oli- 
vier, le tamarisc et le peuplier. Ces espèces^ transplantées en- 
suite, n'en valent que mieux {i). 

Sidagos dit que quand un arbre ne se dépouille point de ses 
feuilles^ qu'il reste longtemps sur pied, et qu'il ne vieillit qu'à 
la suite de longues années, quand sa feuille et sa fleur sont 
tardives à se montrer, nous reconnaissons que cet arbre est 
d'an bois dur et visqueux (2), et non d'une texture molle et 
lâche. Quand au contraire la vie de l'arbre est courte, et qu'il 
reste peu de temps flxé au sol, c'est un signe que le bois est 
léger et tendre, et qu'il se gâte promptement. Ainsi , je pense 
que si l'on veut propager des arbres d'un bois dur, il vaut 
beaucoup mieux employer des boutures prises dans des bran- 
dies lisses et jeunes (dont le bois est formé), que celles 
prises dans des branches tendres (dont le bois est incom- 
plet), parce que ces boutures (d'un bois) plus solide et plus 
dense se fixeront beaucoup mieux qu'étant prises dans ces 
branches (qui sont tendres). Le résultat sera plus satisfaisant. 
Ceux des arbres (pour lesquels il faut agir ainsi) sont le mû- 
rier, le coignassier, l'olivier, le poirier, le cédratier, le grena- 

extrait de Jooias est dans les Gëop. sous le nom de Didymus. Ce passage semble 
cire rindication de ce qui sera dit art. VIII. 

(1) Ce passage est une traduction des Géop., X, 10, avec cette difTérence que 
les Géop. disent que ces arLres se multiplient par éclats ou drageons, branches 
et boutures aro icapotoràSo^, orrà xXàSo)v, oEtto TravffaXou. Les autres pres- 
criptions des Grecs manquent ici. 

(2) Le mot arabe ÏAji ne peut se traduire autrement ; mais il est probable 
qo*U faudrait un mot qui exprimât la densité pour répondre aux deux qualités 
contraires qui suivent. 



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— ;«* — 

^>i 4^/r4 4^ ^# 4e: 4t'^»e:. es -à .ci îà Ik;: 
ii//««i «irf^M^d» «wl «Tmi liob tei»isr tf 4e ] 
îdb im4 ; l a maiidkT» k pbdKr. k |nz:îer H < 
mikUtutinê. ymur k» ii»Uj(4kr, en «cifMcn «Icf 
U^$4r^i kê tmUê eo terMii |tei bon fûl. plos ( 
tAfl»;/ (/liant ;»u fiiHiier^ qui est toi aitre qui ^Hloi^^ et 
/l/irit fe liril» tendre récarte de b rèçle, od a pensé qall laDaît 
te |ir#i{M((er an mnjea des faraiclKs tendres ides bourgeons). 
^>ir^ quand cm emi^teie à cet effet les pbnçoos^ alors même 
HuUm Ui% plante grands, Fair et la ploie pénètrent dans llnté- 
rUtur l\mr la section sopérieore) et Tiennent attaquer œ qu'on 
fl|i|M9lte la moelle. Le plançon, alors affaibli, ne pousse point 
ik rm\mn ', il se gâte et se pourrit Ici se termine la citation. 

HttUm dit ({ue, quand les boutures ont peu de sève et qu'elles 
«ont irune niiture sèche, les drageons elles branches (ou mar- 
(MHten) sont préférahtes, parce quils contiennent plus de 
lUmu Kiironmn tient à peu près le même langage. Kastos entre 
iiatis ili) plus grands détails, et , dans certains cas, il diflerc de 
Junitjs. Voici un résumé ce qu'il dit : Sachez que, quand on 
viMil rnulllplior un arbre de graine, il faut là briser à la main 
uviuil do la Momor. Hi la multiplication se fait ayec des bran- 
clioSi il fuul prendre les drageons (1) qui poussent sur le pied; 
iniilH iv\^ inodos (do culture) ne peuvent être toujours les 
m^mos. HouvonHI senilTon de semer des graines; souvent 
\\\mi W H(M*a lH)n do recourir aux branches et aux drageons ; 
sou\(4il| si ou associe à robjet planté un autre arbre, ce sera 
uvaatogoux (%). 11 y a peur chaque genre un mode particulier 

{\) IJ8M «5^1^ ^'^ non kâ.!^t, comme ie propose llanqueri. 

\3) lUmquerl, par suite d*ime rectification fort iwnne du reste, supprime ce 



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— 143 — 

qu'un autre ne peut remplacer utilement. Ainsi^ les espèces 
qu'on propage par le semis : sont : le pistachier^ le noyer, le 
noisetier, Tamandier, le châtaignier, le pêcher, le prunier, le 
pin à pignon, le cyprès, le laurier, le palmier (1). Quand les 
jeunes plants sont bien enracinés, il faut les reporter ailleurs; 
ils s'en trouveront bien. On propage de branches tirées à la 
main, éclatées ou cassées, le néflier, le myrte, le pommier. 
Quand la reprise du jeune plant est bien assurée, on en effec- 
tue aussi la transplantation. On multiplie de rejetons ou dra- 
geons poussés sur le pied et de boutures, ramandier,le poirier, 
le mûrier, l'olivier, le cédratier, le coignassier, le myrte, le 
néflier. Il laut ici encore porter les sujets ailleurs après la re- 
prise. Les espèces qui réclament beaucoup de soin sont : le 
mûrier, le cédratier, l'olivier, le grenadier, le jujubier de 
montagne blanc et le coignassier. Il en est pour lesquels on 
met à découvert les racines, pour les arracher ensuite à la 
main ; ce sont : les racines de vigne, de saule et de pin (2). Ce 
qu^on sait pouvoir être multiplié de semis et de drageons, 
c'est l'abricotier, les diverses espèces de pruniers, l'amandier, 
le pistachier et le laurier (V. Géop., loc. cit. fin). 

Ibn Hedja4j dit que Kastos, comme on l'a vu, a consacré 
dans son livre un chapitre particulier aux arbres qui se plan- 
tent d'une seule manière. Ce qui peut être planté de deux 
manières est également traité dans un autre chapitre isolé- 
ment, n a expliqué et associé ensemble chaque objet avec ce 
qui lui est analogue dans la condition, quoiqu'en cela il puisse 
y avoir des choses à réfuter (3). 

V^ssa^ 'jc^ ^^^J^^ ^ ^JtP' J?' s-Àr^' j' C^ "^Jt^ ^"® 
DOiu avons conservé, l'omme répondant à eu qu'on lit dans Columeile : Kttem 
•wsimé popului alit, deinde ulmus, deinde fraxiniu. De or6., XVI. Vide tn/rd, 
lir. XJI, art. 2. 

(1) Pareille nomenclature se trouve dans les Géop., X, 10, qu*on peut rappro- 
cher de ce paragraphe. 

<2) Ce procédé rappelle la multiplication par racines, indiquée par Théo* 
^aate, Bist. plant. H., 1. 

{Zl Pour ce qui précède, cf. Géop., X, 3. 



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— \u — 



lim lfc)djadj, eu iniilaBt de la 
0^'^^>«;J^. <1H que iwaàa^ ijaxiani do 
i^cmtm^ et dra«;euDif .' def: IwiâiirB^ oa yiMarvDfu i 
de lief ^lnlilir dans ief lien afipdô fiqniièns^ «n 
|iui« de lei re}iafier aileiirE. Ce dernier nen est 
4mu¥!tA Unt Greoê ai^a lien eu «e fosi le^ lil^bfiQV faboril , 
4ti diiM leequtis «B («^eod les «qetE pov les itfil^^ 
tdk al reifJkatkw ^la'ai a demés J«bii2b&bs sn fifre (l). 
U s^^Mil^ que Tofiéndioo fntiquK à Taide des lua ncl gs est 
Meii iiUie avantageuse eo antomiie. Ob y praoède de la ma- 
nUdre nui mit : on oommenoe par hiioiirer le tanin pro- 
UmAmimi (lia. fouiller); oo y met de Fen^nis. On y plante 
immiUt m à quoi on veut faire prendre radne, 9oit imnches 
iiéiiuiîim par édat (ou coupées^ ou boutures, laissant entre 
eiiman la di«lanee d'une eoudée; on courre de terre les <^ts 
plxàrib^; et Ton arrose (on laisse en place) pendant trois ans 
Jui«|u'au moment de la transplantation. On a soin d'enlerer 
H\(*At la serpette (2) tout ce qui pousse à l'entour du sujet. 
Ouiind on veut effectuer la transplantation^ il faut creuser 
lUiivit lu fouille) avec une grande précaution pour éviter de 
blifiner en rien les racines^ et faire en sorte que la terre qui 
jitur est udliércnte ne se détacbe point; pour cela^ on l'assure 
û ViiUlii (t'im lien; ^ainsi préparé) Tarbre est mis en place par- 
tout où on le désire. Le même auteur parle également des 
iiunis eu ces termes : Souvent il arrive que les arbres qu'on 
lrans|M)rlû h du grandes distances se dessèchent. (Pour éviter 
rut iueouvuuiunt) il y a des personnes qui ont recours au 
m^uiIh (M) du la fnvon suivante : quand le fruit a complété sa 

(I) Nom ii'nvoni trouvé ce mot nulle part; il est sans doute trèe-altéré et 
Uëlluurf^. 

W j^^f^ miwijal i c'cit un petit Instrument trancliant, en fer, à lame re- 
rouryci qui dons le dictionnaire est traduit par faix messoria (faucille); nous 
pensons que celui employé en borUculturc devaU être rcquitalcnt de notre 
mtieirtf. 

(a) Sans doute que ce semis se fait sur place et dans le lieu trop éloigné. 
Tout ce qui suit se trouve dans les Géop.> X, 86. L'art, est attribué à Pam^ 
phlllua. 



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— U5 — 

maturité sur Tarbre, on recueille la graine, qu'on étale pour 
la faire sécher, puis on la sème. On doit éviter de Vexposcr 
à Fardeur du soleil; il faut, au contraire, la faire sécher à 
f ombre; il en est même qui répandent de la cendre par-dessus. 
11 conyient que le lieu qui reçoit les semis soit arrosé et 
pourvu d'engrais. On pratique des trous d'un empan (O^jasi) 
de dimension, laissant entre chacun d'eux une distance d'un 
pied (I) ; dans chacun d'eux on dépose une graine, on couvre 
de terre meuble, on donne de l'eau (constamment) jusqu'à ce 
que les pluies viennent. Quand le jeune plant a atteint deux 
ou trois ans, il faut le replanter avant qu'il ne soit ramifié. On 
le dépose en terre avec toutes ses racines, ayant bien soin 
de ne laisser passer que la tête au-dessus du sol et rien de 
irfus; on dispose à côté (de chaque plant), et pour le protéger, 
des soutiens (tuteurs). 11 est des personnes qui pensent que 
toute plantation (arbre) venue de graines est faible (et 
délicate). Il faut cependant bien se rappeler que chaque es- 
pèce de graine produit toujours un arbre d'espèce pareille à 
la sienne, à l'exception de l'olivier qui donne une espèce de 
sauvageon qu'on appelle qartanoUy oleaster, qui ne produit pas 
de fruits (2). 

Sidagos dit en traitant ce sujet que, toutes les fois qu'on veut 
transporter des graines d'un lieu éloigné vers un autre , il 
faut répandre sur elles de la cendre pour empêcher que Thu- 
midité ne les fasse adhérer entre elles. Si on ne prend point 
cette précaution , une grande partie sera frappée de stérilité 
ou gâtée. 11 ne faut point les exposer au soleil qui certaine- 
ment leur causerait un excès de dessiccation nuisible et les pri* 
verait de tout ce qu'elles auraient d'humidité douce et onc- 
tueuse. Si les graines sont pourvues d'une écorce ou coque, 
comme la noix et la noisette , et autres fruits pareils, le soleil 

(!) Nous aTODS suiTl dans ce passage le texte du mss. de la Bibl. imp. plus 
explicatir aue celnl de Banqueri. 

(3) ^Aj^jf OUaster âlyptcXaiov. Le plus généralement 11 arrive chez nous 
«lœ les pépins donnent seulement des sauvageons. 

iO 



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— I4€ — 

oe leor fera aticnn mal ; aimdaRtj le mieiii, en lout état de 
cause, est d'opérer la dessiocalioa à romfare. 

Le même auteur dît, dans un antre endroit que, lorsqu'on 
Teut porter le jeune plant de la pépinière dans la place où il 
doit être à demeure, il faut Tenlerer aTec sa motte {iiiL son 
argile) f S3UIS que rien en soit délacbé. Quand on le pose en 
terreau doit être couTert de façon que les trois quarts se trou- 
vent enfouis, et que Tautre quart s'élèTe au-dessus de la sur- 
face. C'est la meilleure méthode à suîTre et celle que profes- 
sent les hommes les plus habiles, sur la manière d'enfouir les 
arbres. 

Junius prescrit d'établir La pépinière dans un terrain resté 
sans culture, exempt d'humidité, et dans lequel rien précé- 
demment n'ait été déposé. 11 faut exposer sa pépinière au le- 
vant; elle doit être accessible aux courants d'air. Ou retourne 
le terrain et on le cultive à fond pour en extraire toutes les ra- 
cines (qui peuvent s'y trouver). Les plants déposés dans ce ter- 
rain doivent être espacés entre eux d'un pied. Le trou qui 
reçoit le plant doit avoir un demi-pied de profondeur. En dis- 
posant les choses de la sorte, on rend plus facile l'exiractiou 
du sujet avec la pioche, n est nécessaire que les plants ne 
soient point serrés, mais au contraire écartés, pour qu'ils 
puissent tous jouir de l'influence du soleil, dont alors ils pour- 
ront recevoir la chaleur à toute heure du jour. On choisit, 
|M)ur planter, les branches dont les yeux sont pressés , parce 
que la reprise en est plus prompte. Le brin ne doit point avoir 
moins d'un pied et demi de long. Il est des agronomes qui 
{lonsent qu'on doit donner un serfouissage à l'entour des 
plantes en pépinière , six fois (par an). Si on veut le faire 
tous les mois, on commence dès le premier mois. Les instru- 
ments employés pour la culture (des pépinières) doivent être 
de petite dimension pour ne point blesser les jeunes sujets, 
quand ils sont (plantés) rapprochés les uns des autres (bien 
serrés). (Cf. CoL, De re Rust., ni, 15, sutv. De arbor., i, mr.) 

Le même auteur ajoute qu'il faut teire tomber les branches 



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— 147 — 

qui tendent à pousser à côté des bourgeons (1), pendant 
qu'elles sont tendres^ et avant qu'elles aient pris de la consis- 
tance> afin que Topération se fasse sans difficulté. La pousse 
qu'on laisse ne doit point avoir plus d'un pied de haut ; si elle 
excède cette dimension, on la rognera pour la faire croître en 
grosseur. Tous ces retranchements (pincements) doivent être 
faits avec les mains et jamais avec un instrument en fer. 11 
faut aussi que la seconde année on donne un serfouissage six 
fois répété à l'entour du jeune plant, comme dans la pre- 
mière année. On ne laisse pas plus de deux yeux (bourgeons) 
à chaque sujet, et l'on ne manquera pas de faire tomber 
les pousses secondaires aussitôt qu'elles se produisent, de la 
même manière que nous avons dit (par le pincement) pour 
la première année (3). Après avoir ainsi traité les arbres en 
pépinièreet leur avoir donné tous les soins (qu'ils réclamaient)^ 
on songe à les porter en place. Il y a des agriculteurs qui pra- 
tiquent la transplantation la troisième année (seulement) , 
parce que, lorsque le jeune sujet n'a qu'un an (de pépinière), 
il ne reprend que fort difficilement. Aussi, Léon l'agricul- 
teur (3) prescrit de ne point transplanter d'arbre au bout d'un 
an seulement, parce que les racines sont encore trop faibles 
pour assurer sa solidité ; ainsi la transplantation faite dans ces 
conditions devient nuisible. 

11 y a des personnes, dit Junius, qui croient devoir arroser 
les plantes pendant qu'elles sont dans la pépinière; c'est un soin 
inutile; l'arrosement ne se fait qu après la transplantation. 

(1) Su» doute oell«8 qui poassent à côté de la branche principale, comme 
€0 peat ruiférer de ce qui va être dit bientôt. 

(2) Banqaeri r^ette le passage suivant comme superflu et altéré •* JJmuJ ^tj 
i|C...yi èJ] ÀÂJ '^ lO^ o' fjpijiyJI. Nous pensons qu'il ne serait 
point tauitik^ car il parait se rattacher à la manière dont U tàut disposer le 
toteor dont il a été parlé précédemment ; mais la tradncUon en est difQciie à 
cMue de rineiactitude do texte. 

W Léon l'Africain ? U texte dit !ei.^t w^o^Lo ^^ >l, Banqaeri 
;sjMi J^r ^t ïsk.)iài\ w-^L# que notts n'admettons point. 



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— Ml — 

fUiKf^f»^ lar jqnwuuM n i ' g» s» 

:ff«eii ^^ niK tir ^loam : nr aicnii luaic «nî* vc^ 

i^fMtUt^ *î*Jriiv^ iUt âmBwm». m a; 

vt (kt ii*r ain w ût vmtnr*» on: mt sri 

Mrt 'Att tkfijittS^ tz mT T'y ivoia: fjBOBrEcaHse i a 

fm tfu yjt'A dt tirxK ^jorrs df mss»s «I ce&ic qâ et mb 

elfei* b <mutf pkkDi^ ar^t v.f::^» »f nons. Rfmdsar la 
f4»t$UiUn$ é^k^tnime fanf rrtar-î ! . d «■ aî^aip a celle oc- 
fimiém, i\imf k^nqall y a ea tnusf'^u^ïalioii. la pappe en est 
frfiM t^lkr. KiMt/^ dit i peu près la mtoK ckosp. Jdiiîib pres- 
crit Ai*. ftiiUfj^r le terrain dans lei|ocl on Tent fiûrela planta- 
iUfft H iVmtefer toutes les espèces de branssulles qui s^r trou- 
fmt Kn pnfnant ce soin, on est dispensé de bboars profonds. 
Il Mifttrsi de tiire passer {dosieurs fois la diarTne et la berse. 
On difvra cnlinrer les broussailles et les pierres, celles surtout 
^|fii mmt tranchantes^ parce que toutes ces {nerres répan- 
iUwM li lu surface peuTent brûler le plant, lorsqu'elles sont 
h*Utt\tttiHi$ par la clialeur du soleil qui, en été, se fait sentir 
nnm lrit4;rru|)lion sur les corps solides (plus aptes aussi à la 
vmvvuitv.r). En hiver, ces mêmes pierres se refroidissent (et 
lui lransm<!U<*nt du froid) -, ainsi elles sont toujours nuisibles 
ou J(MHU) plnnt avec lequel elles sont en contact à la surface 
ilii mA, Au fond du sol^ au contraire, leur effet est tout autre, 
axv, <tiuiii U*ft K>*Andc8 chaleurs, elles procurent delà fraîcheur 
mu rnrinoK. 

Il fiiiii Q\iH5i, dit l'auteur, niveler son terrain autant que pos- 
sibles Bnns Jamais laisser de dépressions dans la vigne. Suivant 

(I) Lo texte nom pirilt fautif; Banqueri propose une correction <ial ne nous 
iitUftelt point et qui ne parait pas répondre à la situaUon. Il faut peat-étre 
Itre: L|i*LJ ^ Jjlju j\ l^ J^l l^ ^s)| ^jj»i\ ettfaduire 
comme noui Tavoni fait 



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— 1^9 — 

un autre^ il faut commencer par choisir le sol qui conyient 
aux espèces qu'on y veut cultiver et lui donner plusieurs bons 
labours, quand il est dans des conditions de qualité et de frai* 
cheur suffisantes. On le purge de tout ce qu'il peut contenir de 
bois, racines et autres corps étrangers; plus on aura multiplié 
la culture, mieux ce sera. Une culture profonde est ce qu'il y a 
de mieux et ce qui peut le plus longtemps entretenir le sol 
dans une fraîcheur etdesconditions convenables. Si, après tout 
cela, il est en un lieu arrosable, on peut procéder à la planta- 
tion. Dieu aidant. Les époques convenables pour la faire se* 
roDt indiquées plus loin collectivement (dans un même cha- 
pitre). D'après l'Agriculture nabathéenne, il faut, pour 
l'emplacement de la pépinière qui recevra les jeunes plants et 
les graines ou noyaux, choisir un terrain bien reposé de toute 
culture {litt. semence), et en jachère depuis un an ; s'il est pos- 
sible, depuis deux ans, c'est meilleur encore. La pépinière doit 
être exposée à l'action des vents. Le terrain dans lequel on re- 
plante les arbres doit avoir une analogie très-proche avec ce- 
lui delà pépinière où le semis a été fait, ou bien lui être pareil, 
n faut surtout se garder de porter un arbre d'un bon terrain 
dans un mauvais. 

ÀBTiaE I. 

Temps où doit se faire la plantaUon des arbres, des branches éclatées, des 
bourgeons et des boutures, d'après le livre d'Ibn He4]adJ. 

Sîdagos recommande de planter dans les régions chaudes 
en automne, surtout quand l'eau n'y est point abondante, afin 
que les sujets plantés puissent profiter des pluies de cette saison, 
de celles de l'hiver et de celles du printemps (Cf. Géop., x, 2). 
On peut planter aussi après la cessation des froids rigoureux, 
et lorsque les arbres approchent du moment où leurs boutons 
vont s'ouvrir. Le point capital pour la plus grande partie de 
ces arbres, c'est de leur donner de profonds labours en lignes 
(raies) rapprochées, afin que la terre conserve aux arbres 



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— 4»0 — 

qu'elle renferme l^umidité des irrigations. Dans les pays 
froids^ les plantations doivent se faire après que le froid a 
perdu de sa rigueur et de son intensiti^^ quand les branches 
vont se couvrir de végétation et les boutons s'ouvrir. La plan- 
tation automnale se fait^ parce qu^on obéit à cette opinion que 
dans cette saison les racines des arbres sont vigoureuses. La 
terre se trouve dans une bonne condition^ parce que le soleil 
d'été^ par sa chaleur^ Ta rendue plus légère, et, si la gelée ne 
vient point la saisir, amendée encore par les travaux prépara- 
toires, elle sera très-bien disposée à recevoir ce qui lui sera 
confié. L'automne est donc, suivant les partisans de cette opi- 
nion, la meilleure saison (liu. il est donc chez eux le meUleur 
pour cela). 

Suivant Junius, le moment convenable , pour faire les plan- 
tations, varie selon les contrées où on doit les faire et suivant 
leur position (géographique). Quelques agronomes conseillent 
de les faire après la vendange, quand les feuilles sont tombées. 
D'autres font leurs plantations au commencement du prin- 
temps; ils s*y prennent dès le 7 du mois de schebat (février). 
Le meilleur, en cela, est de planter les parties élevées et sè- 
ches, après la vendange, et les terrains de plaine ou qui y tou- 
chent, au commencement du printemps, dès le mois d'adar 
(mars). Les terres humides se plantent les dernières à la fin 
des époques. Les terrains salés se plantent à la suite de la 
vendange, parce que les pluies qu'ils reçoivent laveront ce 
qu'ils contiennent de mauvais et de délétère. Il faut, quand on 
leur donne les façons de culture, jeter au pied des plants de la 
bouse de vache, car ce genre d'engrais neutralise l'élé- 
ment salé. Les terres grasses doivent, pendant l'été, recevoir 
un labour profond (1)^ parce que, frappées par le soleil , elles 
s'échauflént (se brûlent); ensuite les pluies surviennent qui les 
ameublissent et les rendent aptes à recevoir très-promptement 



(1) Le texte porte mâ. etmnaitre; nous pensons qu'il faut Ure jk^ ffmUSLer^ 
cultiver profondément, qui donne un sens plus convenable et confonae d'ail- 
leurs aux principes d'agronomie et à ce qui Tient à la suite. 



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— iM — 

les direnes plantatioQs. Les terres légères n'ont aucun besoin 
d'être fouillées ainsi d'ayance, car la chaleur du soleil suffit 
pour les ameublir à Tégal de la cendre. Pourtant cette cul- 
ture profonde doit se faire comme la plantation^ à la même 
époque en automne. Les deux opérations étant faites à la 
même époque dans ce terrain^ le résultat sera avantageux. 

Junius dit qu'il en est (des praticiens) qui pensent que dans 
les terres chaudes^ en général^ la plantation doit se faire en 
automne. On commencera alors dès le milieu du mois de ti- 
cherin i*' (octobre) , pour continuer jusqu'au commencement 
da premier kanoun (décembre) (1). Les mêmes praticiens sus- 
pendent toute plantation jusqu'au 7 du mois de scbebat (fé- 
Tiier), quand il est chaud. Il faut^ dans les lieux qui sont expo- 
sés au froid de l'hiver^ surtout quand ils sont en montagne, 
commencer la plantation vers la fin du printemps. Car, quand 
l'air est froid, et qu'on y dépose de jeunes plants, il leur reste 
trop peu de force pour croître et se déyelopper. Il devient donc, 
par ces motifs, nécessaire de multiplier les plantations en au - 
tfmrne dans les lieux chauds. La raison (physique), c'est que, 
dans cette saison, ils sont peu disposés (liU, lents) à pousser; tout 
chez eux se porte vers l'émission des racines. Au printemps , 
(c'est le contraire) l'air est échaufiTé, et le végétal est disposé à 
produire la fleur qui est située à l'extrémité (des branches) 
plutôt qu'à lancer ses racines (2). Nous devons travailler aux 
plantations depuis la troisième heure du jour jusqu'à la 
dixième, par la raison que le vent se fait plus vivement sentir 
au commencement et vers la fin du jour. Quand on plante , le 
sol ne doit point être humide, ni boueux, ni sec en excès. 

Le même auteur rapporte aussi que Junius a traité de la 



(1) On remârqaerf ces noms de moto syro-maoédonieDS dans une citaUon at- 
triteée à Jiioius. Columelle dit en général : Arbores aiU radieata nmina au- 
iHumo seriio circa Idus octobrù. Taleat et ramos vere antequam germinare ar- 
bores indpùmt, Arb., XX. 

(2) Cet principes de la physiologie végétale andcnoe se trouvent dans les 
M^., X. 2. fions les retrouverons bientôt exprimés en termes un peu diffé* 
rents. 



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— 152 — 

plantation de l'oUyier (1). Nous aussi, nous en avons parlé fré- 
quemment dans d'autres endroits. Le terrain dans lequel se 
fait la plantation de l'olivier doit être chaud et humide. Si 
Tune ou l'autre de ces deux qualités vient à manquer, l'arbre 
reste stérile et improductif. Il faut donc, par cette raison, ef- 
fectuer la plantation (de cet arbre), soit en automne, soit au 
printemps, parce que, dans ces deux saisons, la terre est 
échautrée parle soleil, et que (de plus), dans la première, elle est 
mouillée par les pluies automnales. Elle est donc, en cette sai- 
son, dans des conditions de chaleur et d'humidité convenable 
par suite de l'état tempéré dans lequel se trouve alors Tatmo- 
sphère. Au printemps, la terre commence à s'échauffer, le froid 
qui venait du ciel a cessé. Le soleil dessèche et vaporise Veau 
qu'elle contenait en abondance. Ainsi soulagée de son excès 
d'humidité, la terre commence à s'échauffer et à fournir à la 
nourriture du jeune plant qui lui a été confié. Toutefois, 
l'automne est la saison favorable, plus que toute autre, à ces 
plantations. C'est donc à cette époque qu'il faut les faire, 
quand tombent les pluies, après le coucher des Pléiades, et 
' continuer jusqu'au moment où le froid acquiert de l'intensité; 
on suspend (le travail) jusqu'à l'arrivée du printemps, avant 
que les feuilles se montrent et que les branches s'ouvrent (à la 
végétation), car le temps qui s'écoule , depuis le solstice d'hi- 
ver jusqu'au commencement du printemps, est très- froid. On 
reprend donc les plantations au printemps, depuis l'ouverture 
de la saison, quand soufflent les vents du midi, mais on les 
interrompt, quand souffle le vent du nord. 

Voici ce que dit Kastos : L'automne est la saison la plus favora- 
ble pour les plantations, particulièrement dans les contrées où 
l'eau est peu abondante, parce que l'humidité qu'amène l'hi- 
ver arrive en totalité au si^get planté. Or, planter en automne 
est un principe sur lequel les savants sont tous d'accord. Oe- 
il) Columelle dit: Olca maxime côllihus siccis et argillosis gaudit; at humi- 
dis campis etpinguibus lœtas frondes sine fructibus affert. De arb. et— De Be 
rust, V, 9. 6, il dit à pea près la même chose. Les Géop. s'expriment aussi en 
termes analogues dans un arUcle attribué au Florentinus, IX, 4. 



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- 453 — 

pendant, on peut^ sans inconvénient, planter aussi au prin- 
temps. Rastos ajoute : habituellement les plantations se font 
partout en automne; j'approuve bien cette pratique; d'au- 
tres que moi l'ont suivie avec succès. Les savants donnent la 
prtférence à la plantation automnale sur celle faite au prin- 
temps, par cette raison que les arbres prennent leur accrois- 
sement, soit par leur extrémité supérieure, soit par l'extré- 
mité inférieure (selon le temps de la plantation). Or^ ce qui est 
planté au printemps se développe dans sa partie supérieure^ 
(c'est-à-dire^ par ses branches)^ et ce qui est planté en au- 
tomne se développe par les racines (V. sup., p. 451). Uestdonc 
bien plus rationnel de planter dans le temps où la croissance 
de l'arbre a lieu par le pied. Ici finit la citation de Kastos. 

Voici, dit Ibn Hedjadj, l'opinion des trois agronomes les plus 
notables de la science agricole. Us sont unanimes sur ce point : 
que la plantation automnale est la meilleure, ils se sont arrê- 
tés à cette opinion par les raisons indiquées précédenunent. 
Marsial, le médecin, dit que les arbres qui ont été indiqués (1) 
doivent être plantés, non dans les grands froids, mais au prin- 
temps, au moment où ils vont pousser, c'est-à-dire, à partir 
du mois de février. Fin de la citation, Ibn Hedjacy fait remar- 
quer que ce principe de la plantation au printemps se trouve 
en opposition avec l'opinion précédemment émise, comme 
on peut le voir. Quant à lui, il trouve l'opinion de Junius la 
plus raisonnable de toutes. 

L'Agriculture nabatbéennc dit que l'époque qui convient 
surtout pour planter la vigne depuis les régions de l'orient 
jusqu'à celles de l'occident, c'est la première partie du prin- 
temps. Suivant d'autres, les arbres plantés en automne don- 
nent un produit plus abondant que ceux plantés au printemps. 
Suivant un autre, on doit planter en hiver les arbres à bois 
dur, tels que l'olivier, le pistachier, le chêne, le jujubier, 
l'orme et autres pareils. Ceux d'un bois d'une dureté moyenne 

0) Les noms de ces arbres manquent, parce que nous n'avons ici qu'une ci- 
tatioD ineonplèle. 



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~ 154 — 

86 plantent au printemps avant la TégétaUon et rapparition 
des feuilles; ce sont : le figuier, le pommier^ le coignassier, le 
pêcher, l'abricotier et autres. Suivant d'autres praticiens^ tou- 
tes les plantations doivent se faire (au printemps)^ quand (les 
bourgeons) commencent à s'ouvrir (1), c'est-à-dire depuis le 
milieu de janvier; il y a exception pour Tamandier et autres 
dont la floraison est précoce ; ceux-ci veulent être plantés 
plus tôt. On ne doit planter aucun arbre, après qu'il s'est cou- 
vert de verdure^ et que ses feuilles se sont montrées, à l'excep- 
tion du grenadier, particulièrement, qui, planté dans cet état, 
réussit bien. 11 a été dit également que le prunier et le figuier, 
plantés ainsi , n'en ressentaient aucun mal. On a encore 
avancé que l'automne est, de toutes les saisons, la plus (conve- 
nable) pour faire les plantations, ensuite l'hiver. La plantation, 
faite au commencement du printemps, est moins bonne; car 
la saison des chaleurs qui survient, atteignant le jeune arbre 
pendant qu'il est encore vert et tendre, il ne peut se conso- 
lider, et par suite il se perd. S'il peut échapper (à cette 
épreuve), il sera tué par le froid. 11 faut, dans les régions 
chaudes, commencer à planter de bonne heure, de même pour 
celles qui sont froides, et surtout pour les prairies, parce que, 
dans celles-ci, et dans les endroits très-humides, la plantation 
n'est bonne qu'en automne; jamais elle ne l'est en hiver; elle 
n'y est avantageuse qu'après que les eaux se sont retirées et 
que le sol se trouve dans un bon tempérament. Ne plantez ja- 
mais, après Téquinoxe du printemps, aucune espèce d'arbre 
dans un terrain non arrosé. On a dit que ce qu'il y avait de 
mieux à faire, c'était de planter pendant l'hiver, dans cette 
classe de terrains, les bourgeons, les boutures, les branches 
éclatées ou drageons, les noyaux. Dans les terrains arrosés, on 

(1) Let6xte jorte .^^^ ÙJ>jssr*' it/l. se renouvelle par roM«er«ttre(de8bonr- 
geons) comme on vient de le lire; mais Banqueri préfère .^r^l^ 4u'U traduit 

ici comme partout par fecundare ; nous préférons le sens de germinart^ pwl- 
lularif qu'on trouve dani Costel, et qui est employé par les agronomes latins 
pour indiquer la végétation printanlère des arbres. 



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— 155 — 

peat planter toute espèce d'arbres pendant trois saisons de 
l'année, surtout au commencement du printemps, et quand ce 
sont des plantes munies de toutes leurs racines ou au moins 
de la plus grande partie, et dans leur motte; mais n'oubliez 
point d'arroser soigneusement. 

L'air et le Tent les plus fayorables dans notre pays pour 
faire les plantations, dit Abou'l-Kbaïr, c'est le vent du cou- 
chant, un ciel couvert et... (1). Ne plantez jamais dans un jour 
de ploie, sinon ToUyier exclusiyement. Les jeunes plants , ve- 
DOS de graines (lUt. de noyaux) (2), doivent nécessairement 
être replantés. Abou'l-Kbaïr ajoute qu'il a vu un amandier 
Tenu de graine, qui , n'ayant point été transplanté, était très- 
avare de ses fruits. Il ne faut point planter le vendredi ni le 
dimanche {lUL le jour de la 4jemah, ni le jour premier). Dans 
les chapitres qui suivront , nous indiquerons la manière de 
planter les noyaux, les graines, les branches (marcottes) bou- 
tures (ou plançons), et les époques (pour le faire), la volonté de 
Dieu aidant. 

Article II. 

Ëpoqoe de la plantation (semis) des noyaux (8). 

f Im el-Façel et autres disent que le moment où se plantent 
communément les noyaux, c'est celui où se mange le fruit. 
lorsque sa maturité est complète, et e'nsuite en novembre, 
décembre ou janvier, qui est la liujite extrême de cette 
plantation. En effet , ce qui serait planté plus tard serait 
atteint par la chaleur, qui le ferait périr, comme ensuite 

(1) Id eaBt le mot altéré jl^pt qu'où ne trouve nulle part, laissé non traduit 
par Banqueri. 

(2) Le texte porte LjLlJt JUiblI qui ne nous semble pas donner un sens 
eatisfalsant; nous préférons SxjLj) JLSib))^ Jeunes plants poussés de noyaux, 

{t\ On verra que l'auteur, dans eet article, n'applique pas le mot ^y)l, 
qa*on traduit toi^ours par noyau, seulement aux graines pourvues d'une éeoroe 
ligneuse et dure, mais encore à celles qui ne l'ont point telle, comme le gland, 
la châtaigne, etc. 



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— 156 — 

le froid le détruirait (liU. le brûlerait). La plupart des noyaux 
germent (poussent) au mois de mars. Les noyaux qu'on a cou- 
tume de semer chez nous sont ceux des arbres suivants : le 
pêcher, Tabricotier, Tamandier^le noyer, le prunier, Tolivier, 
le caroubier, le noisetier, le pin à pignon, le chêne, le châtai- 
gnier, Forme, le cerisier, l'azerolier, razederach, le palmier, 
le sorbier, le pistachier, le cyprès et autres. Le semis s'en fait 
de cette manière. On choisit le noyau frais, bien sain, exempt 
de défectuosité. Q doit venir d'un fruit bien mûr, cueilli sur 
un arbre d'une fécondité reconnue, d'une bonne saveur ; on 
ne peut rien espérer de bon d'un noyau qui ne réunit point 
toutes ces qualités. Âbou'l-Khaïr veut qu'il soit pris dans les 
fruits les premiers produits (lilt. du premier ventre). Ce sont les 
fruits qui mûrissent les premiers. OnetTectue le semis en car- 
reaux ou dans de grands pots de terre (ou terrines). A cet effet, 
on dispose les carreaux en terrain convenable, conformément à 
ce qui a été dit plus haut. Le sol doit être préparé par la cul- 
ture et amendé par des engrais vieux (terreau), et rendu frais 
par l'arrosage. On dépose les noyaux dans des trous alignés, de 
la profondeur de deux tiers d'empan (0"»077) ou un peu moins, 
se réglant d ailleurs sur le volume du noyau ou sur son exiguïté. 
On ramène par-dessus la terre végétale; on laisse entre chaque 
noyau l'inter^'alle d*une coudée, quand la transplantation ne 
doit point avoir lieu en motte ; mais, si elle doit se faire de cette 
manière, on laissera une plus grande distance. Tout cela au 
surplus sera indiqué jultérieurement. A la suite (de la planta- 
tion), on donne de l'eau, ayant soin de ne jamais laisser le ter- 
rain devenir blanc de sécheresse ; (on continue ainsi) jusqu'à 
ce que la germination soit complète et que le sujet ait atteint 
la hauteur d'une coudée pour le moins. Viendra plus loin l'in- 
dication de la manière de gouverner (la pépinière) jusqu'à ce 
que (le semis) ait pris de la consistance {lill. se soit fixé). Nous 
traiterons du semis des noyaux en pots (ou terrines) dans l'ar- 
ticle suivant. 



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— ^57 — 



Articxe m. 

SemJs des graines contenoes dans les fruits des arbres qui n'ont point de noyau; 
tels aoai : le coicnassier, le pommier, le poirier, le laurier, le cédratier, le 
bigaradier, le limonier (citronnier), te myrte, le cyprès, le pépin de raisin, la 
graine de flgoier, de mûrier et autres, dont le fruit renferme une graine (ou 
pépin). 

On choisit^ panni les pépins^ ceux qui répondent aux qualités 
indiquées précédemment (pour les noyaux), c'est-à-dire ceux 
qui Tiennent des fruits de la première récolte, et qui ont 
mûri les premiers. On fait les semis dans les mois indi- 
qués dans l'article qui précède, aûn que, la saison des cha- 
leurs arrivant, le jeune plant ait déjà acquis de la force et de 
la Tigueur. Il y a à craindre, pour les noyaux et graines se- 
més au printemps, que les jeunes pousses n'aient à souffrir 
de la chaleur et du froid des deux saisons (Fêté et Thiver) à 
cause de leur peu de force (ou faiblesse). 

Voici comment on procède : le semis des graines de toute 
espèce quelconque se fait dans des vases ou terrines d'argile 
neufs, percés dans le fond. On dispose dans ces vases de la 
terre meuble prise à la surface du sol, de très-bonne nature, 
ou toute autre terre de choix qu'on mêle avec un bon engrais, 
mais de façon que le vase ne soit pas comble (afin qu'il reste 
un vide) pour l'arrosemenl. Le semis se fait légèrement (peu 
épais), ayant égard en cela à la grosseur ou à la ténuité de la 
graine, c'est-à-dire qu'on le fait plus épais quand elle est petite 
ou 6ne, et qu'on peut craindre qu'une partie ne soit stérile 
(ne germe pas) ; mais on sème plus clair quand la graine est 
plus forte, et qu'on n'a point à redouter pareil inconvénient. 

On recouvre ensuite le semis d'une couche d'une épaisseur 
égale à celle d'une pièce d'étoffe (1), ou plus, d'engrais passé 

(1) Le texte porte : l'ëpaissenr d'une étoffe w«y)t ; mais il lemLle qu'il se- 
rait ploa raUonnel de lire ^^^1 <<» ^0h mesure souvent indiquée en pa- 
reflcas. ^ 



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— 158 - 

au crible; l'épaisseur^ du reste, deTra être réglée en raison de 
la force Tégétative {litt. pénétrante) de la graine, ou de sa fai- 
blesse. On projette par-dessus du dis$ (l) ou de Thalfa haché, 
pour le couvrir (et le protéger) contre l'action desséchante de 
l'air. On arrose ensuite, en faisant passer Teau à travers un 
morceau de natte d'balfa, ou quelque chose de pareil, pour 
empêcher que l'eau (en arrivant avec trop de précipitation) ne 
déplace la graine et ne la porte d'un lieu vers un autre. Si on 
peut, avant la germination, donner un arrosement à main (2), 
ce sera beaucoup mieux encore. C'est ainsi qu'on doit en user 
avec les graines délicates; or, celles qui le sont le plus sont 
celles de cyprès, de myrte, de mûrier, et autres analogues. On 
agit de même envers les graines fines, comme celles des 
ocymum et autres qui sont dans les mêmes conditions. Quand 
on a affaire à ces sortes de graines, le mode de travail doit 
toujoui*s tendre à une précaution minutieuse pour elles. 11 
faut suivre les arrosements avec beaucoup de soin, jusqu'à 
ce que le semis soit levé ; ils seront moins abondants à 
l'approche de l'hiver, et, quand les pluies surviennent, il faut 
les cesser tout à fait, parce que l'eau pluviale fournira suffi- 
samment à la nourriture de la jeune plante. Il faut encore 
ralentir l'arrosement à l'approche de la saison des grandes 
chaleurs, afin que la jeune tige prenne de la solidité (de la 
consistance) en cessant de croître (en hauteur); car, si la cha- 
leur l'atteint quand elle est encore tendre, elle lui fera du mal ; 
et, si elle lui échappe, le fix)id (plus tard) la tuera {liU. la brû- 
lera). Quand le semis des noyaux se fera en terrines, on le trai- 
tera par les mêmes procédés que ceux que nous avons indi- 
qués pour le semis en carreaux, et, si on le couvre d'une 
couche de sable^ on aura un bon résultat {liti. ce sera beau). 

(1) ^ri^ sorte de jonc, ampelodesmos tenax, Linck. Arundo feOucMes. 

Desf. Ula., arundo epigeioi^ Forsk, flor. ^-Ëgyp. 23. Stipa tenacissima, Pnx. 
(3) G'eêt-À-dire avec l^arrotoir ÏJ^y Cast et Marcel, vocab. (iraiiç. arab. 



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— 159 — 

Artiglb IV. 

On ne doit pas laisser (le jeune plant) en terrine plus 
d'une année. A cette époque^ on les repique dans les carreaux 
où 00 les élèye {jusqu'au moment de les mettre en place). Si 
on les laissait plus longtemps (dans la terrine)^ ils dépéri- 
raient D'un autre côté^ si on les repiquait a^ant ce temps^ on 
les tuerait^ et, surtout si ce sont des espèces à bois tendre, ils 
pendraient toute leur fraîcheur et ils s'étioleraient. On les 
transporte ensuite, des carreaux où ils ont grandi, dans les 
places où ils doivent achever de grandir (rester à demeure). 

Suivant Ibn el-Façel, Tarbre venu de noyau atteint son dé- 
veloppement normal et donne du fruit au bout de sept an^ . 
Celui venu de pépin {liU. graine) atteint sa croissance normale 
Ters quatre ans, et au bout de trois ans on replante ce qui a 
pris sa croissance. Abou 1-Khaïr défend de replanter le biga- 
radier avant qu'il ait atteint la taille d'un homme ; si on le re- 
plante avant qu'il ne soit arrivé à cette hauteur, il se perd. 
Dans un chapitre spécial, nous traiterons des soins à donner à 
celte espèce jusqu'à la reprise. Dieu aidant, (et de ce qu'il con- 
vient de faire), si on veut hâter la fructification et tirer plus 
promptement profit (de son sujet), avec la volonté divine. 
(}uand on ne veut pas laisser improductifs les carreaux dans 
lesquels on a fait un semis de noyaux, on peut y mettre des 
plantes dont la pousse a lieu (/t/(. qui sortent) avant celle des 
noyaux, comme la coriandre et autres. 

Article V. 
PlanUUon des branches éclatées; choix des plus belles (1). 

Ibn Hedjadj dit, dans celui de ses livres qui est intitulé 
Ài'ÈIoknah (le Suffisant) : tous les agronomes sont unanimes 

(I) f^^\ Utt. atuXivm^ branche arrachée, rappelle les ramt avulti^ du la- 

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— 160 — 

sur ce points que lorsqu'on veut détacher une branche d'un 
arbre, ou couper une bouture, il ne faut pas la prendre ail- 
leurs que du côté du levant ou du midi. C'est jiussi une des re- 
commandations faites par Junius, quand il dit de choisir en 
haut (lut. à la tète) d'un arbre des branches dans leur seconde 
année de pousse. On les prend sur la partie de Tarbre tournée 
au midi ou au levant, puis on effectue la plantation. Les bou- 
tures et les branches éclatées doivent être prises, suivant Mar- 
siai, du côté du levant ou du midi ; elles ne doivent jamais 
venir du côté du nord, car les plus belles branches sont au le- 
vant, ensuite au midi, enfin au couchant; celles qui viennent 
du côté du nord ne valent rien. 

Sodaboun dit que, quand on veut faire une plantation de 
quelque façon que ce puisse être, soit de branches coupées, 
arrachées (avulsa), éclatées, de branches enracinées (vivi radi- 
ées) , il ne faut jamais prendre que celles du côté exposé au soleil, 
et qui par suite ont ressenti l'effet de sa chaleur et se trouvent 
placées dans de bonnes conditions. En effet, tout ce qui est 
exposé à cette influence solaire est le plus avantageux, parce 
qu'il a reçu une (sorte de) préparation (1) qui le rend apte à 
reprendre plus promptement, et l'arbre qui en proviendra sera 
plus productif. En outre, les branches épaisses du pieJ, dont les 
yeux sont rapprochés, et jeunes, sont bien préférables à celles 
qui ont crû à l'ombre, qui sont grêles et efQlées. Ne prenez 
jamais de branche à l'aspect du nord, ni dans ce qui s'en rap- 

Ud, 7capa97ca8oi du grec, ou drageons ; cependant, nous croyons qu'il s'agit 
ici de branche détachée par éclat avec une portion des vieux bois, soit avec 
la main, soit à Taide d'un Instrument, comme dit le texte. Nous arrivons 
ainsi à la multiplication par les rameaux, ramisj des Latins, qui se rapproche 
de la multiplication par bouture, talea. Ce qui semble porter à cette interpré- 
tation, c*est que nous verrons l'art. Vlil, spécialement consacré aux drageons 
[avulsi), sous le nom de ^-•[yJ^, ;Jp.yJl etc., qui sont les turcuK sud 
gponte nati de Col. Arb. 1, I. V. Inf. pag. 16C. 

(1) f^f^f ^^tt, préparation donnée au cuir; sans doute que l'auteur emploie 
cette expression pour faire comprendre l'action exercée par la chaleur solaire 
sur la peau du végétal. 



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- 161 — 

proche; car ce qui pousse à Tombre est peu productif et tou- 
jours peu enraciné. 

Junius défend de prendre des branches sur la longueur de la 
tige; mais on doit les prendre vers le sommet. Selon dit qu^on 
dédaigne les branches crues sur le pied, parce qu'elles ont 
crû à Tombre, qu'elles sont étiolées, n'ayant pu ressentir l'effet 
(Tivifiant) de l'influence de la chaleur naturelle, et qu'elles sont 
comme noyées (litL accablées) par l'humidité; dans cet état, 
elles ne peuvent qu'avec peine effectuer leur reprise. Les agro- 
nomes sont encore d'avis que des branches telles ne peuvent 
jamais donner beaucoup de fruits ni grand produit, parce que, 
dans le principe de leur pousse, l'élément (lUt. la matière) hu* 
mide a été dominant, et l'élément chaud a été plus faible. Selon 
ajoute : Quant à moi, je dis : Si l'arbre (dans les conditions qui 
viennent d'être indiquées) donne peu de produits après sa re- 
prise et qu'il soit stérile, cependant, quand après la plantation, 
la reprise étant assurée, il a crû au soleil qui domine et ral- 
lume la chaleur naturelle de cet arbre, il reprend de la vi- 
gueur et du développement; cependant on dédaigne ces arbres 
qui ne s'enracinent que faiblement, principalement parce que 
leur chaleur est faible et peu favorable à la maturation du 
fruit. Nous avons précédemment indiqué quels arbres se mul- 
tipliaient par branches éclatées. Suis^ant un autre agronome, 
on doit, pour les plantations, choisir les branches épaisses 
(bien nourries) d'une belle venue, qui aient déjà donné du 
fruit, fortes du pied, pourvues de nœuds rapprochés, lisses de 
peau et exemptes de tout défaut. Il faut que l'arbre duquel on 
tire les branches soit d'un bon produit. On ne peut rien espé- 
rer de bon d'une branche grêle qui a poussé à l'ombre. Si la 
reprise en est facile, elle ne fournira jamais qu'un arbre peu 
productif. Il faut prendre dans le pourtour de l'arbre, et non au 
sommet, ce qui est à l'exposition du levant; c'est très-bien ; à 
son défaut, prenez au midi ; si vous ne le pouvez encore, pre- 
nez au couchant, et jamais au nord, parce que vous auriez un 
arbre d'un mince produit et dont le fruit, si l'arbre en donne, 
tombera avant la maturité. On en dit autant pour la branche 

11 

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— iM — 

qui a été prise au couchant. L'heure de la journée convenable 
pour détacher les branches^ c'est après que le soleil levant 
s'est fait sentir (litt. après le lever du soleil sur elles). On fait 
éclater la branche à la main, s'il est possible; sînon^ on la dé- 
tache avec un instrument de fer bien tranchant. La branche 
doit avoir deux coudées de long ; si on lui en donne plus^ il n'y 
a aucun inconvénient. 11 faut la prendre quand la sève est au 
complet el que le sujet en est bien rempli^ lorsque la végéta- 
tion s'établit et que la fleur va se montrer. On la plante dans 
des carreaux ou bien dans des pots^ et l'on arrose. 

Voici comme on procède pour mettre la branche en terre. 
On pratique dans un terrain disposé en carreaux une fosse (lUL 
sépulcrale)^ plus longue que large. Sa profondeur, s'il doit 
7 avoir transplantation, sera de deux empans (0'",462) environ. 
Si le sujet doit rester en place, on donnera une plus grande 
profondeur, qui sera du reste en raison de la longueur de la 
branche; on la couche en long (litt. étendue); on relève l'extré- 
mité perpendiculairement au bout de la fosse ; on laisse saillir 
au-dessus du sol la hauteur d'un doigt. On fait un mélange de 
terre végétale avec de bon engrais vieux, on rapporte ce mé- 
lange sur la branche, de façon que le trou ne soit point 
entièrement comblé. On comprime fortement la terre en la 
foulant aux pieds. La plantation des branches éclatées se fait 
aussi sur les canaux d'irrigation de la même manière. Il ar- 
rive encore qu'on dispose les principaux canaux d'irrigation 
de façon à recevoir la plantation des branches éclatées, de cette 
façon : en préparant les lieux pour l'établissement des canaoi 
d'irrigation, on fait des bords relevés, larges et proportion- 
nés à la longueur du canal lui-même, ou à la quantité de 
branches qu'on doit planter. Dans la partie inférieure, sont 
placées et rangées les branches, dont le bourgeon terminal 
de chacune fait saillie de chaque côté sur une longueur d'un 
doigt. On couvre de terre qu'on presse en foulant du pied. On 
organise des conduites d'eau, de chaque côté desquelles les 
bourgeons doivent former comme deux rideaux, entre les- 
quels l'eau coulera. Mous traiterons de la manière de ftûre os 



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— 163 — 

trayail dans les terrains élevés (non arrosés)^ dans le chapitre 
où il sera parlé de la culture {liU. plantation) des grands arbres 
dans cette classe de terrains, avec tout ce qui peut com- 
pléter Topération, (aussi bien pour les arbres eux-mêmes) que 
pour les drageons, et de tout ce qui se rattache à ce sujet (1). 
On laissera entre chaque plant un intervalle d'une coudée ou 
un peu plus dans les carreaux, quand il doit y avoir trans- 
plantation sans motte ; mais elle doit être plus forte quand 
elle doit s'effectuer en motte. Nous dirons, avec le secours de 
Dieu, la distance à observer dans les plantations en terrain 
élevé y de même aussi que nous indiquerons la manière de 
traiter les (sujets venus des) branches éclatées, jusqu'à ce que 
soit atteinte leur hauteur normale, Dieu aidant. 

Article VI. 

Manim de planter les bourgeons des arbres, tels que le pommier, le figuier, la 
ligne, le Jasmin et tontes les espèces d'arbres à fruits, où le liquide séreux 
(Ztfi. rfanmidlté) est très-abondant. Choix de ce qn^ll y a de plus convenable 
ponreetolifet. 

Suivant Hadj, de Grenade, il faut choisir (pour planter les 
bourgeons de pommier) ceux qui sont les mieux venus 
et ks mieux lancés. Pour le figuier, la vigne et le jasmin, 
on prend ceux dont les nœuds sont les plus rapprochés. On 
applique (du reste dans cette plantation toutes les indications 
et prescriptions) qui ont été faites pour les branches par éclat. 
L'époque de cette plantation est dans les mois de février et de 
mars. Le mode d'opération est aussi le même que pour ces 
branches éclatées et les boutures mises en carreaux et en lignes 
sur les canaux, opération qu^on verra dans l'article suivant. 
Dieu aidant 

(I) Od lit dans le texte L^L»»lj ^^^|pj> ?^^^ ^ dernier mot, Banquerl 
Ut : l|iL««t, qœ noos ne trouvons nulle part. Nous ne voyons pas d'incon- 
vfaiMits à laiiaer le mot du texte, avecle sens que nous avons adopté, dont le 
IttieoB et Gastel offre des analogues t quû aliquid eonnutitw, «te. 



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— 164 — 



Article VIL 



PUntatioii des boatores (ou plançons) et branches éclatées. Choix des meiUeaies 
et de ce qu'il y a de plus beau (I). 

On lit dans le livre d'Ibn Hedjadj^ à qui Dieu fasse miséri- 
corde, que la branche la plus convenable pour la multiplica- 
tion par éclats est celle qui est dans sa seconde année de pousse. 
Pour faire des boutures ou plançons^ c'est celle qui est âgée 
de deux ans ou de trois^ à cause de la sève qu'elle contient^ et 
quand cette bouture est mise en terre à peu de profondeur^ 
elle reprend facilement. S'il arrive qu'on emploie une bran- 
che nouvelle pour la planter en totalité^ il ne faut pas la met- 
tre trop avant^ ni la laisser trop longtemps (en pépinière) sans 
la replanter. Une bouture courte reprend facilement et pousse 
rapidement; une bouture (trop) longue pousse mal; c'est l'opi- 
nion de Solon. 

Suivant un autre auteur il faut^ pour les boutures (ou plan- 
çons), choisir des branches réunissant les conditions indi- 
quées pour les branches éclatées; elles doivent^ en outre^ être 
de la grosseur du bras ou d'une hampe de lance, ou du man- 
che d'une hache à peu près (2). La longueur de la bouture doit 
être d'une coudée au moins. On la coupe avec un instrument 
tranchant, prenant bien garde d'endommager l'écorce, soit en 
la détachant, soit en la taillant (pour l'aiguiser), ou en la plan- 
tant aux époques indiquées. Il en est qui veudent que la plan- 
tation des boutures de bigaradier se fasse dans l'engrais; voici 
comme on procède pour planter les boutures, soit en carreaux, 

(1) Jjj3 1 c'est le itiaaako^ des Grecs, Géop., X, 3. Taîea Pàllad. Mart.; CatOf 
De re r%ut,,\L\, Plln. XVII, 18. Dans cet article, Tauteur parle particullèreoient 
des bouturai, Tcdea, Cîava^ des Latins. En Champagne, le plançon est appelé en 
langage vulgaire Taie. 

(2) 11 s'agit vi8U>Iement dans ce passage du Clava qui, suivant Palladius. doit 
avoir des dimensions pareilles à celles indiquées ici, Claui manubrii cranitu- 
dine longitudine cubUali. Pallad. IV, 10, 12. Ici le plançon est Uillé en chcTiDe 
et fiché en terre. 



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sait sur les rigoles ou canaux d'irrigation* On prépare une che- 
Tille ou plantoir en chêne, ou toute autre espèce de bois dur, 
un peu plus longue et plus épaisse que la bouture; on enfonce 
ce plantoir dans le lieu qui doit recevoir cette bouture Jusqu'à 
la profondeur Toulue. On le retire ensuite et on le remplace par 
labonture elle-même en la frappant légèrement, puis on rem» 
plit le Yide qui reste autour de la bouture avec de la torre 
meuble passée au crible, ou du sable, jusqu'à ce que la cavité 
soit bien comblée. On arrose ensuite avec de l'eau; on laisse 
(en cet étal), puis on rapporte (de nouveau) de la terre meuble 
ou du sable, afin qu'il ne reste point à l'entour de la bouture 
le moindre vide. On plante les boutures en lignes avec les dis- 
tances indiquées pour les branches éclatées. Si on frappe sur 
la tête de la bouture pour la fixer plus solidement, il faut bien 
prendre garde que le bois ne se fende, ou que l'écorce ne soit 
endommagée, surtout si on plante des boutures de cédratier 
ou autres espèces pareilles. 

Autre manière de procéder (1). 

On commence par pratiquer, soit dans les carreaux, soit sur 
les bords des rigoles d'irrigation, des fosses de la longueur de 
la bouture. On la dépose dans la fosse préparée, on ramène la 
ierre par-dessus, et on la presse en la foulant aux pieds; puis 
on se conforme (pour les soins ultérieurs) à ce que nous indi- 
querons plus loin pour la culture des légumes et des arbres. 
Dieu aidant. Les boutures devront être plantées en lignes, en 
laissant entre chacune d'elles une dislance pareille à celle que 
nous avons indiquée dans l'article qui précède. 

(I) Ou» ce procédé^ lemorceau de la boutare doit être enfoui en totalité, comme 
le prescrit PaUadius. Loc. cit. Clava qux omnis obruitur. Tliëophraste parle 
aiMU de mode de multfplicaUon des arbres H. P. 11,1. C'est un procédé analogue 
an «mû m tronçons de nos horticulteurs. 



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— 166 -- 



abtigle vni. 



PlaDtatioD des branches dites el-natoamiy ^|y3t al-lafdt C^liUI el- 
lawahiq i^^^^ (drageons). 

On examine (ce qui est dans des conditions convenables), 
on arrache ce qui peut être arraché avec ses racines, on le re- 
plante en pépinière ou bien on le met en place de suite, là où 
il doit donner son fruit (rester à demeure), si toutefois le sujet 
peut convenir. Le plus souvent, la plantation se fait à l'époque 
où se fait celle des arbres de l'espèce (à laquelle appartient le 
drageon). Si le sujet ne peut être enlevé avec ses racines, on a 
recours, pour lui en faire pousser, à l'art, c'est-à-dire qu'on 
le soumet à l'opération (de marcottage) dite taghtis (submer- 
sion), ou à celle dite istilaf (emprunt), suivant ce qui convient 
le mieux. 

Manière de procéder à l'opération dite taghtis ou takbis (enfouis- 
sement) marcotte par couchage (l). 

Il faut avant tout choisir les pousses les plus vigoureuses, 
les plus longues, les plus droites et les plus exemptes de toute 
espèce de défaut et de difformité, (c'est-à-dire) qu'on prend 
ce qui se rapproche le plus des conditions exigées pour les 
branches éclatées. Il faut aussi faire attention à ce que le sujet 
soit greffé, parce qu'alors, s'il est bien fructueux, on est dis- 
pensé de le faire de nouveau. Il doit en être de même pour les 
branches éclatées, les bourgeons et les boutures qu'il faut 
toujours prendre (aussi) sur un arbre bien productif, sinon on 

(1) %*i^O\ Ce verbe, à la première forme, a le sens de obruere, depri- 
mère, etc.; a la seconde, celui de eoacervare quid in capiit, et par suite, mul- 
tiplicare, propagare ; pratiquer la multiplication par marcotte, ou couchage, 
ou provignage (F. Gast.). Ce mot est générique pour toutes les sortes de mar- 
cottes, y compris celles en pots ; souvent on le trouve au pluriel ^y^^ oj dans 
ce sens. U est synonyme de Fhébreu talmudique hdbrakah roiSI. 



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— 167 — 

derra le greiSer. On doit user de la même précaution dans le 
choix des branches pour éclat, des bourgeons, des boutures 
qu'on doit toujours prendre sur des arbres qui donnent de 
bons fruits, sinon on deTra (plus tard) en venir à les greSér. 
Mais la plantation la meilleure, la plus avantageuse, est celle 
qu'on fait avec des sujets pourvus de racines (vivi radiées des 
Lat). (On procède à l'opération du couchage comme il suit : ) 
On pratique pour chaque brin une fosse (1) qui, partant de la 
naissance du brin, va en s'éloignant. La profondeur doit être 
de deux empans et demi environ (0,46), et la longueur égale à 
celle du brin (ou rejeton). On incline celui-ci doucement, on Té^ 
tend en long dans la fosse, de manière à laisser saillir l'extré- 
mité ou bourgeon sur une petite longueur, qui se relève en sui- 
vant la ligne droite (2) de l'extrémité de la cavité. On ne 
détache point le brin de la souche, mais on l'y laisse adhérent, 
afin qu^il en reçoive des sucs nourriciers. On ramène ensuite 
la terre par-dessus, on la tasse en la pressant du pied. Le 
rejeton reste dans cet état jusqu'à ce qu'il ait pris racine, et 
alors on fait la transplantation. On peut soumettre à cette opé- 
ration tout rejeton ou brin en sève qui en est susceptible. Si la 
branche sur laquelle on veut agir est adhérente à une souche 
deyigne et qu'on veuille l'allonger pour la faire arriver aussi 
Un que possible, on s'y prendra de la même manière. Quand 
OQ yeut laisser le brin de sarment adhérent à la souche, mais 
qu'il n'en tire qu'une partie des sucs nourriciers, on donne 
une torsion très-légère vers le point de jonction (avec la souche 
mère), puis on couche ce brin en long dans la fosse. C'est sur- 
tout avec les vignes jeunes plantées en terrain non arrosé que 
cette opération est avantageuse. Dans les terrains susceptibles 
d*inigation, il faut, sans exception, donner de l'eau et conti- 
nuer pendant une année entière ou même plus. Ensuite on 

(1) lijÂ. KH. une fente, une déchirure, SuUtu. Col. de Àrb., 7, 8. 

(2) L^jù^j l3j^^ >^Si^ \^^ f^ ^t'f^. avec le cube de ce sillon qui, 
à 100 aMnité, c'eat-à-dlre en suivant Tangle droit, fiOt rextrémité de la ca- 
vité. 



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— 168 — 

fait avec un instrument tranchant une légère incision pour 
diminuer la force végétative que reçoit le brin de la souche 
mère. Après un intervalle de trois ans ou même de cinq^ 
suivant l'état de la vigueur qui se manifeste^ on opère la sec- 
tion complète de la souche avec le brfn^ afin que celui-ci ne 
tire plus sa nourriture que de ses propres racines^ ou bien 
on e&èctue la transplantation^ s'il est nécessaire. Si le brin 
est encore trop court pour atteindre le but auquel il convient 
(qu'il arrive) , on recommence à l'étendre (en répétant l'opé- 
ration) l'année suivante^ et cela lors même que la vigne aurait 
déjà donné du fruit. La saison favorable (pour le couchage 
ou provignage), c'est avant que les boutons ne s'ouvrent; on 
peut cependant le pratiquer après sans danger. Toute espèce 
d'arbre se prête à cette mesure en tel temps que ce soit^ quand 
le rameau n'est point détaché de la souche. Hadj, de Grenade, 
raconte qu'il lui est arrivé de coucher des rejetons de myrte 
et de jasmin pendant l'été, dans le plus fort de ces deux sai- 
sons (1); l'opération a parfaitement réussi, et les deux sujets ont 
atteint leur grosseur normale (pour la replantation). Quelque- 
fois il arrive que l'arbre n'a point de rejet, ou qu'ayant été 
frappé de quelque accident, ou de vieillesse ou par toute autre 
cause, on l'a coupé vers le pied; il en sort alors des rejetons 
sur la souche, à l'aide desquels on peut pratiquer l'opération 
décrite, ce qui se fait pour les bigaradiers et leurs congé- 
nères (2). 

Autre manière de procéder, analogue à la précédente. 

On choisit sur un arbre très-fertile et de bonne qualité une 
branche verte (c'est-à-dire bien en sève), qui donne du fruîl. 
Elle doit être longue, pour que le sommet puisse atteindre le 

(1) LàJt j.^^^ j j ,^9-^' f.^r-' v3 pendant le sinioamde rétê et 
pendant le slmoam de ThiTer. 

(2) Il se forme ce qu'on appelle dis mères. 



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— 169 — 

sol (étant courbée) (f), réunissant d'ailleurs toutes ou la plus 
grande partie des conditions voulues pour les branches écla- 
tées. On attache au sommet une corde ou lien solide^ on fait 
ensuite incliner cette branche jusqu'à ce que le sommet 
touche à terre ; on fixe la corde à un piquet solide^ pour 
que la branche (soit maintenue courbée)^ sans pouvoir se re* 
dresser avant d'avoir atteint le but qu'on se propose. (Ceci fait) 
on creuse^ pour recevoir le sommet de cette branche^ une fosse 
longue, de la profondeur de deux empans (0"',462)^ ou même 
plus. On étend en long, dans cette fosse, la sommité de la 
kanche; on recouvre déterre meuble, qu'on presse fortement 
eo foulant avec le pied, à peu près comme on le fait dans la 
pratique du couchage, dont ce procédé est un autre mode. On 
a bien soin d'arroser la souche (mère) et la branche couchée, 
et de l'entretenir (de bons soins) jusqu'à l'expiration d'une 
année. Si alors l'état de la végétation et la vigueur de cette 
branche portent à en induire qu'elle tire sa nourriture de ses 
propres racines et qu'elle peut se passer des sucs nourriciers 
qui viennent de la souche mère, on en opère la séparation avec 
un instrument tranchant. S'il en est autrement (c'est-à-dire 
$i la branche n'est point enracinée), on la laisse jusqu'à ce 
qu'il soit visible qu'elle l'est. (Dans le cas précédent), après avoir 
attendu une seconde année après la séparation de la branche, 
si (ce nouveau sujet) est en état d'être replanté, on l'arrache 
avec ses racines, ou même sa motte, si l'arbre est une de ces 
espèces qui veulent être transplantées de la sorte ; ceux qui 
l'exigent sont les arbres dont les feuilles ne tombent point. 
On dépose le sujet dans le lieu qui lui est convenable, et dans 
lequel il portera ses fruits. Dieu aidant. C'est en terrain arrosé 
surtout que ce procédé réussit le mieux; il est avantageux 
aussi pour le figuier, dont on courbe jusqu'à terre la branche 
qui se présente (le plus commodément), puis on opère ainsi 
qu'il a été dit précédemment. On éclate aussi une grosse 

(I) Le texte porte ^jlJt i^ ^js^i,mBls\\ faut lire éyidemment ^sM 
^\ t^^ comme deux lignes plus bas. La rédaction est elliptique. 



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— 170 — 

branche qui donne da fruit, sans la détacher entièrement dn 
tronc; on la courbe jusqu'à ce que le sommet atteigne le sol, 
et on couche en terre les branches, suiTant le procédé indi- 
qué. (Cette branche) ne cesse point de tirer sa nourriture de 
la mère, jusqu'à ce qu'elle ait poussé des racines qui lui suffi- 
sent; alors on opère la séparation. Cette pratique est très- 
aTantageuse et très-profitable pour un rejeton partant du 
tronc ou poussé dans la proximité, parce qu'on obtient du 
fruit plus promptement. Il peut arriver aussi que la branche 
ou le drageon poussé au pied ou dans le voisinage ne se prête 
point à l'opération du couchage ; on supplée en amoncelant de 
la terre au pied, ou bien on en rapporte de manière à former 
une butte, dans Fintérieur de laquelle l'arbre pourra pousser 
ses racines. On arrosera avec soin jusqu'à ce qu'elles soient 
poussées, procédant du reste, ainsi qu'il a été dit plus haut. On 
peut encore introduire la branche (ou pousse) dans un vase 
d'argile neuf, comme on le pratique pour la marcotte en pot. 
On le remplit de terre meuble et l'on arrose avec soin jusqu'à 
ce que les racines se soient produites ; ce système d'opérations 
est très-bon. Les opérations dites al-inqalâb v^^^t inversion 
ou tagthis, immersion (c'est-à-<lire couchage ou provignage)^ 
s'appliquent aussi très-bien à la vigne, soit en souches, soit 
montante , ou bien lorsqu'il y a dans l'intérieur (du 
champ) de ^grands vides, et que dans le voisinage il y a des 
souches et des plants (i). (Dans ce cas) on creuse une fosse 
d'une dimension suffisante pour recevoir le plant de vigne 
tout entier. Cette fosse sera pratiquée au pied de la. sou- 
che, se dirigeant vers le lieu du côté duquel on veut faire ar- 
river les brins du sarment, où des fosses seront ouvertes dans 
toutes les directions, s'il est nécessaire. On prend bien garde 
d'endommager ni de couper la souche ou les grosses racines 
qui sont les bases (essentielles). On dégage la terre pour 
déchausser cette souche et ses racines principales. Les fosses 
étant préparées dans les directions par lesquelles on veut faire 

(1) V. Gd. De orbor., VI. Géop. IV, 3. 



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— 171 — 

sortir les brins de sarment^ on les y couche avec la souche elle- 
même tout entière, prenant garde de rien (éclater ni) déra- 
doer^ laissant saillir les sarments au-dessus du sol, là où 
il est conyenable de le faire pour combler lesTides. On retran- 
che tout ce qui peut être inutile, on ramène la terre sur le 
tout, on la presse du pied fortement, ainsi qu'il a été dit plus 
haat pour les diverses plantations. Ces proTins ne cessent 
point de reoevoir la sève nourricière de la souche mère, qui 
eQe-raéme se nourrit par ses propres racines. Ils croissent vi- 
goureusement et largement, donnent du fruit dans Tannée 
même, et en très-peu de temps ils deviennent eux-mêmes des 
plants ou ceps, tandis que la souche mère se pourrit promp- 
tement. On peut appliquer ce procédé aux vignes montées. 
Un point capital (dans ces opérations), c'est d'éviter de rien 
couper, surtout dans les racines principales. On pratique 
l'opération avant la taille de la vigne ; c'est une époque (du 
reste) bien connue pour la plantation des arbres; l'automne 
est la saison la plus favorable. On procède de la sorte pour les 
vignes montées : on couche, dans le sillon ou fosse, le corps 
tout entier de la tige montante; on étend dans divers sens les 
diverses branches dans les sillons préparés à cet effet. On 
laisse saillir aux divers points où il est convenable de le faire, 
l'extrémité des provins, se réglant du reste sur ce qui a été 
dit antérieurement, et alors la réussite est assurée. Quant à 
moi (dit l'auteur), j'ajouterai qu'on peut, avant de couvrir de 
terre les provins, pratiquer la greffe par térébration dans les 
parties les plus épaisses de la tige ou corps du plant; on laisse 
sortir hors du sol l'extrémité des branches dans les endroits 
convenables, et si on se conforme à ce qui est enseigné au 
chapitre de la greffe, tout réussira bien, la grâce de Dieu ai- 
dant, par cette raison que la greffe et la plantation se feront 
simultanément. Un des moyens les plus efficaces pour assurer 
la réussite des marcottes par le couchage, comme par celui 
des procédés analogues, c'est d'avoir grand soin de donner 
de l'eau et de pratiquer l'opération en automne. L'auteur 
ajoute : Si, quand on recouche des vignes montées, il se trouve 



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«- 172 — 

quelques parties qui^ à cause de leur gibbosité^ restent appa- 
rentes sans qu'il soit possible de les couvrir de terre entière- 
ment^ on les laisse telles qu'elles sont pour les couper plus 
tard quand la reprise sera bien assurée^ Dieu aidant. 

Article IX. 

Comme se pratique l'opération nommée ùtUaf ,^_jjisJat {marcoUe en put 
ou en entonnoir), employée pour la multiplication des arbres, on peut l'appli- 
quer à toute espèce d'arbrej elle a quelque analogie avec le genre de marcotte 
qui vient d*étre décrit. 

Cette opération consiste en ce qu'on prend un pot de terre 
tout neuf semblable à une grande chaudière (une terrine), con- 
venablement large de la base et de l'ouverture ; on en prépare 
un nombre égal à celui des sujets sur lesquels on doit opérer. 
Au fond de chacun de ces vases est un trou de dimension ré- 
pondant à la grosseur de ce qui doit y être introduit, sarment 
ou branche de myrte, de jasmin, de poirier, de cédratier ou de 
toute autre espèce que ce soit qu'on veut marcotter de cette 
façon. Si c'est un arbre fruitier, vous choisissez une branche ou 
un rameau dont la disposition réponde à la meilleure (et la plus 
convenable) de celle indiquée pour les branches éclatées; 
qu'elle soit placée au sommet, sur la tige, ou au pied de l'arbre, 
(peu importe). On enlève toutes les brindilles qui peuvent s'y 
trouver, ne laissant qu'un seul bourgeon au sommet. On intro- 
duit alors la branche, (ainsi préparée) par son extrémité, dans le 
vase par le trou pratiqué au fond, de manière que le sommet 
sorte par l'ouverture (et dépasse) les bords. On fait descendre 
le vase jusqu'à la rencontre de la bifurcation du rameau sur la- 
quelle il s'appuiera, ou bien seulement jusqu'au point qui con- 
vient (à l'agronome), soit de la totalité, soit d'une partie seule- 
ment du rameau . On fait descendre jusqu'à terre quand on opère 
sur un arbre d'un seul jet (1), ou si ce jet part d'un point qui 

(1) i^jsu» ijo^^ litt. arbre simple, c'est-à-dire formé d'un seul Jet, non ra- 
mifié, et qui permet au vase d'arriver Jusqu'à terre. 



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- 473 — 

y touche. S'il arrive que le vase ne puisse s'appuyer sur la terre, 
pratiquez au-dessous du vase, au point où il doit s'arrêter, une 
espèce de bourrelet (l) formé de loques tordues, ou tout sim- 
plement avec une corde, sur lequel le vase viendra descendre 
et s'appuyer. S'il arrive que l'arbre ne soit point assez fort pour 
supporter la charge, si y ous craignez que le vent n'agite le vase, 
(sorlout) si l'opération se fait sur un point élevé, on pratique 
soQsle vase une sorte de petite plate-forme ou estrade en bois (2), 
au moyen de quatre pieds ou poteaux, ou de toute autre façon 
que ce soit, sur lesquels on ajuste une planche sur laquelle 
repose le vase. On en assure la stabilité par la plate-forme elle- 
même, ou bien à l'aide de la branche la plus rapprochée, par 
un lien solide, de façon à prévenir toute oscillation que pour- 
rait causer le vent. On bouche ensuite les vides qui peuvent 
encore exister dans le trou pratiqué pour le passage de la 
branche, au moyen de petits coins de bois, ou bien avec du 
plâtre ou de l'argile assez glaiseuse pour empêcher la déper- 
dition de l'eau ou de la .terre qu'on introduira dans le vase. 
On remplit ensuite avec de la terre végétale de bonne qualité, 
mêlée d'engrais vieux, de façon que la cavité ne soit point en- 
tièrement comblée, (mais qu'il reste un vide) pour la facilité de 
Tarrosement. La branche s'élève du milieu de cette terre vé- 
gétale bien tassée à la main ; enfin, tout étant assis d'une ma- 
nière stable et de niveau, on arrose avec de l'eau douce. Si le 
vase porte sur la terre, qu'on puisse l'y faire plonger ou qu'on 
puisse ramener assez de terre à l'entour pour former une 
butte, ce sera très-avantageux. Il ne faut point négliger 
d'arroser le pied de l'arbre ou la terre qui contient le vase, 
sans jamais la laisser se dessécher. Les arrosements doivent se 
continuer pendant longtemps, jusqu'à ce que la branche ainsi 
préparée (liti. qui est entrée dans le vase) ait poussé des xa- 
dnes, et alors on s'occupe de la replanter, ce qui a lieu au bout 

{]] JlsB^ 2t<t. anneau qae les femmes portent aux jambes. Compe«,j)«n>- 
cHiSy te, ornamentum muliebre infirma tibix, Cast. 
WjIj^ {fit. un siège, un trône» etc. 



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— 174 — 

d'an aa ou plus tard. Aussitôt qa'on a acquis la œrtîtade (de 
Texistence de ces radoes)^ on opère la section de la tige au- 
dessous du Tase avec beaucoup de précaution^ dans la crainte 
qu'en causant de l'agitation à la terre du vase elle n'aban- 
donne la racine. On transporte vers le trou (préparé i Tayance) 
le sujet avec le vase (qui le contient) qu'on brise avec pré* 
caution pour que la terre ne se détacbe pas , on opère la 
plantation avec la motte, et immédiatementonetTectuerarrose- 
ment. C'est un excellent mode de multiplication {lilt. planta- 
tion) ; il est très-rare qu'il trompe l'espoir de l'agriculteur. 
Quand le vase porte sur la terre ou qu'il en est très^approché 
(il arrive), après qu'on a coupé le sujet marcotté, qu'il repousse, 
de la souche restante, un ou deux rejetons sur lesquels on 
pourra, quand ils auront atteint les proportions du premier, 
agir de même; et l'opération se répétera, sans interruption, 
jusqu'à ce qu'on ait multiplié dans la quantité voulue cet arbre 
unique (de son espèce). Mais, si le rameau est placé au sommet 
de l'arbre, ou (quelque part) sur la tige, dans un lieu qui ne 
permette point de l'enfouir avec le pot, il ne faut pas négliger 
d'assurer la solidité du vase en le fixant avec un lien i la 
branche voisine; sinon, on dispose une estrade de bois de la 
manière que nous avons dit pour empêcher que le vent, en 
causant de l'agitation, ne désagrège la terre, et que le sujet 
périsse. Il faut toujours aussi être soigneux de donner de l'eau 
pendant une année tout entière, sans jamais attendre que la 
terre soit sèche. Le moins qu'on puisse faire, c'est d'arroser 
deux fois la semaine, hors la saison des chaleurs. Il faut encore 
être bien attentif à garantir le vase des coups de vent qui 
causeraient une commotion au suget (et à tout l'appareil). 
S'il en était ainsi, il faudrait ramener la terre à l'eniour du 
sujet avec soin. Lorsqu'au bout d'un au on trouve qu'il a 
poussé des racines qui se montrent sous la partie inférieure du 
vase, c'est un indice qull en existe aussi dans l'intérieur; d'où 
on pourra couclure que la marcotte a acquis assez de forces 
pour tirer par elle-même sa nourriture de la terre contenue 
dans le vase. Il est bon aussi, quand on introduit la branche 



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— 175 — 

dans œ y^se, d^y faire entrer en même temps les branches 
grêles (ou brindilles)^ ou les nœuds qui peuvent faciliter l'émis- 
sion plus prompte des racines^ la Tolonté divine aidant. Si on 
peut ne détacher le sujet marcotté de sa tige mère^ qu'au bout 
de deux ans^ ce sera très-bien aussi. Kastos et autres ont décrit 
un système de marcotter à peu près pareil, avec cette modifica- 
tion; c'est que^ quand on sépare le sujet de la tige mère, après 
qa'il est pourvu de ses racines, et susceptible d'être replanté, on 
effectue cette plantation avec le vase sans le briser. La cavité 
pour le recevoir aura la forme d'une fosse sépulcrale. On y dé- 
pose le pot et le sujet dont on relève la tige, de façon à suivre 
TaDgle droit du bord de la fosse. On ramène ensuite la terre 
sur la totalité; on la comprime bien, sans négliger de donner 
de Feau. Au bout de deux ans, on relève la terre qui couvrait le 
Tase, et on trouve (1& partie inférieure de) la tige pourvue d'un 
chevelu de racines qui rendent inutiles celles qui sont conte- 
nues dans le vase. On opère alors la section du sujet avec beau- 
coup de précaution en avant de Torifice du vase, à la distance 
de quatre doigts, (ce qui laisse une portion) de la tige, qui 
resle (1) en avant du contenu du vase. On extrait celui-ci de la 
cavité; on ramène la terre sur le sujet, en la pressant fortement, 
ayant bien soin de donner de Teau. Le plus souvent on laisse 
en terre le vase ayant son ouverture à fleur du sol avec le tron- 
çon de la tige coupée, on arrose soigneusement. Alors on voit 
pousser un second arbre susceptible de transplantation. On 
opère encore comme il vient d'être dit. On remet en terre (de la 
même façon) et l'on obtient ainsi un troisième sujet pour la 
transplantation. On répète la même opération jusqu'à ce qu'on 
8oît arrivé à multiplier son arbre autant qu'on le désirait. On 
peut pratiquer sur toute espèce d'arbre que ce soit la méthode de 
reproduction par couchage, inversion et marcotte en pot, aux 
époques indiquées, soit en terrains arrosés, soit dans les ter- 



(1) Od Ut daiM la texte Ju» qui ne doune aucon sens ; nous Usons J^ 
fiilosiDpliàle le sens de la phrase. Cette correction eet indiipiée par oe qn'on va 
Ibt* 



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— 176 — 

rains qui ne le sont point, dans un sol amélioré. Jugez donc, 
d'après ce qui a été dit, les cas analogues, et vous réussirez, la 
volonté divine aidant. S'il est possible d'ajuster au-dessus de 
cette terrine (qui contient la marcotte) un autre petit vase rem- 
pli d'eau douce, et percé d'un trou très-étroit par lequel Teau 
s'échappe goutte à goutte de façon à entretenir constamment la 
terrine et son contenu dans un état d'humidité régulière, ayant 
soin de remplir quand Teau est réduite à moitié, c'est un des 
meilleurs procédés qu'on puisse employer pour fournir de 
l'eau à la marcotte et à toute espèce de gretTe. Nous en parle- 
rons ultérieurement, ainsi que de tout ce qui y ressemble, la 
volonté divine aidant. 

Article X. 

Manière de gouverner les noyaax» les (pépins et) graines, les branches éclatées, 
les bourgeons, les boutures et les rameaux dont nous avons parlé, pour as- 
surer leur conservation; surveillance à exercer jusqu'à ce qu'Us aient atteint 
leur croissance normale et qu'ils soient arrivés à Tétat d'arbres parfaits, 
Dieu aidant. 

Abou'l-Khaïr et d'autres (agronomes) recommandent de don- 
ner de l'eau largement aussitôt que (le semis ou) la plantation 
sont terminés, sans laisser la terre prendre une teinte blanche 
par suite d'un arrosement trop faible. Il faut donc arroser 
pendant huit jours consécutifs, ensuite seulement tous les 
quatre jours pendant quinze jours, jusqu'à ce que la reprise de 
la bouture se manifeste. S'il vient une pluie abondante, on 
suspend tout arrosement; lorsqu'elle vient à cesser, on les 
reprend comme il suit : pendant l'hiver, on arrose tous les 
quinze jours ; hors de cette saison, on le fait tous les huit jours. 
On arrache toutes les mauvaises herbes qui poussent au 
pied et dans les intervalles; on donne un bon binage avec le 
sarcloir (ou petite pioche), prenant bien garde de le porter 
trop près (de la bouture) pour ne pas offenser les racines en- 
core si délicates; il ne faut point remuer la terre qui tient au 
sujet. On n'oubUe point d'arroser toutes les fois qu'on voit le 



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— 177 — 

solblanchir à sa surface. Au bout de quatre mois, quand il ne 
(ent plus rester aucun doute sur la reprise de la bouture^ et 
qu'elle a déjà acquis de la force^ on donne un bon binage. Et 
quand le terrain a été mis dans une condition satisfaisante, on 
loi donne, autant qu'il peut en supporter, un engrais composé 
de fumier de quadrupèdes (animaux domestiques), de cendre 
et d'engrais humain, par tiers ; on incorpore ce mélange au ter- 
rain au moyen d'un binage. Il faut excepter les bigaradiers et 
espèces congénères auxquelles on donne l'engrais humain seul 
en le mêlant avec le sol au moyen du binage (comme il >'ient 
d'être dit). On reste en repos pendant huit jours, ensuite on 
donne de l'eau et un peu de terreau si le terreau îIj^I 
peut être couTenable (1), puis on continue à entretenir (le 
tout) en bon état par la culture et les arrosements. Tout cela a 
déjà été dit précédemment, et nous le répéterons encore lors- 
que nous traiterons de la plantation (ou culture) de chaque 
espèce en particulier; en suivant ces préceptes, on aura des 
arbres en bon état et bien Tenants» la volonté de Dieu aidant. 
Four les boutures de coignassier, de grenadier et autres espèces 
pareilles, il faut, avant que leur reprise se manifeste, cultiver 
dans les carreaux, dans les intervalles {lilt. avec eux], des plan^ 
tes potagères qui exigent beaucoup d'eau, comme des plants 
d'aubergines ; ce sera très-avantageux pour les boutures, 
parce que les tiges (de ces aubergines) s'élevant au-dessus 
d'elles (2), elles seront protégées contre les ardeurs du soleil. 
Déjà, aussi, nous avons dit qu'il fallait, dans les carreaux où 
sont semés les noyaux, mettre de la coriandre et autres plan- 
tes qui occupent le terrain pendant un temps aussi long 
qu'eux, et dont les germes aussi se montrent simultanément. 
La quantité d'eau nécessaire a déjà aussi été indiquée, mais 
nous la rappellerons encore dans chaque chapitre spécial, la vo- 
lonté divine aidant. 

(IJ Cette pbrasa a été rejetée par Banqueri, qui la trouve confuse. 

(2) jJJI JU jas^ s'élèye en arbre, forme un arbre au-dessus de la bou- 
ture. 

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— 178 — 

AincLB XI. 

Le meilleur système de plantation qu'on puisse adopter 
pour les branches éclatées (et drageons), les boutures, les 
bourgeons, les rameaux, c'est d'en placer deux dans chaque 
fosse, parce que si l'un Tient à manquer, l'autre réussira. Pour 
les boutures de grenadier, il faut en mettre trois ensemUe ou 
même un plus grand nombre. Le but qu'on se propose en 
cela est de les lEaire pousser en touffe pour rendre la fructifica- 
tion moindre et pour que le soleil ne brûle point les grenades, 
(ce qui a lieu) quand les arbres sont trop espacés entre 
eux. Les boutures de grenadier, d'olivier et de coignassier 
peuvent être couchées en terre sans qu'il en résulte le moindre 
inconvénient. On peut faire de même pour les branches écla- 
tées ou drageons. On dit même que ce système peut s'appli- 
quer à toute espèce d'arbre. Tous les sujets produits par les 
divers modes de multiplication que nous avons indiqués se 
replantent quand ils ont atteint Taccroissement qui les rend 
susceptibles de l'être et qu'il se manifeste en eux assez de force, 
c'est-à-dire au bout de trois ans ; on les porte dans les lieux où 
ils doivent rester à demeure {UtL donner leur fruit). Nous 
avons aussi tracé les soins à donner dans la pépinière ; en étu- 
diant ce qui y est dit avec ce qui se trouve ici, on aura tout ce 
qu'il y a de mieux sur la matière {liu. on sera parvenu à la 
mesure de l'extrémité). Dieu aidant. 

Article XII. 

Proportions à observer dans les plantations (1). 

Les fosses varient dans leurs dimensions pour la longueur, 
la largeur et la profondeur, en raison des sujets qui doivent y 
être déposés, et aussi en raison de la nature du sol. Ce qui 
doit en premier lieu appeler l'attention, c'est la profondeur, 

(i) C'est-à-direi dimension des fosses à ouvrir. 



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- 179 — 

qui doil être telle que les travaux de culture n'atteignent point 
les racines, non plus que les variations de Tatmosphère , et 
encore^ pour que le vent ne renverse point Tarbre, surtout 
quand il est planté à demeure fixe (1). Quant aux drageons, 
boutures et autres qui ne doivent point rester en place et qui 
seront replantés ailleurs, quand on les croira capables de 
rètre, et surtout sils sont placés en terrain arrosé, ne faites 
point pour eux des fosses trop profondes, afin que la chaleur du 
soleil, provoquant en eux le besoin d'eau (IM. causant la soif), 
les dispose mieux à absorber celle qu'on leur donnera, ce qui 
les fera pousser vivement. Mais plus les fosses (qu'on prépare) 
pour les oliviers auront d'ampleur, de profondeur et de lon- 
gueur, mieux Tarbre s'en trouvera. Il faut, un an d'avance, 
préparer le trou pour recevoir l'olivier, et y déposer l'arbre 
(seulement) la seconde année (Ck)l., de Arb., 19). J'en ai fait 
personnellement l'expérience, dit notre auteur, et j'ai obtenu 
un bon résultat. 11 en est qui veulent que dans la terre légère 
la plantation suive immédiatement la préparation du trou, 
parce que le soleil pourrait absorber l'humidité du sol qui a 
si peu de consistance [liiL si faible). 11 en est qui disent que, si 
Ton veut rendre le trou plus promptement apte à recevoir le 
jeune arbre, sans être obligé d'attendre l'année entière, il faut 
y allumer du feu; puis on attend que la pluie vienne à tomber 
et fournir un arrosement abondant; on peut alors faire sa 
plantation (sans être obligé d'attendre plus longtemps). Ne 
plantez jamais rien sans avoir mis dans la fosse de l'engrais 
de bonne qualité, usé, mêlé avec de la terre végétale prise à la 
surface du sol. On en applique aussi sur les racines. D'après 
l'Agriculture nabathéenne, la profondeur des fosses doit être 
en raison de celle à laquelle descend la chaleur du soleil dans 
l'intérieur du sol. Tl en est qui disent que la profondeur doit 
être d'un pied sur une largeur d'un empan (0", 231); suivant 
d'autres^ c'est un pied et demi sur quatre doigts de large; sui- 

(î) Le texte porte ^^luJ; mais 11 est clair qu'il faat lire J^, poor qu'il 
en place, et cela par opposition à ce qui est dit dans la phrase suivante. 



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— 180 — 

Tant d'autres encore, la profondeur sera de trois pieds sur 
quatre doigts de large (i); suivant une autre opinion, le terme 
moyen est de trois pieds, à quoi on peut ajouter ou retrancher 
un demi-pied. On a dit aussi de faire descendre la fosse à quatre 
pieds dans les pays chauds, et à trois seulement dans les pays 
froids; ceux-ci sont ceux où il tombe de la neige. Suivant TA- 
griculture nabathéenne, la chaleur solaire descend dans les 
terrains légers plus profondément que dans ceux qui sont durs 
et compactas. Pareillement, dans les terrains doux, très-légers, 
ceux qui se gercent, la chaleur descend jusqu'à cinq pieds, 
tandis que dans ceux qui n'ont point ces défauts elle ne va point 
plus bas que trois pieds, ou peut-être un demi-pied plus bas. 
Enfin, on a prescrit de porter dans tous les terrains, la profon- 
deur des fosses à une coudée et demie (0", 693""). Il y aura, 
dans le sixième chapitre, un supplément qui complétera ce 
qui précède et donnera des éclaircissements sur ce qui peut 
présenter de Tobscurité et des doutes; si nous (croyons devoir) 
revenir sur ce sujet, c'est pour le plus grand avantage du 
lecteur, et pour compléter Tordre de l'exposition de ce qui se 
rattache à la matière. Dans les sections spéciales, à la plan- 
tation (culture) de chaque arbre en particulier, nous donnerons 
la dimension des trous que demande chacun d'eux et la ma- 
nière dont le travail doit être exécuté. 

(1} Les GéopoDiques indiquent aassi la limite de la pénétraUon de la cbaleiir 
solaire dans le sol, comme celle de la fosse BoOpoç. Elles portent donc le 
chiffre pour les fosses à quatre pieds maximum. Géop., V, 12. Agr. Nab. Hss. 
180 R' 1. 15, suiy. Cf. pour les dimensions des fosses, Col., De re mut., Y, 5. 
De Ârh., 19. Piin.XVn. Tliéoph. Higt. plant., 11, 7. V, aussi Xénoplion, Eco- 
nomiquesy cli. XIX. — Le pied nabatliéen est de 0", 346, le pied grec 0", 308, 
et le pied romain 0", 395, comme nous rétablirons ailleurs, d'après H. Jomard 
et Ed. Bernard. 



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— 181 



CHAPITRE VI. 



MjJiJère de planter les arbres fruitiers et les Jeunes arbres qui ont atteint leur 
eniasanee normale (pour être transplantés), exposée en termes généraux, 
aree quelques explications (plus spéciales), suivant les exigences du sujet. 
Proeédés pour amender le sol, et culture à lui donner avant la plantation. Des- 
tmdioD des plantes nuisibles aux arbres. Dimensions à donner aux fosses 
jnéparées pour les divers plants et branches éclatées ou drageons. Semis des 
Boyanx et transplantation des si^'eis qui en proviennent. Distance à laisser 
cBtfre ks arbres ; leur choix et celui des Jeunes sujets à replanter. Quelle 
etf la condition de l'air préférable pour efifectuer les plantations , pour la 
greffe et les semis, pour donner de Teau, et appliquer les engrais. Epoque (de 
l*ajmée) la meilleure pour toutes ces opérations. Précédemment nous avons 
exposé les époques de plantation; il a élé dit que la saison la plus favorable 
pourefTecIner celle des arbres fruitiers était l'automne, suivant IbnHedJadJ, à 
qal Dieu fasse miséricorde; comment on plante, dimension des fosses à 
préparer pour chaque arbre, amélioration des arbres, terres pour les recevoir, 
distances (à observer) quand on plante. 



J'ai lu^ dît Ibn Hedjadj^ dans les livres de quelques agronomes 
que, quand on veut faire une plantation, on doit commencer 
par cultiver le sol sur lequel on veut l'établir, en lui don- 
nant un labour profond, en (sillons ou) lignes serrées qu'on 
répétera trois ou quatre fois; plus on multipliera la culture 
et mieux ce sera, et plus on donnera d'énergie au terrain. Il 
faut couper (ou essarter) tout ce qui peut s'y trouver, en gra- 
minées, épines, roseaux et autres mauvaises plantes nuisibles. 
On laisse ensuite l'air (exercer son action pour) ameublir les 
parties (constituantes) du sol et leur faire sentir sa chaleur. Si 
on laisse les choses en repos pendant une année tout entière, 
pour que le sol ressente toutes les variations des vents et que 



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— 1« — 

la cfaafear do soleil et de Fêté passent sur fan, ce sera infini- 
ment meiDeor eooore. 

Ca«os recommande de areoser on an â FaTance les fosses 
qo'on prépare poor reoeroir les plantations afin que le soiefl^ les 
Tents, les plaies pénètrent dans la profDndeur da terrain, le 
transforment en une terre noorelle, et qne les racines s'y fixent 
et plongent (plus Eactlenient). Jonins dit à pen près la même 
chose (CoL^dfilrfr., 19 . Suirant Ini, la meilleure plantation se 
lait dans des fosses^ et le meilleur encore est de préparer les 
fosses un an à ravance. En agissant ainsi, la terre se titHne 
saturée par la chaleur du soleil, par les pluies et les différents 
Tents et les influences de l'air, toutes circonstances qui accé- 
lèrent la croissance des arbres , brûlent les herbes qui 
peuTent rester encore, et rendent le terrain plus meidide. 

Le même Junius dit, dans un autre endroit de son livre, 
qu^il faut cultiver profondément {litL fouiUer) pendant les 
Jours de chaleur, le terrain dans lequel on veut faire des plan- 
tations. On arrache les broussailles, et derrière ceux des ou- 
yriers qui exécutent ce travail, il en vient d'autres qui les 
ramassent pour les faire sécher. Cette opération doit se faire 
au mois de tamouz (juillet), le soleil étant dans le signe de Té- 
crevis8e,et la lune dans la seizième nuit. Il convient de trans- 
porter au loin les broussailles desséchées. Lorsqu'on attaque 
les mauvai8e8 herbes dans les jours indiqués, il n'en est point 
qui reprennent racine. 

Kaslos, en traitant de la destruction des broussailles et autres 
mauvaises herbes par l'effet de la chaleur, dit qu'il faut 
semer de la roquette romaine, nommée lupin] qu'on l'ar- 
rache ensuite avec toutes ses racines ; quand elle a poussé 
suffisamment, on jette le plant sur les herbes nuisibles 
au sol et gênantes pour la culture. On laisse le tout en cet état 
pendant douze jours, c'est-à-dire jusqu'à ce que la pourriture 
ait eu lieu; on fume par-dessus et on retourne la terre, et 
alors on peut faire le semis qui, par la volonté divine, sera 
garanti de tout mal, c'est-à-dire de l'invasion des mauvaises 
herbes. 



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— 1S3 — 

IbnHedjadj dit que plus on fouille son terrain qu'on veut 
planter et plus on le remue (i), mieux cela Tant et mieux aussi 
il est nettoyé (de mauvaises herbes). La fosse doit avoir une 
profondeur qui atteigne la hauteur de la cuisse (2)^ si c'est un 
arbre qu'on veut planter. Les agronomes veulent de la pro- 
fondeur pour les fosses pour trois raisons : la première^ c'est 
pour qae les racines ne soient pas atteintes par la chaleur 
excessive en été^ ni par la gelée en hiver^ ce qui leur serait 
préjudiciable^ et ensuite pour que les vents violents qui pour- 
ront soufOer sur l'arbre planté ne puissent l'ébranler. Les 
branches éclatées et drageons qu'on met en pépinière jus- 
qu'à ce qu'ils soient assez forts pour*étre replantés demandent 
des fosses d'une profondeur (variant) depuis un empan jus- 
qu'à une coudée, suivant la différence dans les conditions mé- 
téorologiques {litt. la variation de l'air) du pays. Après avoir 
donné à son terrain un labour profond^ l'avoir répété plu- 
sieurs fois^ il ne faut point cesser de l'entretenir en bon 
état par des serfouissages et des binages . pour couper les 
mauvaises herbes, parce que la fraîcheur du sol se con- 
serre par cette culture (assidue). Si dans l'été on redoute la 
sécheresse en tenant le serfouissage trop rapproché^ de la 
surface, il faut en forcer la profondeur toutes les fois qu'il 
est besoin d'une culture profonde. En ce qui concerne les 
noyaux et les pépins d'arbres fruitiers, ce qu'il y a de meil- 
leur, suivant Solon et Marsial et ceux qui postérieurement ont 
adopté les principes de ces deux agronomes, c'est de les semer 
dans des terrines ou vases remplis de fumier (terreau) vieux, 
bien consommé, sur lequel aient passé plusieurs années. On le 
ditise bien et on le mêle avec de la terre végétale prise à la 

(1) ^jA, et jSiA. indiquent deux genres de culture : jà^ en fouillant 
00 coltlTant profondément à la héche ou à la pioche; s^js^ en remuant la 
arkot à la herse ou hien au râteau. C'est ainsi qae w^U indique un lahour 
fait arec une charrue qui retourne le terrain ; w>^ le travail fait avec Ta- 
rotre qu( remue la terre et la rejette par côté. 

<3) ColumeUe indique pour la vigne une largeur et une profondeur de trois 
pieds (0-, 88S) tarobt tripedaneut. De r$ rutt., V, 5, 2. 



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— 184 — 

surface du sol^ et on donne de Teau jusqu'à ce que la germina- 
tion (la pousse) ait eu lieu; on a soin de sarcler avec soin tout 
à Tentour et constamment^ jusqu'à ce que le semis soit trouTé 
capable d'être replanté. 

On préfère, dit Ibn Hedjadj, faire les semis des noyaux en 
pots et terrines, parce que ce sont pour les jeunes plants des 
protecteurs quand on les replante. En effet, quand le temps est 
venu de le faire, on creuse un trou dans lequel on dépose tout 
ensemble le vase et le jeune sujet contenu dans sa motte ; ceci 
fait, on brise le yase, et le plant reste dans sa terre (primitive] 
qui l'environne comme la fosse (1) elle-même. On répand en- 
suite de la terre meubla, comme il sera expliqué à la fln de 
cet article. Dieu aidant. Si on se conforme à ce qui vient d'être 
dit, la plantation ne périra point. Solon, en parlant (de la com- 
position) de la terre dont on emplit les vases pour recevoir les 
noyaux, dit qu'elle doit être un mélange composé de trois 
parties : un tiers de terre végétale prise à la surface même du 
sol. un tiers de poussière ramassée dans les chemins tracés 
dans les terrains de bonne nature ayant subi l'action énergi- 
que du soleil sans discontinuation, enfin un tiers de fumier 
ou tejrreau bien consommé ayant perdu toute sa mauvaise 
odeur (2). Fin de la citation'. Le motif de la transplantation 
des jeunes sujets produits de branches éclatées ou drageons, 
de noyaux, de boutures, est, suivant l'opinion unanime, qu'il 
y a pour eux en cela cause de prospérité et cause d'affaiblisse- 
ment en restant en place. Ils se développent mieux, parce que 
les (plants venus des) noyaux, ou des boutures, ou des dra- 
geons, sont trop courts (3) pour pouvoir s'y enraciner (con- 
venablement). Nous avons plus haut parlé suffisamment de 
la profondeur à donner pour la plantation des arbres, pour 

(1) Le mot i|i^ nous parait d*anc explication difficile ; on troave dans 
Gastel le mot fovea, que noue adoptons, ce qui donne à penser qu^U faudrait 
peut-être lire S^. Banqueri traduit par jovencitos. 

(2) Le texte porte 6Z.}^ mais il faut lire à^ évidemment. 

(3) C'est-à-dire trop peu enfoncés en terre pour que les racines se dévelop- 
pent bien, comme II résulte des explications qui suivent. 



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nous dispenser d'y revenir. Il devient donc nécessaire de 
replanter les jeunes arbres dans des fosses plus profondes^ par 
les raisons que nous avons données. Il faut en outre^ pour le 
faire^ les enlever avec leut* propre terre. Mais^ dira-t-on {lilL a 
dit le diseur)^ pourquoi cette préoccupation? les branches écla- 
tées ou drageons et les boutures seront taillées courtes quand 
on devra les transplanter; on les tiendra longues pour les lais- 
ser en place^ sans qu'il soit nécessaire de s'occuper de les 
transplanter. Il a été dit à cet égard ce que nous avons men- 
tionné en sa place (son temps)^ qu'il est certains arbres, comme 
l'olivier^ dont les boutures ou les rameaux se plantent fort 
longs pour rester en place sans qu'on les porte ailleurs, parce 
qa'on a pratiqué pour eux sur place des fosses très-profondes. 
Mais l'usage habituel, et (du reste) une nécessité bien connue 
pour tous les arbres, c'est de tailler court les branches éclatées 
ou drageons^ ainsi que les boutures. Le motif de cette manière 
de procéder part de ce principe fondamental reçu par les 
agronomes^ c'est que la branche nouvelle qui est dans sa 
deuxième année de croissance est celle qui convient le mieux 
pour la multiplication par branche éclatée. C'est aussi ce 
qœ dit Junius. La bouture âgée de deux ou trois ans, riche 
de sève, placée en terre à peu de profondeur au-dessous de la 
surface^ est très-prompte à la reprise, parce que la matière 
(séTeuse) étant descendue vers la terre, y trouve la partie la 
plus subtile du sol gras et chaud, (et elles concourent) ensemble 
au développement de la végétation. Ces branches ne se trou- 
vent pas facilement, et la circonspection (lilt. l'avarice) qu'on 
apporte pour les couper vient de ce que, lorsqu'on a coupé une 
seule même de ces branches, une grande partie de la sève 
s'épanche, et il s'ensuit l'atrophie (litt. elle devient petite)^ lors 
même que cette branche serait épaisse. La branche longue est 
estimée pour la facilité à la reprise. Ainsi nous la prenons 
dans son entier quand nous la trouvons très-fructueuse de 
sa nature; si nous la rencontrons jeune et complète (dans ses 
(|ualités], nous ne voyons aucun inconvénient à planter pn>- 
fondément et à laisser en place (le jeune arbre en provenant). 



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— 486 — 

De même quand les sucs nourriciers du sol anÎTent en abon- 
dance à un corps faible ou à une branche courte^ la croissance 
en est rapide. Car, dans une branche longue, les mêmes suc8 
nourriciers sont forcés de se partager, à cause de la longueur; 
par suite, la pousse peut ne pas montrer un sujet aussi vigou- 
reux que dans le premier cas. Voilà ce que dit Solon (i). 

Sidagoz dit : Nous devons avoir grand soin de ne planter 
les sujets provenant de branches éclatées de rameaux (mar- 
cottés), de noyaux ou de boutures crûs dans des lieux arrosés 
(litt. humides) que dans des terrains qui sont dans de pareilles 
conditions. Ces jeunes sujets, portés dans des terrains qui ne 
recevraient point d'autres arrosements que ceux de la pluie, ne 
pourraient jeter aucune racine et nullement végéter; c'est un 
principe généralement admis; cependant, quoi que ce soitqu'on 
rapporte en terrain arrosé, il n'y a aucun inconvénient. Néan- 
moins, en somme, ce qui a crû sur un terrain arrosé doit 
être mis en terrain arrosé, ce qui vient d'un terrain élevé, doit 
l'être aussi dans un terrain élevé (non arrosé); le terrain arrosé 
est ce qui convient aux arbres tirés de cette espèce de sol. La 
récompense de votre travail est attachée à ces conditions. Fin 
de la citation. Qaand c'est sur des branches (2) qu'on opère, on 
les étend dans des fosses de forme allongée; si c'est du (sar- 
ment), branches de vigne, la fosse doit être d'une coudée, 
parce que le sujet ne sera point déplacé, et qu'au contraire il 
devra rester en place. Toutes les branches qui doivent être 
replantées demandent des fosses de la profondeur d'une cou- 
dée, puis on leur donne les soins indiqués précédemment, jus- 
qu'à ce que la transplaatation ait été effectuée. Quant au choix 



(1) DanB ce passage, Tautear veut appayer ses préceptes sur ces théories de 
physiologie végétale reçues alors, mais fort obscures en elles-mêmes, dèat la 
science moderne a fait Justice. Ces raisonnements Jettent une obscurité- asseï 
grande. Nous ne sommes pas toujours d'accord avec Banqueri dans la traduc- 
tion de ce texte dlillcile. 

(2) 11 s'agit ici des branches nou enracinées, xkd^y des Grecs, ramt,la2e<7, 
des Latins, à quoi se rattachent les provins et sans doute aussi les marcottes par 
couchage. 



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— 487 — 

des branches, il en sera parlé dans un autre chapitre pour 
parfaire et compléter ce que nous disons sur ce sujet, Dieu 
aidant. La profondeur des trous doit varier en raison (de la. 
différence) des terrains. Junius dit à ce sujet, dans le lieu où il 
parle de la préparation des fosses pour la plantation de la 
Tigne (1) dans les terrains élevés et les coteaux : Il suffit d'une 
profondeur de trois pieds; mais dans les terrains de plaine, il 
faut donner quatre pieds ; tout cela par cette raison que nous 
Toalons que la chaleur du soleil puisse arriver j usqu'à la racine 
an fond de la cavité et que, suivant les anciens, cette chaleur 
nedescend pas plus bas, sinon dans les terres trè9-chaude$ (2). 
Si pour la vigne la profondeur donnée est moindre que ce 
qui est indiqué, ce sera un désavantage pour le plant, qui 
tirera trop peu de nourriture du terrain, et qui pendant l'été 
sera brûlé par la chaleur : et d'un autre côté, privé de la 
fraîcheur et de l'humidité du fond, (ce plant) périra prompte- 
ment 

Junius, en traitant de la plantation de l'olivier, recom- 
mande de donner aux fosses une profondeur réglée d'après la 
nature du sol. Dans les montagnes et les coteaux, la profon- 
deur doit être de deux coudées (3) plus une palme, avec pa- 
reille largeur. En plaine, la profondeur sera plus forte, la lar- 
geur restant la même à peu près. 

Ibn Uedjadj dit : Junius ne donne point d'explication sur le 
peu de profondeur des fosses dans les terrains élevés et sur 
leur plus grande dans les plaines; il n'indique pas davantage 
de proportions moyennes. Sadihames donne cette moyenne 
quand il dit que la profondeur des fosses pour les plantations 



(I) Col., De arb.y 4 passim. 

(2; Le texte porte i%^ amore flagrant. II est constant que l'auteur Tcut 
parier Ici de terres absorbant beaucoup de calorique ; comme la terre notre est 
dans ce cas, nous sommes porté à lire ù^m, 

(3) Columelley De re ruif., V, 9» 7, dit : Scrobet qmUmam pedum pra-paran- 
tur anno aiUe. Quatre pieds romains, =3 1", 387, ce qui répond à la profondeur 
de trois coudées, ]*, 38t^ indiquées pour le» fosses des oliviers dans les Géop., 
IX, 6. 



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— 188 — 

doit, en plaine, être plus fnie, moindre pour les terrains des 
sommets ou plateaux, et sur ks Tersants des montagnes il 
faut la diminuer d'un tiers. La cause de cette différence, c'est 
que, si on ne donne pas de profondeur aux fosses, l'action vio- 
lente du Tent ébranle (liu. atteint) les racines, et Tété est fu- 
neste au jeune plant. Le sol des montagnes est d'une nature 
plus froide que celui des plaines. D'un autre côté, l'eau pé- 
nètre arec beaucoup plus d'abondance dans les terrains des 
plaines à cause de leur perméabilité, tandis que la dureté du 
sol des montagnes rend cette pénétration bien moins abon- 
dante. Sur les versants des montagnes, l'eau trouve peu de 
terre; et, par suite de la déclivité, elle (descend et) s'écoule 
avec rapidité. Si donc on y pratique des fosses profondes^ l'ar- 
bre ne reçoit point les eaux pluviales, et l'on arrive à un sous- 
sol maigre, pierreux, dans lequel les racines ne peuvent pren- 
dre aucune nourriture. 

Mais, dira-t-on, si sur les flancs des montagnes vous ne pra- 
tiquez point, pour les plantations, des trous profonds, les eaux 
entraîneront le peu de terre qui environne les racines, et 
bientôt on les verra saillir à nu, et souvent même l'arbre sera 
déraciné. A cela on répond que c'est au maître de la planta- 
tion de prendre soin de rapporter la terre entraînée par les 
pluies et de la replacer et de l'étendre sur les racines. On dis- 
pose aussi du bois et des pierres au-dessous de l'arbre, du côté 
par lequel la terre peut être entraînée, et là elle s'arrête et s'ac- 
cumule quand elle est emportée sur la déclivité. Fin de la 
citation. Ibn Hedjadj indique pour les distances à laisser entre 
les arbres une limite que nous allons citer à la suite, la volonté 
divine aidant. Cette distance doit varier en raison de l'espèce 
de l'arbre. 11 y en a qui prennent beaucoup d'ampleur, d'autres 
qui en prennent peu. De même pour la terre; dans celle qui 
est de première qualité {lilt. de cboix)^ les arbres acquièrent 
de grandes dimensions, tandis qu'ils réussissent mal dans une 
terre légère. Je traiterai des distances à laisser entre les ar- 
bres, dans les terres de bonne qualité, comme dans les terres 
maigres, et je le ferai en me guidant sur ce que j'ai pu trouver 



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— 189 — 

dans les écrits (des agronomes) ; quand je n'y ai rien trouvé, 
j'y ai suppléé en me réglant d'après les principes qu'ils ont 
établis. Je laisserai cette indication pour la fin de ce chapitre. Il 
faut bien savoir que, lorsque les arbres ont été plantés dans un 
ordre qui ne leur convient pas, il en résulte deux graves incon- 
vénients : le premier, c'est que les branches trop rapprochées 
empêchent le soleil de pénétrer dans l'intérieur (du massif); 
souvent même l'enlacement des branches est tel, que l'exté- 
rieur (I) lui-même ne pouvant recevoir les rayons solaires, le 
produit est moins abondant. Le vent et l'air, empêchés de cir- 
caler et de rafraîchir le plus grand nombre de branches dans 
leur allanguissement, elles deviennent fort longues, grêles, 
sans consistance, se courbent vers le sol par suite de leur affai- 
blissement ; c'est là une cause de la perte du plus grand nom- 
bre. Le second (inconvénient), c'est que, par suite de la proxi- 
mité, les racines trop pressées les unes par les autres se 
gênent réciproquement pour l'absorption des sucs nutritifs du 
soi. Un troisième inconvénient encore, c'est que si la terre est 
dense, elle ne reçoit point la coction (qu'ell3 devrait attendre) 
de la chaleur solaire, à cause de l'excessive (opacité de V) om- 
bre qui la couvre. Alors, loin de s'ameublir, les parties res- 
tent serrées et adhérentes entre elles, le froid augmente, et, si 
l'on n'a soin de fumer, le mal va toujours en augmentant. 
Jonius dit qu'on ne doit point oublier que les vents causent de 
l'agitation aux arbres et à tous les fruits, mais que, soit qu'ils 
soufflent avec violence, ou que, tempérés, ils soufflent douce- 
ment, ils sont favorables aux arbres; je dis (continue Junius) 
qu'ils le sont également aux jeunes plantations, particulière- 
ment aux jeunes oliviers (2). Il faut donc laisser, entre les su- 

(1) Ces mou ^Lâfi"^! ^j^ rendent la phrase difflcUe à expliquer; com- 
oimt comprendre que renJacement des branches soit tel qu*il empêche le soleil 
4'atteiQdre rextérieur, à molos de supposer qa*ll 8*agit ici des branches qui 
oceopent la circonférence de la tête de l'arbre, qui sont ordinairement les plus 
producUvesr Peut-être faut-il lire y^^j^^, les exirémitét, 

(2) Âmat {oUa) feraeibus venlis elementer agiiari. Pallad. nov. 5. Dans quel- 
ques parUes du départ, de l'Aube est accréditée ropinion que les grands Tent 



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jete pfadit», Mcxif df^œ poor 4K 
toeaL fl dit aiikan que le» aitn 

éok Teob |4a» facile, '^olre aalear, ajonle cBom : On portait 
aoe atteotioD mîmitieaae sur la phiitilMmu AÎDsi, en ^*é- 
tiidiait pour que le sujet fiât ausâ , dans le lien où en le 
portait, placé dans les mêmes cnudîtiaBS iliff . positioii que 
dans celui d'où il arait été tiré (HU. le preoner , c esi^-dire 
que chacun des aspects fût tourné an même ^ent que odoi au- 
quel il avait été expoaé (primitîrement ; ainsi, le oôlé dn le- 
vant devait être au levant, le o&té du oouclianl an oondiant; 
de même pour les deux autfes côtés: de cette tnçoo, l'artxe 
était mieux disposé à la reprise. La difficulté sera bellement 
levée (dit Junius) si, avant d'arracher Tarbre, on a soin de 
marquer avec de la craie le côté qui est an levant (l). Il y a, 
sans doute, des personnes qui ne tiennent aucun compte de ces 
prescriptions, cependant c'est leur accomplissement régulier 
(liU. leur enchaînement régulier) qui constitue l'art de la cul- 
ture des arbres. Ibn Hedjadj dit : Si quelqu'un s'imagine que 
ces recommandations ne sont d'aucune conséquence pour le 
succès des plantations, qu'il n'existe aucune raison qui nous 
oblige à les suivre, (nous répondrons) par ce que nous obser- 
vons |)Our le figuier dans notre pays; (on sait) que le vent qui 
am&ne la pluie du couchant, et celui qui souffle entre le cou- 
chant et le midi, sont les plus chargés d'humidité et de moi- 
teur ; si nous portons nos regards vers la vallée et les figuiers, 
nous voyons sur les deux parties exposées aux deux vents (que 
nous venons d'indiquer), que tout y est frappé de pourriture 
et languissant, fait qu'on n'observe qu'à ces deux aspects seu- 
lement (le couchant et le midi). 

ibn He4Ja4J dit que tous les agronomes sont unanimes sur 
ce point : c'est qu'on ne doit remplir les fosses qu'avec de la 



qui floufllent en novembre, c^est-à-dire pendant rivent, sont faTorablea à la fé- 
ooDdité dea arbrea. 
(1) Colum., D9 Irb., «0, et Virg., Gêurgiquei, II, 265 et sulv. 



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— 19! — 

terre prise à la surface du sol^ à Texclusion de toute autre 
espèce^ à cause de sa douceur et de sa chaleur. Mais ils sont 
divisés sur la question de savoir si cette terre doit être em- 
ployée seule ou mêlée avec de^l'engrais. Kastos est un de ceux 
qui veulent ce mélange; Solon ne le veut point. Il en agit ainsi 
parce que l'arbre, par le fait seul de l'arrachage et delà trans- 
plautatioD, éprouve un grand affaiblissement; si donc alors on 
applique de Tengrais aux racines, souvent elles n'en sont que 
plus affaiblies encore et l'arbre souflire beaucoup de Faction 
eiercée sur lui par la chaleur de l'engrais. L'opinion de Junius, 
c'ed qu'il faut commencer par appliquer la terre végétale im- 
médiatement sur les racines et, par-dessus, du bon terreau 
gras et bien pourri. De cette façon on fait arriver aux racines le 
bien-être de l'engrais, dans des proportions modérées, au travers 
decetle sorte de couverturede terre.C'est à mon avis ce qu'on peut 
prescrire de meilleur et de plus convenable ; toutefois, Kastos 
n'admet point l'introduction (mélange) de l'engrais pourri. Il 
7 a encore divergence d'opinion sur la manière dont la terre 
doit être pressée (ou foulée). Suivant Junius, il ne faut point 
comprimer les racines ; la terre qui le^ environne ne doit pas 
être trop pressée ni foulée en excès ; alors, la chaleur du soleil 
pouvant arriver constamment jusqu'à elles, le sujet poussera 
et s'implantera solidement dans le sol. L'auteur ajoute : On ne 
doit donc point enfoncer à plus d'un pied de profondeur ce 
qu'on plante en pépinière, pour que la reprise se fasse promp- 
tement, et cela par suite des raisons que nous avons données 
touchant la chaleur du soleil (qui alors se fait sentir). Telle est 
l'opinion de Junius. Mais Kastos dit que les arboriculteurs {litt. 
le peuple des planteurs) doivent, après avoir rempli la fosse de 
terre> la presser en foulant fortement du pied; ensuite on donne 
à la surface une culture légère avec une petite pioche. Ibn 
Hedja4j dit : Cette prescription de Kastos me paraît merveil- 
leuse; en effet, notre but (dans tout cela) est de disposer la terre 
convenablement pour les racines, puisque c'est elle qui fournit 
à leur alimentation, et (conséquemment) de la leur faire adhé- 
rer fortement; car si nous laissions du vide, ce serait défavo- 



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rable; quel bien eii |Kyirrait-il résulter ? Nous aurions rompu 
la communication exisAût^'entre ces deux choses (racines et 
terre), le point d'où se tirônt les sucs alimentaires (séveux) ; 
nous les aurions annihilés, et l'arbre tomberait dans un Stat 
d'affaiblissement. Il est don^de toute nécessité que la terre soit 

en contact immédiat et adhérent< r 

entre eux l'intervention de la cha r 

toute aggravation dans la débilit r 

on ne doit pas oublier (ce point i 

pressant la terre, il faut qu'une c r 

atmosphérique puisse s'insinuer a 

quantité suffisante pour faciliter à 

la prescription de Kastos, de ci e 

petite pioche, elle est bonne, en e 

la terre soit meuble et cultivée, it 

ne manque point d'eau (1). Mais > 

cord sur ce point, c'est que, lorsq it 

le faire qu'avec ce qu'il y a de n it 

que la cavité soit complètement < n 

petit vide qui ressemble à un bi ir 

ensuite pénétrer jusqu'aux racii r- 

geur et mieux ce sera ; car la tei à- 

dire la terre de la surface qui es le 

plus grande masse {liU. étant pi *a 

( 1 ) Ce passage présente quelque obscu r ri- 

mée avec clarté et le texte n'est pas const et 

explique la prescription de Solon. La cita le, 

page 208, que page 209. Dans la premièn ^ 

^jLftj) \lX^i dans la seconde />j«X£i i les 

deux endroits J.^1 et /fj^y on culti cd 

avec une peliie pioche. Nous donnons à ce 

que, dans tous les dictionnaires, il a le si a. 

rit utuntur. Hachette ermtnerte, dont le it; 
ce qui, à cause de l'analogie de forme, a à 

un instrument de culture indiqué ici. 



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193 



'} 



lancer ses racines dans tous les sens^ l^*plus éloignées elles- 
mêmes jouiront d'une terre d'élite. 

Moharris tient le même langage. Il faut^ dit-il, lorsque nous 
TGulons plMiter un arbre, y apporter beaucoup de précautions. 
On doit donc> dans l'intérêt de la chose> creuser un trou de la 
profondeur d'un orgye (environ deux mètres) ; il sera rond^ 
de quatre à cinq pieds de diamètre (1). On le remplit à moitié 
déterre végétale prise à lasurface^ bien choisie^ et de la meil- 
leure qualité. Alors on pose le jeune plant et on achève de 
combler avec de la terre de pareille nature. Ainsi^ quand 
Tarbre pourra envoyer vers le fond ses racines principales (pi- 
votantes) et étendre les autres dans cette partie où il trouvera 
une terre fraîche^ de bonne nature et meuble^ il poussera ra- 
pidement et il surpassera les autres en hauteur. Fin de la ci- 
tation. 

Nous voici maintenant arrivés au moment de parler de la 
distance à laisser entre les arbres quand on les plante. La dis- 
tance entre les oliviers doit être de 13 à 20 coudées (2); c'est 
la limite extrême ; et si on restreint ces mesures^ le résultat 
est défavorable. On laisse pareille distance entre les figuiers ; 
la vigne élevée en treilles (ou berceaux) demande de dix à 
quinze coudées ; la vigne courte de six à huit empans; le poi- 
rier quinze à vingt coudées ; le pommier huit à douze ; le 
prunier cinq à sept; c'est la limite. Le peuplier exige quinze 
à dix-huit coudées; l'amandier dix à quinze; le mûrier quinze 
à 20; le cerisier 15 à 25; le cédratier 10 coudées; on peut 
aussi lui donner la même distance qu'au prunier, mais le 
premier chiffre est préférable. Le grenadier veut 8 à 10 cou- 
dées ; l'abricotier 15 à 20 ; même distance pour le pin ; le coi- 
gnassier de 6 à 8 coudées; le palmier de 5 à 7; le myrte même 
nombre; le jujubier 15 à 20 ; le châtaignier 20 à 25; le chêne 

(1) Le texte lj»^paS^ ton diamètre, Banqueri corrige et Ut Ij^j^^ ta dimen- 
«ton. Mous avons conserré le mot du texte qui donne un sens convenable. 

(2) Nous rappdieroDs ici une fois pour toutes que, suivant les évaluations de 
M. iomard et d'Edouard Bernard, la coudée est de 0",461 et que Fempan 

13 



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— 494 — 

même distance. Ces distances sont les plus convenables pour 
les plantations qui se font dans les jardins et les vergers ; ce 
sont celles qui donnent le meilleur résultat; cependant^ quand 
les arbres sont plantés en petit nombre^ plus on leur donne 
d'espace et mieux on s'en trouve. Pourtant plusieurs prati* 
ciens pensent qu'on ne doit pas laisser trop d'intervalle entre 
les cédratiers et les grenadiers. Il en sera question ultérieure- 
ment^ Dieu aidant, il en est de même pour le coignassier^ qui 
est sujet au même accident que le grenadier^ c'est-à-dire que 
le soleil brûle l'écorce (du fruit) et qu'il en résulte pour le fruit 
une acidité très-mauvaise; mais quand ce fruit est protégé par 
J'ombre, il est très-juteux (1). 

D'après Ibn el-Façel et Abou'l-Khaïr^ Hadj de Grenade et 
autres^ il faut, quand on veut planter des arbres, choisir ceux 
qui donnent le plus de produits et les meilleurs fruits. En 
effet, que l'arbre qu'on plante soit de bonne ou de mauvaise 
qualité, la dépense et les soins de culture sont les mêmes ; 
ainsi la plantation d'un arbre de bonne nature est bien pré- 
férable. Ne plantez jamais que des sujets jeunes et de belle ve- 
nue; laissez de côté ce qui est élancé et grêle. Prenez parmi les 
jeunes sujets (litt. ce qui est transplanté) ceux d'une belle végé- 
tation, d'une belle venue, d'une taille moyenne, droits et seuls 
sur leur pied ; s'il arrivait que le jeune sujet fût trop élancé^ 
d'un seul jet et rempli de sève, comme on le voit dans le figuier 
et autres arbres pareils, on couche la partie inférieure dans une 
fosse qu'on a creusée en forme sépulcrale (en long) et la partie 
supérieure se relève en s'appuyant sur le bord de la fosse dont 
il suit la ligne; on opère du reste comme il a été dit plus haut 
(pour le couchage), et on fait de même pour le sarment qu'on 
plante. Quant aux grands arbres, s'ils ont plusieurs branches^ 
on les coupe, n'en laissant qu'une seule, celle qui est la plus 
droite (et de la plus belle venue); si l'arbre est bien vigoureux, 
on peut lui laisser plusieurs branches en raison de sa force. 
(On fait ce retranchement) afin que la sève qui se portait ver» 

(1) Banqueri n'a point traduit cette dernière plirase; il est vrai que le texte 
laisse beaucoup à désirer. Il y a ici une lacune dans le Mss de la B. I. 



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— 195 — 

les branches coupées revienne vers celles qui sont conservées. 
Toutes ces coupures doivent se faire avec un instrument en 
fer (une serpette) bien tranchant^ et quand il se peut que la 
plaie causée par la coupure soit enfouie dans la fosse^ c'est 
bien plus avantageux. Pour Tolivier^ il faut retrancher toutes 
les branches sans exception : c'est indispensable ; et si on le 
plante avec toutes ses branches et ses feuilles, il noircit et 
meurt. J'en ai^ dit l'Auteur^ fait personnellement Texpérience; 
le résultat a confirmé le précepte. Il est dit dans le livre 
d'Hadj de Grenade qu'il faut, pour planter^ creuser une fosse 
dans laquelle le tronc et les racines soient au large en y faisant 
entrer de la tige deux empans (0'",462) et plus. La fosse aura 
assez de largeur pour que Touvrier puisse à Taise presser la 
terre avec le pied sur les racines. On pose Tarbre dans la fosse 
bien perpendiculairement et d'aplomb sur sa base^ sans qu'il 
incline ni à droite ni à gauche. On ramène ensuite sur les ra- 
cines une certaine quantité de terre végétale prise à la surface^ 
on la presse avec les pieds de façon qu'elle pénètre dans les 
vides ; la fosse ayant reçu une largeur suffisante, on opère de 
la même façon sur tous les côtés^ jusqu'à ce que la terre rap- 
portée ait rempli environ la moitié ou plus de la capacité de 
la fosse. Si la plantation se fait en un lieu arrosé^ on donne 
(la cavité étant à moitié remplie) de l'eau sur l'heure en abon** 
dance ; on laisse ensuite les choses pendant quelques jours, 
puis on donne un second arrosement, quelques jours après un 
titmème, et ensuite on achève de combler le trou avec de la 
terre prise dans les champs et de bonne qualité^ (toujours) 
foalant avec le pied. Si la plantation se fait en terrain élevé 
(non arrosé), quand la cavité est remplie à moitié on laisse les 
choses en tel état jusqu'à ce que viennent les pluies plusieurs 
fois et par là fournissent une bonne irrigation -, on achève de 
remplir et de niveler le terrain avec de la terre prise dans les 
champs de préférence à celle du sol dont on n'use point 
(comme dans le cas précédent). Tout ceci doit être fait dans 
l'espace d'un mois à partir de la plantation. J'ai procédé de 
cette manière, dit l'Auteur, et j'ai toujours eu un résultat satis- 



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— 190 — 

faisant; sans avoir aucunement besoin de recourir à Farrose- 
roent pendant la saison des chaleurs. Quand j'ai été dans la 
nécessité de le faire^ je n'ai pas donné l'eau immédiatement 
au pied de l'arbre^ mais je l'ai fait à distance afin que (le li- 
quide) arrivât à la racine par les voies souteiTaines. Si on donne 
l'eau directement sur le pied^ elle pénètre en laissant^ entre 
cette partie de l'arbre et la terre v^étale, un vide par lequel 
s'introduit la chaleur du soleil qui est nuisible à l'arbre. 

Koutzami dit^ dans l'Agricuiture nabathéenne : Nous avons 
constaté par l'expérience que si^ lorsqu'on plante^ on met dans 
les fosses de l'engrais sec^ il est utile (4), mais que s'il a beau- 
coup d'humidité il est utile au suprême degré; c'est une ob- 
servation fine pour l'espèce. 

Koutzami prescrit de disposer au pied de l'arbre deux jarres 
d'argile neuve ^ remplies d'eau douce. Le fond de chacune 
d'elles est percé d'un petit trou par lequel l'eau s'écoule len- 
tement sur le pied de cet arbre. On ménagera un intervalle 
entre le fond {lUt, le trou) du vase et le sol pour empêcher 
que la terre ne vienne obstruer le trou. Chaque fois qu'on 
voit l'eau baisser dans les deux vases on les remplit. (Cet appa- 
reil) reste pendant deux mois; souvent l'arbre, ainsi soigné, 
donne du fruit dans l'année même, comme (il l'eût fait) s'il 
fût resté en place. Néanmoins on ne doit point négliger de 
donner de l'eau à cet arbre quand on en donne aux autres. 
C'est une très-bonne chose d'entretenir par ce procédé, en 
usant d'eau douce, l'humidité de la partie de Farbre sur la- 
quelle a été pratiquée la greffe (c'est-à-dire la greffe elle- 
même) . 

Article I. 

On peut transplanter toute espèce d'arbres^ mais il faut le 
faire en leur conservant toutes leurs racines autant que possi- 
ble. Pour les arbres qui sécrètent de la gomme, on doit bien 

(1} Le texte porte ascj v, nous lisons jlLj comme concordant mieux 
avec ce qui vient à la suite. 

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— 497 — 

prendre garde de léser les racines^ surtout les grosses; ceux 
d'une sève aqueuse souffrent peu, alors même qu'on en coupe 
quelques-unes; pour Tolivler, il p'y a aucun mal (à craindre) 
de lui couper toutes ses racines. Les artoes à sève aqueuse 
reprennent en général bien plus facilement et plus prompte- 
ment que les autres quand on les transplante. Il en est de 
même pour leurs marcottes et leurs boutures. Gardez-vous 
bien de transporter un arbre d'un bon terrain et de celui hu- 
mecté d'eau douce dans un terrain de mauvaise nature ou 
imprégné d'eau (salée ou) qui n'est pas douce. Tout arbre 
réussit bien si^ quand on le replante, on l'arrose avec de l'eau 
douce; mais il en sera autrement si on emploie de l'eau sau- 
mitre ou salée qui lui est toujours nuisible et malsaine. Il 
laut se garder de porter un arbre d'une terre bonne et grasse 
dans celle qui est sableuse et maigre, ou d'un terrain froid 
vers celui qui est chaud, ou d'une terre douce à celle qui est 
salée, ou bien de plaine en montagne. S'il y a nécessité de 
planter dans un sable qui retienne beaucoup d'humidité à la 
suite des pluies, il faut remplir le trou avec de la terre rap- 
portée, de bonne qualité. 

Pour moi (dit Ibn el-Awam), j'ai planté trois jeunes oliviers 
dans la région de Scharfa (1), dans un sol formé de sable pour 
la majeure partie ; la pluie vint y apporter beaucoup d'humi- 
dité et de la terre de bonne qualité qu'elle avait entraînée; les 
aibresont repris très-bien; antérieurement on avait planté 
daus le même lieu des oliviers qui ne poussèrent point. Il est 
dit, dans l'Agriculture nabathéenne,que, quand on plante de la 
vigne dans un terrain salé, il faut en couvrir les racines avec 
du sable pris dans les eaux courantes douces ; c'est le moyen 
de neutraliser les effets délétères de la salure. II est des agri- 
culteurs qui veulent que lorsque l'écorce d'un jeune sujet est 
derenue trop rude, on enlève, sur deux tiers environ de la 

(I) El-Sebarf ou Alxarf est citée par Edrisi comme province limitrophe de celle 
deChedoana (Sidonla) et située entre Sëville, Lebla (Niebla), etc. ibn al-Awam 
en parle souvent. V. Edrisi, trad. Jaubert, t. II, p. 14. Banqueri cite le texte du 
géographe arabe. 



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— 198 — 

partie de la tige qui doit être couverte de lerre^ Técorce jusqu'à 
ce qu'on atteigne cette écorce délicate qui est adhérente au 
bois (le liber); -ceci fait, on effectue la plantation. (On en agit 
ainsi) surtout quand c'est Técorce du palmier [i) qui dans ce 
lieu est frappée de rigidité. On ne doit jamais remuer la terre 
en contact immédiat avec le pied de l'arbre qu'avec des ins- 
truments non terminés en pointe^ qui pourraient blesser les 
racines trop délicates^ surtout s'il s'agit des oliviers, dont les 
racines sont à fleur de terre. On doit user de cette précaution 
jusqu'à ce que l'arbre ait acquis de la force et qu'il soit bien 
fixé par ses racines ; alors elles plongent dans le sol et l'arbre 
peut se garder de lui-même (3). Il est impossible qu'on ne 
coupe point de racines en cultivant, surtout avec des oliviers 
et autres arbres pareils (quant aux racines). Pour cette raison 
il faut prendre garde, pour le jeune olivier, d'aller trop avant 
quand on déchausse l'arbre ou qu'on cultive au pied peu de 
temps après la transplantation à cause de (la disposition <le) 
ses racines, pour éviter de les couper. J'ai vu de mes propres 
yeux, dit l'Auteur, ces faits imprudents, et toujours il en est . 
résulté des inconvénients. 

Suivant Ibn el-Façel et autres, il est certains arbres qu'on 
replante avec la motte de terre adhérente au pied et qui en- 
vironne les racines; ce sont surtout les arbres à feuilles 
(persistantes) qui ne tombent point en hiver. L'olivier fait 
exception , car il n'est pas besoin pour lui de tant de pré- 
cautions. Ce genre d'arbres est connu pour être aqueux et 
participant de ia nature herbacée (3). On exécute l'opération 
de la façon suivante : en automne, ou dans la saison favo- 
rable pour replanter cette sorte d'arbres (à feuilles persistan- 
tes ), on visite les jeunes plants de cette dernière classe ou 

(1) Banqaéri dit que rorigtoal portait 'ilsj, jeune plant qu'on porte ailleurs, 
et la copie ïis:*, et qu'il a préféré ce dernier; cette correction parait fondée. 

(2) Banqueri rejette le mot laîsr! du texte pour ^jaâîsr^ ^ deprtmttur; nous 
conservons la leçon du texte. 

(3) Litt, possédant des eaux légumineuses, JLftJt herbascentetf Cast. 



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- 199 — 

même de celle des arbres fruitiers ; on constate ce qui est sus- 
ceptible d'être replanté ; on arrose la terre qui est au pied de 
l'arbre et aux alentours; quand le terrain a été légèrement im- 
bibé^ on donne de la consistance à ce qui environne Tar- 
bre ; à cet effets on le bat a\ec une masse de bois lourde et 
large ou quelque chose de pareil^ jusqu'à ce qu'on ait obtenu 
une densité prononcée. Ensuite on pratique une excavation 
ciiculaîre^ à distance suffisante pour ne point endommager les 
racines; on fait aussi descendre la fouille en raison de la pro- 
fondeur à laquelle plongent les racines. On continue toujours 
à excaver le terrain près de la surface et à le fouiller dans le 
fond jusqu'à ce qu'on soit arrivé aux grosses racines plongeant 
dans le sol; on suit toujours l'opération avec prudence et sans 
rien brusquer {hU. on met de la douceur dans la chose)^ de 
façon qu'on puisse sans secousse extraire l'arbre. On rap- 
proche toute la terre qui peut former garniture sur lui , et , 
quand la motte a été bien assemblée et consolidée de tous les 
c5té8 et par le fond^ on retire le sujet de la cavité avec ména- 
gement^ de peur que la terre ne se détache des racines. Si l'ar- 
iMre doit être porté à distance^ on peut alléger la motte pour 
n^dre le transport plus facile. On l'enveloppe d'une natte 
qu'on assure avec une corde (ou un lien quelconque) pour 
empêcher que la terre ne s'égrène. Quand l'arbre a été des- 
cendu dans le trou qui lui est destiné, on détache la natte, 
puis on complète l'opération et on gouverne l'arbre de la ma- 
nière qui a été indiquée plus haut. Quand on prend soin de 
replanter les arbres fruitiers ou tous autres en motte, c'est 
une excellente opération. 

Hadj de Grenade raconte qu'il a effectué, à Grenade même, 
au mois de mai, la transplantation d'un pécher chargé de fruits 
déjà noués (l). Pour l'enlever du sol et le replanter, il a em- 
ployé les procédés indiqués précédemment, ayant bien soin 



(I) Le texte porte JcSc, cboaes nouées, ce qui peut s'entendre seulement de 
frnito noaét dans le climat de Grenade surtout ; plus loin il est dit que Tarbre 
i set fruits. Banquerl traduit par boioncillot. 



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— 200 — 

d'arroser et de gouverner Tarbre de la façon prescrite. (L'opé- 
ration eut un tel succès que) Tarbre ne perdit rien de ses 
feuilles ni de ses fruits^ et qu'il donna une bonne récolte. Il a 
transporté de la même manière un cédratier, un myrte et un 
jasmin au mois d'août en terrain arrosé, usant des mêmes 
soins et des mêmes précautions; rien ne souffrit, rien ne fut 
malade. Il dit avoir deux fois répété l'opération sur le même 
arbre fruitier en fleurs, en suivant toujours le même système, 
et cet arbre donna du fruit dans la même année, sans (qu'il 
parût) avoir éprouvé le moindre mal. 

Ibn el-Façel et autres recommandent, dans le terrain destiné 
à recevoir de jeunes plants, de semer à l'avance des lignes de 
légumes ou plantes maraîchères, jusqu'à ce que le jeune plant 
ait pris assez d'accroissement et fourni lui-même de l'ombre au 
terrain. Dans les lieux arrosés, après qu'on y aura déposé les su- 
jets transplantés, appartenant à ces espèces qui exigent beau- 
coup d'eau, on sème avec eux des plantes qui en demandent 
peu. A l'égard de la transplantation d'un arbre sauvage qu'on 
rapporte dans un jardin, il faut le planter avec la terre dans 
laquelle il a crû (c'est-à-dire en remplir le trou). 11 doit en être 
de même pour les graines (de plantes ou arbres) sauvages 
quand on les veut cultiver. Quand on effectue la transplanta- 
tion en automne, on la fait avec tous les fruits restants. J'ai 
transplanté de cette façon le poirier sauvage avec un plein 
succès; je l'ai fait au printemps quand les boutons commen- 
çaient à s'ouvrir, mais sans résultat. Il en est qui disent que si 
on transporte ailleurs un arbre de jardin avec la (motte de) 
terre dans laquelle il a crû et dans laquelle il a conséquem- 
ment impliqué ses racines (litt. en quoi il est impliqué), on 
aura un plein succès. 

Article II. 
Comment on gouverne des plantations. 

Suivant Hadj de Grenade et autres, i) faut, quand on plante un 
arbre, ne pas négliger, pour quelque motif que ce soit, de lui 



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— 201 — 

donner de Teau à quelque distance du pied^ quand c'est dans un 
terrain élevé, non arrosé ; pour celui qui Test, on donne une ir- 
rigation abondante tant au pied qu'à distance, afin que la terre 
T^étale dissoute puisse s*appliquêr à la tige du jeune arbre de 
làçon qu'il n'existe aucun interstice par lequel l'air (desséchant) 
paisse s'introduire. On laisse ensuite les choses en tel état jus- 
qu'à la mi-mars, alors on nettoie le terrain à l'entour de ce qui 
est bien repris et l'on enlèye les mauvaises herbes qui auraient 
pu pousser ; on donne un binage (ou serfouissage) léger et su- 
perficiel en ramenant au pied du jeune plant de la terre meuble. 
Les sujets plantés en automne et dont la reprise est assurée 
doivent être cultivés au pied quatre fois, en laissant un inter- 
valle de vingt nuits, entre chacun des deux labours qui seront 
d'un empan (O^.SSl) de profondeur. Quant à ce qui aura été 
planté plus tard, on ne donnera de culture qu'après que la re- 
prise sera bien assurée et que déjà l'arbre sera enraciné. Prenez 
bien garde, en cultivant, de couper quelques racines, ce qui 
aH^bliraitle sujet et surtout l'olivier et les auti*es arbres qui, 
comme lui, ont leurs racines près de la surface; il faut leur 
donner un labour au crochet ou avec tout autre instrument 
analogue (1), jusqu'à ce que les racines aient acquis assez de 
force et niaient plus à craindre d'être coupées par l'instrument ^ 
on donne alors une culture plus profonde avec la pioche ou 
la bêche. Quand on veut que le jeune plant donne des pousses 
dans Tannée même, il faut au mois d'août enlever une petite 
portion d'écorce au-dessus de la surface du sol; si l'arbre se 
trouve dans une condition chaude et bonne, il poussera (comme 
on le désire); si on ne pratique point cette décortication, on 
ne le verra pousser que la seconde année, au mois d'avril en- 
viron. Ces pousses, qui se montrent au pied et le long de la tige, 
doivent être enlevées à la main (par le pincement) et non avec 
rinstmment tranchant, en ne laissant au sommet que ce qui 

(1) v±>p^, instrument de culture à dents, ou étroit et pointu, disposé pour 
mnuer le sol à la surface et non profondément, comme un crochet» à un râteau, 
une pioche étroite et pointue, à la différence du il^r**^ pi. a.L*^ qui est 
plus large : une pioche ordinaire ou une bêche, pala du dict. 

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— 202 — 

est nécessaire pour y appeler la force qui s'accumule à Textré- 
miié des rameaux. Il ne faut point porter instrument tran- 
chant en fer sur Tarbre défectueux avant deux ans au moins^ 
parce que ce serait nuisible pour Tarbre et que cela le rendrait 
languissant. J'ai yu, dit l'Auteur, la chose de mes propres yeux^ 
sur un olivier sur lequel on avait pratiqué un retranchement 
de branches avant qu'il eût donné du fruit : tout ce qui avait 
été atteint par le fer fut brûlé^ et l'arbre se flétrit et mourut 
Cet accident est surtout à craindre pour le jeune siyet replanté^ 
dans sa première année. Nous avons précédemment exposé des 
points qui se rattachent à cette matière^ comparez-les et mé- 
ditez. 

Articub III. 

Conditions atmosphériques les plus favorables pour semer, faire les irrigations, 
fumer et émonder les arbres. Quelles époques il faut choisir pour faire ces 
opérations. 

La majeure partie des agronomes anciens et autres s'accor^ 
dent sur ce point : c'est que jamais on ne doit planter ni arra- 
cher aucun arbre, ni greflèr^ dans un jour de grand vent, sur- 
tout s'il est froid et accompagné de phénomènes fftcheux. De 
méme^ il ne faut semer aucune espèce de graine^ pépin ou 
noyau, ni plantes quelconques, les jours de grand froid ou 
quand le vent souffle du nord. Rien ne peut venir à bien de ce 
qui a été semé ou planté quand ce vent règne, surtout Tolivier^ 
parce que sa racine étant à fleur de terre, par suite toute la par- 
tie de l'arbre exposée au nord se dessèche. La raison^ en est que 
les vents froids^ par leur action délétère^ absorbent à la fois 
l'humidité de la terre et celle de la racine. Ainsi^ choisissez un 
jour de température chaude^ quand le vent souffle du midi, 
vers le matin; profitez aussi du vent du couchant qui a tra- 
versé les mers et la partie occidentale de l'Espagne et autres 
parages placés dans les mêmes conditions. Tout ce qui aura 
été semé par le vent du midi ira bien et réussira ; ce sera très- 
avantageux pour la plantation^ s'il peut arriver que^ le jour où 



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- «03 — 

on l'a fàh, il survienDe de Fbumidité ou de la pluie^ surtout 
pour le jeune oliTier^ particulièrement dans les terrains élevés 
(non arrosés). Il faut donc interrompre tout travail commencé^ 
quand viennent à s'élever les vents défavorables ou que Tair 
passe à un fk'oid vif. Si déjà vous avez arraché quelque planta 
mettez-le en terre (en jauge) jusqu'à ce que le temps se mon- 
tre favorable. Gardez-vous bien de rien déposer dans Feau^ 
sinon pour un jour on deux au plus. Si pourtant (1) le séjour 
du plant en jauge s'était prolongé^ il devient utile de le plonger 
dans i'eau^ mais peu de temps seulement avant de le planter. 
Ne faites aucune plantation ni le jour de la djemah (vendredi)^ 
ni le jour premier (le dimanche); Texpérience le défend. 
Prenez de préférence pour votre travail les premiers jours des 
mois arabes^ ceux de la croissance de la lune et de son plein 
dans les mois lunaires. (Cf. Géop., x, 2.) 

Il en est qui disent que la lune est froide et humide; mais 
que, quand elle est dans son plein intégral qu'on nomme 
Bidr j^, ce qui a lieu le quatorzième jour du mois lunaire , 
à cette époque on voit un accroissement sensible dans les se- 
mis des plantes potagères, telles que melons, pastèques, cour- 
ges, aubergines, haricots, lin et autres. On observe pareil phé- 
nomène [lUL accroissement) dans les fleurs des plantes aro- 
matiques et dans les fruits. Les ramiflcations de ces plantes 
s'allongent (dans la période de croissance), tandis que c'est le 
contraire pendant celle du déclin de la lune, tout cela par la 
volonté de la divine providence. C'est pour cette raison que le 
vulgaire se plaît à planter les vignes et tous les arbres, et aussi 
à faire les semis, pendant la période du croissant de la lune. Ils 
affirment que tout ce qui est planté pendant cette période est 
infiniment plus beau et de meilleure qualité que ce qui est 
planté dans tout autre temps; la reprise des arbres est plus 
prompte et ils poussent plus vite ; ils deviennent très-beaux, 
très-vigoureux, et bien plus fertiles quand ils sont plantés en 



(1) U texte porte «t^t ; doos croyons deroir lire ^1 "^t qui donne un 
pUu logiqae. 



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— SM — 

et moment, tandis que c'ert tait feconinireqpdamTeqiia]^ 
b iriantatkm te fait an déooon. Anssi^ «fisent-JbquVm ne dût 
jamais frianter que pendant b période de croisBanœ, règle 
qui s'apfdiqne an lin, car si on k sèmecndéooais One réusât 
jamais, non pins que dans les derniers jours du mois. Abool- 
Khaîr dit Taroir expérimenté lui-même sur cette plante et 
oonsUté le bXL On dit que, suiTant quelques agnnomes, le 
moment oonrenaUe pour œs opérations, c'est depuis le qua- 
trième jour du mois lunaire jusqu'à b fin du quatorzième, n 
en est qui disent que le Tingt-quatre est un jour de bénédiction 
pour planter en terrain arrosé, (c'est-à-dire) toute b journée, 
depuis le lever du sdeil jusqu'à son coudier. n en est qui 
blâment b pbnbtion faite à b pleine lune de mars. 

Koutzami dit, dans l'Agriculture nabathéenne, que Darid 
Nadan, seigneur de Baehra (t), prescrit de ne faire aucune 
espèce de plantation, de ne rien greffer ni semer (pendant le 
déclin de b lune), parce que b seule époque favorable pour 
planter et pour obtenir une belle végébtion, c'est depuis le mo- 
ment où b lune commence à croître jusqu'à b cinquième nuit 
après qu'elle est entrée dans son déclin. Ainsi (pour l'exécu- 
tion de ces travaux) son opinion agrandit (le chiAre) (2). Adam, 
sur qui soit le salut, professe b même opinion. Koutzami 
ajoute avoir consbté l'exactitude de ces assertions par l'expé- 
rience (3). Sachez bien que le temps le meilleur pour toutes les 
opérations agricoles qui ont pour objet de donner de l'eau aux 
pbntes et aux arbres, soit par irrigation (au pied), soit par les 

(1) Danqueri dit que le Diction, géogr. porte JL^Ut et non JLo - c'est ane 
fortereue à deux Journées d'AIep. Aboulfeda dit la même chose, mais II Ut 
jtXj Jï Aboulf. Edit. M. Reinaud, p. [Tf. Edrlsi parle de Bachar^^ 
comme étant une forteresse dépendant de 6islLara,t.I,p. 247, trad.iaub. Gomme 
le fait est cité par le nabathéen Koutiami, il est plus probable qu'il s'agit de Ba- 
chara, pr^s d'Alep. 

(H) En effet, il étend la faculté de planter Jusqu'au cinquième Jour après le 
plein de la lune. 

(S) Des modifications ont dû ici être introduites dans le texte par Banqoeri et 
par nous ; nous espérons y revenir plus tard. 



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- 205 — 

arrosements à la main (sur les feuilles)^ soit pour faire usage 
deTeau comme moyen curatif ou pour toute autre cause qui en 
exige remploi^ c'est (sans contredit] le temps de la croissance de 
laiune, c'est-à-dire depuis qu'eUe a cessé d'être en conjonction 
arec le soleil jusqu'après le moment où par son plein complet 
elle se trouTe en opposition^ ce qui dure une période de jours 
commençant le treize et finissant le seize; ce temps passée il 
but s'abstenir de toute espèce de travail (4) (de ce genre). 

Koutzami dit : Quand nous avons planté un arbre ou un 
palmier suivant notre désir ou bien que nous avons fait un 
semis (dans cette partie du mois qui s'étend) depuis la pre- 
mière nuit de la nouvelle lune jusqu'à ce qu'elle soit parve- 
nue au point où il y a entre elle et le soleil 90**^ ce qui est le 
premier quartier^ tout ce que nous avons planté réussit par- 
foitement sans craindre aucun accident; tout s'implante (et 
s'enracine) dans le sol d'une façon admirable^ les arbres pro- 
duisent constamment de très-beaux fruits et en abondance. Il 
en est de même pour la fumure. Mais^ si l'engrais est ap- 
pliqué quand la lune est décroissante^ alors nous voyons se 
développer une vigueur et une végétation qui ne se produisent 
point quand l'opération s'est faite pendant la croissance de la 
lune. Le travail doit se faire quand cette planète est dans le rayon 
de Ykoroscope, c'est la quatorzième mention du zodiaque. Si on 
est dans les signes de l'eau^ qui sont l'écrevisse^ le scorpion et 
les poissons^ ou bien dans les signes venteux qui sont les gé- 
meaux^ la balance^ le verseau^ les conditions sont excellentes. 
Les signes terrestres viennent à la suite pour l'efficacité; mais 
gardez-vous des signes du feu^ qui sont le bélier^ le sagittaire 
et le lion (2)^ quand l'horoscope ou la lune y sont. Etudiez donc 



(1) Ces prescriptions sur robsenration des phases de la lune peuvent être rap- 
prochées et comparées avec ceUes qui se trouvent dans les Géop., V, 10, et X, 
2. V. aussi Plin., XVIII, 75. 

(2) Cette division des signes du zodiaque qui se trouve ici dans une citaUon 
de Koutxami, Agron. nabath., et plus loin, ch. XXX, art. 10, dans une ci- 
tatioD de Caasiauus, se trouve également et semblable dans le calendrier de Gor- 



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^ 206 — 

bien la position de la lune quand vous youlez exécuter quel- 
ques-uns de ces travaux; si elle se trouve dans ces conditions ou 
dans Tune d'elles, le moment est très-bon, il faut en profiter. 

Parmi les anciens, il en était qui ne tenaient aucun compte 
de toutes ces recommandations et qui prescrivaient de semer 
depuis le commencement du mois jusqu'à la fin. D'autres 
disaient de planter le premier et le dernier )our, d'autres 
n'admettaient pas cette opinion et ils la repoussaient. 

Aboul-Khaîr dit que le travail doit être ainsi réparti, dans 
le mois lunaire : cinq jours de repos, cinq jours de travail; 
quatre jours de repos, quatre jours de travail; trois jours de 
repos, trois jours de travail, deux jours de repos, deux jours 
de travail; un jour de repos et un jour de travail; ce qu'on fait 
pendant les jours indiqués pour le repos est mauvais, taudis 
que celui fait les autres jours est bon, la volonté divine aidant. 
(F.Virg., Gearjf-, 1, 276-) 

Articlb IV. 

Parmi les anciens, il en était qui, par crainte de l'humidité 
excessive qui existe quand la lune est au croissant, préféraient 
tailler les arbres, couper les branches pour greffer, et faire 
les vendanges dans le déclin de la lune. Ils étaient persuadés 
que les bois destinés pour les couvertures et autres, coupés au 
déclin de la lune et surtout dans les trois derniers jours du 
mois, n'étaient jamais attaqués par les vers (i). 

(1) Cette asBertioD se trouye dam Pline, XVf , 74 ;dana Théophraste, Hist Plant 
V, 1 ; Colum., XI, 3, 1 1 ; Géop. m, 1 ; Vitniv., 11b. Il, 9. Gomme l'auteur arabe 
s'étend très au long sur cette matière, chap. XXX, art. 2, nous y reviendrons 
avec plus de détail k cette occasion. 

Banqueri a renvoyé an bas de la page un paragraphe fort altéré, duquel il 
semble résulter que les épines coupées dans le croissant de la lune ne repous- 
sent pas. Le manuscrit de la Bibl. imp. présente une lacune en cet endroit. 



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— f 07 — 



CHAPITRE Vn. 

Artm ^'00 a rbabltade de calttrer dans quelques parties de l'Espagne. Énu- 
mention de ces eqpèces d'arbres. Manière de planter chacune d'elles. Indlca* 
tioD de ce qni leur est avantageux dans les diverses natures de terre. De l'ar- 
mement, de la ftunare oa Ttumidy J^^^^mJ^ et des soins k donner A chaque 
sipics en paitlcaller. 

ÂRTiaB I. 

Gnltnre de l'olivier. 

Il y a deux espèœs d'oIiTiers : Tolivier sauvage qui croît 
natureUement sur les montagnes, et jamais sur les bords des 
rinères (ou des eaux courantes), ni là où les racines pourraient 
rencontrer des eaux abondantes et continues. L^autre espèce 
est cultivée {liU. domestique); elle est plus abondante que la 
précédente et son fruit donne aussi plus d'huile. 

Ibn Hedjadj rapporte dans son livre que, suivant Junius, la 
terre qui convient à Tolivier, c'est la terre légère; c'est par 
cette raison que Tolivier réussit très-bien dans le territoire 
fÀstigis (î), parce que le sol de ce pays est de cette nature et 
que Tolivier planté dans un tel terrain, s'y montre d'une vé- 
gétation luxuriante, et bien mieux que partout ailleurs. Mais, 
dit Ibn Hedjadj , par cette belle végétation il faut entendre 
l'abondance de l'huile, plutôt que l'état brillant des rameaux. 

Juidus dit encore : la terre blanche convient aussi très-bien 

(1) JuL!, on soiv. Banqnerl ,iJa«Mt, Àttigis, auJ. Ectja, dans le royaume 
de Séville. Ancan des noms dtés par Ck)lumelle, De re rust., v, 8, et De arb., It, 
oe nppelle celui-ci, qpi est peut^lre mis id pour la IMtiqiie» dont parle l'agro- 



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— 208 — 

pour la culture de Tolivier, surtout si elle est douce et fraîche; 
car, lorsqu'on le plante dans un tel terrain, il donne un finit 
renflé, abondant, lisse, gras et abondant en huile. L'olivier se 
plaît encore dans la terre noire, celle surtout qui contient de 
petites pierres ou beaucoup de détritus de roches et dont la 
glèbe tire sur le blanc; la terre sableuse (est encore) bonne 
quand elle n'est point saumâtre ; tous ces terrains conviennent 
bien à Tolivier. Il faut l'éloigner de la terre profonde qui con- 
vient au grenadier, qui y devient très-grand; mais les olives y 
donnent peu d'huile et elles sont très-aqueuses; leur matu- 
rité est tardive et le marc bien plus considérable que l'huile. 
Il en est de même pour la terre très-glaiseuse qui, par son 
(tempérament) froid, ne convient point à l'olivier. Les terres 
chaudes ne valent pas mieux, parce que dans l'été, elles s'é- 
chauffent bien plus que les autres; souvent elles sont crevasr 
sées de larges fentes très-ouvertes, et dans l'hiver elles de- 
viennent froides. 

Suivant Démocrites, l'olivier se plante dans les terres 
blanches dépourvues d'herbes, qui sont sèches et non hu- 
mides. Il faut se garder de le mettre dans la terre rouge sau- 
mâtre ou salée, non plus que dans les terrains qui se refroi- 
dissent trop dans les grands froids de l'hiver ou s'échauffent 
en excès dans les fortes chaleurs de l'été, ni là où le vent 
souffle avec impétuosité, ni dans un sol sujet à se gercer. 

Suivant Kastos, la terre la plus propice pour la culture de 
l'olivier, c'est celle qui est (dite) al-çamà, et dénudée d'herbes; 
or, I-v^t, al-çamà, signifie terre sèche et sans humidité. Il ne 
faut point cultiver l'olivier en terrain saumâtre ni dans la terre 
rouge qui a de la profondeur et qui pendant l'hiver se re- 
froidit, et qui dans Tété s'échauffe en excès, non plus que 
dans un sol sujet à se gercer. L'olivier peut encore se planter 
dans un terrain léger et de bonne qualité. 

J'ai rapporté, dit Ibn Hedjadj, les opinions que j'ai trouvées 
dans les trois plus célèbres agronomes sur le choix des terres 
pour la culture de l'olivier; je les ai trouvées concordantes, 
sans aucune différence. Ce qui en somme ressort à mon esprit. 



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— 209 — 

de ce qui a été écrit par eux ou par les autres dout j'ai lu les 
ouTrages^ c'est que tous rejettent pour la culture de l'olivier 
la terre trop bonne parce que le fruit y contient une grande 
quantité d'eau, et donne beaucoup de résidu au détriment de 
rhuile qui est moins abondante {\ ) 3 d'un autre côté, cette huile 
est Irès-daire et très^-prompte à se gâter, à cause de la quan- 
tité d'eau qu'elle renferme, et elle ne se garde pas longtemps. 
Ces Tices sont bien plus graves encore dans une terre bumide 
en excès. La terre indiquée par nos auteurs comme conve- 
nable est dans des conditions tout autres; toutefois, les arbres 
les plus beaux et de la plus belle apparence sont dans les 
fdaines basses, de bonne qualité. 

Kastos s'exprime de même; voici ses propres expressions : 
L'olivier a de l'affection pour la terre qui regarde la mer et qui 
est humide; il y croît rapidement, et la végétation est plus 
brillante dans ce terroir que partout ailleurs. 11 ajoute ensuite 
que la meilleure terre pour la culture de l'olivier est la terre 
dénudée d'herbe. 

Les agronomes sont unanimes sur ce point, c'est que le 
vent est favorable à l'olivier; il faut donc le planter sur les 
montagnes et les coteaux, toutefois lorsque la neige n'y tombe 
point en trop grande quantité, et qu'il n'y est point exposé à 
des vents froids et glacés, non plus qu'à une chaleur excessive, 
car si la chaleur lui est profitable, elle peut aussi lui être nui- 
sible. C'est dans les contrées où la température est élevée, que 
Fextraction de l'huile est plus facile, tandis que dans les pays 
froids il est fort difficile de l'obtenir et l'on ne peut même y 
arriver qu'avec. beaucoup de travail. Quant à l'huile par elle- 
même, elle aime l'air un peu froid. Aussi, a-t-on soin de la 
tenir dans des vases qu'on range dans des pièces exposées au 

(1) UU. à cause de ce qu'il y a d^énorme qui survient en lui pour la quantité 
d^aaetde marc, Thnile en est diminuée à cause de cela. Le texte porte .* 
SJ>j s^X)3 ,J^ J^> nous conservons ce texte en lisant ^j et prenant 

"3^ * ta ▼"• forme, qui n'est pas dans les dict., mais qui se trouve dans Ibn 
al-Awam. Banqueri propose une autre correction. 



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tatioD. Karour-Afenthaous dit que la bouture se plante cou- 
chée (horizontalement) ou en sens inverse^ ou toute droite 
(en position naturelle). 

Ibn Hedjadj raconte qu'il lui est arrivé de planter un mor- 
ceau d'olivier sur lequel était une loupe. Il le déposa couché 
(horizontalement) dans une fosse, le couvrit de terre végétale^ 
de telle façon qu'on n'en apercevait rien. Il reprit parfaite- 
ment bien, (il en résulta un arbre qui) donna du fruit. J'ai eu 
l'occasion de voir, dit cet auteur, des brins d'olivier de la gros- 
seur du petit doigt qu'on avait mis en terre sans intention de 
les planter, et qui prirent promptement racine. Ces brins que 
j'ai vus (réussir ainsi) n'étaient point affectés de loupe. Mais on 
défend, d'user, pour la multiplication de l'olivier, de ces sortes 
de branches, et l'on prend généralement de grosses branches 
avec loupe; on les taille d'une longueur de sept coudées, plus 
ou moins ; on les couche au fond d'une fosse profonde, où elles 
prennent racine; on laisse en place les i^jets qui en provien- 
nent sans les replanter. Pour ces sortes de plançons (ou bou- 
tures), on ne tient pas à ce que l'écorce soit lisse; on prend au 
contraire les branches grosses et rugueuses, cherchant surtout 
à ce que la branche porte une gibbosité de la grosseur d'un 
œuf. J'ai vu de ces branches déjà dures, mais dépourvues de la 
loupe, qui portaient, à l'extrémité où elles avaient été détachées 
de l'arbre, une portion de lecorce de la tige qui avait la 
forme d'un soulier; cette branche fut plantée (dans cet état) 
et elle reprit très-bien. J'ai vu encore planter un jeune ra- 
meau à écorce lisse, à l'extrémité duquel on avait laissé une 
portion du vieux bois rugueux; ainsi disposé et planté, il a 
bien repris. 

Mais revenons à Junius. Il faut, dit-il, quand on veut faire 
des plantations bien soignées, c'est-à-dire quand on prépare les 
fosses, déplacer la terre du fond; ce qui est bon encore^ c'est 
de pratiquer sur le terrain une double irrigation avant d'effec- 
tuer les fouilles, et de rapporter de la terre mêlée d'engrais sur 
une épaisseur de quatre doigts et d'enduire le plant de bouse 
de vache (Cf. Gcop., IX, 5). 



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— 213 ~- 

Dm Hed|ja4j prescrit de mettre du sable, dans chaque trou 
destiné à receToir des boutures ou branches sans racines telles 
que boutures yieilles ou autres pareilles. Cette précaution est 
bonne^ à mon aiis^ car étant plus dures que celles enracinées^ 
le sable ne les affaiblit point ( i ) ; il leur est au contraire 
utile et facilite la pousse du chevelu^ quand Fhumidité appor- 
tée par Teau d'irrigation ou de la pluie dissout Tengrais. 

Junius dit qu'on ne doit point multiplier les irrigations pour 
ToliTier^ car Texoès en cela lui devient très-nuisible. Les 
branches ou boutures doivent être mises en terre aussitôt 
qu'elles ont été détachées de Tarbre. Le plançon pris sur 
raiiMre aura une longueur double de celle de la cuisse; il 
&iit l'enlever de façon qu'il reste une portion (du vieux bois) 
de la tige (i), il pousse mieux; cette branche doit encore avoir 
l'éeorce lisse et être parfaitement saine^ c'est-à*dire^ dans le 
langage de Junius^ intacte et sans fissure aucune dans Técorce. 
La branche ou bouture^ choisie dans les conditions que nous 
venons de détailler^ grandira et prendra un développement 
ra|Hde. La bouture lisse de peau et vigoureuse poussera et 
prendra de l'accroissement ainsi que le comporte la nature de 
l'olivier. Mais ce qui sera (planté trop) grêle donnera des ré- 
sultats contraires^ c'est*à-dire une végétation languissante. 

Junius dit que les vieux plants dont l'éeorce intérieure est 
fendue sont difficiles à la reprise. Ibn Hedjadj dit que par ces 
paroles Junius entend que^ si le plant n'est [)oint pourvu de 
cette protubérance dont nous avons parlé plus haut^ (il reprend 
difficilement)^ tandis qu'au contraire^ si elle s'y trouve, la re- 
prise ne se fait point attendre. Le même Junius dit encore 
qu'il faut donner aux boutures qu'on plante dans les lieux 
âevés une longueur de deux coudées (O^IU), et quatre plus 
une polme (2,080) à ceux qu'on plante en terrain bas. Selon 
veut que ces boutures soient courtes pour les terrains de mon- 
tagnes et les coteaux élevés; pour la plaine, il faut les tailler 

(I) n est à craindre qa'il ne se soit gllseé quelqti'altéralion dans le texte, dont 
on ne saisU ims bien le sens. Il y a ici lacune dans le manuscrit. 
(3> CTest la crossette. 



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— MI — 
TaidkMi 

éfefVCS iXÊÊA PVB§ 4HVS Cl piH§ 

d» imi séreux^ d'établir le 4 
«te, îmâM qifen pfaiBe, Mi Is s 
Féfablit arec des corps plos lonss^ f^féà re^MicAl a 
ritiire ph» brirci M .Certamsi qs'cBvsenlcenqiB laillail 
les arbres; ib laissent dams les boones lems les jeunes bran- 
ches plos DOfnbreases et plos loopies, taodB ^ne dans les terres 
maigiwib les tiennent pins owrles et moins nondircQses. Id 
finit la dtallon de 8olon. Reimons à Jnnins. On ne doit point 
planter la bootore la tête en bas (Géop., IX, 5), parce qu'elle se 
poarrirait. Ibn Hèdjadj lait remarquer que niaroar-AtliooB 
(et autres) sont d'avis contra ir e, puisqu'ils insistent pour qu'on 
plante le rameau dn grenadier en sens inrose. Os préconisent 
cette méthode. J'ai m, dit-fl on arbre de belle Tenue, et pro- 
ductif^ qui prorenait d'une boutnre plantée en sens inverse. 
Il y a, dit Junius, des agriculteurs qui conseillent de joindre 
au jeune plant des pierres ; quand on use de ce procédé, fl faut 
faire plonger Tarbre à la profondeur d'une coudée; on jette 
ensuite de la terre sur les racines, afin que celles-ei en été 
profitent de la fraîcheur de la pierre et que dans l'hiver elle 
leur communique sa chaleur, parce que la pierre produit ces 
deux effets (suivant la saison), n fiiut recourir à ce procédé^ 
dans les terres sableuses plus fréquemment que dans les au- 
tres. Souvent on commence par mettre les pierres dans le fond 
de la fosse (GoL, De re rwt., Y, 19). Il faut que les trois quarts 
du plant soient enfoncés en terre, et qu'on laisse le surplus 
dépasser au-dessus de la surface du sol. On enduit la plaie 
causée par la coupure à la partie supérieure avec une prépa- 
ration d'argile pétrie avec de la paille. L'auteur ajoute que le 
cultivateur soigneux doit enlever les pousses qm' se pro- 

(I) Cette dernière phrase a ëtë renvoyée en note, sans être Uadulte par Ban- 
queri, mais nous avons pa le faire noas aidant du mss. B. I. qui donne un texte 
plus completi ^ 97, v* 2. 



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- 215 — 

duisent entre les lignes des oliviers (1); avec ce soin et une 
bonne direction, Tarbre sera d'une belle venue et donnera du 
frnlt (en abondance). En effets le vent ayant la facilité de s'in- 
troduire entre les lignes, à cause de leur (bonne) disposition, 
l'arbre sera nécessairement d'une belle végétation et très- 
fertile. Les lignes doivent être dans la direction du levant au 
couchant et du midi au nord, et également espacées (2). Loi*s- 
qu'ils ont été ainsi rangés, le vent du levant et celui du midi 
trouvent des issues faciles pour l'entrée et la sortie, et, sous 
l'influence de leur souffle, la plantation se conservera dans 
un état satisfaisant. L'auteur ajoute encore : On ne doit rien 
semer dans une terre légère plantée en oliviers; ce serait pour 
eux une cause de débilitation. Les arbres qu'on plante dans 
cette sorte de terrain peuvent être plus rapprochés, puisqu'on 
n'y doit rien semer, comme il a été dit. Un autre motif indi- 
qué par Ibn Hedjadj, c'est que dans ces sortes de terres les 
arbres pullulent moins et que les olives ne sont ni grosses ni 
renflées. 

Gomme il est constant, dit Junius, que les plants sur les- 
quels on pratique la greffe sont plus beaux et plus productifs 
que les autres, il est très-avantageux de cultiver l'espèce 
dite QotAtnon (xorlvoç, Géop., X, 86, Oleaster), c'est-à-dire zan- 
bouck 'ry^j Cast., parce qu'elle forme racines et pousse 

très-promptement ; dès la troisième année le plant de cette 
espèce est susceptible d'être greffé. Voyez-le dans l'année qui 
suit cette opération; s'il a été greffé avec des branches tirées 
d'une espèce bien venante et fructueuse, ainsi que nous l'avons 
recommandé, il portera des fruits bien plus tôt que toutes les 
autres espèces et en grande quantité. Le même auteur ajoute : 
kmt arbre multiplié de semis donnera des fruits pareils à 

(1) Le texte porte jjLTiî^' v^.^*^ W"* C^ u'^ "°™ ^"^™ 
\mJi^^^ trH " ^ '^ LL^^> ^^'oiAé en cela par ce qu'on lit dans lea 
Géop. IX, 9, où ce nettoiement est prescrit très -précisément. 

{!) SedinFavoniumdirigi ordine9 convenit, ut atttvo proflaturefrigtrtntwr. 
Col.,D«rcn«l. V, 9, 7. 



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— 216 — 

ceux de son espèce. L'olivier fait exception (Géop. X^ 86); s'il 
est semé dans une terre forte^ il aattra du semis une espèce 
nommée Qolhinon. Ibn Hedjadj dit : J'ai constaté l'exactitude 
de cette assertion. Chez nous^ par suite de la grande quantité 
d'oliviers qui se trouvent sur la montagne à'Axarafe de 
Séville^ il en tombe sur le sol beaucoup de noyaux. Je ne Tois 
point d'autre cause pour expliquer la multitude de jeunes 
plants d'oliviers qui y croissent; mais ce qu'on rencontre sur- 
tout^ ce sont des arbres de l'espèce Qothinon, qui forment la 
plus grande partie de ce qui pousse entre les oliviers petits ou 
grands qui donnent du fruits ce qui porte à conclure que cette 
grande quantité provient des noyaux des arbres (qui les four- 
nissent). Mais Dieu est le plus savant. Je ne prétends pas dire 
que tous ces oliviers sauvages qui poussent sur cette 
montagne viennent exclusivement des noyaux d'oliviers; je 
dirai au contraire que cette espèce croit (spontanément) dans 
les montagnes en grand nombre^ ainsi que dans les terres 
rudes^ de la même manière qu'on y voit pousser beaucoup 
d'autres arbres tels que des chênes^ des caroubiers et autres 
d'espèces analogues (qui se reproduisent de fruits tombés). 
L'olivier se propage de noyaux (on le sait). Junius le dit et moi- 
même je ne nie point que l'olivier puisse se multiplier de cette 
façon. J'ai eu une occasion de le constater chez un de 
mes frères qui habitait un village; aussi je dirai que la ma- 
jeure partie des oliviers sauvages vient de cette façon, comme 
l'a dit Junius. Revenons à lui. 11 nous apprend que la plu{>art 
de ceux qui veulent faire des plantations ouvrent des fosses 
larges^ carrées et spacieuses^ dans lesquelles ils déposent 
quatre boutures ; ce qui est une grande faute en plantation, 
ils placent ces plants aux angles, et, quand après la reprise, les 
arbres restent en place, le résultat est bon, et il nous est pos- 
sible si nous le voulons d'en replanter ailleurs un, deux et 
même trois (i). Ibn Hedjadj afQrme avoir trouvé chez lui 



(1) Ce passage présente de TobscurUé; la fin ne répond point exactement aa 
commencement; 11 semble quMl manque quelque chose. 



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— 417 — 

cette méthode en grande pratique sur la montagne de Scliarfa, 
Mais il dit qu'elle est mauvaise aussi suivant lui. 

Quant aux pépinières d'oliviers {oliveia, Colum.) suivant le 
même auteur^ Junius dit: Les branches qu'on prend pour plan- 
ter en pépinière [litt. où on élève les plants] doivent être prises 
sur des arbres en bon état^ jeunes et fertiles; elles seront régu- 
lières dans leur grosseur. Ces branches ne doivent pas être pri- 
ses sur la tige mais au sommet de l'arbre {Géop., IV^ i 5). On les 
coupe à la scie, preuant bien garde d'endommager l'écorce. A 
côté de chaque brin on plantera un roseau^ pour que les ou- 
vriers en faisant le serfouissage puissent le reconnaître (Col. 
Jle nut.,\y 9). On exécute du reste dans l'opération tout ce qui 
a été prescrit plus haut. Les anciens avaient pour habitude de 
pratiquer le serfouissage une fois par semaine quand il était 
possible de le faire et que la nature argileuse de la terre ne s'y 
opposait point. Ces jeunes plants (ou boutures) sont tenus en 
pépinière pendant trois ans. La quatrième, on retranche toutes 
les branches inutiles, puis on porte l'arbre où il convient de le 
planter, en conservant une certaine portion de la terre dans 
laquelle il a poussé. Cette manière de propager l'olivier au 
moyen de branches (ou boutures) est sans contredit la meil- 
leure; voilà tout ce que Junius recommande (éréop., IX, 5). 

Le même, en parlant des soins à donner aux jeunes siyets 
qu'on transplante, indique les règles suivantes. Quand on veut 
replanter les jeunes oliviers, il faut le faire en automne, puis 
les laisser en repos sans donner aucune culture juscpi'au prin- 
temps, n faut alors donner à l'entour un serfouissage; le moins 
qu'on puisse en donner à la pioche, c'est quatre (par an). 11 faut 
aussi pratiquer à l'entour une rigole circulaire (un bassin), afin 
que les eaux pluviales arrivent plus facilement aux racines et 
ne se perdent point de côté et d'autre. Quant aux plantations 
faites au printemps, il faut commencer par cultiver la terre à 
l'entour des arbres» à moins cependant que nous croyions de- 
voir nous en abstenir. Une excellente méthode, c'est d'arroser 
pendant la première année, particulièrement pendant l'été, 
lorsqu'il est possible de le faire. 11 faut, quand le jeune arbre est 



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— 218 — 

repris et qu'il se met à pousser^ détacher à la main (en les 
pinçant) les branches surabondantes, pendant qu'elles sont en- 
core tendres, car alors il est facile de le faire. La seconde année, 
il faut, ajoute Tauteur, déchausser le$ jeunes arbres en au- 
tomne, leur donner de Tengrais; mais auparavant on a soin de 
rapporter de la terre meuble sur les racines, de peur qu'elles ne 
souflirentde la chaleur de Tengrais. Si les pluies arrivent avant 
le solstice d'hiver, on donne un ou deux serfouissages (culture 
profonde) autour de Tarbre, en ménageant des rigoles qui lui 
amènent des eaux pluviales, ce qui est d'un très- grand avan- 
tage pour lui, La troisième année venue, on retranche avec la 
serpette (lilt. le fer) une grande partie des branches, de ma- 
nière à n'en conserver que cinq ou six des plus fortes, et des 
plus belles par leur venue ; on administre ensuite de Tengrais, 
et les mêmes opérations se réitèrent la quatrième année. 

Junius, traitant aussi de l'engrais qui peut convenir à l'oli- 
vier, dit que c'est le crottin de chèvre, de brebis et de tout au- 
tre bétail (1). Cet arbre aime aussi le crottin d'âne, de cheval 
et de toutes les bétes de somme en général. Mais l'engrais hu- 
main ne convient pas à Tolivier ; si on lui en donne, il faut 
bien se garder de l'appliquer directement sur la racine ; mais 
il faut, au contraire, le poser à une petite distance du tronc, 
afin que, se mêlant à la terre, sa chaleur arrive seulement peu 
à peu aux racines. Les agriculteurs intelligents croient devoir 
commencer par disposer de la terre meuble sur les racines, 
puis ils appliquent l'engrais qu'ils recouvrent d'une nouvelle 
couche de terre. 

L'auteur dit encore : il faut donner de l'engrais tous les trois 
ou quatre ans, particulièrement aux époques de l'irrigation et 
dans les endroits humides, et cela pendant plusieurs années 

(1) Ck)lumelle Indique le crotUn de chèvre à la quantité de six liTres : stercorù 
eaprini tea librœ, Re rutt,, v, 9, 14, sans rien dire des autres. Ces préceptes 
d'agriculture, donnés sous le nom de Goiumelle, se trooTent d'une manière gêné- 
raie, seulement dans les deux chapitres 8 et 9 du 1. v. De re n»ltc., qui sont 
spécialement consacrés à la culture de roli?ier. Le chap. x?ii du traité De 
arbor. fournit encore moins. 



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— «19 — 

(Giop. IX, 9); mais, dans les lieux où la Tégétation est moins 
active et qui sont secs, la quantité du fumier doit être plus forte. 

Suivant Kastos, toute espèce (de crottin ou) de déjection, à 
l'exception des matières fécales humaines, convient à Toli- 
TÎer, et il faut se garder de le porter trop près du pied ; on ne 
le donne qu'une fois tous les deux ans. Démocrite etCassius 
disent que toute espèce de fumier, à l'exception des matières . 
steroorales humaines, peut convenir à Tolivier; mais on ne 
doit lui donner de Fengrais que tous les trois ans une fois (1). 
Ibn Hedjadj dit que tous les agriculteurs intelligents sont una- 
nimes sur ce point : c'est que Tengrais humain ne convient 
point à Tolivier, de même que l'excès de (tout autre) engrais, 
n a exposé avec clarté ce précepte que Marguthis a présenté 
d'une manière obscure. 

Le même auteur dit que l'application immédiate de l'engrais 
à Folivier cause de nombreux accidents et une trop grande 
quantité de résidu (ou marc) fournie par le fruit. Ensuite 
(Toici) ce qui arrive aux branches qui à cause de l'humidité (li- 
quide séveux) en excès sont antipathiques à l'engrais : c'est 
qu'elles se dessèchent. En effet, quand on applique l'en- 
grais à la racine, son humidité (séveuse) est détruite par la sé- 
cheresse (excessive) de cet engrais, et alors, quand lèvent s'élève 
avec force, ces rameaux (ainsi desséchés) sont brisés et les som- 
mités de l'arbre sont détruites en grande partie, en raison de 
œ qui a été atteint par le dessèchement (liil la décomposition). 
Si les anciens ont toujours craint de planter l'olivier dans 
les terres molles, humides (fraîches) , ou de bonne qua- 
lité, c'est par les raisons exposées au commencement. Fin delà 
citation. Ibn Hedjadj dit : Quant à ce qui concerne le nettoie- 
ment (le pincement des petites branches inutiles) de l'olivier 
et sa taille : j'en parlerai plus tard spécialement. Dieu aidant. 

L'Agriculture nabathéenne, en traitant de ce sujet (la culture 
de l'olivier)^ dit que les régions qui conviennent le mieux à cet 
arbre sont celles qui, proches de la zone tempérée, tendent au 

(1) Géop., IX, 16, d'après Didyiniu. 

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— 2i0 — 

froid, et celles dont le sol (cultivé) est glaiseux, très-doux et (ai* 
blement meuble. Si le climat incline vers une chaleur mode» 
rée, il n'y a rien à craindre; Tarbre ne souffrira point; il 
n'en progressera pas moins bien. Le moment de planter Toli- 
vier, c'est quand le soleil est dans la seconde moitié du signe 
des poissons, jusqu'à ce qu'il soit dans celui du taureau, et 
quand la lune est dans sa période de croissance; ce sont les 
jours les plus favorables pour cette opération. Celui qui est pré- 
posé à cette plantation doit être de couleur noire ou brun foncé, 
(d'un âge) entre trente ans et la vieillesse. Un homme, quel- 
que bien et robuste qu'il soit, ne doit pas en approcher s'il a 
touché quelque chose d'impur ou s'il est souillé de quelqu'im- 
pureté {i ) .Thaër prescrit de verser sur le pied de l'olivier qu'on 
plante, deux onces (61 gr.) de bonne huile, mêlée de pareille 
quantité d'eau douce ; ce traitement échauffé l'arbre en éloi- 
gnant tout accident fâcheux. Quand l'arbre a commencé à don- 
ner du produit, il faut le mouiller (le bassiner) avec de l'huile 
mêlée d'un peu d'eau qu'un homme prend dans sa bouche et 
qu'il projette sur l'arbre en tournant à l'entour. Ce procédé le 
fait pousser, active son développement, le rend plus fertile, pro- 
cure aux rameaux une végétation luxuriante et delà qualité au 
fruit. On multiplie l'olivier au moyen de branches de la gros^ 
seur de la cuisse, qu'on divise à la scie en divers endroits , sans 
couper entièrement ; on pousse seulement le trait de scie jus- 
qu'au tiers de la grosseur, laissant entre chacune de ces sec- 
tions une longueur qui varie depuis une coudée et demie jus- 
qu'à deux coudées. On dispose dans le sol pour recevoir ces 
branches, des fosses longues [sukU Colum.) dans lesquelles on 
les pose en long; on les couvre de terre sur une épaisseur depuis 
un doigt jusqu a un empan (0"',23l), ou environ, en formant 
une espèce de bassin à l'entour et l'on arrose une fois par jour. 

(1) Le texte porte : L^* lT^l^J^ tJ^ s^Xj^j^ »'il ett qu'il ait toudté 
quelque chose dCxmpw, comme le donne & entendre le Dlct., ou touehi du tact 
(de Satan). Les Gdop. exigent une grande pureté de mœors, ix, 3. Palladiua en 
dit autant. De re rust., vi, t3. 



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— Î21 — 

La Tégétation s'établit aux bords des traits de scie^ et^ quand les 
jeunes pousses ont atteint la hauteur d'une coudée^ on enlève 
celles qui sont trop faibles^ laissant seulement ce qui se montre 
vigoureux, puis on les replante quand on les Juge capables de 
rêtre. Suivant un autre auteur, lolivier aime la terre sèche 
des hauteurs, et dans les plaines, celle qui n'est pas d'une hu- 
midité trop grande. Quand on plante Tolivier dans un terrain 
qui est favorable pour les semences (en céréales, etc.)^qui n'est 
pas sujet à se fendre, il pousse bien, montre une belle végéta- 
tion, donne des fruits nombreux, mais qui rendent peu d'huile, 
laquelle prend un mauvais goût en peu de temps. Dans les 
terrains qui produisent beaucoup d'herbe, sableux ou calcaires, 
fl 7 réussit moins bien que dans tout autre. 

Abou'l-Khaîr et autres disent que les arbres oléagineux re- 
poussent les terrains où l'humidité est en excès, comme l'huile 
repousse l'eau (1) refusant de se mêler avec elle. L'olivier {liU. 
l'arbre à l'huile d'olive) est un arbre de bénédiction; il com- 
prend beaucoup d'espèces; on le propage de plants enracinés 
ou non enracinés. On le propage encore au moyen de ses bran* 
ches, quelle qu'en soit la grosseur. On rogne l'extrémité des 
sujets replantés aussi bien que celle des branches. Les jeunes 
plants (2) doivent être, dans toute leur longueur, protégés par 
des enveloppes {lilL stores) ou treillages qui les mettent à l'abri 
(de la dent) des animaux et s'élèvent au-dessus du sol jusqu'à 
la hauteur à laquelle pourraient atteindre les animaux pour les 
brouter. On propage encore l'olivier au moyen de morceaux 
détachés des racines nourricières de l'arbre. Ce sont des (sortes 
de) nœuds qu'on nomme Ahdjar {vid. mp. p. âil). On raconte 
que ce fut de cette manière que l'olivier fut rapporté d'Afrique 
en Espagne lorsqu'une grande sécheresse eut fait périr tous les 

(1) Le texte porte : !j^Ut), qui est un root altéré qu'on ne trouve dans aucnn 
dictionnaire. Noos lisons en place ^^ 1^31 qui se comprend très-bien. 

(2) Jii pL JLiil, Wltr., ce qu'on transporte, a, dans ce texte, le sens de 
t ou jenne arbre transplanté ou destiné à Tétre ; cetle acception manque 
\ les dictionnaires ;i\rovflto des LaUns; vtipuTOV des Géop. J'htp Chald. 



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— ÎM — 

arbresetles jeunes plants. J'ai foit^dit Abou^l-Khaîr^rexpérienoe 
de ce mode de propagation et je l'approuve. Les fosses prépa- 
rées pour recevoir le plant doivent avoir une profondeur pro- 
portionnée à la grosseur du sujet qu'on y doit déposer^ c'est- 
à-dire six empans (0"* 40) ou environ, plus ou moins, suivant le 
besoin. En tout état de cause, une fosse large, profonde et spa- 
cieuse, est bien préférable à une petite, quand le sujet replanté 
doit rester en place, sans avoir à souffrir une transplantation 
nouvelle. Si le jeune arbre est petit et la fosse trop grande et 
trop profonde, ou bien si la terre du fond est de mauvaise qua- 
lité, il faut y rapporter de la terre de la surface, de bonne na- 
ture, mêlée de bon engrais, vieux et usé, dans une proportion 
convenable. La distance à laisser entre les oliviers en ligne 
droite est de vingt-quatre coudées ou un peu plus, de façon 
qu'il y tienne neuf pieds d'arbres dans un mardjal de trente 
brasses. Si on augmente cette mesure (dans la distance) on perd 
du terrain, qui reste improductif, de même que les arbres 
souJiVent quand les rameaux sont trop à l'étroit Dans une 
terre de plaine dite de semence (i), la distance peut s'étendre 
de ce chiffre jusqu'à cinquante coudées, de façon qu'il puisse y 
avoir dans chaque mardjal quatre à six pieds d*arbres. La dis- 
tance devra encore être égale sur les quatre côtés. Cette dis- 
tance de cinquante coudées est celle adoptée par les Syriens et 
les Coptes (ou Égyptiens) sans y rien ajouter. La moindre dis- 
tance qu'on puisse laisser, c'est quatorze coudées. Mais oe qu'il 
y a de mieux à faire, c'est d'étudier la qualité de la terre^ parce 
que, comme dans un bon terrain les arbres prennent de l'ex- 
tension, il faut élargir la distance, tandis que dans les terres 
maigres c'est tout le contraire. 

L'auteur ajoute : Tout cela a déjà été dit précédemment; ce 
qui est ici rapporté est un supplément; voyez et pesez le tout. 
Mon opinion est que, lorsqu'on prépare un trou pour y planter un 
jeune olivier, on doit le faire beaucoup plus spacieux qu'il n'a 
été dit. Car, pour le jeune olivier, la culture ne doit pas être trop 



(1) Sans doute une terre apte k la culture des céréales. 



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— S23 — 

profoDde, dans la crainte que^ lorsqu'on fait le serfouissage ou 
le déchaussement, on ne coupe les racines avec le fer de Tins- 
trament, car ces racines sont délicates et rapprochées de la 
surface; tandis que, si la plantation se fait dans un trou spa- 
cieux, la culture n'atteindra pas les racines, à cause de la terre 
meuUe que Tarbre trouvera dans la Taste cavité de la fosse 
(qui fera que les racines ne tendront pas à venir à la surface). 
J'ai expérimenté cette méthode et je la déclare bonne {lUi. je 
kkme). 

Kastos dit qu'on peut planter l'olivier au printemps et dans 
toute autre saison non pluvieuse j alors on donne de l'eau deux 
ou trois fois par jour, jusqu'à ce que la reprise ait eu lieu. Les 
branches coupées pour être plantées (comme boutures) doivent 
être enfouies pendant sept jours dans la terre végétale, et plan- 
tées le huitième jour sans plus tarder. Pour moi, j'ai planté un 
jeune olivier environ deux mois après qu'il avait été arraché ; 
U n'en a point souffert. Je pense que si on plantait les jeunes 
arbres, les boutures et les branches avant l'apparition du 
fruit, ce serait meilleur que de le faire avant de le recueilUr. 

Artiglb II. 

Les noyaux de l'olivier doivent se planter au mois d'oc- 
tobre; on se conforme pour cette opération àcequi a été prescrit 
plus haut pour les semis de noyaux. Ils doivent, suivant 
Abou'l-Khaîr, réunir les conditions exigées par Ibn el-Façel. 
U donne du fruit la quatrième année (1). Il en est qui recom- 
mandent d'enduire la racine du jeune sujet qu'on plante 
de bouse de vache fraîche, mêlée de cendre de chêne délayée 
dans de l'eau. On recommande encore de déposer dans le fond 
des fosses des graviers mouillés, de rapporter dessus de la 
terre végétale prise à la surface. On a dit encore de répandre 

(I) Btnqueri traduit par : on greffe la qmtrième année. Le mot aMbJ peut 

•e préUr à Tun et l'autre mdb, sniTant qu'on le prend à la seconde ou à la qua- 
trième foime. 



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— «4 — 

des fèves alentour de Farbre pour en actÎTer la végétation. 
On ne doit donner de l'engrais qu'après deux ans de planta- 
tion. On ne doit^ dit-on, confier la plantation de Tolivier, sa 
culture et les divers soins qu'il réclame (litt. son traitement) 
qu'à un homme de bonnes mœurs, exempt de vices et d'une 
conduite régulière ; avec cela le produit sera plus abondant et 
les fruits mieux*nourris. Si d'un autre côté le maître est satis- 
fait de ce que lui envoie (la Providence), Dieu le bénira. Une 
femme, dans le temps de la menstruation, ne doit jamais appro- 
cher d'un olivier, non plus qu'un homme dans un état d'im- 
pureté légale ou frappé de stérilité, ou de mauvaises mœurs, 
sinon le fruit serait moins abondant et le produit (moins 
riche), par un effet de la volonté divine. Cette recommanda- 
tion s'applique surtout à la plantation. Les personnes très- 
propres doivent seules s'approcher de l'huile d*olive bien 
pure. L'olivier ne soufft*e point du défaut d'arrosement, de 
même qu'il ne souffre pas davantage si on l'arrose. L'olivier 
se greffe sur congénères, sur le Qothinon ou oleaster, et sur 
d'autres espèces encore; tout cela sera exposé dans le chapitre 
de la greffe. Dieu aidant de sa volonté. L'olivier peut recevoir 
la greffe en écusson, après que l'arbre sur lequel on veut le 
pratiquer a été taillé (et préparé) au mois de janvier. On opère 
sur les branches secondaires (l) comme sur les branches du 
figuier. La greffe se pratique comme sur le raqak (3) ; l'époque 
pour faire cette opération est le mois de mars. 

AariCLB III. 

Quand un pied d'olivier a souffert des atteintes du feu, 
il faut retrancher ce qui a été brûlé, en le coupant avec 

(1) L'auteur de FarUcle Olivier, Dict. Hist. nat Déterv., p. 475, dlsUogne 
mères branches et branches secondaires. 

(2) laSj est un nom d'arbre indéterminé ; Gastel Lex. hept. traduit par 
Àrhor magna platanum stipile referens, foliit cucttrbita' frucUificus. Banqueri 
traduit par Elecho fougère, ce qui est ici inadmissible; on ne greffe point la fou- 
gère même arborescente. 



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— 225 — 

un instrument bien tranchant^ enlever aussi toute la terre 
qui a senti Taction du feu. On lit dans TAgriculture naba* 
théenne que la terre brûlée enlève à Tarbre sa fécondité. 
Quand le vent a brisé le sommet de l'arbre^ Ta partagé en deux 
ou en a rompu quelques parties^ on égalise la partie brisée et 
on la rend unie au moyen d'un instrument bien tranchant. 
Quand ensuite Farbre a donné de nouvelles branches^ on les 
éclaircit à la main (par le pincement) en enlevant ce qui est 
faible entre ce qui est vigoureux^ dans une proportion suffi- 
sante. On se garde bien d'employer aucun (instrument de) fer 
ayant deux ans au moins (Gol.;^ V^ 9, 11). Quand la tige s'est 
trouTée coupée ou cassée^ on brûle ce qui reste (sur pied) , 
puis on opère comme il vient d'être dit plus haut. 

Article [V. 

11 ne faut point secouer les oliviers par un jour pluvieux, 
car c'est mauvais pour l'arbre. Le moment favorable pour 
£ure la récolte sur les arbres en montagne, c'est le mois de 
jaoTîer, surtout quand les arbres sont productifs. Les signes 
auxquels on reconnaît que la maturité est à son point, c'est 
quand le liquide contenu dans l'olive [lUU le grain) a pris une 
teinte rouge. Pour ce qui est en plaine, surtout dans les terres 
de semence, la récolte se fera aussitôt que le fruit sera coloré 
en rouge, sans jamais attendre qu'il soit devenu noir (1), ni 
qu'il soit trop mûr. Au mois de janvier, la partie onctueuse de 
ToliTe a atteint son complément sur les arbres plantés en 
montagne, qui sont sains et que n'ont point atteint la mort ni 
la sécheresse. La récolte se fait en février. 

Suivant Ibn Hazem, à qui Dieu fasse miséricorde, on mange 
l'olive en cas de constipation, et jamais pour le relâchement. 



(1) Les Grecs et les Latins recommandent au contraire d'attendre que le fruit 
toit noir, V. Géop. n, 17 ; CoL, lie rwt. xii, 40; Caton lit. Cette recommanda- 
tion se troiiTe encore dans l'art. Olivier, Dict. H. N. Détery. 

15 



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— t«6 — 

Article V. 
Plaotation (ou culture) du laurier, nommé aussi Car et encore Dahmêât. 

II 7 a^ suivant Aboul-Rhaïr^ le mâle qui ne donne pas de 
produit et la femelle qui donne un grain noir à rextérieur. 
n y a (une autre) espèce qui est très-feuillue. Suivant rAgricul- 
ture nabathéenne^ c'est un arbre qui croît dans les régions 
montagneuses^ et auquel ne conyient nullement la terre salée ; 
la terre salée c'est celle dont Fbumus est mêlé de sable, de ma- 
nière que celui-ci est bien plus abondant que la partie ter- 
reuse. Elle ajoute : c'est un arbre d'un aspect gracieux, qui 
gagne en mérite (litL en admiration) par la proximité des ar- 
bres aromatiques et des plantes odorantes. Parmi ses merveil- 
leuses qualités est celle d'éloigner les bêtes venimeuses, qui ja- 
mais n'approchent des lieux où on le trouve : tels sont les 
cantharides (1) de toute espèce et les serpents. Si on pratique, 
en le projetant sur le feu, une fumigation telle qu'on en soitsuf- 
foqué, les serpents y accourent. Si on laisse un morceau de bois 
de laurier dans un lieu où repose un enfant au berceau conti- 
nuellement pris de frayeur, il en éprouve un grand bien. 

Suivant un autre auteur, le laurier se plaît dans un sol rude 
et pierreux. 11 réussit bien dans les terres franches et humides, 
et nullement dans les terres nitreuses. D'après Ibn el-Façei et 
Abou'l-Khaïr, on multiplie le laurier de rejetons poussés au 
pied de l'arbre, qu'on enlève avec les racines ($tolùne$, Géop. 
TX, 3) ; de toute autre manière il ne réussirait point. On plante 
le rejeton couché dans une fosse longue préparée sur les prin- 
cipaux canaux d'irrigation (litt. les mères). On le multiplie 

(1) Banqueri lit *^j i j^^ «til traduit par francoUnsau Heu de ^j^J^^f 

eantharidet, qui peuvent bien plutôt passer pour yenlmeuses que les galiina- 
oés. Il a presque toujours conmiis cette erreur. Nous yenrons ailleurs la syDo* 
nymie de ces cantharides des Arabes. -Tr U est curieux que Fodeur de Farbre 
chasse les serpents et que la fumée les attire. 



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— 227 — 

encore en recouchant ses rejetons qu'on replante (quand ils 
sont susceptibles d'être replantés). I| en est qui disent qu'on 
plante les branches éclatées du laurier sur les canaux princi- 
paux d'irrigation^ opérant du reste de la manière prescrite. On 
sème aussi les baies de laurier dans les plantations en automne^ 
et suivant quelques-uns en février et mars (i). Le jeune plant 
est mis ensuite dans des fosses profondes de trois palmes ou 
environ^ laissant entre chacune un intervalle de dix coudées ou 
environ; la manière de procéder est pareille à celle indiquée 
plus haut. 11 ne faut pas lui donner (lilL approcher de lui) le 
moindre engrais; il ne le supporterait pas ; il en périrait très- 
promptement, surtout si on employait ces engrais qui exhalent 
nne mauvaise odeur. L'irrigation avec de l'eau ne lui cause 
aucun mal. On greffe le laurier sur ses congénères^ et il peut 
recevoir utilement la greffe de l'olivier^ du ben {glans un- . 
guaUaria, Linn.)^ du lentisque^ du katam et du térébinthe^ qui 
tous contiennent des huiles odorantes. On a dit encore que le 
laurier pouvait recevoir la greffe de l'amandier et du coignas- 
sier; Abou'l-Khaîr dit qu'il reçoit aussi celle du pommier. 
Si on syoute des baies de laurier aux olives préparées pour 
Talimentation, celles-ci contractent une odeur aromatique. 

Article VI. 

(Guitare et) plantaUon du caroubier. 

Suivant Abou'l-Khair^ on en compte plusieurs espèces : Van- 
daloux, qui comprend deux variétés : le mâle qui est stérile^ 
l'autre (la femelle) qui donne un fruit (silique) large et long; 
le caroubier lisse; celui dit queue de rat; le caroubier de Syrie, 
dont les siliques (fruits) sont courtes et arrondies; le caneficier 
(Cossûi fishda, Linn.) et le caroubier de montagne. On choisit 
pour le planter, parmi les terrains de plaine, ce qui se rappro- 
che de la terre de montagne (pour la condition). Il réussit bien 

(1) Après les Idet de msn (Géop, lœ. eti.). 



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— M8 — 

dans les terres de bonne qnafilé et grasses. On en replante les 
drageons toat enracinés^ on bien marcottés par reooachage^ 
pour les obtenir arec les radnes a^ant de les replanter. On 
propage encore le caroubier de noyau dans la terre de mon- 
tagne mêlée de sable et de fumier Tîeux (dans la proportion 
dOun tiers de diaque cbose ; aTec ce mélange on recouvre le 
semis d'une couche de l'épaisseur d'un doigt^ et Ton donne 
des arrosements modérés. Au bout de deux ans on replante le 
jeune sujet, en janvier ou en février, dans des fosses de quatre 
palmes (0*,92l) à peu près de profondeur; on laisse entre 
chaque pied environ vingt coudées de distance ; le travail se 
fait d'ailleurs conune il a été dit plus haut; le caroubier ne 
réussit point de branche éclatée. On greffe les différentes es- 
^pèces les unes sur les autres, et jamais sur aucune autre es- 
pèce d'arbre (il ne réussirait pas). La greffe du caroubier se 
fait d'une manière particulière qui sera décrite au chapitre 
de la greffe. Dieu aidant. Les moucherons n'approchent pas 
de son bois. 

Suivant l'Agriculture nabathéenne, on choisit une certaine 
quantité de siliques de caroubes (1) fraîches ou sèches, on les 
brise en petits fragments, on les moud avec le grain, on mêle 
(au résultat) une certaine \x>rtion de farine d'orge ou de fro- 
ment, on pétrit le tout ensemble avec du ferment (de la levure) 
pour la farine; quand la fermentation s'est établie d'une façon 
moyenne, c'est-à-dire qu'il s'est écoulé, depuis que la pâte a 
été pétrie, un laps de temps moyen, on effectue la cuisson sur 
des plaques, et (l'on obtient un pain qu')on mange avec de 
la graisse, de l'huile ou des confitures. Ibn Hazem dit que la 
caroube peut fournir à l'alimentation au besoin. 

(1) Liit. on choisit panni le produit du caroubier des siliques ; on les prend 
fraîches on sèches, etc. Ce mot ^^^j^ djouroubàn, signifie proprement m 
fourreau^ une gaine, et est pris nécessairement pour silique, puisque deoiUgnes 
plus bas, il est prescrit de les mondre avec le grain. 



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— 229 — 

ÂRTiaB VIL 

Culture du myrte on al-at. 

Suivant Aboul-Ehaïr^ c'est un arbre qui habite les monta- 
gnes couvertes de broussailles. Il y en a deux espèces (princi- 
pales) : le myrte cultivé ou des jardins et le myrte sauvage ou 
myrte des champs. 

Le myrte cultivé se subdivise en plusieurs variétés : 1* le 
kôKhami et celui à larges feuilles; â"" le khiav; S*" le yarsafi, 
qui a les feuilles plus belles que le hâschami et qui est aussi 
plus gracieux et plus odorant que lui ; A"" le scharki ou oriental, 
i feuilles étroites; 5» le cMrî ou velu, dont on compte trois 
variétés : celle à feuilles larges de couleur foncée; le mor à 
feuilles larges^ et le mor à feuilles minces comme Foriental. 
Toutes ces variétés (du myrte velu) se couvrent en été d'un 
duvet blanc^ qui se montre en mai et juin. On a dit qu'il y 
avait une espèce cultivée qui porte le nom de hamir et de antzt; 
elle est à feuilles rondes. Suivant l'Agriculture nabathéenne^ 
le myrte est le principal (litt. le maître) des arbres odorants. 
On distingue en lui trois formes et trois couleurs : l'une est (le 
myrte) vert; c'est l'espèce vulgaire la plus connue; l'autre est 
violacée (glauque) ; elle ressemble à la précédente ; quelques 
personnes l'appellent (myrte) romain ; sa feuille est délicate, 
d'une nuance glauque brillante; l'autre a une teinte jaune. 
(2uant aux genres, il y en a trois : le myrte légèrement odorant 
comprenant deux espèces, le zamab et celui du Khorasan, à 
grandes feuilles; la troisième espèce est celle que nous avons 
dit être le myrte romain. Quant aux formes, c'est le myrte à 
feuilles étroites, celui à grandes feuilles, celui à feuilles lon- 
gues, qui est le rihanî, espèce bien connue. Souvent la feuille 
étroite devient longue, et souvent aussi elle est courte. 

Le myrte croît très-bien dans toutes les espèces de terre, 
acepté dans la terre trop salée ; il supporte bien la privation 
d'eau jusqu'à un certain degré. Suivant ce qu'on lit dans Ibn 



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— 230 — 

Hedjadj (à qui Dieu fasse miséricorde)^ le myrte se plaît dans 
les terres sableuses ; il se plait également dans d'autres aussi ; 
il se propage bien de branches éclatées et de boutures; Tépoque 
de la plantation est depuis Schebath (féTrier) jusque vers le 
milieu de Nisan (avril). Quand il y a transplantation^ après 
que la branche éclatée ou que la bouture a pris racine^ c'est 
beaucoup mieux^ comme il a été dit plus haut (1). Le myrte 
fleurit chez nous au mois de Haziran (juin). Suivant d'autres 
agronomes^ il se plait dans la terre de plaine qui a de la res- 
semblance avec celle des montagnes sur lesquelles il croit 
spontanément ; telle est la terre pierreuse , rude et sableuse. 
Il prospère beaucoup encore dans la terre de bonne qualité^ 
sinon il y souff^ bien plus promptement des atteintes du 
firoid^ ce contre quoi on peut le prémunir en le buUant. La 
chaleur (trop forte) lui est .encore nuisible et le brûle; les 
arrosements nombreux lui sont avantageux dans ce cas. On 
propage le myrte de bouture^ de branches éclatées^ de dra- 
geons et de graines (Géop.^ XI^ 7). On arrache le jeune plant 
enraciné avec sa motte pour le porter en lieu convenable. 
On peut aussi marcotter les rejetons par couchage^ de même 
que les branches vertes. On peut encore pratiquer sur celles- 
ci la marcotte en pot^ pour obtenir de jeunes plantes, ainsi 
qu'il a été dit précédemment en traitant de cette opération. 
Les boutures se plantent vers le milieu de janvier (2); le 
semis se fait en pots. A cet effet, on recueille en novembre les 
baies les plus noires, bien mûres et très-sèches; on les con- 
serve dans un pot de terre neuf qu'on tient dans un lieu ga- 
ranti de l'humidité; le semis s'effectue ensuite en pot, suivant 
la méthode prescrite, depuis le commencement de janvier 
jusqu'au milieu d'avril, dans de la terre de montagne mêlée 
de sable et d'engrais vieux; Fauteur ajoute qu'on y met 



(1) G'est-à-dire qu*ll est plus ayantageux de replanter le Jeune arbre qae de 
le laisser en place. Le mss. f> 104 y« lit oXS J^ au lien de si^jJ, œ ful 
donne un meilleur sens. 

(2) Géop, m, A, en mars. 



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— 231 — 

encore de la œndre. Les baies de myrte sont rangées parmi 
les petites graines. On ne fait point tremper dans Feau ce qu'on 
yeut semer. Quand la germination a eu lieu^ on a soin d'arro- 
ser trois fois par semaine. Le jeune plant est porté avec sa 
motte^ an bout d'un an environ, dans des carreaux où on i'é- 
lèTeen pépinière; on laisse entre chaque sujet une distance 
de trois empans (0",693). Trois ans plus tard au plus, on plante 
le jeune myrte avec sa motte dans le lieu où il convient de le 
placer (à demeure). On effectue la plantation dans des trous 
proportionnés à l'arbre, depuis le premier février jusqu'à la 
mi-avril; suivant d'autres encore (cette plantation se fait) en 
novembre. Suivant Aboul-Khaïr, on replante le myrte en 
janvier spécialement; on tient les sujets assez rapprochés dans 
la plantation ; il en résulte un plus bel effet, parce que, le 
myrte étant disposé à s'écarter, il est forcé quand il est serré, 
de s'élever et de monter. On suit pour cette plantation ce qui 
a été prescrit précédemment. Le myrte supporte très-bien 
l'eau donnée en abondance. Il ne faut point couper ses branches 
(les retrandier), mais au contraire les laisser dans leur entier, 
c'est ce qui fait sa beauté. Il ne faut pas porter la main trop 
souvent sur le plant; il en souflt^ et il est arrêté dans sa belle 
végétation. Suivant rAgriculture nabathéenne, la culture du 
myrte et les soins à lui donner n'exigent rien de plus que de 
tenir le sol nettoyé et libre d'épines et de (toutes ces) mau- 
vaises herbes diverses qui nuisent à tout ce qui les avoisine 
(Cf. Géop., XI, 7). La baie de myrte est le produit de l'arbre. On 
en tait des pains (1) (de cette manière) ; on prend les baies après 
leur maturité et quand elles sont bien noires, on les fait sé- 
cher au soleil; on les pile dans un mortier, on les expose une 
seconde fois aii soleil pour les faire encore sécher pendant 
une journée; on les fait passer ensuite à la meule, et alors 

(1) Ces mots ^^^^j^ ^^ Jv^. Pi^^ntent des difflcuités et sartout le der- 
nier qu'on ue trouve point dans le dictionnaire. Banqueri a traduit par ballot, 
V<Mu OH lait. Peut-être devrait-on lire m^jc^ ^^ Jv^? on fait de celui- 
ti (du fruit du myrte) un pain, en ce que^ tic. Le inss. porte ^a^j^* 



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- «M — 

OD obtient on pain de bonne qoalilé. Il est nécessaire, airant 
de procéder à la dessiccation, de tenir les graines dans Peau; 
on Terte ensuite cette eaa qu'on remplace par de la nonrdle 
ean douce dans laquelle on laisse séjoomer la graine pendant 
longtemps; on retire alors la graine pour la foire sécher au 
sokil ; on foit mondre ; on pétrit cette farine avec du fiennent de 
froment, on la laisse en repos pendant quelques heures, puis on 
fait cuire dans un four, ou sur des plaques, ce qui est préférable, 
et alors on obtient un pain de bonne qualité dont on se nour- 
rit (en le mangeant) ayec de l'huile, de la viande grasse^ du 
beurre ou des confitures. Une des propriétés du myrte, c'est 
qu'étant semé dans une terre amère, il en allège Tamertome 
qu'il attire à lui ; souvent il arrive que les racines et la feuille 
de cet arbre gâtent le sol en lui communiquant son amer- 
tume. Son utilité pour la chevelure est bien connue : c'est que 
quand on le pile tout vert, et qu'on l'applique sur la che- 
velure après l'avoir fait sécher et réduit en poudre, puis 
imbibé d'huile, il lui donne du brillant, la noircit et la fait 
pousser^ et la garantit de tout accident, en neutralisant tout 
ce qui pourrait être nuisible. Si on pile la feuille de myrte 
verte, qu'on prenne de la cendre de son bois, deux parties 
égales^ qu'on mêle les deux choses et qu'on en fasse yne pâte 
qu'on applique sur les cheveux, ils grandiront, surtout quand 
on aura humecté la préparation avec de l'huile (l). On prépare 
encore une huile de myrte de cette façon : on pile la feuille 
toute verte^ on en exprime le suc^ on en jette un quart de roU 
sur un rotl (367 gr.) d'huile; dix drachmes (25 gr.) de myro- 
bolan ; on expose ce mélange sur un feu de charbon (embrasé) 
sans flamme^ pour qu'il prenne une belle couleur et qu'il soit 
clarifié parfaitement. Cette préparation, employée pour les 
cheveux, leur donne une belle teinte noire, les fortifie, les fait 
croître en longueur, et les rend en même temps crépus. Quand 
on ajoute à cette composition du suc (litt. de l'eau) de myrte, 

(1) Cette préparation est une yéritable pommade. Cf. ÀTicemie, v* //•(, où 
tout ceci se trouye en substance. 



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— «33 — 

et qu'on en use à plusieurs reprises pour les yeux bleus, il 
leur fait prendre une couleur noire. Suivant un autre, quand 
on en use en boisson mêlée au yih, elle est efficace contre la 
piqûre de Taraignée ou du scorpion (1). Hadj de Grenade 
recommande bien de ne pas planter le myrte de montagne 
au milieu des habitations, ni dans les jardins; ce serait pour 
eux cause de malheur. 

Article Vlil. 

Calture de rarbonsier al-djeni-al-ahmar (du fruit rouge), le mattroufcU des 
étrangers, le qoîhlob ; son fruit est appelé le henné rouge ; le vulgaire le 
nomme qabel ommih (qui reçoit sa mère). 

Cest un arbre propre aux montagnes, dont les feuilles ne 
tombent pas. On lit dans FAgriculture nabathéenne, qu'il 
aime (2) les terres des jardins; suivant un autre, il affectionne 
la terre de plaine qui ressemble à celle des montagnes dans 
laquelle il croit spontanément. Planté en vallée, il donne une 
belle végétation et sa feuille est d'un beau vert; les sommets 
isolés ne lui conviennent pas (3). 

Suivant Ibn el-Façel, on propage Tarbousier de ses graines 
semées en pots d'argile (terrines) dans de la terre végétale de 
montagne; on repique le jeune plant au bout d'un an dans 
des carreaux où on l'élève en pépinière; deux ans après, et 
même plus tard, on le transporte avec sa motte dans les places 
qui conviennent. On transporte aussi dans les jardins les 
jeunes plants bien venant, crûs sur les montagnes. On enlève 
le jeune arbre avec sa motte en prenant garde d'offenser les 
racines. On le transporte ainsi, avec la terre dans laqueUe il a 
poussé; on le plante dans des trous de la profondeur de quatre 

(1) Cette recette est tout entière dans Avicenne, loc, cit. 

(2) Un. qu*il est Tarbre des terres de Jardin. 

(I) Cette phrase a été rejetée par Banqueri à cause du mot ^s^t qui , lit- 
téralement, signifie turre, propugnacula^ et que nous supposons avoir pu être 
pris pour tcmmett isolés^ pt(». 



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— 234 — 

empans (0"^924)^ laissant six œudées d'intervalle entre chaque 
plant. Le temps (convenable) pour cette opération est le mois 
de janvier^ ayant toujours soin de donner de Teau jusqu'à re- 
prise (complète). U faut en agir ainsi pour tout ce qu'on trans- 
plante (1)^ arbre ou plante sauvage. Il en est qui ont aTancé 
qu'il était bien meilleur et plus avantageux de faire en au- 
tomne la transplantation des arbres sauvages dans les jardins^ 
lorsqu'il leur reste encore quelques feuilles. Uarbousier ne 
souffre point d'un arrosement peu fréquent, parce que c'est 
un arbre originaire des montagnes. On ne peut le propager, 
ni par couchage, ni par branches éclatees, ni par boutures, 
mais en employant sa graine et par transplantation, de la ma- 
nière qui a éte dite. Suivant moi, dit l'Auteur, on doit s'y 
prendre de même pour importer, des montagnes dans les jar- 
dins, le ientisque, le buis, le térébinlhe et le myrte. 

AarictE IX. 

Culture dn châtaignier ou Gland royal. 

Il y a, suivant Abcu'l-Khaïr, plusieurs espèces de châtaignes : 
celle renflée, connue sous le nom d'amlisi (lisse); la petite 
châtaigne nommée aussi bourdjt ; celle dont l'écorceinterieure 
(Utt. mince) en contect avec la pulpe se détache d'elle-même 
sans qu'il soit besoin de recourir au feu. D'après Ibn Hedja<y, 
lorsqu'il parle du châtaignier, Junius dit qu'il aime la terre 
légère en élévation. Quand nous sommes obligés de le plan- 
ter en plaine, le meilleur est de le mettre dans un endroit 
sableux et sur les bords des rivières ; c'est ce qui lui convient 
le mieux, car le châteignier aime l'air frais, et il se développe 
très-bien dans les lieux où souffle le vent du nord. On le pro- 
page de plants enracinés et de graine. La plantation se fait 

(1) Le texte et le mannscrit portent hjV \ ^, qui ne donne pas de tens et 
i^e Banqueri a Bupprimé dans sa traduction ; nous lisons !^3t^t> qilsetmnvè 
deox lignes au-dessous, et qui répond mieux au sens général. 



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— Î35 — 

depuis réquinoxe d'automne jusqu'à celui du printemps. La 
plantation (des branches] se fait comme pour Folivier^ c'est- 
à-dire qu'on le propage de rameaux détachés de l'arbre ou de 
brins enracinés. 

D est des personnes qui pensent que le fruit qui est resté au 
milieu de l'écorce appelée le hérisson (i) est préférable à tout 
autre. 11 faut, quand on plante la châtaigne , la mettre en 
terre à dix doigts de profondeur, de manière que la queue (2) 
soit en l'air; on fait le semis depuis l'automne jusqu'au prin- 
temps. Fin de la citation. 

Suivant Démocrite, on multiplie le châtaignier par le 
moyen de ses branches et de son fruit. On replante le jeune 
arbre au bout de deux ans, au mois d'Adar (mars)à l'équinoxe 
(du printemps). Kastos ben Amtzal dit que les terres qu'afTec* 
tionne le châtaignier sont celles élevées et fraîches. On peut 
le multiplier aussi bien par ses branches qu'avec sa graine. 
Le sujet venu de branche (bouture ou marcotte) donne du 
fruit au bout de deux ans. Le moment pour semer la graine, 
c'est depuis l'automne jusqu'au printemps. Quand on veut 
propager le châtaignier de fruit, il faut planter la châtaigne 
dans le trou, de façon que la partie pointue soit tournée vers 
le riel, de la même manière qu'on plante la noix et l'amande. 
Ibn Hedjadj fait observer que Kastos se trouve en contradic- 
tion avec sa première prescription, comme on le verra aux 
articles de la plantation du noyer et de l'amandier. D'après 
un autre auteur, le châtaignier est un arbre de montagne ; il 
croit spontanément sur celles où se trouve la fraîcheur pro- 
duite par l'eau (lilt. une humidité venant de l'eau). Il réussit 
dans les lieux froids, dans les terres montagneuses exposées 
à l'action des yents; il ne souffre en rien s'il s'y trouve de la 
pierre {lia. il n'y a pas de mal). 

D ne se plaît nullement dans les pays chauds. L'Agriculture 

(1) Ce nom de hérisMon JiLi est donné à l'écorce. Ce texte se trouTe dans 
ftin., XV) tZ, armatum xis echinato ealyce vallum, 

(2) C'est-à-dire cette partie qui correspond à la queue. Y. Géop. x, 63. 



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— Î36 — 

nabathéenne dit que le châtaignier est un arbre qui croit 
spontanément dans les lieux incultes et pierreux. D'autres di- 
sent qu'on le plante (utilement) dans les terres rudes et celles 
qui sont rouges ; mais il repousse les terres blanches» naturel- 
lement (i). On le propage au moyen de son fruit et de jeunes 
plants; ce (dernier) mode de propagation est le meilleur. On 
transplante le jeune arbre de la montagne où il a crû, bien 
enraciné; avec sa motte^ choisissant toujours ce qu'il y a 
déjeune; cette opération se fait en noTembre. On dépose 
Tarbre dans une fosse de quatre empans (0*^,9^) de pro- 
fondeur ; on garnit le fond de sable grossier^ ou de gravier 
mêlé avec de la terre de montagne prise à la surface. La 
châtaigne se plante toujours fraîche, après qu'elle a atteint 
sa maturité complète, dans des terrines neuves, dans du sable 
mêlé de terre de montagne prise à la surface du sol et sem- 
blable à celui dans lequel le châtaignier. croit spontanément, 
en novembre ou en janvier quand la lune est croissante. On 
place en bas la partie pointue, suivant d'autres en haut et 
regardant le ciel. Au bout de l'année, on porte le jeune plant 
dans les carreaux en pépinière; au bout de deux ans, au com- 
mencement du mois de mars, on le porte dans les lieux où il 
convient qu'il soit. Entre chaque arbre on laisse une distance 
de vingt coudées (9",25) et plus, parce que c'est un arbre qui 
s'étend beaucoup. Du reste, la plantation se fait de la manière 
indiquée précédemment. Suivant l'Agriculture nabathéenne, 
la manière de planter le châtaignier est la même que pour 
le noyer ou Tamandier. 

Hadj de Grenade prescrit de donner beaucoup d'eau au 
châtaignier, si faire se peut, depuis le commencement de sep- 
tembre jusqu'au moment où se recueillent ses fruits, et s'il 
est possible de faire arriver l'eau sur le pied (et l'y maintenir) 
pendant la nuit et le jour (l'espace de vingt-quatre heures), 
les châtaignes seront plus renflées, la pulpe plus grosse; d'au- 



(1) Efléctivement, le châtaignier ne Tient point sur la craie blanche, il lot 
faut un terrain siliceux. 



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— 237 — 

très disent qu'on peut très-bien laisser le châtaignier sans 
l'arroser, sans qu'il en soufiïre, parce que c'est un arbre propre 
aux montagnes. On le greffe sur des sujets de son espèce tant 
qu'ils sont petits, et jamais sur ceux qui sont gros; si on fait 
macérer la châtaigne (sèche) dans l'eau pendant longtemps, 
l'amande se ramollit (1), devient très-agréable de saveur, et 
(fournit) un aliment salubre. 11 est sain de manger la châ- 
taigne froide avec du miel ou chaude avec du sucre. On lit 
dans Anoucha : Si vous voulez faire du pain avec la châtaigne 
fraîche, il n'est pas besoin d'autre préparation que de la piler, 
Teiposer au soleil pendant un jour entier, y mêler une 
certaine quantité de millet, et faire moudre. On procède en- 
suite à la confection du pain en ajoutant du ferment de farine 
de froment, et on aura un pain très-bon. Suivant un autre, le 
pain fait avec la châtaigne est meilleur que celui fait avec le 
gland. Suivant Ibn Hazem, la châtaigne est un fruit alimen- 
taire. 

Artiglb X. 

Culture du chêne. 

On en compte plusieurs espèces : celle à fruits longs et celle 
à fruits courts , à glands doux; à glands amers, qui est propre 
aux montagnes et qui ne croît point dans les prés (ou plaines) 
ni sur les bords des grandes rivières. On lit dans le livre d'Ibn 
Hedjadj, que Démocrite dit que le chêne se plante dans le 
mois de Schebath (février), qu'il aime les coteaux {litt. lieux 
inclinés) frais, la terre grasse et forte; on lui donne pour en- 
grais du fumier de vache mêlé de terre végétale. 

Suivant Annon, ce qui convient au chêne, c'est la terre forte 
dépourvue d'humidité, comme la terre de montagnes, la terre 
sableuse; la terre rouge lui convient aussi, lorsque, durcie à 
la suite de la pluie, elle prend l'aspect de la scorie de fer. Les 
bonnes espèces de chêne sont élevées dans les jardins; on les 

(1) Oa plutôt revient à Tétat de chfttaigae fraîche, non sèche. 

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— 238 — 

arrose pendant Tété, et on leur donne du fumier de vache^ et 
le gland acquiert une bonne qualité et une saveur douce. 

U y a^ dit Margou this^ des individus qui se dispensent de semer 
le gland (pour propager le chêne); ils plantent déjeunes arbres 
arrachés sur les montagnes^ dont on peut ensuite retrancher 
moitié en faisant un choix (1). Ce mode de propagation est plus 
facile et plus expéditif. Suivant FAgriculture nabathéenne^ le 
chêne est un arbre sauvage propre aux montagnes. Il y croit 
spontanément^ ainsi que parmi les pierres^ et dans les terres 
dures ou non. Quand le chêne s'est fixé quelque part où il y a 
de l'eau^ il s'étend et prend un grand^développement. Suivant 
un autre agronome, le chêne se plait dans toutes les espèces de 
terres de plaine qui ont de la ressemblance avec celle des mon- 
tagnes. On le multiplie de ses rejetons, ainsi que de sœi fruit 
frais, lorsqu'il a atteint toute sa maturité. On pose le gland la 
pointe en l'air après avoir légèrement brisé son écorce. On peut 
aussi le multiplier par de jeunes plants sauvages. On doit dans 
toutes ces circonstances, exécuter les travaux conformément 
à ce qui a été dit précédemment; le jeune plant croit en 
hauteur sans jamais en souffrir, si on lui donne de l'eau. 

Enoch, sur qui soit le salut, dit, dans TAgriculture naba- 
Ihéenne, que lorsqu'on veut faire du pain avec du gland, il 
faut le prendre sur l'arbre lorsqu'il a atteint une maturité 
bien à point, de façon à ne point le laisser sécher sur l'arbre, 
et pourtant ne pas le prendre avant qu'il soit bien mûr. On 
enlève l'écorce encore fraîche, soit à la main, soit avec un 
instrument contondant (un bâton). Le gland est styptique, et 
toutes les fois qu'on le mange avec sa stypticité il est extrême- 
ment nuisible. Pour l'assainir et en obtenir du pain, c'est de 
le faire cuire dans de l'eau douce, après l'avoir au préalable 
fait séjourner dans l'eau douce pendant vingt-quatre heures, 
sans aucune addition de sel. Après avoir changé l'eau, on 
fait cuire sur un feu doux pendant six heures ou environ; 

(1) Banqaeri traduit L^L^ on doublé,- nous lisons L^fix*^, on dlmino^ 
on aflTaibUt. Ce verbe se prête e«x deux «ens. 



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— Î39 — 

on change l'eau une seconde fois^ on remet sur le feu de nou- 
TeaU; à peu près pendant le même temps^ puis on goûte^ et, 
si la stypticité a disparu, on s'en tient à ce qui a été fait; s'il en 
estautrement, on expose encore au feu pendant quatre heures, 
dans une nouyelle eau; car tout cela doit suffire. On fait 
écouler l'eau et l'on étend les glands dans un endroit spacieux 
où l'air puisse les frapper beaucoup. Quand ils sont bien secs, 
on prend une certaine quantité de châtaignes qu'on dépouille 
de leur coque; on les pile complètement; on mêle cette 
préparation au gland dans une proportion égale à la moitié 
ou bien au tiers. C'est le meilleur procédé que nous ayons 
pu trouver pour corriger (la stypticité que contient) le gland 
et le plus efficace de tous; on fait passer sous la meule pour 
réduire en farine; on complète ensuite la panification après 
avoir introduit dans la pâte du ferment de farine de froment, 
et alors on a un pain de bonne qualité. 

ÂBTIGLB XI. 

Le gland qui est très-blanc, très-doux, qui n'est pas nou-e 
Teau,ni frais, et qui (pourtant) n'est pas trop vieux, est ce qui 
convient le mieux pour faire cuire à l'eau ; et, quand il l'a été 
ainsi, il est d'une digestion plus facile. Un des moyens de neu- 
traliser ce qu'il y a de délétère dans le gland, c'est, après avoir 
enlevé son écorce, de le faire tremper dans l'eau chaude; 
alors on peut le manger. Hhazès dit que, quand on fait un 
usage prolongé du pain de gland, surtout quand on n'y est pas 
habitué, on n'échappe pas aux accidents (qui en sont la con- 
séquence), à moins d'en user avec beaucoup de graisse, de la 
confiture ou du sorbet doux, b Un autre dit avoir expéri- 
menté le gl^d et avoir constaté en lui une substance épaisse, 
sèche, passant au froid, pouvant amener au foie des obstruc- 
tions, qui y font beaucoup de ravage. Suivant Ibn Hazem, le 
gland peut, en cas de nécessité, fournir à l'alimentatiou. 



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— uo — 

Article XII. 

Culture du poirier que le vulgaire appelle idjax, 

Suiyant Abou'l-Khaïr, il y a deux espèces de poirier : celui 
des montagnes et celui des jardins. Ce dernier comprend plu- 
sieurs variétés : à fruits sucrés, à fruits aigres, à fruits en 
forme de courge (1), en forme de lampe et autres. Suivant 
Rastos, il y a le poirier à fruits doux et celui à fruits âcres^ celui 
peu juteux (cassant), celui qui Test beaucoup (fondant), à gros 
fruits, à fruits moyens, et à fruits petits. Suivant Ibn Hedjadj, 
Junius dit que le poirier est un genre qui aime les lieux froids, 
très-humides et très-herbus ; on en compte plusieurs espè- 
ces (â). On le propage de plusieurs manières : de branches 
détachées de Farbre, de jeunes plants tirés des lieux où ils 
ont poussé. On le multiplie encore de boutures; ou peut en- 
core semer le pépin de la poire. 

Il y a, dit Junius, des personnes qui font encore mieux que 
tout cela. Elles greffent la plupart des poiriers qu'elles plan- 
tent ^ elles arrachent le sauvageon bien enraciné, là où il a crû, 
le replantent en se conformant à ce que nous avons prescrit, 
aûn de pouvoir greffer ce sujet, lorsqu'il sera reconnu apte à 
être greffé, avec l'espèce qu'on juge convenable (Géop. X, 23.) 

Karour-Athikos dit que, lorsqu'on plante le poirier en un 
lieu élevé où il n'est point arrosé, il faut le faire au commen- 
cement de l'automne ; si on le plante dans un sol qui reçoit les 
eaux d'irrigation, il faut le planter à partir du huit de Sche- 
bath (février) jusqu'au milieu d'Adar (mars). Cet arbre se plaît 
dans les endroits humides, frais et (même) froids. Il n'aime 
point le terrain dur. D'après un autre auteur, le poirier aime 
la terre de bonne qualité et grasse, élevée et froide, mêlée 
d'un peu de sable. Il prend beaucoup d'extension dans les ter- 
rains de plaine, qui ne sont ni ressuants, ni salés, n rejette la 

« 

'^^ Ott de calebasse, cueurbitina, de Caton, VII; Macrobe, U, 15, 21. 
Ut la même chose dans la Géop, X, 23, art. attribué à Diophanes. 



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— m — 

terre noire et celles qui sont trop basses (lilt. les fossés); sui- 
vant les uns, la terre rude ne lui convient point; elle lui con- 
tiendrait au contraire, suivant d'autres. 

Démocrite prescrit de débarrasser des pierrailles et de tout 
corps dur les trous qui doivent recevoir le poirier; on y dépose 
le jeune arbre, on jette sur (les racines) de la terre passée au 
ciible, puis on arrose (i). Les agronomes disent que le poirier 
se propage de rejetons poussés sur le tronc et sur les racines 
(drageons*, stolanes) qu'on enlève avec leurs propres racines, ou 
après les avoir marcottés par couchage sur place avant de les 
arracher; on multiplie encore le poirier de pépins et de bou- 
tures (taleœ) ou plançons. Ces boutures doivent avoir trois em- 
pans (0"*,70) de long. Il y a encore les branches éclatées,*qu'on 
replante, en janvier ou février, sur les principaux canaux d'ir- 
rigation, et en terre de condition analogue, c'est-à-dire qui ne 
manque jamais d'une humidité entretenue par l'irrigation; 
c'est de nécessité, et jamais on ne doit négliger les arrose- 
ments ; s'il arrive qu'un courant d'eau passe sur le terrain 
sans y rester stagnante, c'est très-avantageux. On sème le pé- 
pin de la poire en terrines; c'est une des semences faibles. Le 
jeune plant se met en trous de quatre empans de profondeur 
environ, dimension qu'on augmente, en raison de la grosseur 
du sujet. 11 en est qui veulent que le trou qui doit recevoir le 
jeune arbre soit mouillé (humide) au moment de la plantation, 
qui se complète avec de la terre prise à la surface du sol. L'épo- 
que pour la plantation du poirier est depuis octobre jusqu'en 
janvier, et l'espèce sauvage se plante en automne. Il en est 
qui disent que l'expérience a prouvé que l'arbre planté entre 
le commencement de février et le premier avril est plus 
prompt à la reprise et pousse beaucoup mieux. 

Hadj de Grenade dit que, si on plante le poirier après le 
troisième jour du mois lunaire, il donnera du fruit au bout de 
trois ans; après le cinquième jour, il fructifiera au bout de cinq 
ans; après le dixième, au bout de dix ans; après le vingtième, 

U) Géop., X, 22, art. attribué aux QulntlUens. 

16 



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— 242 — 

au bout de Tingt anSj et ainsi de suite Jusqu'au trente du mois. 
Il faut donc toiyours faire en sorte de réaliser sa plantation à 
la suite du troisièoie jour du mois et pas plus tard, ear il y aur 
rait du retard dans la fructification. 

Suivant un autre agronome, quand un poirier est tardif dans 
sa fructification et dans la maturité de ses fruits, on les accé- 
lère par la grefTe sur une espèce sauirage analogue. Ou peut 
encoi'e prendre sa greffe sur le rejeton qui proTient de ce 
poirier, ou bien sur le plant (obtenu) du semis de ses pépins ut 
rinsérer sur un sujet donnant déjà du fruit; c'est aussi un 
moyen d'accélérer la production. Le poirier se prête très-bien à 
la greffe; on peut le greffer sur le coignassier et le pommier. 
On dit que si on coupe une des branches d'un pommier et 
qu'on y applique une greffe de poirier, elle poussera bien et 
jamais elle ne manquera. Il faut avoir soin de donner de Teau 
et du fumier au poirier, sans les lui trop épai^ner, parce que 
c'est un arbre des montagnes. On plante le jeune poirier tant 
que son écorce est lisse; mais, quand elle est devenue ru- 
gueuse, la plantation ne réussit plus; le fait est constaté far 
l'expérience. 

Suivant l'Agriculture nabatbéenne, le poirier est un des 
arbres qui reçoivent le plus facilement (lilL promptement) la 
greffe, et, quelle que soit l'espèce qu'on lui applique, elle réussit 
(toujours). On peut obtenir du pain avec la poire. On prend tout 
ce qui est mûr (sur l'arbre), ou qui ne Test point encore^ on 
mêle le tout, et on le coupe en morceaux avec des couteaux; on 
fait sécher au soleil; après avoir enlevé les pépins et la pelure, 
on fait moudre la pulpe seule ou avec les pépins, après la des- 
siccation, sans qu'il soit besoin de passer le fruit à l'eau bouil- 
lante, ni de l'y laisser séjourner. La farine qu'on a obtenue 
est pétrie dans l'eau chaude, à laquelle on a lyouté de l'huile de 
sésame et du ferment. On laisse en repos jusqu'à ce que la feiv 
mentation aoit bien établie; on projette par-dessus^ ooDune 
siccatif, de la farine de fraoQent ou d'orge; oa lait cuijre (eft 
l'on obtient un pain qu') on peut manger, la volonté divine 
aidant. 



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- 243 — 

AbtiOLE Xtlt. 
Cultuie du Jujubier, (mnâb, qui est le nébeq ou le jiiph^ipk. 

Suivant TAgriculture nabathéenne, le aunàb et le mbeq se^ 
raient deux arbres distincts (1). Suivant Abou 'l^&haïr, il existe 
plusieurs espèces de jujubier : eelui à gros fruits» très-rouges; 
un autre dont le fruit est du Tolume de la baie de la sabiue; 
une troisième espèce porte un fruit encore plus petit. Le ju* 
jubier (nabeq), dit FAgriculture nabathéenne^ comprend plu* 
sieurs espèces : Tune à fruit rouge un peu allongé et très- 
doui. C'est un arlH*e qui produit beaucoup; il y a une espèce 
sauvage et une espèce cultivée (litt, de jardin). Le jujubier 
croit spontanément sur les montagnes^ les plaines incultes et 
les terres dures. C'est un arbre épineux qui vit longtemps^ il 
se plait dans ks terres des montagnes et dans celles qui sont 
dures. 8a durée est à peu près égale à celle de l'olivier; ses ra- 
cines tendent toujours vers Teau et vers les lieux où elle 
coule (2). Il n'est point (absolument) nécessaire de donner du 
AuBier au jujubier cultivé dans les jardins ; si pourtant on lui 
applique du crottin de brebis et de la colombine, c'est utile; 
sa croissance est activée^ son trcmc devient plus vivace^ et il est 
plus productif^ si on rapporte au pied de la terre prise ailleurs^ 
et qu'ensuite on donne de l'eau. Il en est qui disent que, si on 
coupe le j^jubier^ on lui coupe la vie et qu'il périt peu de jours 
après (le tronc sans doute, qui ne repousse pas). 

Dffi He4ia4i^ à qui Dieu fasse miséricorde, rapporte que 
Samanos (3) dit que le jujubier se propage de rejetons; ce 

}) Nos» traUeram ultérieBietaent ces quesaons de synonymie. 

(3) Ce paieage présente des difficulté» qui viennent du mot ^jfitf, écrit de 
diTerses manières. On peut le prendre comme nom d'acUon du verbe J La. ^ 
transin, ptrvadere^ et traduire : vers sonpaaage (de l'eau) , quoique générale- 
inent ce mot ne sott pu nsllé pouf exprimer lé eétnrr dé l'ean. fianquerf traduit 
toot différemment 

[t) Binqaeri dH : mSamemoit tUé dam VÀgriûmUme nêbtUhémM, % sUIb par- 



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— 244 — 

sont de jeunes plants ($tolane$) qu'on détache des racines sur 
lesquelles ils poussent, dans le voisinage (et à Tenlour de Tar- 
bre). II aime la ferre fraîche, qui est humide en même temps. 
Démocrite dit : Quant au jujubier, vous prendrez, pour le 
planter, des rameaui d'un pied productif; ils reprendront 
très-bien. D'autres défendent de propager le jujubier de noyau, 
parce que l'arbre qui pourra en provenir ne donnera plus de 
fruits, ou bien celui qu'il produira ne sera pas plus gros que 
celui de Tolivier sauvage, qui, a un fort noyau et très-peu de 
pulpe. Le meilleur système de propagation c'est au moyen des 
rejetons fournis par un arbre dans une bonne condition, et 
tous les ans on aura des fruits pareils en qualité. U faut faire 
cette plantation le cinquième jour de la lune dans son déclin, 
dans des trous de trois empans (O^J) de profondeur. On ra* 
mène (sur le pied) la terre seule, sans engrais ; on arrose tous 
les huit jours depuis le premier novembre jusqu'au premier 
mars. Suivant d'autres encore, on peut propager le jujubier 
au moyen de ses noyaux qu'on sème en terrines, au mois de 
septembre et de janvier. Avant le semis, on fend le noyau qui 
renferme la graine. On couvre de terre de l'épaisseur de deux 
ou trois doigts; on arrose jusqu'à la germination, et au bout 
de deux ans on effectue la transplantation. On a affirmé qu'il 
fallait planter les jeunes plants, les branches éclatées (ou re- 
jetons) et les noyaux en janvier, février ou mars, et les bou- 
tures en mars et en mai. On laisse entre chaque arbre de vingt 
à vingt -cinq coudées d'intervalle. La plantation se fait de la 
manière indiquée précédemment. Le jujubier ne |)eut se gref- 
fer sur ses congénères, ni sur aucune autre espèce. U ne se 
prête à la greffe, ni activement ni passivement {lUt, on ne 
greffe ni de lui ai sur lui), à cause du peu d'abondance de 
la matière (séveuse) (l). Le jujubier est le premier des arbres 
qui perd ses feuilles, et le dernier à végéter et à pousser. Il 

1er d'ibn He^jadJ, dont le nom est en toates lettres» tandis qu'il n'est point parlé 
de l'Agriculture nabathéenne. 
(l| ï^L^t, sans doute, le eanibitim des modernes. 



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- 245 — 

supporte Teau donnée avec abondance^ sans pourtant soufihrir 
si on ne l'arrose points parce que c'est un arbre propre aux 
montagnes. 11 en est qui disent que le jujubier aime les ter- 
rains rudes et pierreux. La plantation du cyprès se fait de 
la même façon que celle du jujubier. 

Article XIV. 
Culture du pistachier. 

Il y a^ dit Aboul-Khaïr ^ une espèce délicate et une autre 
qui est forte. Le mode de culture est le même pour toutes 
deux; il y a aussi mâle et femelle. D'après Ibn Hedjadj^ Ju- 
nius dit qu'il faut prendre le fruit de la pistache avec sa co- 
(juille, c'est-à-dire que cette coque doit être parfaitement saine, 
sans avoir souffert aucune avarie. On le sème de la même ma- 
nière que tous les fruits secs dont nous avons parlé, et à la 
même époque de l'année (Géop., X, ii). Suivant Kastos, on 
prend une pistache (belle et) grosse, on Tenveloppe dans un 
flocon de laine cardée et lâche pour la mettre à l'abri des 
atteintes des insectes (i); on tourne la fente vers le ciel. 

Sàdihames, le savant, dit que le pistachier manifeste de la 
sympathie pour le noyer et le noisetier quand il leur a été as- 
socié dans la plantation. Solon dit qu'il faut, quand on plante 
la pistache, Tenvelopper dans un flocon de laine cardée, pour 
empêcher qu'elle ne soit attaquée par les petits animaux nui- 
sibles. Souvent (}e noyau de] la pistache a peu de solidité, et 
une partie (de la coquille) se sépare de l'autre et laisse à dé- 
couvert l'amande contenue à l'intérieur ; mais, quand il y a 
une enveloppe de laine, les petits animaux ne peuvent Tattein- 
dre. La terre rouge des montagnes convient bien au pista- 
chier. 

Mousal (Marsial?) dit que, lorsque le pistachier se trouve dans 
un emplacement sec où la végétation est maigre, son fruit n'en 

(1) il faut comprendre sous cette expression, non-seulement les insectes, mais 
encore les peUtis rongeurs, que les Arabes confondaient dans le même ordre. 



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— S46 ^ 

est que meilleur. Suivant un auire, il réumt bien dans le aJrie, 
et mieux epcore ailleurs que dans le saUe. On lit dans FAgri- 
culture neliathéenne^ que le pistachier a de Tanalof^e aipiec le 
noisetier^ en ce qu'il croit (comme lui) sur les montagnes et 
dans les terres dures et comfade^, de telle façon qu'bn le mit 
soulever les pierres avec ses racines. On relève dans les jar- 
dins où il réussit très-bien aussi. C'eçt un de ces arbres qu'on 
propage de son fruit ou de plants enracinés avec une portion 
de la terre dans laquelle ils ont poussé. Cette seconde manière 
de propagation est préférable au semis. Il en eçt de même 
pour tous les arbres à coque (dure) qui poussent lentement 
de graine. L'époque des semis cause du retard au produit du 
pistachier^ comme au noyer et à l'amandier (1). Le semis et la 
plantation du pistachier se font depuis le premier d'adar jus- 
qu'au commencement de nisan; il en est de même pour le 
noisetier. Le pistachier est de forme gracieuse. Suivant un 
autre^ le pistachier se propage de noyau, de boutures et de 
rejetons. On sème les noyaux en terrines dans la terre de 
montagne^ blanche, mêlée de fumier vieux ou dans la terre 
rouge, prise ou dans les champs ou bien dans des carreaux 
(disposés] dans des terrains pareils à ceux qu'on vient de dire; 
les noyaux auront à l'avance séjourné dans l'eau pendant deux 
jours et deux nuits. On les place ensuite dans les carreaux, 
laissant entre eux une distance de trois empans (0*,7) ou en- 
viron ; on les couvre 4'une couche de sable de l'épaisseur de 
trois doigts réunis ^2), on dépose dans chacun des trous pré- 
parés, dan9 les carreaux ou dans les terrines^ quatre noyaux, 
deux la pointe en haut et deux la pointe en bas] on arrose im- 
médiatement après la plantation. Les noyaux plantés en sens 
inverse, c'est-à-dire la pointe en bas, fourniront des mâles 
qui ne donnent point de fruit; ceux qui seront plantés droite, 

{1) Cette phrase est peu claire dan? le te^te, m^s elle le de?lent en retran- 
chant le mot wij. 

(2) Ce second mode rappelle la prescription des Géop., X, 12, de planter 
ensemble mftle et femelle. Palladlus Indique le moyen de reconnaître les sexes. 
Oiîlob.,Xir,3. 



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— ut — 

la poiâte en haut, foumifont un arbre femelle qui est fertile. 
Il en est qui disent que les mâles sortent des noyaux dont on 
â coupé la partie supérieure pointue. Le pistachier est un de 
ces arbres qui admettent la fécondation. Il a été dit que la 
femelle ne donne du fruit que lorsqu'elle a le mâle dans son 
TiHsinage^ ou qu'elle en est à peu de distance^ de telle façon 
que le yent puisse se porter du mâle Yers elle^ comme dans 
le palmier. Le peuple donne au mâle le nom de barqûn m^;^- 
L'époque oonTenable pour semer le noyau du pistachier, c'est 
enféyrieret dans la première moitié de mars. La propagation 
du pistachier de rejetons^ de branches éclatées et de boutures 
se bit suivant la méthode indiquée précédemment. Il en est 
qui disent qu'on ne peut le propager de rejets, parce qu'il n'en 
produit point, sinon quand il est brisé, ou qu'on l'a coupé par 
le pied; alors seulement il produit des rejetons. On peut le 
multiplier au moyen de branches du sommet, marcottées en 
pots, suivant le procédé indiqué à l'article des marcottes en 
pots ou entonnoir (i). Le jeune sujet, de quelque façon qu'il 
ait pu être obtenu, se replante au bout de deux ou trois ans, 
avec le pot ou la motte de terre. On le dépose dans des trous 
de trois ou quatre empans de profondeur, ou bien de la 
dimension exigée par le jeune arbre, suivant qu'il est gros ou 
petit. Il faut prendre garde de couper aucune des racines lors- 
qu'oD arrache le jeune sujet. Il faut laisser entre chaque pied 
on espace de vingt coudées (9'',240) ; on arrose immédiatement 
après la plantation, opérant du reste comme il a été prescrit 
plus haut. On fait de même pour le cerisier et le noisetier. Il 
en est qui disent que le pistachier ne réussit ni de boutures 
ni de branches éclatées. On greffe le mâle sur la femelle et 
réciproquement; on a dit aussi qu'on pouvait greffer le pis- 
tachier sur le térébinthe qui en est le mâle (2). Il en est qui 

(1} V. tup,, chap. V, art. 9, page 172, marcotte nommée isiilaf, analogue à 
celle dite toic&M. 

(2) jLar^, Utt. admitsariiu, mot qui s'appUqae parUcolièrement aa pal- 
mier màie, employé sans doate à cause de l'aiHiiité admise par les Arabes entre 
niomme et le palmier. 



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— Î48 — 

disent aussi que le pistachier peut se greffer sur le lentis- 
que^ sur le ricin et sur Famandier ; nous en avons fait Teipé- 
rimentation et le résultat a confirmé l'assertion. On a dit 
encore que cet arbre se plantait dans les terrains délaissés 
pour leur rudesse^ en cherchant seulement un lieu humide. 
On yeut aussi qu'il se plaise dans la terre rouge de montagne^ 
où il faut choisir les emplacements forts et humides. On dit 
encore quil n'aime point une culture trop fréquente^ ni des 
arrosements trop abondants^ ce qui le ferait périr ; Texcès 
d'eau^ ditron^ fait pourrir les racines. 

Article XV. 

Guitare du cerisier ou grain royal. 

Il y a deux espèces de cerises, la noire et la rouge; cerise 
de jardin ou cultivée; cerise de montagne ou sauvage (me- 
rise) ; suivant quelques-uns ces mots grain royal s'appliquent 
à Tamande du grand pin à pignon (1). 

Ibn Hedjadj, à qui Dieu fasse miséricorde, dit que suivant 
Junius, le cerisier se plaît dans les lieux très-froids et que son 
fruit gagne en grosseur par la greffe. Sadihames dit que le 
cerisier se plante au mois de kanoun second et de schebal. 
C'est un de ces arbres qui se plaisent sur les montagnes et les 
sites très-froids ; la cerise devient plus grosse et plus renflée par 
la greffe. Sadihames dit que le cerisier se plante dans les mois 
de kanoun second et de schebat (2). On le multiplie de reje- 
tons ou drageons; on le propage encore de branches éclatées, 
mais on rejette la multiplication par noyaux. Suivant un autre, 
le cerisier pousse sur les montagnes froides et dans les plaines 
humides, dans les terres sableuses et pierreuses, dans la terre 
rouge grasse, en site élevé et dur. La terre noire brûlée ne lui 
convient aucunement, à moins qu'elle ne soit extrêmement 

(1) Nous traiterons ailleurs de ces synonymies. 

(2) 11 y a Ici, dans le texte, une répéUtion que nous avons cm devoir respeettr 
dans la traduction. 



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— Î49 — 

humide. On multiplie le cerisier de noyaux^ de rejetons et de 
branches éclatées. Les rejetons ne croissent point au bas de 
la tige, mais à distance d'elle; on le multiplie par recoucbage, 
puis on porte ailleurs les plants enracinés. On peut encore 
replanter les jeunes arbres des montagnes en janvier et en 
novembre. On a bien soin, en arrachant^ de ne rien couper des 
racines. C'est ainsi qu'on doit en agir pour transplanter les 
aitres qui sont gommeux^ dont il faut bien se garder d'en- 
dommager les racines^ sinon ils ne pousseraient point. (Ainsi 
arrachés), on les plante dans les jardins. On dit qu'il faut 
cheisirles plus belles branches^ celles qui sont^rouges, lisses^ 
d'un beau jet et d'une longueur de six empans (i",4) ou en- 
viron ; on les détache en les éclatant^ puis on plante dans un 
troa en long {litL de forme sépulcrale)^ de trois empans de 
profondeur^ laissant quinze coudées {T^fi) de distance entre 
chaque pied. Le noyau se sème dans de grandes terrines 
Deuves, depuis le mois de juin^ temps où on mange la cerise, 
jusqu'au premier janvier^ après l'avoir fait macérer dans Teau 
pendant vingt jours^ si le semis se fait après le mois de juin. 
On ne laisse point sécher le noyau avant le semis. Quand ce 
semis a été fait en automne ou pendant l'hiver^ il pousse en 
mars, et parfois la germination se fait attendre jusqu'à l'an- 
née suivante; la transplantation s'effectue au bout de deux 
ans, dans les formes que nous avons indiquées. 

Le même auteur ajoute qu'il ne faut point donner de l'eau 
en excès au jeune arbre, soit qu'il vienne, de marcotte, de re- 
jetons ou de noyau ; au contraire, il faut se contenter d'ar- 
roser tous les huit jours une fois; cependant l'eau abondante 
peut être bonne quand le besoin s'en manifeste (litt. si on le 
juge convenable). Il n'aime point le fumier; si on en dépose à 
sa proximité, il en souffre; il se dessèche si on lui en applique 
trop an pied. Quand on veut obtenir une espèce nouvelle, on 
y arrive en pratiquant une marcotte en pot, sur une branche 
du sommet, d'après la méthode indiquée plus haut, dans le 
cours du mois d'octobre. La transplantation ne doit se faire 
qu'au bout de trois ans, à partir de cette époque ; la saison 



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— CM — 

faut la pratiquer, c'est au commencement de novembre. On 
greffe les diverses espèces réciproquement les unes sur les 
autres; on greffe encore le cerisier sur Vahmfar (I), sur le 
pécher, dont il reçoit aussi la greffe. Suivant d'autres^ on le 
greffe aussi sur Taniandier et le néflier. Le plant importé des 
montagnes, quand il n'est pas une espèce de choix, se greffé 
au bout de deux ans ou à peu près, quand sa force et sa vi- 
gueur se manifestent bien. 

Quand on veut accélérer la fructification du jeune cerisier 
venu de noyau, on le greffa, après qu'il s'est écoulé une an- 
née; au bout ^e Fannée suivante, il donnera du fruit en f^s 
grande abondance qu'aucun autre de son espèce. Dieu aidant 
de sa volonté. 

Abticlb XYl. 

Coltare de TaliBier, mùie}uahy[1t), ou, suivant HadJ de Grenade, du xahrcur. 

Le même écrivain ajoute : Chez nous, on compte deux es- 
pèces (d'arbres qui portent ce nom de zahrour) : l'une, dont le 
fruit mûrit (litt. est bon) à Yatifarah (ou vingt-quatre juin) (3), 
et qui ne peut se conserver, et l'autre, dont le fruit ne mûrit 
jamais qu'en hiver. On recueille, au mois d'octobre, les fruits 
de ce dernier encore acides ; on les suspend et ils mûrissent 
peu à peu. C'est une des bonnes espèces de fruits. U est des 
personnes qui parviennent à conserver de cette manière le 
fruit de l'espèce qui mûrit au mois de juin (ançarienne) : ils en 

(1) Ce mot, qu'on rend ordinairement par marjolaine^ Jott être altéré. 

(2) Ce nom de ^?.A*,)I est indiqué ici eomme synonyme du gahrour, et 
plus loin, art. 38, il est donné comme étant celui du ghebitA, Il nous paraît UA 
être le cralœgui aria, Unn., l'alisier ; et plus loin le sorbut domesHca, Linn., 
le sorbier. L'autre espèce, ^j^^^\ jjj^j^^^ ^ gahrour an§harien ou de la 
Saint-Jean, serait un axerolier tiâtif, eratwgut ajtarohu, Unn. L'en^èce d'hiver 
qui forme un arbre d'ornement, est VaXisiw, sans aucun doute. 

(3) ij^^û^j^y ançarah, s'entend ordinairement, chez les chrétiens» de la Pen- 
tecôte ; mais nous verrons au chapitre du calendrier que c'est une fête qui vient 
le 24 Juin. Ce mois est souTent appelé mois de fançarah par Ibn al-Airam. 



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- «5i — 

bmi de» espèces de lustres (i) qu'on met en réserve. Le néflier 
(ayeroUer) de juin se ramifie beaucoup^ ce que ne fait point 
celui d'bÎTer qui s'élëre sur une tige unique dont la cime se 
termine comme celle du pin à pignon. Cet arbre aime la terre de 
montagne, celle qui est sabiense, et aussi cdle qui est humide 
et diaude; seulement, dans ce dernier terrain, il ne fait que 
donner une belle Tégétation sans produire de fruits. On le 
propage de graines, de rejetons, de branches éclatées rouges, 
de la longueur de six ^npans (l"y4) ou enTiron. L'époque de 
la plantation des rejetons et des branches est au mois de 
janvier et de février; dans les mêmes mois aussi, on plante les 
boutures ; l'engrais préparé pour les recevoir est un mé* 
lange de k terre de bonne qualité avec du fumier vieux, de la 
eendre et du sable. Au mois de janvier on plante les rejetons 
dans des fœses profondesde trois empans (O***,?) ou environ. On 
laisse entre chaque pied un espace de quinze coudées (6",83); 
on se conforme du reste à tout ce qui a été prescrit plus haut. 
On le plante aussi le long des pièces d'eau, à cause de sa 
beauté. Il est très-long à donner du fruit, qui n'atteint sa 
grosseur (normale) qu'au bout de vingt ans de plantation. 
Suivant quelques-uns on ne mange ce fruit que quand il a 
pourri (molli) dans les habitations. Cet arbre croit à Grenade 
«tdaos ses alentours; on ne peut le greffer sur aucune autre 
eipèca: de même aussi il n'admet la greffe d'aucune autre es- 
pèœ. 

ARTiaE XVII. 

Plantation de Taiibépioe (3). 

C'est un arbre propre aux montagnes, qui a i'aspecl de 
broussailles ; son fruit est d'un rouge vif, du volume d'un 

(1) En ka attachant una doute à des cerceaux qn^ila suspendent au plafond, 
du» nntérienr. 
'4 Pins loin» ait. M de ce chapitre, nous retronvoDs oc mot juiâjt al- 

«efafc, indiqué coon^ une Tarlété de MoimiM, donnant des fruits rouges, koiis 



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fçros pois chiche^ doux et bon à mang^er. Dans Fintérieur on 
trouve un pépin pareil à celui que contient le raisin de re- 
nard. La baie de l'aubépine est d'un rouge vif; c'est pourquoi 
on dit proverbialement : plus rouge que Taubépine. On la 
multiplie de boutures, de rejetons et de pépins. La plantation 
se fait en septembre dans une terre meuble, mêlée de fumier 
(non vieux) (i), de cendre et de fumier usé; quand le semis 
du pépin se fait plus tard, il faut à l'avance le faire tremper 
dans l'eau douce, un jour et une nuit; alors on peut faire le 
semis. La transplantation (ou repiquage) ^ fait au bout d^ine 
année. La façon d'opérer est la même que pour l'alisier; son 
fruit n'a de qualité et de grosseur que par la gre&è. Le fruit 
de l'épine blanche ne se mange qu'après qu'il a molli (Mi, 
pourri) dans l'intérieur de la maison (2). (iomme cet arbre 
est propre aux montagnes, il supporte peu l'eau donnée en 
abondance. 

Article XVIII. 
Guitare du grenadier. 

Il y a plusieurs espèces de grenades : la grenade velue; celle 
qui est lisse; celle qui est renflée; celle qui est sphérique^ 
qu'on nomme encore dalowi; la qoslhisi à odeur de qoslus; 
la lenticulaire; la grenade de Murcie; celle au sucre in- 
dien (3) et celle citriforme ; toutes ces espèces sont douces. Il 
y a encore la moruna, (jui est grosse, à chair épaisse (corn- 

« 
à manger, et qui n'est autre que celui dont II est parlé ici. Il ae rapprocherait 

ainsi des azeroliers; on pourrait y voir aussi^le mespiltu pyraeantha ; Linn. 
Mais nous préférons y voir un oxyacantha arabica fructu magno eduH cité 
d'après Sliaw, par Rosenmuller, Biblische Naturgesch,^ t. H, p. 204. Nous re- 
viendrons sur ces synonymies. 

(1) Peut-être faut-il lire J-»j table? 

(2) SI ce n'éUit llndicaUon de la couleur du fruit, on serait disposé à voir 
ici le néflier. 

(3) ^JjUar^t, aUkhaxdiny ; nous avons suivi l'interprétation du Me. 
hept de Castelet traduit cette au sucre indien, Banquerl traduit par sonnsa 



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— 253 — 

pacte), à pe|>in rouge dans sa pellicule (1); la grenade acide; 
le grenadier mâle, qui est le djoulnar, le balamtrier. On dit 
que la grenade velue fut envoyée à Abd-al-Rohaman al- 
Dakhil, en Espagne, entre autres présents qu'on lui adressa 
de Bagdad ou de Médine, suivant d'autres, d'un arbre planté 
parle prophète de sa propre main. On donna pour cette rai- 
son (%j à cette espèce le nom de saphria (voyageuse); suivant 
d'autres, ce nom lui vint de celui qui (1^ premier) la cultiva, 
à Gordoue, et qui s'appelait Sapher ou Motisapher. L'auteur, 
continuant, ajoute que le mode de culture est le même pour 
toutes les espèces de grenadiers. On lit dans le livre d'ibn 
Hedjadj, que, suivant Junius, le grenadier se plaît dans la 
terre blanche. 

Suivant Kastos, le lieu le plus convenable pour planter le 
grenadier, c'est celui qui est sec, exempt d'humidité. Solon 
dit que ce qu'il y a de meilleur pour planter le grenadier, 
ce sont la terre de montagne et toutes les espèces de terres qui 
sont sèches. Cependant, les arrosements sont favorables au 
grenadier dans les terres compactes; il vient bien, et, si on ne 
lui donne point d'eau (dans ce terrain), son écorce se fend. 

Suivant Lanthius, le grenadier prend du développement, 
planté dans les plaines humides. Si on le plante dans les ter- 
rains secs des montagnes, et qu'on lui donne beaucoup d'eau, 
le fruit est plus beau, mais aussi il est d'une saveur plus 
afflère. Sidagoz dit que la terre de montagne et un arrosement 
abondant conviennent très-bien au grenadier à fruits doux, 
tandis que les plaines et les prairies conviennent à celui à 
Fruits acides, parce qu'alors l'acidité diminue et la grenade se 
rapproche de la saveur douce; suivant un autre, le grenadier 
réussit bien dans les sables quand on a soin de l'arroser. 
Tous les maîtres en agriculture, Kastos et Junius, disent que 
quand on plante des arbres, il faut toujours le faire avant 

(I) ^3L5, mot qui ne m trouve pas et que nous avons cm dériver de i>^, 
fâf, ftelUeuîa ostû dodyli., Cast. 
(3) PiiiKqa'eUe avait été apportée de loin. 



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— né — 

que l£S boutons se foient oiiYerts et que les feuilks se i 
montrées^ à TeieeptiOD du grenadier qu'on peut planta' quand 
ses feuilles ont paru {Ull. après roorerture), et eela par une 
disposition spéciale à sa nature! 

SuÎTant Bandon (Betodon), on propage aussi le grenadier 
de boutures et de branches éclatées, et la plantalioii des unes 
et des autres se fait dans les mms de schebat et d'adar (fé- 
▼rier ^ mars). On en sème aussi le pépin qui pousse bien, 
gftdibames pense que la plantation de la bouture doit se Esire 
dans la seconde moitié d'adar, à cause du peu de séTe (lîtt. d'hu- 
midité) de cette sorte d'arbre (1). 

Démocrite dit que quand en Teut multiplier le grenadier, 
on plante une branche prise au sommet de l'arbre, parce 
qu'alors on aura du fruit bien |riu8 promptement. La b r—c he 
doit être mise profraidément en terre. Il dit encore qu'il 
existe de la sympathie entre le grenadier et le myrte, et que, 
si on les plante ensemble^ leur produit est plus abondant, 
parce que leurs racines se recherchent et s'entrelacent (Géop., 
X, 29). 

Maurice (Margouthis) dit que souTent on veut planter les 
grenadiers pressés afin que les fruits se trouvent à l'ombre, 
parce que, quand ils sont frappés du soleil, Técorce est at- 
teinte de la brûlure, et ils deviennent blancs et amers. Sui* 
vaut l'Agriculture nabathéenne, on sème le peiMO de grena- 
dier dans de petits trous, en février; on dépose, dans chacun 
de ces trous, de sept à quatorze pépins; on arrose avec de l'eao, 
et quand lej^ine plant est à la hauteur d'un empan (O'^^i), 
on applique un engrais composé de crottin de brebis^ de oo- 
lombîne et de terre pulvérisée sèche, dans la proportion d'un 
tiers de chaque élément; on a soin de donner des arrosem^ts 
modérés. Quand le plant a atteint la hauteur de deux empans, 
on augmente les arrosements graduellement ; on prooëde 

(I) Banqueri a renvoyé en note, et sans le traduire, un passage assex altéré, 
diMiuel 11 semble résnlter que Téciifvain veuf que la plantation des b»atw«s 
soit retardée jusqu'à ce que la sève répandus se consentie wrs la tonre pstf 
produire les racines. 



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— «ÎB — 

ensuite à la transplantation avec les racines et la terre 
quieuTiroone le pied. On dispose dans les trons une certaine 
quantité de Tengrais mentionné précédemment; la terre dans 
laquelle on plante doit être fraîche et mouillée; Sagrit om*- 
seille de mouiller le fond des trous avec de Turine humaine 
ou de chameau^ ou bien de Tache^ car c*est là ce qu'il y a de 
plus avantageux dans la plantati^m du grenadier. 

L'auteur ajoute que la vie et la belle régétaticm du grena- 
dier tiennent à la multiplicité des arrosements. Ainsi^ il fout 
donner de l'eau tous les jours (aux boutures ou jeunes plants)^ 
depuis le moment de la plantation jusqu'à celui où Tarbre 
commence à donner du produit; on continue môme après 
cette époque^ car cet arbre en a besoin. Les pépins se plantent 
Jans de petits trous dans chacun desquels on en dépose de six 
à neuf, et même jusqu'à douze ; mais il ne faut point dépasser 
œ nombre. On tient ces pépins isolés entre eux au moyen de 
terre végétale, et l'on donne de l'eau immédiatement à la 
suite du semis, sans la donner trop abondamment dans les 
premiers temps. 

Saussade prescrit de mâcher l'extrémité des rameaux qu'on 
veut planter, et alors on aura des produits pareils à ceux 
de l'arbre originaire. Un moyen d'augmenter le volume du 
fruit, c'est de mettre, avec le rameau qu'on plante ou les pé- 
pins qu'on sème, une poignée de fèves pilées avec leur écorce, 
ou de pois chicbies piles et mouillés avec du lait réct^nment 
trait Oa dépose cette préparation dans le trou avec le pépin 
qu'on sème ou la branche qu'on plante. Si l'on enduit la 
partie intérieure des branebes qu'on veut planter, sur une 
longueur de quatre doigts, avec du miel de bonne <fua)i(ié, oo 
bien que sur le senûs de pépins on répande du miel, le fruit 
qui en viendra sera doux et sans pépins. Le même auteur drt 
qu'il existe entre le grenadier, le serpent et les Tîpèivs, une 
antipathie natoreUe qui ne permel prât aux serpents de sé- 
journer sur le pied de cet arbre, particulièrement à la vipère 
noire, au grand serpent pUr^l et au serpent tacheté. Nous 
avons de nos profères yeux observé l'antipaithie de ce», reptiles 



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pour le grenadier; nom avons rg a lf i Ml td les vipères et 
antres fuir le Yoisiiiage de eet arbre; la famée de son bois, de 
sonécorceeldesesbruiclies nietcesre|ililesenfmte.Unede8 
propriétés de la grenade dooœ, c'est d'enlever am alimenls 
qu'on lait cuire {liiL à une cuisson) le goût de fumée. En 
effets si un aliment qu'on bit cuire dans une chaudière émet 
une vapeur d'une odeur qui ne soit pas la sienne, qu'on prenne 
alors une grenade douce, qu'on en jette les graines dans cette 
chaudière, qu'on fasse suivre d'une petite quantité de graisse 
de bœuf» ce mauvais goût disparaitra. Ce procédé fiera aussi 
disparaître tout autre mauvais goût. 

Suivant un autre agronome, le grenadier s'accommode de 
toute espèce de terre passant à la saveur douce ; là terre 
rouge, humide, la terre légère fraîche, un sable doux lui con- 
viennent encore, il pousse bien dans les terrains mous et gras, 
et dans les endroits frais. Il donne une très-belle v^étation 
dans les bonnes terres et dans celles de bonne qualité, mais 
son produit y est faible; on dit que l'expérience a prouvé 
que le grenadier et l'olivier se trouvaient bien dans les lieux 
secs, il a encore été prescrit, si on plante un jeune grena- 
dier et un jeune balaustrier dans un terrain sec, d'arroser 
ces jeunes arbres, le second jour de la plantation , avec de 
l'eau dans laquelle on a fait tremper de la cendre de bois (1). 
Lo grenadier se propage de branches éclatées, de boutures, 
de drageons arrachés avec leurs racines (propres), ou au 
moyen de marcottes, par le couchage, de rejets poussés à Ten- 
tour, il se propage aussi avec des branches du sommet soumises 
à l'opération dite tsa'/a/* (marcottes en pot ou entonnoir), ou 
bien par quelqu'autre de ces moyens précédemment indiqués. 
On propage aussi le grenadier de pépins. Les boutures se 
plantent en janvier; on les groupe dans la même place, 
pai* ti*ois ou plus encore, quand les arbres doivent rester en 
place; si au contraire ils doivent être portés ailleurs, on laisse 

(2) C*e8t-à-dire ayec de la lessive de baios : aqua cum Itstrto hakieorum 
primt«ia, [«(AtYpiivTjç aûrÇ vovCaç iiA ^oXaviU.. Géop^ X, SS. 



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de rinterralle; les branches arrachées (seront traitées) de 
même. Les boutures de grenadier se plantent (aussi) en mars, 
et la branche éclatée, en février; les marcottes par couchage se 
font en décembre; il ne faut pas que la fosse préparée à cet eCTet 
ait plus de deux empans (O^^^e^) de profondeur. Pour le semis, 
on choisit les grenades mûres parmi les plus belles espèces; ou 
égrène (les vésicules), on en exprime le jus, on prend les pé- 
pins, qu'on lave dans l'eau; on les fait bien sécher, puis on les 
serre dans un vase neuf. Le pépin de grenade est compté 
parmi les graines faibles. Le semis se fait en janvier, dans les 
terrines, dans de la terre prise à la surface du sol, et mêlée 
de fumier vieux, de sable et de cendres. La transplantation 
s'effectue au bout de trois ans ou environ, et l'arbre est mis 
dans le lieu où il convient qu'il soit. Cette plantation des jeunes 
grenadiers se fait dans des trous de trois empans (O",?) de 
profondeur, parce que cet arbre est un de ceux dont les racines 
rampent à peu de profondeur de la surface du sol. On mêle de 
la cendre au sol où se plante l'arbre. On tient ces arbres es- 
pacés depuis six jusqu'à huit coudées ; cette disposition rap- 
prochée est dans l'intérêt du fruit (1) et pour la raison qu'a 
donnée plus haut Margouthis (Maurice). Si le jeune arbre est 
transplanté avec sa motte, c'est beaucoup mieux. Au bout 
d'an an, à partir de la plantation, on donne un engrais en 
poudre mêlé de cendres de bain et de sable, et l'on procède 
ponr tout cela, suivant ce qui a été dit précédemment. Les 
boutures se plantent couchées (2), et la branche éclatée taillée 
en pointe; suivant quelques-uns, ce qui a été planté de la sorte 
donne du fruit qui ne se fend pas. Suivant d'autres, au con- 
traire, les arbres ainsi plantés ne retiennent pas leur fruit 

(1} Le mol arabe fort mal éerit peut se lire de trois manières ; c'est pourquoi 
nous aroBs adopté on sens général. Cette raison donnée par Maurice, c^eat de 
procurer de l'ombrage au fruit. 

(2) Il nous semt>ie qu'an lieu de iLy5c>, U faut lire L#^0, comme dans 
ie paragraphe suivant qui parait être un exemple cité du fait, et traduire par 
incHnée ou couchée, comme le prescrit Palladius, terobi velut ohliqwu immer- 
gUur. Hart., 10. 

17 



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— 258 — 

qui tombe sans que les soins de culture puissent y remédier. 

Ibn Hedjadjj à qui Dieu fasse miséricorde^ dit : J'ai tu un 
grenadier d'une belle venue et productif^ produit d une bouture 
plantée inclinée ou couchée; il avait donné du fruit quoique 
tout jeune encore. Quand le grenadier se met à donner du 
fruit en abondance, il faut bien se garder de lui rien couper 
(c'est-à-dire de le dégarnir de ses branches), car il est mau- 
vais pour lui d'être trop exposé à l'action de l'air, il faut bien 
se garder de rien planter qui domine les boutures, avant 
qu'elles ne se mettent à monter, (tels que) les jeunes plants 
d'aubergines, car (ce voisinage) ne lui convient pas. Le gre- 
nadier veut une culture assidue et beaucoup d'eau. Il aime 
ces soins qui lui sont très-favorables; pourtant, si les arrose- 
ments sont plus rares, il n'eu souGfre point; le jeune arbre 
donne de beaux résultats avec une culture très-suivie. Le gre- 
nadier aime qu'on lui donne de l'eau tous les cinq jours, 
depuis la fin de juin jusqu'au commencement de septembre. 
On recueille les grenades à la mi-octobre ; la trop grande 
quantité de sable ne lui convient pas. 

On raconte que le Prophète dit : Prenez la grenade et man- 
gez-la, car elle chasse la haine et l'envie. On raconte, d'après 
Ali Ibn Abou Thaleb, qui le disait lui-même, d'après le Pro- 
phète : prenez la grenade et mangez-la avec ses pépins, parce 
qu'elle donne de la vigueur à l'estomac. Il n'en entre {liU. 
tombe) pas un grain dans le corps de l'homme sans que son 
cœur n'en soit embrasé, et qu'il n'en soit protégé contre les 
démons, pendant quarante matins. On raconte qu'Ahrets dit 
avoir vu Ali, à qui Dieu fasse miséricorde, qui, après avoir 
mangé une grenade, élargissait la partie supérieure de son 
vêtement. Interrogé sur ce fait, il répondit : Sache, ô Ahrets, 
qu'il n'y a pas une seule grenade qui ne contienne un grain 
du paradis (i); mais celui qui en mange avec satiété est obligé 
(le recourir au médecin. On raconte d'Ibn Abbas (que Dieu 

(1) Ces citations d'Ahrets et d'Âli se trouvent dans Kaxwlnl» sauf quelques 
différeDces, v» ^L^j. 



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— 259 — 

Tait pour agréable), qu'ayant trouvé (par hasard) un grain 
de grenade, il le mangea ; on lui dit : Ibn Abbas, tu trouves 
un grain de grenade et tu le manges. Il répondit : il n'y a pas 
une grenade qui ne soit iéoondée par un grain du paradis^ 
peut^tre que c'est celui-^i. On raconte qu'Ibn Abd Allah di- 
sait :II n'y a pas une grenade qui ne contienne un grain du 
paradis; je ne veux le partager avec personne. 



Article XIX. 
Culture du balaustrler (grenadier sauvage). 

Cet arbre est de l'espèce du grenadier ; c'est le grenadier 
mâle. Il y a le balaustrier de jardin (cultivé) et le balaustrîer 
des montagnes (ou sauvage). Il porte une feuille plus belle que 
œlle du grenadier, une fleur mieux disposée et plus large que 
lui et d'un rouge plus vif. Il y a Pespèce à fleurs roses et celle 
à fleurs blanches. Il en est qui veulent que ce soit avec son se- 
cours qu'on féconde le grenadier. On le propage au moyen de 
ses différentes parties (c'est-à-dire par boutures ou marcottes), 
et la manière d'opérer ne diffère en rien de ce que nous avons 
décrit précédemment pour le grenadier. H manque de pcpin. 

L'Auteur dit que^ si on veut faire passer le grenadier à l'é- 
tal de balaustrier^ il faut planter une bouture de grenadier, 
sans en aiguiser les bouts, au mois de novembre ; au bout 
d'un an, on l'arrache, on retranche avec un instrument bien 
tranchant les jeunes pousses, on plante de nouveau la bouture 
inclinée ; on répète quatre fois l'opération, pendant quatre 
années consécutives. La cinquième année, on laisse en repos. 
L'arbre donnera des fleurs en plus grande abondance que le 
grenadier (à la suite desquelles) aucun fruit ne se produira. 
Il faut pratiquer l'opération sur plusieurs boutures, parce 
que les diverses plantations répétées en font périr une partie. 



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— MO — 

Article XX. 
Plantation de ramandier. 

11 y a ramandîer à gros fruits et celui à fruits doux et petits^ 
de la dimension d'une pistache ; les soins de culture sont les 
mêmes pour toutes les espèces. On lit dans le liyre d'Ibn 
Hedjadj que, suivant Junius, Tamandier aime la terre lé- 
gère. Suivant Kastos, les meilleurs emplacements pour l'a- 
mandier sont les terres d'alluvion. Suivant Samanos^ l'aman- 
dier se plante sur les montagnes parce cpi'il aime le froid et la 
terre légère où il devient plus grand et plus productif. 

Suivant Junius, avant de planter les amandes, il faut les 
tenir plongées dans un fumier trempé de beaucoup d'eau pen- 
dant trois jours. On les dépose ensuite chacune séparément 
dans un trou au fond duquel on a disposé à l'avance de la 
terre prise à la surface du sol. Il n'est pas nécessaire de laisser 
une grande distance entre elles. La queue doit être disposée 
vers la terre, sans pourtant qu'elle touche le fond du trou, 
mais la terre rapportée qu'on y a déposée ; ensuite on rap- 
porte de l'engrais mêlé de terre. La profondeur du trou ne 
doit pas excéder celle d'un empan I0"",23l) (1). On plante à côté 
de chaque trou un bâton qui s'élève au-dessus perpendiculai- 
rement. Suivant Junius, l'amandier se propage encore de 
branches prises au milieu de l'arbre même. Kaslos dit qu'il y 
a diverses manières de propager l'amandier. Il en est qui le 
propagent de ses rejetons et (du semis) de ses fruits avec 
leur coque. Il en est un grand nombre qui le propagent au 
moyen de ses branches qu'on a éclatées et arrachées à la main. 

(1) Conf. Pallad., Januariui, XV, 6 et suir., et Géop. X, 57, qai veulent qoe 
la partie tronquée pLctoupov soit vera la terre, et la partie ligneuse et minœ 
tournée en haut. Il y a, p. 262, une prescription analogue, et contradicUon 
dans les Géop., entre le texte et la traduction; fAe(oupov, qui, d'après les dict, 
doit être traduit par mutilum, truncatunif l'est par partem acuminalam. 



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— Î6i — 

n en est qui emploient^ à cet effets les jeunes pousses et les 
branches prises au sommet^ préférant ce mode à tout autre. 
Suivant un autre^ on plante les drageons (stolones) tout enra- 
cinés, proYenant de Tarbre même et poussés autour de lui. Le 
jeune amandier se plante en automne et non au printemps^ 
parce que dans cette saison se montrent ses feuilles ; mais le 
semis des amandes se fait à deux époques^ au printemps et en 
automne. 

Démocrite dit que la récolte des amandes se fait quand Té- 
corce externe conmaence à se détacher; on jette dessus (c'est-à* 
dire on les lave avec) de Teau salée; on les expose au soleil^ ce 
qui les fait blanchir (Cf. Géop. X, 58). Le jeune amandier se 
replante vers le milieu de tischerin second (novembre). D'après 
le livre d'Ibn ei-Façel (1), si on enfonce l'amande à plus de 
quatre doigts de profondeur dans la terre^ elle ne pousse point. 
L'amandier est le premier arbre qui montre ses fleurs; il de- 
Tance tous les autres. 11 réclame le fumier de vache mêlé à sa 
fenilleet une certaine portion de ses branches décomposées {liU. 
pourries)^ de la terre pulvérisée et une certaine dose d'engrais 
humain^ du crottin de pigeon ou de quelques autres oiseaux. 
Si ces substances manquent» il faut mettre ensemble de la 
bouse de vache, des coques d'amande^ des feuilles de l'arbre 
dans une petite fosse où les ouvriers vont déposer leurs urines, 
jusqu'à ce que le tout soit en putréfaction et bien noir. On 
fait alors sécher le compost^ on le mêle avec de la terre végé- 
tale pulvérisée, et on en fait usage pour l'amandier, en l'appli- 
quant directement sur le pied, sans en user pour la pulvérisa- 
tion. Cette opération se fait en décembre. Ce procédé est pour 
l'amandier à fruits doux. Pour l'amandier à fruits amers, on 
ne lui donne de l'engrais qu'une seule fois. On fait du pain 
avec l'amande en l'associant à une certaine quantité de 
graines alimentaires. On fait moudre, on procède à la panifi- 
cation^ et de cette façon on obtient un pain do bonne qualité. 

(I) Banqneri laisse le nom m blanc; mais le mss porte le s!gne indicateur 
d'IbD el-Façel. 



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— «6Î — 

D'après un autre agronome^ le lieu où 1 amandier croit (le 
plus volontiers), ce sont les parties élevées des montagnes 
froides, et les versants qui sont exposés au midi. Les terrains 
arrosés lui sont favorables quand ils ont de l'analogie avec 
ceux des montagnes , mais il rejette la terre noire. On pro- 
page Tamandier au moyen (du semis) de son fruit, ainsi que 
de rejetons arrachés avec leurs racines, plantés obliquement 
et couchés dans des fosses longues. On dispose au-dessous du 
jeune plant une couche de terre et de sable mêlés en quantités 
égales, on le couvre avec ce même mélange. On arrose tous 
les quatre jours. Cette opération a lieu en janvier. A cette 
époque se fait la plantation des boutures sur les canaux prin- 
cipaux (lilt. les mères des rigoles), ou bien au bord des cours 
d'eau. Si on fait séjourner pendant trois jours l'amande dans 
de l'eau avec du miel, avant de semer, le fruit (à provenir) 
sera d'une saveur douce. Suivant un autre, le semis des 
amandes se fait en terrines ou en carreaux ; on dispose la par- 
tie pointue de l'amande tournée vers le ciel et la partie infé- 
rieure tournée vers la terre (Vid. sup. p. 260; not.) Anatolius, 
l'Africain, prescrit de déposer dans chaque trou trois amandes 
placées droite^. Un autre dit : au bout d'un an, au mois de no- 
vembre, ou de janvier suivant d'autres, on repique le jeune 
plant dans des terrines ou dans les carreaux; on l'enlève pour le 
replanter, au bout de deux ans, dans les lieux où il convient de 
le mettre. Il faut bien prendre garde, dans l'arrachage, de rien 
couper des racines, ayant soin que le fer (de l'instrument) ne 
touche point le sujet. On le dépose dans des trous convenable- 
ment disposés, proportionnés à sa grosseur. On laisse entre 
chaque pied une distance de douze coudées (5*,5). 11 a été dît 
que s'il n'y a point déplacement, c'est encore mieux; cepen- 
dant j'ai vu, dit l'auteur, un amandier non replanté qui don- 
nait peu de produit. 

L'amandier ne supporte ni la taille, ni l'émonde, ni l'eau en 
trop grande abondance, parce que c'est un arbre propre aux 
montagnes; par cette raison, il est peu exigeant quant à la 
culture ; la méthode ù suivre est celle qui a été tracée précé- 



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- 263 — 

demment. On greffe ramandier au moyen de ses jeunes 
pousses; on le greffe sur le cerisier, Tabricotier, le pêcher, 
Fœikle-bœuf (prune de Damas), et enfin sur tous les arbres 
qui donnent de la gomme ; on le greffe encore sur le poirier 
et, dans ce cas, Tarbre donne beaucoup de fleurs, il devient 
très-beau et prend un grand déyeloppement. 

ÂRTiaB XXI. 

Culture du pin (à pignon). 

H y en a, dit Tauteur, trois espèces : le pin des montagnes, 
c'est la femelle; il donne de gros fruits; l'autre espèce ne 
donne pas de fruits; on rappelle le mâle; on le nomme encore 
erez; une troisième espèce est le qcLcem des Korischites, qui 
ressemble au cyprès ; et le mode de culture est le même pour 
tous (J). 

Ibn Hedjadj rapporte dans son livre que, suivant Démo- 
crite, on fait séjourner la graine (litt. le cône ou pignon) dans 
l'eau pendant trois jours, avant de le planter, ce qui a lieu pen- 
dant la première moitié du mois d'adar (mars). Au bout de 
deux ou trois ans, on effectue la transplantation du jeune pin ; 
cet arbre ne vient très-bien que dans les plaines incultes (les 
déserts). Solon dit que ce qui convient au pin, c'est le sable; 
c'est une des productions végétales des rivages. On le trouve 
aussi dans les jardins, mais c'est la première espèce qu'on y 
trouve le plus communément. Marsial dit que le pin réussit 
aussi bien dans les terres du littoral que dans celles des 
plaines. 

Junius dit que l'amande de pin se plante comme les noi- 
settes et à la même époque. Suivant d'autres, le pin de mon- 
tagne sableuse aime la terre sableuse et rude. 11 ne donne pas 



(1) Pinus pinea; eednu larix, cèdre ;ptnns orientalis, dont le c&ne porte le 
nom de qaeem des Koreischites ; Spreng., Hist. rei herb., I, 2C8. Nous revien- 
drons ultérieurement sur ces synonymies ; provisoirement nous dirons que le 
mol erez n'a point ici la même applicaUon que dans le chap. suiTant. 



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— t64 — 

de fleur -, on lui voit seulement un épi auquel succède le o6ne 
ou pignon. Il se multiplie (spontanément) de sa graine et on 
en tire le jeune plant des montagnes, n ne réussit point de 
branches éclatées, ni de bourgeons, ni de boutures. 

L'auteur ajoute : Voici la manière de Tobtenir de ses grai- 
nes : on extrait ces graines des cônes (UU. des tètes) en les bat- 
tant avec une pierre, un bâton (1) ou quelque chose de pareil, 
sans que jamais le feules atteigne (c'est-à-dire sans les y présen- 
ter). On fait le semis dans de grandes terrines neuTes, dans de la 
terre végétale prise à la surface du sol et mêlée d'engrais. On 
recouvre cette graine semée d'engrais de l'épaisseur de deux 
doigts, et l'on donne de l'eau. L'époque convenable pour ce 
semis est la moitié de janvier et de février ; suivant un autre, 
c'est la première moitié de février, sans dépasser (ce terme) ; 
si pourtant on l'avait fait et que le semis se fit en mars, la 
graine lèverait en avril. 

Démocrite le Grec (lilL le Roumi) prescrit de faire tremper 
la graine dans l'eau pendant trois jours, et d'en mettre trois 
dans chaque trou, en tournant l'une d'elles en sens inverse, 
c'est-à-dire l'extrémité mince en bas. D'autres prescrivent de 
mettre en haut cette partie. On fait, au préalable, tremper les 
graines de pin dans l'urine d'enfant pendant dix jours, ou, 
suivant d'autres, pendant cinq jours. Au bout de l'année, 
on transporte les jeunes pins des terrines dans les carreaux 
à nourrice, avec leur motte; deux ou trois ans plus tard, 
on les porte aussi en motte dans le lieu où il convient de 
les planter. On tire aussi des montagnes , en janvier, le 
jeune plant (qui y croit). On fait, en arrachant, bien atten- 
tion aux racines, prenant garde d'en rien couper. On le pose 
dans des trous de dix empans (2",3i) de profondeur ou envi- 
ron. On laisse entre chaque arbre une distance de douze cou- 
dées, ou même moins, pour les forcer à monter. On arrose à 

(1) as^^, mot que tous les lexiques tiadal»ent par ansa Ixbne in qud examen 

eonsùtit, sans doute le fléau de la balance romaine où sont les points qui indi- 
quent la pesanteur, ou quelque chose d'analogue. 



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— 265 — 

la suite de la plantation pendant huit jours consécutif ; puis, 
pendant une période de huit autres jours, on arrose alternative- 
ment de deux jours Tun; au bout du mois^ Tarrosement ne se 
fait plus que tons les huit jours. On ne fournit point d'engrais 
aux carreaux dans lesquels sont les jeunes pins, car l'engrais 
les ferait périr. Lorsque le jeune pin pousse, ses branches s'é- 
lancent en ligne droite, chaque année au printemps, de telle 
sorte que fous les ans, dans cette saison, le faite gagnant en 
hauteur, et les branches en croissance, l'arbre prend une 
forme agréable (1). En traitant le pin de cette façon, il pren- 
dra du dé?eloppement et formera un grand arbre. On arrose 
Ions les trois jours, sans trop prodiguer l'eau. Il en est qui di- 
sent, que si on répand de l'orge avec la graine (dans le semis) 
ou sur les racines du jeune arbre (au moment de la planta- 
tion), on accélère sa croissance et l'époque de la fructification ; 
et il gagnera en hauteur dans une année, plus que ne gagne- 
rait un autre planté sans (l'addition de 1') orge. Il en est qui 
prescriTcnt de déposer dans chaque trou de l'engrais. Le 
qacem des Koreiscbites ressemble au pin à pignon (3) ; il 
donne un petit cône qui a la forme du pignon, dans lequel se 
trouve une petite graine; le mode à suivre dans sa culture est 
ciactement le même que celui qui est suivi pour le pin à pi- 
gnon. 

Abticlr XXTI. 

Culture de VereXt celui qa*on appeUe sarou, le cyprès. ' 

II y a, dit l'auteur, deux espèces : Tune ressemble au tama- 
risc et l'autre ressemble au genévrier; il y a une espèce 
qui porte le nom de cyprès de la Chine; c'est un arbre bien 
connu ; c'est lui qui, dit-on, porte en Syrie le nom à'erez. On 
lit dans le livre d'Ibn Hedjadj, à qui Dieu fasse miséricorde, 

(1) Banqueri, lit : Lar'l li^û ^^J^ et traduit (en forme pyramidale) 
comme le pigwjn ; nous suivons le texte qui porte Hua La. Jlô. 

(3) Nous ayons su, au commencement du chapitre, qu*U ressemblait au 
cyprès, ce qui montre le peu d*exacUtude de ces définitions. 



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— 266 — 

que Kastos dit qu'on sème la graine du cyprès^ et par-dessus 
de Forge {i), et les jeunes plants (provenus de ce semis) sont 
replantés quand on le juge conyenable. Enfin^ il couTient de 
semer la graine (du cyprès pour le propager (2) ). J'ai lu, dît 
Ibn Hedjadj, dans un traité d'agronomie, que la cause pour 
laquelle on sème de l'orge par-dessus la graine du cyprès, 
c'est que cette céréale, pendant l'été, se nourrit de l'humidité 
visqueuse; on veut donc, par le secours de Forge, déterminer 
l'attraction (de cette viscosité) pour qu'alors le (jeune) cyprès 
soit prémuni contre (les mauvais effets) d'une tei re acre, sèche 
et ne possédant que très-peu d'humidité visqueuse (c'est-à- 
dire de sucs séveux) ; or, l'orge convient pour remplir cette 
condition, par l'analogie de sa nature (ou constitution phy- 
sique) (3). 

Suivant un autre, le cyprès aime une terre rude et sableuse, 
surtout quand on veut l'obtenir de graine; car c'est un arbre 
qu'on obtient de cette manière et non de boutures ; il ne se 
produit point de rejets sur son tronc, ni dans son voisinage ; 
cependant on peut pratiquer la marcotte par couchage, sur 
des branches prises dans la partie inférieure, dont l'extrémité 
peut, par incurvation, arriver jusqu'à terre. On les enfouit 
dans des tranchées (sulci) de deux empans (0^,46) au moins 
de profondeur; cette opération se fait en octobre. On pratique 
aussi, sur quelques-unes des branches, la marcotte en pot 
nommée islilaf. Quant à la graine, pour la recueillir, il faut 
prendre la noix (ou cône) fraîchement cueillie et mûre, dans 
les dix derniers jours de février; on en extrait la graine, qu'on 
sème dans la terre végétale rouge, rude et sableuse, ou dans 
le sable, comme on sème le basilic. On recouvre d'une couche 
de sable d'épaisseur égale à celle d'une étolTe, (en le répan- 

(1) Florentlnus, dans les Géoponiques, XI, 5, Indique aussi ce procédé. 

(2) Le texte porte littéralement: où on plante la ^aine il faut planter. Cette 
rédaction embarrassée laisse beaucoup à désirer. 

(3) Aujourd'hui, les agronomes plus éclairés voient dans ce semis d*orge sur 
la graine de oprés un moyen de procurer au Jeune plant une ombre dont il a 
besoin. 



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— 267 -- 

dant) au moyen du crible (i). La graine de cyprès est comptée 
au nombre des semences faibles. On procède du reste de la 
même façon que celle indiquée plus haut pour le myrte et 
autres arbres analogues. Ou place les terrines (dans lesquelles 
les semis ont été pratiqués) à des expositions où le soleil puisse 
les atteindre; suiyant d'autres^ où elles soient garanties du soleil, 
n faut bien Yeiller à ce que ces semis ne soient point battus 
de la pluie avant la germination. On arrose avec de Teau 
douce^deux fois par semaine. 

Le même auteur dit qu'on sème de Forge avec la graine 
de cyprès, celui-ci pousse, et quand l'orge est mûre il en a 
atteint la hauteur. On le repique au bout de Tannée, dans 
les carreaux où il est à nourrice; puis, on (le tire de là) pour 
le planter ailleurs quand on le juge convenable. L'auteur 
ajoute : on le plante où il convient qu'il soit planté, au 
bout de deux ans, avec sa motte et ses racines contournées 
autour du pied. On dépose l'arbre dans un trou proportionné 
à sa grosseur. On laisse entre chaque cyprès un espace de six à 
huit coudées (2",8 à S™,?). On arrose exactement une fois 
tous les quatre jours. On donne une culture soignée jusqu'à 
ce que l'arbre ait atteint sa croissance complète. Dieu aidant. 
Il en est qui disent qu'au bout de l'année il faut déchausser 
le jeune cyprès, en automne, et déposer sur le pied de l'en- 
grais humain sec et en poudre (de la poudrêtte); puis on 
donne de l'eau (à la suite de l'opération). Suivant d'autres, on 
rapporte au pied de la terre végétale grasse et fumée. On 
donne une culture soignée, enfin on se conforme, pour tous les 
travaux et la direction du cyprès, à ce qui a été dit antérieure- 
ment. On retranche les branches qui avoisinent le sol et char- 
gent le bas de la tige, à partir de la hauteur d'une coudée (2). 

(1) Cf. Cato, De re RutLy XLVJII, qui dit Tépalsseur d*an doigt. 

(t) àijy,mA L^!L,gv «^ Ce membre de phrase est difficUe à expliquer 
littéralement; sealement on entrevoit que l'arbre chargé de ces branches jus^ 
^*eo boa, est comme l'oiseau qui a des plumes Jusqu'au bout des pattes, plii? 
^ipet. V. Castel, Lemc, Ilept. 



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Quant à b t^Umt et «■ fOÊémar (cfenftr), on les tndte 
amme on Fentend ; Fan H Fanlre est le cyprès mâle. Û en 
est qui disent ipi'aftrakr est le cyprès de montagne (eupnmu 
motUamms), D y en a une espbot qoi est grande et one autre 
qoi reste petite. 

abthu xxm. 

d'AnUe; 



D'après Ibn Hedjadj^ à qui Dien fisse nûsérioMtle, Kastos dit 
que le mûrier se plante au oommenoemeot du printemps et 
aussi en automne; la plantation automnale se fait après la 
Tendange. L'auteur continuant : on multiplie aussi le mûrier 
de graine; il Tégète bien et donne du fruit. Démocrite dit 
qu'on iait des boutures de la grosseur d'un bâton qu'on plante 
au mois de schebatb (février). Karour-Athikos dit qu'on plante 
des branches détachées par éclat, épaisses, à partir depuis 
le dernier tiers (c'est-à-dire le SO) du même mois de sche- 
batb jusqu'à la fin du mois d'adar (l). Le mûrier aime la terre 
sableuse, humide, douce et fraîche; il Ta très-bien dans la terre 
forte quand on lui donne de l'eau en abondance, car cet ar- 
bre, par sa nature, aime les arrosements. 

On dit qu'il y a une espèce de mûrier à fruit blanc, de gros- 
seur tenant le milieu entre le gros et le petit, une espèce à 
fruits noirs et une autre à fruits jaunes, à fruits blancs yiola- 
cés, à fruits cendrés. Il y a aussi de la variété dans la saveur 
du fruit, car les uns sont doux, d'autres amers et d'autres 
sont insipides (2). Le fumier ou l'engrais convient très-bien au 
mûrier, mais il n'en demande point un spécial 3 tous au con- 
traire, dans toutes leurs diversités, lui sont bons, et sous 

(1) On ut Ici ce commencement de phrase : on plante aussi de lut; qi|i n'é- 
tant point complet, ne présente aucun sens; nous l'avons supprimé. 

{ij On trouve exactement la même distinction d'espèces et de goût dans le 
M«8. 884, B. I., fond sup., page 88, v«, sons la rubrique d'Ibn-Waschiah. Avi- 
cenne I» 205, parie d'un mûrier k fruits amers appelé mûrier de Syrie. 



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— 269 — 

lear action il pousse très-bien et il devient fort beau. Mais les 
plus beaux mûriers sont ceux qui viennent des graines qui^ 
avalées par les oiseaux de certaines espèces dans un état de 
parbite maturité, sont rejetées dans leurs déjections sur les 
bords des rivières et dans les lieux parcourus par les eaux plu- 
viales; ces graines viennent très-bien^ parce qu'elles portent 
aTec elles leur engrais. La pousse est très-rapide, à cause de 
cette humidité que le soi emprunte du voisinage de Teau. Le 
mûrier pousse encore de lui-même dans les champs; il y 
prend du développement; mais s'il se trouve dans le voisinage 
de Teau ou sur le bord des rivières, il y devient bien plus grand 
encore, et acquiert beaucoup plus d'ampleur. Le mûrier se 
greffe avec succès sur les arbres qui ont de Tanalogie avec lui 
et qui lui ressemblent. Suivant Saussade, le mûrier est le frère 
du poirier, parce qu'il lui ressemble sous plus d'un rapport, 
dans la manière dont il pousse (l). Suivant un autre, le mûrier 
aime la terre sèche, épaisse et fraîche, peu exposée à l'action 
des vents, parce que comme il a peu de racines, lorsqu'ils se 
déchahient contre lui {litL le bois de son corps), il arrive que 
souvent il est déraciné. Toute terre lui est bonne à l'exception 
de la terre noire. 11 réussit dans la terre très-humide avec 
beaucoup d'eau. Le fumier abondant lui convient bien encore; 
il supporte bien les irrigations abondantes. Il reprend de dra- 
geons et de branches éclatées, rouges, lisses, (taillées) d'une 
longueur de quatre empans (0'",924). On le propage encore de 
boutures (ou tronçons), depuis la grosseur du bras (2) jusqu'à 
celle d'un bâton, ou depuis celle d'un manche de hache jus- 
qu'à oeUe de la cuisse à peu près. Le mûrier se multiplie aussi 
de graines laissées dans la pulpe. Les boutures et branches se 
plantent en ligne sur les rigoles d'irrigation. 

Le même auteur dit : (Quand on veut propager le mûrier 
avec les grosses branches, on les coupe en morceaux, cha- 

(1) td se trouve on passage rejeté par Banqueri et qai semble s'appliquer à 
la eoDfectJon da pain arec la graine de mûrier. 

(2) Peat-étie laot-il lire du doigt P mais le texte est précis. 



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— Î70 — 

cnnde la longueur de trois empans (0*^ 693); on fend œDes 
qui sont trop épaisses, et la plantation s'en fait dans les car- 
reaux au mois de mai; on les reœuyre de terre d'une épaisseur 
d'un empan (0", 23i); on a soin de donner un arrosement 
suiyi; on procède en cela de la manière prescrite plus haut 
pour l'olivier et autres arbres anak^es. L'époque pour effec- 
tuer ces plantations, c'est depuis le commencement de janvier 
jusqu'au milieu d'avril, suivant d'autres, en février et dans la 
première moitié de mars. 

La graine de mûrier est classée parmi les graines faibles. 
On la sème suivant la méthode tracée précédemment pour les 
(graines) pareilles. Il en est qui disent qu'on prend le fruit (la 
mûre) quand elle est dans un état de maturité complet; on 
la lave dans Feau, on la malaxe en pressant (la pulpe), on 
extrait la graine qu'on fait sécher à l'ombre, et on l'enlève 
pour l'employer au moment de faire le semis (Cf. Géop. X, 
69). 

II se fait en terrines. Le jeune plant, au bout d'un an, est 
transporté en motte, dans les carreaux où on le tient à nour- 
rice; puis, au bout de deux années, on l'enlève des carreaux 
aussi avec sa motte; on replante aussi les rejetons enracinés, 
ou bien après qu'ils ont été marcottés. On a bien soin, en arra- 
chant, d'apporter beaucoup de précaution ((t((. d'aller douce- 
ment), de façon à laisser (au sujet) beaucoup de racines. Cette 
opération se fait en janvier dans des trous proportionnés à la 
grosseur de l'arbre. On laisse entre chaque pied une distance 
de vingt coudées environ (9", 240) et plus, parce que c'est un 
arbre qui s'écarte beaucoup ; on donne des arrosements suivis, 
jusqu'à ce que la reprise soitâssurée, ensuite on n'arrose plus 
qu'une fois tous les huit jours. 

On cueille pour lever à soie la feuille du mûrier la deuxième 
année après la plantation (définitive); on ne doit jamais cueil- 
lir celles des bourgeons, car c'est mauvais de laisser l'arbre 
entièrement dépouillé de ses feuilles. Une chose qui convient au 
mûrier, c'est de le nettoyer chaque année, et de retrancher les 
branches devenues noueuses, et celles qui embarrassent, pour 



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— 271 — 

éclaircirVensemble (1). Quand le mûrier est devenu trop vieux, 
on rogne le sommet, en le coupant à hauteur d'homme; on 
recouvre la plaie de la coupure avec de l'argile blanche et 
douce. Lorsque Tarbre a donné de nouvelles pousses, on fait 
tomber celles qui sont trop faibles, en conservant celles qui sont 
fortes et de belle Tenue. On donne une culture soignée à la- 
quelle on revient souvent. Une des propriétés du mûrier, 
c'est que rarement il tombe de vétusté, mais qu'il est au con- 
traire brisé ou éclaté, et c'est ce qui lui arrive le plus com- 
munément, tandis que c'est le contraire pour l'olivier, qui 
tombe de vieillesse. 



Article XXIV. 

Culture du noyer. 

llya plusieurs espèces de noix : Tune àécoroe lisse et grosse, 
celle à coque tendre, la tarhin, qui est d'un petit volume à 
coque dure (noix anguleuse) (2). Ibn Hedjadj dit dans son livre 
que suivant Junius le noyer aime les lieux vers lesquels se 
portent les eaux, les terrains humides et frais, et nullement 
ceux qui sont chauds. 

Sadihamës dit que le noyer se platt aussi sur les montagnes 
où il y a de l'eau, et qui permettent aux racines de s'étendre. 
Suivant Sodion, le noyer recherche les terrains froids. Suivant 
Démocrite, on plante le noyer dans les terrains qui ne sont ni 
chauds ni froids. On sème la noix au mois de schebath et en 
automne ; on repique le jeune plant quand on le juge conve- 
nable. Suivant Junius, le noyer se propage de branches éclatées 
de l'arbre, auxquelles on donne des soins jusqu'à ce qu'elles 
soient enracinées. 

Marsial dit que la meilleure manière de planter la noix, c'est 
delà placer (horizontalement), de façon que l'une des moitiés 

(1) Vide infr.y p. 505, où se trouvent quelques différences dans la rédaction. 

(2) Noos trouvom exaetement ces trois espèces. Dlct. Dét, t* Noyer, p. 101. 



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— «7î — 

repoie sur Yznbre, fane en haot, fantre en fais, sans (indi- 
naisoD) ni i droite ni à gaocbe {V. mfrà, pag. 274). 

Kastos raconte que le sarant Taromr-Alkikos oaTrit one 
noix avec beaneoop de précaotîon, qu'A enlera Famande 
bien intacte et iMcn saine; il fenTeloppa de laioe cardée pour 
la prot^er contre les atteintes des petits animaux (ou insectes); 
il la planta (en cet état) dans un lien où (elle restaà demeure) 
elle poussa, donna do fruit. D procédaitde lamëme façon pour 
tous les fruits pourvus d'une coque (dure). 

Le jeune noyer se plante avant le printemps et avant que 
ses bourgeons ne s'ouvrent; on le plante encore en automne. 
Démocrite prescrit de planter le noyer au mois de schebatb, 
lorsqu'on sème la noix. 11 y a aussi des noyers parmi les arbres 
des montagnes; ils sont à Fétat sauvage, y croissent spontané- 
ment. Le noyer s'obtient aussi en plaine, et de graine; on trans- 
plante les jeunes sujets. La noix se plante par deux et jusqu'à 
cinq dans un seul trou, dans une terre fraîche, qui doit être 
meuble, nette et exempte de toute espèce de goût désagréable; 
on couvre de terre meuble et on arrose peu, et la végétation 
s'établit. L'époque pour faire ce semis, c'est depuis adar (mars) 
jusqu'au premier de nisan (avril). C'est aussi à cette époque 
que se fait la plantation du noyer. Le noyer est un arbre qui 
s'élève beaucoup et qui exhale une bonne odeur. Si un homme 
se couche sous un noyer, il y jouira d*un sommeil paisible. Le 
noyer n'exige pas de soins bien assidus; tous les engrais lui sont 
nuisibles. Il faut même, quand on le cultive dans les jardins, 
en déchausser le pied, le laisser deux jours à découvert, puis 
remplir la cavité avec de la terre, et rétablir les choses dans le 
même état. L'usage de la noix, comme aliment, enlève la plu- 
part des mauvaises odeurs de la bouche, et, si la tête est fati- 
guée de vapeurs, elles se dissipent promptement. Ce fruit 
jouit encore de la propriété spéciale de neutraUser l'efiTet 
du venin des insectes à aiguillons (litt. doués de la piqûre). La 
noix fraîche est chaude ; elle est de nature douceà cause de lasub- 
stance huileuse qu'elle contient. Si on plonge la noix sèche 
dans l'eau qui commence à tiédir, elle s'adoucit et devient 



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— 273 — 

comme une noix fraîche. Quand on jette des noix dans une 
chaudière avec de la viande, elles lui enlèvent tout mauvais 
iroût. Quand on a jeté dans une préparation culinaire du sel (en 
trop grande quantité) et que le goût en est altéré, on prend une 
certaine quantité d'amandes de noix, on l'écrase, on la mêle 
avec du miel, puis on jette cette préparation dans le vase; elle 
enlèvera l'excès de salaison. 

Suivant un autre, le noyer pousse dans les terrains voisins 
des eaux. C'est dans les terrains froids que sont ceux de la plus 
belle venue. Le noyer aime encore la terre rouge, celle qui est 
rode, pierreuse et celle sableuse, toujours à la proximité des 
eaux. 11 a été dit que le noyer se plantiit dans la terre humide 
cl froide, et que la terre noire ne lui convenait point. Sa crois- 
sance est lente dans la terre sableuse; quand on y a planté la 
noix, on ne transplante point (l'arbre qui en provient). Ce qui 
lui convient le mieux de tout, c'est un terrain froid et sec (à la 
surface). Il réussit bien en semis dans la terre douce, molle et 
ferrugineuse ; si, par hasard, il lui arrive d'être brisé ou coupe 
par le pied, on le traite de la manière indiquée plus haut; 
il peut, dans ce cas, fournir à la propagation par ses rejets qui 
repoussent. 

Suivant (1) pour le semis du noyer, on choisit parmi les 

meilleures espèces les noix les plus grosses, bien saines, à co- 
que tendre, blanches, d'un bon goût, et récentes; on les fait 
tremper dans l'urine d'enfants qui n'aient point encore atteint 
l'âge de puberté, oubien (on les faitstratiiier) dansuneterre hu- 
mide de bonne nature pendant cinq jours, puison fait le semis; 
aprèsune telle préparation, l'arbre donnera toujours des fruits 
à coque tendre; c'est ainsi qu'on opère sur l'amande (Cf. 
Géop. X, 64). On a dit aussi que si on faisait séjourner la noix, 
avant de la planter^ dans de l'eau avec du miel, elle donnerait 
des arbres à fruits doux et de bon goût. Après ces prépara- 
tions, le semis se fait dans des terrines larges, ou bien dans des 

(I) Le Dom de Fauteur manqae. 

i8 



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— Î74 — 

carreaux dans une terre de bonne qualité^ mêlée de fumier 
\ieux. On recouvre le fruit d'une couche de terre meuble de 
quatre doigts d'épaisseur. En faisant la plantation^ on place la 
noix, la pointe tournée vers le nord, l'une des deux moitiés 
occupant le haut, et l'autre le bas; on pose à la pointe une 
pierre large, ou bien un morceau de bois égalemoit large qui 
serve de signal pour le jeune arbre (qui poussera) (4 ). Si on veut 
planter la noix en place pour que le noyer y reste et prenne 
tout son accroissement, sans jamais le replanter ailleurs, alors 
on dépose dans chaque trou deux ou trois noix, afin que, si Tune 
vient à manquer, (on puisse compter sur) Tautre qui restera. 
On place auprès de chaque trou des signaux qui restent jusqu'à 
ce que la germination ait eu lieu, puis on arrose avec de Teau, 
sans cesser de le faire jusqu'à la germination (V. sup., p. 272). 
La meilleure saison pour cette opération, c'est le mois de sep- 
tembre ou le mois d'octobre, si on a laissé passer le premier; c'est 
le moment de la cueillette du fruit. La germination se ma- 
nifeste au mois de mars. On fait aussi quelques plantations ou 
semis au mois de schebath (février) et en autonme. On re- 
plante le jeune noyer quand il est jugé capable d'être replanté, 
et cela au bout de deux ans, ou même plus tard en janvier. 
Cette plantation se fait dans des trous de la profondeur de 
quatre schabres (ou deux coudées 0" 924) et pas moins; l'ar- 
rachement se fait en ménageant toutes les racines, pour ne 
pas les rompre; c'est de cela que dépend la réussite de l'opéra- 
tion. On laisse entre chaque pied une distance de vingt-quatre 

(i) On lit dans Palladlui Jani, XV, 15 : Ponemus autem [nuoes) transtenot 
ut latut, id est ipsa corinat figatur in ferra, eaeumm iptum^ eum ponimut 
nueem, in aquHonis partent dirigemtUf lapis suhter^ vel testa ist ponauia, m 
radicem non simplicet^ sed repercussa respergat. On retroaye dans Taateur la- 
tin les mêmes préceptes que chez les Araljes, en combinant ce qu'on lit ici irec 
ce que dit Marsiai page 271. Seulement ils diffèrent sur la disposition des pierres 
et leur usage. — Dans le même chap., Palladiua elle Martial qui pourrait Ufn 
être le même que celui qui a fourni l'extrait à Tauteur arabe L'orthographe da 
nom diffère, suivant le géuie des deux langues. 



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— Î75 — 

coudées (onze mètres en\iroD). Il en est qui disent de trans- 
planter le jeune sujet avec sa motte; on donne une culture 
très-suivie et de nombreux arrosements jusqu'à ce que la 
reprise soit assurée. Si on déchausse le pied^ et qu'on mêle a 
la terre une certaine quantité de cendre^ qu'on la ramène sur 
les racines^ c'est très-profitable pour l'arbre qui se couvre 
d'une belle végétation. L'auteur ajoute : On répand encore 
avec beaucoup d'avantage de la cendre sur les brauches. lia 
été dit (par quelques agronomes) que si on ouvre une noix 
avec précaution^ de façon à en retirer l'amande bien intacte, 
qu'on enveloppe cette même amande dans un flocon de laine 
ou dans une feuille de vigne^ et qu'ainsi enveloppée on la 
plante en mars dans une terre mêlée de vieux fumier^ on 
obtiendra un arbre qui donnera des fruits à coque tendre. On 
peut en faire autant pour l'amande et le pignon (du pin) 
(Géop , X, 66). Nous avons précédemment donné des explica- 
tions qui ont de l'analogie avec tout cela. On a dit que^ si le 
jeune noyer est déplanté et replanté par trois fois après avoir 
séjourné un an en chaque endroit^ il végète beaucoup mieux 
et donne un produit abondant (1). 

Suivant Hemaîrah^ les arrosements tuent le noyer grand ou 
petit et le font sécher (quand ils sont trop abondants) ; mais, si 
on (se contente de lui donner) pendant l'année quatre arrose- 
ments pleins, il s'en accommode très-bien. Le noyer est un ar- 
bre qui ne peut supporter qu'on le taille ou qu'on l'émonde; 
il ne (aut point que le fer le touche. Tous les arbres plantés 
dans son voisinage lui montrent de l'antipathie, à l'exception 
du flguier, qui se trouve avoir quelques points de convenance 
avec lui. Le noyer ne réussit point à la greffe (sur les autres ar- 
bres), et il ne la reçoit point (2). Cet arbre reste sur pied pen- 

(I) 0aTÔov Si awÇy)(rei y\ xapua {ura^ureuofiLévT) TcoXXbîxiç. Ciliu» porro 
ingescetnux svpè traosplantata. Gëop., X, 64. On lit la môme chose, Oict. 
Déterr., y Soyer, p. 102. 

{Tl Les Céipponlques admettent, au contraire, la greffe du noyer, ainsi que 
lei igrooomes latins et les modernes. V. Génp., X, 75, Col. De re rusî., \, il, 
»; Pal., Àpr, Y, l, et DIct. htet. nat. Déterv., r Hoyer, p. 102. 



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— «7S — 

dant enrinMi deux cents ans. L'anleor dit encore : On éoorce 
les racines dn nojer quand on le juge coorenable; c'est une 
bonne opération pour lui; si même oo n^Kge de le faire^ 
le fruit se gâte et noircit^ et les Ters Patlaquent S'fl est 
planté dans un terrain chaud dont la coodie r^élale soit sans 
mélange^ où ne se troure ni pierres nisabk, si, au contraire^ il 
estdansuneterrearide(l) forméedeFélénient terreux seulement 
sans mélange ni de pierres ni de sable, il n'y a aucun inconvé- 
nient à laisser le noyer pendant longtemps^ sans pratiqua sur 
tes racines la décortication. Voici comment se pratique la dé- 
cortication : on incise vers le pied les racines sur lesquelles on 
veut opérer^ (les enlevant) de façon qu*fl n'en reste rien, car ce 
qu'on laisserait se gâterait, et ferait ensuite gâter l'arbre lui- 
méme.Quand l'excision (de l'écorce) est complète, l'arbre donne 
des pousses magnifiques au bout de six ou huit ans à partir (du 
jour) de la section ; on ob^rve qu'il est sorti de nombreuses ra- 
cines qui remplacent (les premières) et qui sont beaucoup plus 
belles. L'opération faite, on ramène la terre sur l'arbre, on 
donne l'arrosement, surtout si c'est en été ; mais, s'il arrive qu'on 
écorce toutes les racines du noyer, sans en laisser aucune, il faut 
aussi retrancher toutes les branches, sans en laisser une seule; 
autrement le vent renverserait l'arbre immédiatement. Il oc 
faut donc point négliger cette mesure. Voici comme on procède 
pour faire sécher cesécorces; on les ouvre bien, puis on les 
attache à l'ombre des bâtiments, ou dans le voisinage, là où 
elles seront exposées a l'action directe des vents, tout en les 
garantissant du vent du couchant qui les fait noircir quand il 
souffle pendant quelque^ temps sur elles. Le vent d'orient est 
celui qui leur est le plus favorable. Les meilleurs rouleaui 
d'écorce (2) sont ceux levés en automne ou bien au commeoce- 

(1) Nous lisons : SjjLar'l^ traduit dans les dictionnaires par terra ticca, 
hcrhis earensi c'est une de celles qu'affectionne le noyer. 

(2; Le mot arabe %J-Oy^, qu'il faut peut-être lire ^Jf^yL\f se traduit 
gëni^ralement par épines; il est sans doute devenu une expression tcchoiqtie 
appliquée ici ; peut-être faut-il, comme le pense Banqueri, Toir unmot mal écrit. 



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". 277 — 

ment du printemps ; ceux levés en hiver noircissent et se gû« 
ient (1). 

Article XXV. 

Culture du flguier. 

II y a des figuiers de différentes couleurs^ comme il y en a 
de différentes espèces; la culture est la même pour tous. Ibn- 
Hedjadj^ dans sou livre^ rapporte que^ suivant Kastos, le figuier 
se plante en automne aussi bien qu'au printemps. Ce qui con- 

. ^ient le mieux pour la plantation du figuier, ce sont les parties 
légères d'un sol^rt, nullement humide, où Teau n'est point 
apparente, car l'eau abondante est nuisible à l'arbre et au 
fruit; il en est de même pour l'excès d'engrais, qui fait ramollir 
et pourrir son fruit (Géop. X, 45). Ce qui est bon pour le figuier, 
c'est le sable, qui rend son fruit sucré. On prétend que le sable 
convient très-bien m figuier, à cause de la fraîcheur dont il 
jouit entêté; et par siiHe, si une chaleur excessive se fait siibi- 

-'.lement sentir, elle n'atteint point le figuier, à cause de la fraî- 
cheur du sable (en été) qui, partant des racines, s^élève jusqu'au 
sommet de l'arbre, |iarce^ue le sable dans le sein de la terre 
arrive à une grande fraîcheur. Les figuiers qui acquièrent le plus 
d'extension se trouvent dans la terre de bonne qualité. On l'é- 
lève encore dans les terres blanches et les rouges les plus lé- 
gères; l'arbre n'y acquiert pas un grand développement, mais 
son fruit est doux. On propage le figuier de branches éclatées 
qu'on prend sur l'arbre en opépant delà ms^nière prescrite plus 
haut On dépose aussi en terre cette graiuQ fine que contient la 

(I) Le texte de ceUe description de la décorticaiion laisse à désirer, et prë- 
Mnte des difficultés. Eu effet, si on n'enlevait que Técorcc, qu'on utilisait sans 
doute, pourquoi ces observations relatives à la section des racines? Dans cette 
portion de phrase u^ ^^ jJ^ jt3, nous croyons devoir lire i^jb 
roeme, comme donnant un sens plus favorable. On ne voit nulle part menUon 
de cette décortieaUun. Une Maùùn rustique moderne parle seulement d'incision 
folte à l'éeorce du noyer. 



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— 278 — 



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figue; elle lève et donne des arbres quyon replante ensuite et qui 
' \)? réussissent. Suivan t l'Agriculture naDathéenne, le figuier aime 
la terre légère, d'une textu re seryee, s ans être dure. On pro- 
page aussi le figuier de graines; à cet effet on choisit à sa vo- 
lonté parmi les meilleures espèces, d'une maturité parfaite et 
qui ont séché sur l'arbre. Celui-ci doit être jeune, ou tout au 
moins d'un âge moyen. On Tait macérer ces figues dans le lait de 
brebis jeune, ou dans du lait de femme, qui est meilleur encore, 
jusqu'à ce qu'il passe à l'aigre et se gâte. On dépose ensuite 
ces figues dans des trous, au nombre de trois par chaque trou. 
On couvre légèrement de terre, et rien de plus; le semis se 
fait dans la dizaine moyenne (c.-à.-d. du dix au vingt) de février, 
en mars, et jusqu'au dix exclusivement du mois de nisan (I). . 
On donne de l'eau en petite quantité jusqu'à ce que la germi-^ \ 
nation ait eu lieu. Quand le jeune plant aura atteint une cou- ^^^ 
dée de hauteur, on le transportera san^jamai^Je laisserên «- 
place. On le traite pour la culture comme tout ce qu'on plante; 
on donne de l'engrais au figuier sansjamais employer pour 
lui la pulvérisation; mais on déchausse le pied, et la cavité est 
remplie avec de la bouse de vache mêlée de cendres de bois 
de figuier ou de rosier, et on recouvre cet engrais de terre du 
lieu même (Uli, du champ) dans lequel l'arbre est planté. Ainsi ' 
^ ^' dirigé, le figuier poussera bien, et fera un bel arbre. 11 est 
des individus qui effectuent ce semis de graine, sans faire 
tremper le fruit dans le lait, et qui donnent au figuier pour en- 
grais, après la transplantation, un mélange de bouse de vache 
et de feuilles de courges consommées, et l'arbre vient bien. II 
faut avoir soin de donner de l'eau et d'appliquer du fumier au 
pied constamment. La plantation des rejetons et des branches 
(pour la propagation) se fait à ces époques que nous avons in- 
diquées pour le semis. 
Sagrit dit : Si on déchausse le pied du figuier, c'est une des 



[}) Ce passage se trouve tout entier dans le nus B. 1. f. s. 884, ^ 85, r, soai U 
rubrique cTIbn Waschiah. On y Ht que le semis ae fait dans la diiaiM mé- 
dians de fchebalh, jusqtCau dixième jour de nisan. 



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— Î79 — 

choses les plus avantageuses pour Tarbre (i), car en y procé- 
dant on change la ferre qui est au pied, en enlevant celle qui 
provient de la cavité^ qui est remplacée par delà terre nouvelle^ 
en quantité égale^ prise dans le cliamp^ mais autre que celle 
qui était au pied de l'arbre. Le figuier .aime beaucoup Teau 
dans le principe; mais quand il est devenu vieux^ si on lui en 
"donne beaucoup, c'est nuisible. Il a be'éo in d'étî^Bséipondé à 
. l'époque où Ton émonde les autres arbres. , • ' ,/' *" "^^ ^ 
Suivant le mdme auteur^ il ne faut jamais manger ni figue^ 
ni aucun autre fruits quil n'ait atteint sa maturité sur l'arbre, 
particulièrement la flgue. En effet, la perfection de la maturité 
-enlève aux fruits la mcgeure partie de ce qu'ils pourraient avoir 
de nuisible. Il faut enlever la peau, parce que c'est en elle que 
réside la difflculté de la digestion ; la figue est par nature émoi- 
liente et purgative. Celui qui mange des figues doit se garder de 
secroireobligédeboireduvin; car, lorsque ces deux substances 
se trouvent réunies dans le corps de l'homme, elles lui causent 
des maladies. Lorsqu'on jette du bois de figuier sec ou vert 
dans une chaudière dans laquelle cuit de la viande, la cuisson 
est accélérée ; le résultat sera le même si on y jette trois figues 
des plus mûres. Si on fait tremper pendant un jour et une 
nnit dans de l'huile d'olive trois figues qu'on jette ensuite 
dans une chaudière qui contient de la viande (en cuisson), elle 
devra nécessairement cuire très-promptement. Le bois du 
flguier fait cailler le lait récent, c'est-à-dire que, si on expose 
du lait sur le feu et qu'on le remue constamment avec un mor- 
ceau de bois de figuier, il se coagulera. De même, si on prend 
une figue séchée sur l'arbre, qu'on la réduise en poudre aussi 
fine que possible, cette poudre étant projetée sur du lait récent 
placé dans un lieu où pénètre l'air chaud, on le verra se coa- 
guler complètement. Quand on frotte les dents avec la cendre 
de figuier, elle en enlève le jaune et le noir. 11 en sera de 

(I) Le texte a reçn une rectification de Banqueri; maie nons lisons avec le 
iiiai.B.I.,Mî6,R* ^^ ^t. nJù\ ^1 ijas^ ^jVi j'j.c«^*«»* 
indiqué par ce qal suit. 



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— 280 — 

même si elle est mêlée à la perle qui passe au jaune ou au 
noir; elle fait disparaître ces nuanœs^ et lui rend sa blancheur 
(et son brillant quand on les agite ensemble). 

On peut aussi obtenir de la figue un pain dont on fait usage 
en cas de disette, de cette manière : on fait la cueillette des fi- 
gues lorsqu'elles commencent à jaunir; ce sont les plus fer- 
mes ; on les traite d'après le procédé indiqué plus haut pour 
le gland et autres fruits pareils, c'est-à-dire qu'on les fait trem- 
per, puis bouillir dans l'eau douce, puis sécber; on fait mou- 
dre; enfln on complète la panification. La figue qui n'est pas 
mûre contient des principes de douceur, avec une âcreté et 
une acidité qui disparaissent au moyen ^de la recette qui 
vient d'être indiquée. Dieu aidant, "i ' C . ù,^ ' 

Razès dit qu'il ne faut point faire cuire ni rôtir de viande ^V 
sur les charbons de bois de figuier, ni sur^elui de la urier iDs e ^: 
7 ou de ricin et autr^ bois de nature analogue, et que jamais ' ' 
'V il ne fauFchauffer le feur avec ces sortes de bois. ^Suivant un 
/autre, le figuier croit spontanément sur les montagnes et sur 
la pierre. Élevélèri plaine dans un terrain tcaîs, cet arbre de- .* 
vient forl grand, et plus il y aura de fraîcheur, plus aussi 
sa végétation sera luxuriante et plus il se développera; mais 
!j l'air vicié lui est défavorable. 11 ne faut point songer à planter 
le figuier dans un terrain de première qualité; il y v^èle 
mal; l'hiver qui le trouve en cet état le fait périr (i) et il y vit 
peu de temps. Le sol de VAuranUis (région au midi de Da- 
mas) lui convient très-bien; quand on le plante en plaine, il 
faut tenir les pieds espaces. 

Ibn el-Façel et autres disent que le figuier se propage de 
graine, de branches éclatées, de bourgeons, de boutures prises 
sur Tarbre, et de rejetons iK)ussés au pied, et qu'on ar- 
rache tout enracinés, ou bien qu'on a marcottés par cou- 
chage à l'avance pour leur faire prendre racine, d'après les pro- 

(1) LUI. U hfûU, La phrase, comme on le voit, a un sens n^aUf (piaotàla 
végétalion ; nous pensons qu'il faut faire précéder le verbe ^9Cj d'une néga- 
tion. 



1 



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— 281 — 

cédés indiqués plus haut pour less arbres analogues. Le figuier 
se plante en terrain non arrosé (élevé) et en un terrain qui Test. 
Les branches éclatées et les bourgeons se plantent quand la sève 
circule et qu'ils en sont remplis^ ce qui a lieu en janvier^ dans 
des fosses longues; la plantation des boutures se fait plus tôt. Si 
on prend une épine et qu'on l'enfonce à la partie inférieure (1) 
d'une figue quelconque^ elle n'aura pas séjourné un jour et une 
nuit sans que cette figue soit mûre. Ibn Hazam dit que la figue 
est une des substances alimentaires. 

Suivant TAgriculture nabathéenne^ le djoumiz ou syco- 
more (2) est une des espèces du figuier; il y en a deux es- 
pèces dont les fruits sont bien plus chauds et plus acres que 
foule autre espèce de figue. Le mode de plantation^ de semis/' • 
et tous les soins de culture ne diffèrent point de ceux donnés au 
figuier. Le sycomoi-e est un arbre qui s'élève beaucoup plus 
goaucune autre espèce de figuier. Le fruit du sycomore est 
mâiîvais^et funeste pour Testomac^ parce qu'il (se décom- 
pose), et qu'il se Jou nie facilement en bile. Le figuier mâle ou 
caprifiguier se plante et se traite exactement de la même ma- ^ 
nière que le figuier, sinon que, manquant de graine, on ne 
peut le propager de semis. Toutesîes^spèces de figuier peu- 
Teot se grelfer les unes sur les autres; on greffe le figuier 
sur le caprifiguier, et réciproquenient le caprifiguier sur le 
figuier. 

Article XXVL 
Culture du rosier. 

Suivant Abou'l-Khaïr, les couleurs de la rose sont très-va- 
riées; il y a la rouge, la blanche, la jaune, celle couleur de la- 

(1) C'est-à-dire Vœil ou Vomhilie, Les figues de Provence et même de Pa- 
ris mûrissent beaucoup plustât lorsqu'on pique leurs yeux avec une paille trem- 
pée dans nwUe. Dict. h. nat., Déterv., v Figuier. 

(2) Vient sycomorus, LIno. Djoumis et non hamir, Abdal. Relat. Egypte, 
édtt. Saey, p. 84. 



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— 28Î — 

zulite (bleu céleste), une autre qui est bleu céleste à l'extérieur 
et jaune à l'intérieur. Les espèces sont aussi très-nombreuses ; 
il y a le rosier de montagne (i), le rosier rouge, le rosier 
blanc, tous deux à fleurs doubles, et le rosier de Chine. Le 
rosier de montagne comprend aussi deux espèces, celle à fleur 
blanche sans aucun mélange de rouge, et Tespèce rouge connue 
sous le nom de rose des Mages, qui est la rose d'Orient, du pays 
de Gbaur, et do Syrie. La fleur de ce rosier est formée de cinq 
feuilles (pétales). La rose double est la plus estimée de toutes 
les espèces; elle se fend sans s'épanouir complètement; elle est 
blanche, panachée de rouge plus foncé que celui de la rose de 
montagne ; elle se compose de cinquante pétales, ou quarante 
pour le moins. Ces pétales n'ont jamais àsoufl'rir aucune alté- 
ration. C'est l'espèce la plus franche (et la meilleure) pour la 
distillation de l'eau de rose, parce que c'est celle qui jouit de 
la meilleure odeur. Le pédicule {litt. le rameau) de la rose 
double est plus épais que dans toutes les autres espèces, à 
l'exception de la rose de montagne. Lorsque celle-ci est plantée 
dans une terre grasse, le pédicule prend de la grosseur. 11 y a, 
en Orient la rose jaune et la rose bleue, et une autre espèce 
dont les pétales sont rouges à l'extérieur et bleus à l'intérieur; 
une quatrième espèce dont les pétales, rouges à l'extérieur, sont 
d'un jaune blanc à l'intérieur ; cette espèce est cultivée dans 
les environs de Tripoli de Syrie. La rose jaune se trouve dans 
les parages d'Alexandrie ; le mode de culture est peu différent 
pour chacune de ces espèces (2). 

Suivant Ibu el-Façel, il y a quatre espèces de roses : la rose 
blanche camphrée (3) -.elleestgénéralementconnuc sous le nom 

(1) C'est Véglantier, dont nous verrons la eulture art. LIV. 

(2) Nous traiteltns de ces diverses espèces quand nous traiterons de la syno- 
nymie des noms arabes des végétaux cultivés. En attendant, nous dirons que 
nous pensons que ce nom de roie a été» dans TOrlent aussi bien que chei nous, 
donné à des fleurs d'espèces étrangères au genre rosier. La rose réellement 
bleue n'existait pas, comme nous l'apprendra plus loin l'indicaUon des es- 
sais faits et des recettes pour l'obtenir (Ghap. XV.) 

(3) Sans doute le rosier musqué, rosa moichata. 



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— Î83 — 

de nMe double; dans une seule fleur on compte plus de cent 
pétales; la rose jaune, de la nuance du narcisse de cette couleur; 
la rose violette foncée {lilL noire^ yiolette); la rose rouge bien 
connue partout; la blanche nuancée de rouge (sans doute cou- 
leur dechair) dont le parfum est plus agréable et plus pénétrant 
que celui de la rose Jaune, et celle de couleur foncée (noire) 
et qui fournit davantage à la distillation. Toutes les espèces de 
roses sont exigeantes pour la culture et l'irrigation. D'après le 
livre dlbn Hedjadj, le rosier aime les champs en plaine, parce 
qu1I a de l'analogie avec la ronce; il aime aussi le sable, dans 
lequel il acquiert un parfum plus vif et plus pénétrant. On le 
multiplie (de rejetons éclatés) de son pied; on le multiplie 
encore de ses branches, qui reprennent bien. Il est néces- 
saire, quand il a pris beaucoup d'extension dans un lieu, qu'on 
le coupe rez terre (litt. qu'on le fauche); il en est qui y met- 
tent le feu. Un serfouissage léger le fait bien pousser; la plus 
Hrrande partie des roses se montrent au mois de nisan (avril). 

Suivant TAgriculture nabathéenne, le rosier réussit égale- 
ment bien en plaine et en montagne, dans les vallées fraîches 
dont le sol est de bonne qualité et qui n'est pas trop meuble. Il 
Tient bien partout, en terrain arrosé ; il a une belle végétation, 
surtout dans les bonnes terres, les champs humides et les 
terres blanches et froides. 

Ibn el-Façel dit que le rosier se propage de graine, de bran- 
ches éclatées, intactes ou coupées, ou de rognures piîses à 
l'extrémité des branches, de rejetons enracinés; on l'obtient 
encore de rejetons marcottés pour leur faire prendre racine, et 
replantés ensuite. On peut encore marcotter le rosier par cou- 
chage et rallonger (dans une direction quelconque) quand 
l'emplacement est assez spacieux. Le temps de la plantation du 
rosier est assez large. Les rosiers en pleine croissance, enra- 
cinés, se plantent depuis le commencement de l'automne, en oc* 
tobre, novembre, apri^s la chute des pluies^ et après que la terre 
en a été bien mouillée, aussi bien dans les terrains non arrosés 
que dans ceux qui le sont. Ces rosiers donnent dans l'année 
même des fleurs, et ils pullulent beaucoup. Si le jeune plant 



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— 284 — 

porte encore quelques feuilles^ il n'y a aucun inconvénient. La 
limite extrême du temps pour planter^ c'est le commencement 
du printemps^ quand la végétation va paraître; suivant d'autres, 
cette limite extrême serait en janvier. Le moment de planter 
les rognures des branches^ c'est en octobre et en novembre, 
pas plus tard. Il ne faut rien couper rez terre, car la souche en 
souffrirait^ ainsi que ce qu'on plante en janvier ou février.... 
On sème la graine en terrain arrosé, au mois d'août Ibn el- 
Façel et autres disent que le semis se fait au mois d'août, en 
terrines, en se conformant à ce qui a été prescrit pour le semis 
de graines faibles. 

On dit que la graine de rosier se sème de la même manière 
que le froment et l'orge (à la volée;; on la recouvre d'une 
couche d'engrais, en le tamisant sur le semis; on donne 
de Teau immédiatement, puis on continue à en donner 
deux fois la semaine, jusqu'à ce qu'on ait atteint l'automne, 
et alors on cesse tout arrosement. Quand le jeune plant a pris 
assez de force et atteint une certaine hauteur, on le trans- 
plante des pots en pleine terre (i) ; mais, si le semis a été tait 
dans du terreau, on laisse en place, ou bien on effectue la 
transplantation, si cela convient, et la troisième année on a 
des fleurs. On rogne la sommité des rosiers en octobre, et ces 
rognures se plantent couchées dans des fosses disposées (i) 
dans un terrain bien cultivé, en ayant soin d'arroser. Ces ro- 
gnures de branches pousseront et donneront un beau résultat. 
Quand on veut planter les branches en morceaux de la lon- 
gueur de quatre doigts au moins, on met en fosse perpen- 
diculairement , ou bien en sillons proportionnés , puis on 
donne de l'eau (3). Tout ce qu'on plante, rejeton, branche écla- 

(1) Nous traduisons : on les transplante des pots en pleine terre en remplacaDt 
la prép. ^ par ^ comme étant plus logiqae et plus conforme à la pratique* 

(2)Nousavonssubstltué»i2K^t,fo»e,BnmotlE^1, la chaleur, qui ferait une 
contradiction avec Tépoque de cette plantation fixée à Tautomne, odubre et 
mois suivants, et qui se comprendrait peu. 

(3) C. t Varron, De re rusî, l, 36, Pallad. Novemb. ii, Géop. xi, 18. 



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— 285 — 

tée et branche (coupée) doit faire saillie au-dessus du sol^ 
dane hauteur allant depuis un doigt jusqu'à un scbabre 
(dryiSi). Tout ce dont nous avons parlé se plante dans des 
carreaux dans un terrain préparé par la culture^ ou bien en 
bordure sur des sillons relevés^ dans des fosses allongées^ de la 
profondeur d'un scbabre pour les brins qui sont longs^ et 
moindre pour ceux qui sont courts ; ou bien^ si on plante en 
lignes^ ce sera delà même manière. On laissera entre chacune 
de ces lignes une distance de deux brasses dans les bonnes 
terres^ et moins dans celles qui ne le sont pas. Entre chaque 
fosse la distance sera d'une coudée (0'"^462). On peut aussi 
planter les jeunes rosiers par poignées^ chacune formée de 
trois à six brins^ et même davantage^ s'il est possible. Les brins 
qui sont longs se couchent^ et les autres se plantent droits. On 
rcœuTre de terre qu'on presse bien du pied, et on arrose im- 
médiatement après la plantation. Il en est qui prescrivent de 
planter les rosiers dans les carreaux sur trois lignes de large 
et dix de long, et si l'on arrose, aussitôt la plantation faite» la 
végétation s'établira, par la faveur divine ; ensuite les arrose- 
ments n'ont plus lieu qu'une fois par semaine, jusqu'au mois 
d'août. A partir de ce moment, on laisse désirer l'eau pendant 
quatre jours environ, puis on en donne; mais pendant l'hiver 
on suspend tout arrosement de même qu'en automne, parce 
que les pluies fournissent les sucs nourriciers. La végétation 
s'établit (sur les marcottes et boutures) au mois de mai^ et l'on 
fait une légère culture de sarclage vers le 24 juin. 

On procède de la manière suivante pour la plantation du 
rosier en terrain non arrosé. On donne à la terre une culture 
très-soignée; on pratique des fosses, on trace des sillons en 
ligne^dela façon que nous avons indiquée, à i)eu près. La plan- 
tation est plus rapprochée ici; la distance entre chaque ligne 
sera d'une coudée. La pose des plants se fait comme il a été 
dit. On s'y prend de bonne heure pour ces opérations» surtout 
s'il s'agit de plants non enracinés. 11 faut donc planter au com- 
mencement de l'automne, afin que le siyet soit alimenté par 
les eaux pluviales. 



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— 486 — 

On pratique (très-bien) la marcotte par couchage sur le rosier 
à fleurs doubles^ quand remplacement le permet; on procède 
ainsi : on ouvre dans les espaces libres des fosses étroites 
{iulcif lignes) de la profondeur d'un schabre (0*"^23) et de la 
longueur totale du brin. On étend dans ces fosses les brins les 
plusrapprochés^ de façon que, dans cet espace libre^ rextrémitc 
se montre au-dessus du sol. On se conforme du reste à tout ce 
qui a été prescrit précédemment pour les marcottes par cou- 
chage. Si^ quand on plante un rosier^on courbe la branche en 
couronne^ il donnera des fleurs en plus grande abondance. 
Quand on arrache un rosier du lieu où il est planté pour le 
porter ailleurs^ ou bien si on arrache en terrain arrosé, un 
vieux pied de rosier^ qu'ensuite on donne une culture au terrain 
et qu'on arrose^ il poussera des racines qui seront restées du 
pied^ un grand nombre de rejetons qui donneront des roses 
dans la seconde année. Si c'est dans un terrain non arrosé, 
l'arrachage doit se faire de bonne heure ; ensuite on égalise et 
on nivelle le sol, afln que les racines qui ont pu rester dans 
l'intérieur profitent des eaux nourrissantes des pluies d'au- 
tomne et d'hiver, et on verra sortir de terre de nombreux ro- 
sierSj Dieu aidant. On cultive le rosier avec des instruments 
légers, tnais il ne faut point le laisser sans culture. Au bout 
d'un certain temps, on sarcle et on nettoie le terrain de toutes 
les mauvaises herbes. Toutes ces opérations seront traitées. 
Dieu aidant, dans le chapitre sur la culture. 

Quand un rosier est resté longtemps dans la même place et 
qu'il est devenu vieux et faible, et que ses fleurs sont plus 
rares, si, dans ce cas, il existe dans le voisinage un arbre» 
quelle qu'en soit l'espèce, on arrache le rosier, on traite le ter* 
rain comme nous lavons indiqué; s'il n'y a point d'arbre (qui 
gène), on emploie le feu au mois d'octobre, quand règne la 
sécheresse. On donne ensuite un arrosement complet, puis on 
cultive le sol avec un instrument léger; il poussera déjeunes 
rosiers qui, Dieu aidant, fourniront des fleurs nombreuses. Il 
arrive que, pour la décoration et rembellissement, on plante 
en octobre dans les jardins, dans des lieux isolés, des pieds de 



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- «87 — 

rofiiers réunis par groupes de six ou iiuit environ. Quand la re- 
prise est bien assurée et la végétation bien établie^ on les en- 
ferme dans des tubes qu'on fait arriver par le haut (du groupe). 
Ces tubes^ qui ressemblent à des ahnabith {i), sont peints de 
diverses couleurs. Leur longueur totale est de deux coudées 
(O^^QS). Le sommet des rosiers s'élève au-dessus des tubes qu'il 
dépasse. Ils sont perpendiculaires; on les emplit de terre 
meuble et de sable^ on arrose à diverses reprises, et^ quand tous 
les rosiers contenus dans chacun de ces tubes se mettent à 
donner des fleurs^ ils ressemblent à des arbres de diverses 
couleurs. 

Le rosier ne supporte pas l'eau donnée en trop grande abon^ 
danœ. Je l'ai planté, dit V Auteur, sur les canaux principaux 
d'irrigalion, et il a réussi très-bien. J'ai planté aussi des ro- 
gnures sur les rigoles^ et j'ai obtenu un beau résultat. On dit 
que le rosier se greffe très-bien sur le pommier; on le greflRs 
sur l'amandier, et sa fleur acquiert de l'ampleur. On lit dans 
Ibn el-Façel que le rosier se greffe sur la vigne, sur le pom^ 
mler, l'amandier et autres arbres analogues. La greffe {qalam) 
se prend dans l'intérieur (litL sous la surface) du sol, c'est-à- 
dire qu'on choisit les brins les plus délicats, ceux de la plus 
belle venue, on les déchausse, et l'on taille la greffe dans la 
partie la plus consistante ; cette greffe se pratique à sec, mais 
elle est protégée par un vase rempli de terre meuble mêlée 
d'une certaine quantité de sable; on arrose avec soin, et l'on 
obtient un bon résultat; alors le rosier jouit d'une vie com- 
mune avec l'arbre sur lequel il a été greffé, si Dieu le veut 
ainsi. 

Articlb XXVIL 

Culture du jasmlo. 

n y a, suivant Abou'l-Khaïr, cinq espèces de jasmins : une 

(1) On ne trouve ce mot dans aucun dictionnaire. Banqueri le traduit par 
l<Me iiaiiof, ou pumiliones, le prenant pour le pluriel de Ji^, pumilio^hrevii 
«itfMttrd. 



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- Î88 — 

à fleurs blanches; une autre à fleurs jaunes^ sans autre odeur ni 
parfum que celui de la pomme^ sekakibff {1] ; de couleur gris 
foncé (de Kohol] ; de couleur très-rouge : ce sont les espèces 
cultiyées. Les espèces sauTages sont au nombre de deux : l'une 
à fleurs jaunes, l'autre à fleurs blanches; c'est l'espèce dite 
thianf connue en Afrique et en Syrie sous le nom de al-harams 
(la sacrée). Le mode de culture est le même pour toutes ces 
espèces. 

J'ai Yo, dit Abou'l-Rhaîr, un jasmin s'élcTant en arbre qui 
fournissait de l'ombre à celui qui s'arrêtait (sous ses bran- 
ches) sons lui, comme tout arbre à tige étalée. Ibn-Hedjadj, à 
qui Dieu fasse miséricorde, en traitant dans son Uvre de la 
plantation des branches du jasmin, dit qu'on choisit une bran- 
che sur un pied où il s'en trouve qui déjà blanchissent On 
plante ce rameau dans le mois de nisan (avril) ; on lui donne des 
arrosements avec soin, jusqu'à ce que la reprise ait eu lieu. 
En été, il faut donner des arrosements suivis; puis, quand le 
sujet est assez grand, on le replante. Il faut avoir soin de 
couvrir le jasmin pendant l'hiver, sinon la neige le ferait périr 
{litL le brûlerait). Le jasmin est un arbre qui est continuel- 
lement en fleurs; mais en été elles sont plus belles. Un 
autre, d'après les livres d'agronomie, dit que le jasmin aime la 
terre rude. On le propage de graines et de branches éclatées 
encore tendres, de boutures et de rejetons. Les moments con- 
venables pour la plantation sont les mois de février et mars 
jusqu'au commencement d'avril. Dans les régions froides, on 
le plante à l'exposition du levant. Pour la multiplication par 
branches éclatées, on choisit parmi les pousses de la dernière 
année; on enlève ce qu'il y a de plus jeune, et on plante 
en terrines au mois d'avril, plus tôt dans les contrées 
chaudes, dans une terre meuble de nature rude, mêlée d'en- 
grais vieux et de sable. On donne de l'eau à la suite même 
de la plantation; on a soin de continuer à le faire jusqu'à ce 



(I) Banqueri traduit par asurronada ce mot, que nous ne trouvons pas dans 
les lexiques. 



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— Î89 — 

que la reprise ait eu lieu et que la végétation soit éridente. 
Pour les boutures^ on les taille dans les branches plus an- 
ciennes dont la couleur passe à la teinte blanche^ et cela aux 
époques qui viennent d'être indiquées. 11 faut avoir soin que 
la bouture porte deux ou trois nœuds^ car c'est par ces nœuds 
que la reprise s'établit. Si donc il n'y a point de noeuds^ 
la reprise ne peut s'effectuer, comme pour la vigne. On 
pique ces boutures dans des carreaux, ou bien dans des ter- 
rines; on laisse dépasser au-dessus de la surface de la terre 
UD Dceud avec le tiers environ d'un empan (O'^fill) de la bou- 
ture, pendant que tout le reste y est plongé; on laisse entre 
chaque bouture un espace d'environ trois empans (0'",693). 
La plantation terminée, on arrose largement, et l'arrosement 
se répète aussitôt qu'on voit le terrain blanchir à la surface 
et se gercer. On opère de même au bout de vingt-cinq jours; 
on arrache les mauvaises herbes, et, trois mois plus tard, 
ou environ, on donne un binage et en même temps on ap- 
plique un engrais composé de crottins d'animaux, une partie, 
pareille quantité de cendres de bain, et autant d'engrais hu- 
main (1); on donne un binage qui remue à la fois cet engrais 
et la terre végétale; on arrose tous les quatre jours, et la se- 
conde année l'engrais se donne au commencement d'octobre 
et au commencement du mois de Tançara (juin). Si les bou- 
tures du jasmin ont été plantées dans de grandes terrines, 
Topération est excellente. On met trois brins dans chaque ter- 
rine, et l'on arrose trois fois la semaine. Au bout de l'année, 
ces boutures sont reportées avec la motte dans les carreaux, 
où on les tient en nourrice; plus tard, on les arrache encore 
arec leur motte pour les porter dans les endroits où il convient 
de les placer à demeure, la volonté divine aidant. 
Suivant Hadj, de Grenade, on fait aussi des boutures de jas- 

(1) Soivant Banqaeri, tl'exiBterait ici une lacune, parce qu'il n'a pas compris 
Je mi sens des mots f^j^î yJLj\j^ qui se disent habituellement des quadru- 
pèdes ; en réalité le texte est complet. 

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— 290 — 

min jaune de la même manière qu'on Ta indiqué précédem- 
ment (pour le jasmin blauc). On les plante au bord des eaux 
courantes^ parce qu'alors la reprise a lieu beaucoup plus ra- 
pidement^ et on les traite^ du reste^ comme les boutures du 
jasmin blanc; Ton obtient ainsi tout le succès désirable. La 
transplantation se fait avec la motte ou sans la motte; cette 
transplantation du jeune plant de jasmin s'effectue, quand il a 
atteint sa croissance normale, depuis février jusqu'en avril; 
les trous sont proportionnés à la grosseur du sujet; on laisse 
entre chaque pied une distance de cinq empans (i*,55), pour 
qu'ils puissent s'enlacer les uns dans les autres. La graine se 
sème en pots, et Ton opère, pour le traitement, de la manière 
indiquée précédemment pour les espèces qui présentent de 
l'analogie. 

Âbou'l-Khaïr dit que la baie ou graine du jasmin est noire 
et égale en grosseur à celle du genévrier, contenant un pépin 
à l'intérieur. Le jasmin aime les arrosemenis modérés, et 
l'engrais ou fumier usé en petite quantité. On le plante sur les 
rigoles d'irrigation pour obtenir de meilleurs résultats; avant 
de le planter, on prépare (pour le garantir) des brise-vents 
ou claies en bois et en roseau, qui le préservent de la neige et 
du froid qui lui sont nuisibles, et (en outre) on le couvre de 
terre pendant tout l'hiver. Il donne des fleurs pendant la plus 
grande partie de Tannée. Le thian est le jasmin sauvage; on le 
transplante des lieux incultes où il a crû, et on le traite d'ail- 
leurs, pour la culture, de la même manière que le khaizouràn 
{ruscus aculeatxiê, Linn.), dont nous parlerons plus loin. Dieu 
aidant. Le thian ressemble au jasmin; ses branches s'entre- 
lacent, et ses feuilles ressemblent à celles de la rue, mais elles 
ne sont pas pointues à leur extrémité; sa fleur est jaune, de la 
même dimension que celle du jasmin, mais plus délicate : tel 
est le jasmin sauvage. Il en est qui disent que celui qui a la 
fleur blanche s'attache à tout ce qui l'environne. Le thian 
porte aussi le nom de (U-tiarvah-, en Perse^ on le nomme fariq- 
ogar^ed ; suivant l'Agriculture nabathéenne, le jasmin et le 



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— 291 — 

nisrm (i) seraient deux espèces tellement voisines, qu'elles 
seraient en quelque sorte sœurs ; Tune et Tautre comprennent 
deux espèces, l'une à fleurs jaunes, et l'autre à fleurs blan- 
ches. Il y a une de ces deux espèces dont la fleur est plus 
grande que celle de l'autre; on l'appelle djasirin. Chacune de 
œs espèces en a sous elle d'autres (dans lesquelles elle se sub- 
dmse). L'espèce nommée djasirin, à fleurs blanches, porte 
des fleurs (litt une floraison) plus grande que le nisrin et le 
jasmin : elle est épineuse comme la ronce; elle aime la terre 
argileuse (2) dont la partie végétale est plus molle que l'argile 
du sous-sol; elle aime aussi l'eau qui la ravive, mais elle 
doit être douce et de bonne nature, car l'eau gâtée la fait dé- 
périr, la tue. 

ARTiaB XXVïII. 
Culture du khaixouràn, boux frelon, ou fragon. 

Il y en a, dit Abou'l-Khaïr, deux espèces : celle qui est sau- 
vage et propre aux montagnes, et l'autre est le madjloub. Le 
haizourân s'élève en tige lisse garnie de feuilles de la dimen- 
sion de l'ongle et terminées en pointe ; il porte une graine rouge, 
ronde, adhérente à la feuille, comme le kermès; sa fleur aussi 
ne se produit point ailleurs que sur la feuille. Cette espèce ne 
grandit point chez nous comme le madjloub (litt, le transporté). 
(Rusem hypophyllon, Linn.) On le trouve fréquemment sur les 
(vieilles) murailles des tours ou forteresses inhabitées. Il en est 
qui disent qu'il reçoit la greffe du jasmin et qu'elle y réussit 
bien. On ië prend des lieux incultes où il croît spontanément, 
pour le planter dans les jardins. 11 aime les terrains de plaine, 
qui par leur condition se rapprochent de ceux de montagne; 

(I) Od rend habituellement ce mot par rosa canina, Lion. Mais ce n'est pas 
ici te cas; nous Terrons aiUeurs que ce mot nisrin s'applique & des plantes qui 
ne sont nullement congénères. Les mots persans ne se trourent pas. 

(3) Nous lisons îLJa, argileuse, pour iuJa, bonne, déterminés par ce qui 
suit. 



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telle est la terre rude et celle dite de montagne. Ce mode de 
transplantation consiste à Tarracber au mois de février ou mars 
avec sa motte; on le plante vers les bouches des réservoirs ou 
sur les courants d'eau^ parce que cette espèce aime beaucoup 
Teau. On suit, du reste, ce qui a été prescrit plus haut. Le fra- 
gon sauvage croit habituellement dans le voisinage de la mer, 
dans les terrains saumâtres ; il s'étend et s'allonge à la ma- 
nière du jasmin. 

Article XXIX. 
Culture du cédratier. 

Suivant Aboul-Khaïr, le cédratier, le bigaradier (l'oranger 
ordinaire), le bostanboun qu'on nomme aussi le zamboa, le 
limonier (1 ) sont des espèces si voisines, qu'elles semblent n'en 
faire qu'une seule; aussi la culture est analogue pour toutes. 
Le cédratier est connu sous le nom de pomme de l'Yémen. Il 
y a le cédrat doux et le cédrat acide. La différence qui existe 
entre ces deux arbres, c'est que dans le cédratier à fruits 
acides, les feuilles, les bourgeons ou jeunes pousses et son bois 
prennent une teinte noire, qu'il est armé d'épines fortes et 
longues. Dans le cédratier à fruits doux, la feuille, les bour- 
geons et le bois prennent la teinte jaune; il n'a des épines 
qu'en petit nombre et courtes. Il y a plusieurs variétés de cé- 
drat : celui gros et pointu, connu sous le nom de cédrat de 
Cordoue ; celui qui est gros et lisse, nommé C. qù$ty (ou 
de l'arôme du costus); le C. rond, de la grosseur d'une auber- 
gine; il est acide, même dans sa pulpe: on lui donne le nom 
de cédrat de la Chine; le bigaradier rouge, bien connu; il y a 
une autre espèce qui est jaune d'or, de la grosseur du cédrat; 
elle est ronde et pointue, et parsemée de grains (tuberculeux); 

(1) Le texte porte àJj\sL^ . Nous pensons que ce mot est altéré, d'autant plus 
que ce nom spécifique ne se trouve plus cité, pas même dans rart« xxxii qui tiiite 
spécialement de la culture du limonier. Nous lisons donc htilL^, qui paraît 
mieux s'adapter avec ce qui suit. 



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— Î93 — 

le limon (citron)^ qui est rond^ de la grosseur d'une coloquinte 
et plus; il est comme parsemé de pustules varioliques ; sa cou- 
leur est jaune. Il existe encore une autre espèce à écorce lisse, 
de la grosseur d'un œuf de poule et de couleur jaune, ainsi 
(|u'une espèce dite bostanboun (la pomme d'Adam), plus grosse 
que le limon pointu ; elle est striée de lignes de la couleur 
rouge orangé (de la bigarade). La fleur du cédratier s'épanouit 
au printemps, en été, dans l'automne, dans tous les mois (de 
ces saisons). Ainsi, on voit toujours la fleur et le fruit se mon- 
trer ensemble. La fleur de toutes les autres espèces se produit 
aussi au printemps, dans les mois de mars et d'avril (1). 

D'après Ibn-Hedjadj , à qui Dieu fasse miséricorde, Junius 
dit que le cédratier se plante en automne et jusqu'à l'équinoxe 
du printemps. C'est un de ces arbres qui s'accommodent très- 
bien du vent du midi , mais à qui le vent du nord est nui- 
sible. Il faut, dit-il, planter le cédratier dans le voisinage 
de murailles qui le protégeront contre le vent du nord ; et, 
dans l'hiver, il faut couvrir l'arbre et les fleurs. 

Suivant Rastos, on plante le cédratier au commencement de 
Tautomne et au printemps, dans des emplacements chauds 
exposés au vent du midi, et garantis de celui du nord. Il ne 
faut pas lui laisser désirer l'eau. 11 faut le planter dans le voi- 
sinage des murailles, à l'opposé du vent du nord. Tharitius dit 
c|ne le cédratier souffre (2) du froid et du vent du nord ; c'est 
pourquoi bon nombre d'agronomes restreignent l'espace entre 
les arbres de cette espèce, pour qu'ils se conservent mutuelle- 
ment la chaleur et se protègent contre la gelée et les vents 
froids; et, d'un autre côté, quand ces arbres ont été plantés à 



(1) ToQt ce qui précède est, comme on le voit, une nomenclature de toutes 
l« espèces do genre eitrus alors connue?. Du reste, la majeure partie de ce cha- 
pitre, mrtont les premiers paragraphes, traite d*une mani'**re générale de la 
caltore du genre, et souvent on pourrait substituer dans la traduction le mot 
citrw à celui de cédratier. Le passage qui suit, et qui est attribuée Junius, est la 
tradoetion dTune partie du chap. 7, liv. x, des Géoponiqucs. 

(2) Le mot souffre n'est pas dans le texte, qui laisse à désirer, mais le sens 
reiig». 



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— 294 — 

trop grande distance^ le Vent fait tomber les fleurs par l'agi- 
tation qu'il cause parmi les branches qui se froissent les unes 
les autres. 

Démocrite dit que le cédratier se propage de boutures de la 
longueur d'une coudée^ dans le mois d'adar (mars). Suivant 
Stephanos, on plante les boutures bien vertes; elles sont préfé- 
rables à celles qui sont sèches^ dures et grêles. On choisit encore 
une branche facile à arracher à la maîn^ on l'éclate et on la 
plante. Parfois aussi on sème le pépin contenu dans l'intérieur 
du fruits et l'on obtient un bon résultat et des arbres d'une belle 
venue. Le terrain qui convient au cédratier, c'est le terrain de 
plaine, qui a de la ressemblance avec celui des montagnes, une 
certaine dureté et une certaine sécheresse. Cependant, en tout 
état de cause, il ne faut jamais négliger de donner de Teau et 
de la donner largement, parce que le cédratier est un de ces 
arbres qui éprouvent le plus le besoin d'être arrosés. 

Varron le Romain (1 ) dit qu'il ne faut jamais négliger d'arro- 
ser le cédratier en été, en automne, en hiver et au printemps, 
parce que c'est un de ces arbres lymphatiques (liti. aquatiques) 
qui ne peuvent supporter le manque d'eau. L'engrais le plus 
convenable pour le cédratier, c'est le crottin de mouton. Il 
faut, quand le froid est trop rigoureux, pratiquer à l'entour de 
l'arbre une fosse circulaire qu'on remplit de loques d'une 
étoffe chaude, recouvrir de terre végétale et arroser, comme 
nous l'avons dit précédemment. 

Solon prescrit de planter les boutures de cédratier seulement 
au printemps. Cependant il y a beaucoup de gens qui font cette 
plantation en automne; mais le froid et la gelée viennent 
frapper les boutures, qui en sont garanties par la plantation 
printanière. 

On lit dans l'Agriculture nabathéenne qu'Adam, sur qui 
soit le salut, a nommé le cédratier l'arbre de la pureté; il aime 



(1) Varron ne dit rien de tout ce qui est rapporté ici ; II parle du eifnu très- 
brièvement, seulement comme ornement de la maison de campagne ou tiUa 
d'Appius Claudius. Var,, dere nut, ii, 3, 4. 



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— 295 — 

les contrées qui approchent d'une condition tempérée (i). Il 
vient bien, quand on le sème dans le mois d'eileul (septembre] 
ou bien dans celui de scbebath. Quand il a bien pris racine et 
qu'il a commencé à végéter (après la mise en place}^ il est rare 
quil éprouve des avaries. Les soins à donner à la culture du 
cédratier consistent à Témonder^ le tailler et le soulager de 
SGQ bois quand il en est trop chargé^ ou quand les branches 
(s'emportent) s'allongent trop^ ou bien que l'arbre pousse 
trop en feuilles. On ne laisse point le fruit sur l'arbre quand il 
a atteint la plénitude de la maturité^ le complément de la teinte 
jaune et de sa grosseur^ parce que si on le laissait (sans le cueil- 
lir) il nuirait à Tarbre en absorbant son humidité (séveuse). 
Le fruit acquiert parfois un si gros volume que les branches ne 
peuTont le porter; il faut alors préparer des étais en bois sur 
lesquels s'appuieront les branches, comme on fait pour la 
vigne quand elle se charge de grappes en trop grande quan- 
tité. Le contact d'une femme^ à l'époque de la menstruation^ le 
fait gâter (litl. tourner) ou fait tomber les feuilles et une partie 
des fruits, ou bien cause une agitation (fâcheuse). Ainsi une 
femme ne doit approcher d'un oranger que lorsqu'elle est bien 
pure ou débarrassée du flux menstruel ou de toutes autres 
affections. 

Suivant Ibn el-Façel, le cédratier se plait dans les terrains de 
plaine et de bonne qualité, frais et fumés. Les terres salées ne 
lui conviennent aucunement. Il aime encore la terre chaude 
et celle qui est noire. Il se propage très-bien de boutures, de 
plants enracinés, et de semis ou de pépins. On taille la bouture 
ou plangon (tiilea sive clava) de la longueur d'une coudée, et 
d'une grosseur qui remplisse la main (Cf. Pallad., Mart., X, i 2). 
On lesmeten terreen mars ou avril et même jusqu'à la mi-mai, 
dans des carreaux cultivés et amendés par de l'engrais; on 



<1) Le texte amène cette traduction; mais nous pensons qu'il faut entendre : 
les réglons d'Orient, où la température ne ?arie point comme l'indique le mss. 
884, V. s. fr. V*, qui porte que le cilrus aime les contrées de FOrient où il n'y a 
aucune différence entre les qualités du froid et du chaud. 



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— 296 — 

laisse environ trois empans (0"^693) d'intervalle; on donne de 
Teau, et au bout de deux ans^ on replante le jeune sujet avec 
sa motte. Suivant Ibn el-Façel, la transplantation peut se faire 
toute Tannée, parce que le jeuhe arbre est protégé par sa 
chaleur naturelle (1). 11 est permis de fendre le plançon ou son 
écorce pour la plantation. Il en est de même pour Toranger ou 
bigaradier^ le limonier ou citronnier^ et le bosiambo. ibn el- 
Façel dit qu'on sème les pépins du cédratier dans des terrines 
ou des pots^ au mois de février^ en se conformant du reste à 
ce qui a été dit plus haut pour les semis des graines faibles. Le 
jeune arbre est replanté au bout de deux ans au plus en motte, 
depuis septembre jusqu'à la fin de janvier. On le plante à 
proximité des murailles ou autres constructions analogues qui 
le protègent contre le vent du nord^ qui tui est nuisible, tandis 
qu'il faut faire en sorte qu'il reçoive le vent du midi, qui lui est 
avantageux. Les trous seront creusés en proportion de la gros- 
seur du sujet (à planter). On laissera entre les pieds une distance 
de six coudées (S^'^S) ou environ -, si on en laissait moins, la pro- 
duction des fruits serait moindre; on observe les mêmes règles 
pour l'oranger, le limonier et le zamboa. On se conformera, 
pour la plantation, la direction des soins, à ce qui a été dit anté- 
rieurement. Le cédratier ne réussit point de branches éclatées; 
ses boutures et ses plants, enracinés, plantés sur les bords des 
rigoles exposées au soleil et traités comme il a été dit précédem- 
ment, réussiront très-bien. Dieu aidant. Le cédratier demande 
de l'engrais froid, humide, c'est-à-dire l'engrais humain 
pourri; si on ne lui fournit point d'engrais, il s'affaiblit. Si, au 
contraire, on lui en donne, il produit des fruits plus nombreux 
et plus gros, ayant une pulpe (chair) très-douce. Le crottin de 
cheval lui convient encore très-bien. Si (ces deux espèces) d'en- 
grais manquent, on peut prendre un engrais doux et pourri, 
et si on y ajoute un sixième de cendres de bain, ce sera très- 

(1) L0 texte est positif, il porte AJjtp-, 'a chaleur ; mais nous fDclInoos à 

croire qu*il faudrait ^\y ^ ^jj^y ^ protection de sa motte, ce qui est plus 
pratique. 



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— 297 — 

avantageux. L'eograis est appliqué à Tautomne et au prin- 
temps. Il faut bien se garder d'approcher rinstruiueut de 
culture en fer à moins de trois empans (0"'^693) de distance du 
pied; on observQ la même précaution pour le limonier (ci- 
tronnier). Quand Tarbre est trop chargé de fruits^ on en fait 
tomber une partie^ et on conserve Tautre^ qui alors acquiert 
plus de déyeloppement, est bien plus saine et de meilleure 
qualité. Il en çst qui disent que^ quand on plante le cédratier 
atecle grenadier^ il donne des fruits rouges. Quand le fruit a 
été enduit de gypse délayé avec de Teau^ il peut rester tout 
rhiver sur Tarbre sans que la neige lui cause le moindre pré- 
judice. Si on dispose au-dessus un auvent en planches ou en 
roseaux, qu'on couvre de stores, on éloigne aussi les causes 
de destruction. 

On applique utilement au cédratier la marcotte en pot, d'a- 
près la méthode décrite précédemment. Il se trouve aussi 
que le cédratier, Toranger, le limonier et le zamboa produi- 
sent des rejetons, particulièrement quand Tarbre a été coupé 
par le pied; on marcotte ces rejetons par couchage, suivant 
la manière décrite plus haut, et on lui donne des soins jus- 
qu'à ce qu'on ait obtenu un plant enraciné, soit par le cou- 
chage soit par la marcotte en pot, en y introduisant la branche, 
après ravoir rempli de terre végétale; ou bien (et plus simple- 
menl) on amoncelé la terre à Tentour de la branche , afln 
qu'elle y puisse prendre racine; alors on opère la transplanta- 
tion. En la faisant, on tâche d'enlever avec le sujet une portion 
du tronc, s'il est possible (i). 

Article XXX. 

Culture de Toranger ou bigaradier. 

Koutzami dit dans l'Agriculture nabathéenne que l'oranger 

(1) Dans ee paragraphe, Fauteur indique trois sortes de marcottes pour les 
rejetons ^-^^t : le couchage, la marcotte en pot, ou tout simplement en 
formant une butte au pied du brin. 



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— 29« — 

est un végétal indàen. Il est cultivé dans un grand nombre de 
contrées^ celles surtout qui tendent à une température chaude. 
C'est un arbre qui devient grande qui a Técorce lisse et souple^ 
d'un vert très-foncé ; il donne un fruit rond^ et ^ pulpe (liU. son 
intérieur) a l'acidité du cédrat, auquel cet arbre comme toutes 
les autres (espèces du genre citrm) doivent leur origine; aussi 
lui ressemblent-ils beaucoup. Toute espèce de terre lui con- 
vient^ à l'exception de celle gâtée par un mélange de cendre^ 
de gypse et de cérme (\), de fragments de briques et autres 
corps étrangers analogues^ car tout cela lui est contraire^ parce 
que si ses racines les rencontrent^ elles ne peuvent s'allonger. 
Le vent du levant lui convient^ ainsi que celui qui souffle entre 
le midi et le levant (le sud-est^ eurus des Latins). Cet arbre 
donne une fleur blanche quand elle se développe {litt. dans sa 
pousse) et d'une bonne odeur. Il se trouve quelquefois^ mais 
rarement^ que l'orange donne une fleur nuancée de violet (2). 
Celle-ci est d'un parfum plus suave que la fleur toute blanche. 
On retire de ces fleurs une huile (essentielle) qu'on obtient de 
la même manière que celle de la giroflée et de la violette; elle 
est très -odorante^ comme celle du jasmin parmi les arbres. Elle 
fortifie les articulations par la propriété qu'elle a de chasser les 
mauvaises odeurs. Quelquefois on laisse sur l'arbre le fruit 
qui se panache par suite de diverses couleurs. Cette opération 
n'est avantageuse ni pour l'oranger^ ni pour aucune espèce 
d'arbre. Car lorsque l'arbre est allégé de ses fruits en temps 
convenable^ il en acquiert de la vigueur; tandis qu'en les y 
laissant^ ils se gâtent^ et c'est pour l'arbre une charge nui- 
sible. 

D'après un autre auteur^ l'oranger aime la terre noire et fu- 
mée, celle qui est sableuse et rude (3). L'oranger se multiplie 

(1) C'est Tinterprëtation qu'on lit dans tous les lexiques; mais il faut entendre 
par là une terre mêlée d'une substance minérale défavorable à la végétaUoD. 

(2) Nous avons traduit le mot iil3jj par nuance violettey wolaeée et non bleue; 
plus loin nous expliquerons nos raisons. 

(3) Le mss. 882, f. 62 v" dit, d'après Ibn Waschiah, que le sable et le gypse 
ne lui conviennent point. 



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— 299 -^ 

de graines, qu'on sème en grandes terrines neuves , au mois 
de janvier, de la façon indiquée plus haut. On a soin d'arroser, 
sans jamais laisser le terrain sec, jusqu'à ce que la germination 
ait eu lieu. On arrose de même abondamment le jeune plant, 
sans jamais laisser le sol se dessécher, jusqu'à ce qu'il ait 
acquis de la force. On dépose les terrines dans des lieux où 
elles soient garanties de la pluie, la germination s'établit en 
mars, et l'on repique le jeune plant dans des carreaux, où on 
Vélève en pépinière; puis, deux ans plus tard, ou même davan- 
tage, on le lève avec sa motte^ on le plante dans des trous 
de trois empans (0",693) environ. Suivant Ha4j, de Grenade, 
on ne doit transplanter l'oranger que lorsqu'il a atteint hau- 
teur d'homme, et jamais avant. On tient les pieds espacés 
entre eux de six coudées (2",772) environ; du reste, pour la 
plantation, les soins, l'irrigation et autres détails, on se 
conforme à ce qui a été dit plus haut. Hadj de Grenade dit 
encore que Toranger se propage de boutures ou plançons, de 
la manière suivante : on choisit une branche, on y coupe un 
plançon de la longueur de deux empans et demi (0"',577); on 
enfonce en terre une longueur de deux empans (0",462), une 
coudée), et il ne reste dehors qu'un demi-empan (O"»,!!»). 
Cette plantation se fait dans un terrain bien cultivé, amendé 
aïccde l'engrais bien mouillé. On arrose pendant huit jours 
en donnant l'eau un jour, se reposant le lendemain; puis on 
continue Tarrosement en le pratiquant tous les quatre jours 
une fois, pendant quinze jours pleins. Quand la végétation a 
commencé à se montrer, on donne un léger binage, prenant 
bien garde d'approcher de trop près de la bouture ou plançon 
et de remuer la terre qui tient à l'entour. On arrose toutes les 
fois qu'on voit le sol blanchir à la surface. Au bout de quatre 
mois de plantation, on donne un bon binage, on fournit de 
l'engrais humain seul; c'est à l'aide de ce binage qu'on incor- 
pore l'engrais à la terre. On laisse reposer pendant huit jours, 
puis on recommence à arroser. On s'abstient de le faire pen- 
dant l'hiver. Le printemps venu, on donne un bon binage, à 
l'aide duquel on introduit une pouJrette de crottin d'animaux, 



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— 300 — 

chevaux^ mulets et ânes, et l'oa n'oublie point d'arroser toutes 
les fois qu'on voit blanchir à la surface du sol des carreaux; 
avec ces soins^ le fruit sera persistant et de bonne qualité^ Dieu 
aidant de sa volonté. On procède^ pour la transplantation^ de la 
façon indiquée plus haut. L'oranger peut encore se propager 
au moyen de rejetons, comme nous l'avons dit. 11 faut se 
garder de planter dans le voisinage du cédratier et de l'oran- 
ger de la rue (rula graveolens Linn.)> ni le platane, ni la mé- 
lisse, ni l'euphorbe, ni aucune plante exhalant une odeur 
pénétrante; les arbres en souffriraient. 

Article XXXI. 
Plantation de Yittioub^ ou xamboa (pampelmouae, pomme d'Adam). 

Abou'l-Khaïr dit que le zamboa ressemble à l'oranger, 
sinon que son fruit est très-gros, granuleux et de couleur 
jaune; on en mange Textérieur et l'intérieur; il est d'une 
grande acidité, il aime les terrains rudes et fumés; on le pro- 
page de graines, et par marcottes. On le multiplie encore, dit-on, 
l>ar boutures ou plançons; le jeune sujet se replante au bout 
de deux ans. On l'expose dans les sites que vient frapper le 
soleil levant, dans des trous en rapport avec la grosseur du 
sujet. On espace ces arbres entre eux de six coudées (2",772). On 
suivra d'ailleurs pour cette espèce tout ce qui a été dit précé- 
demment. 11 ne peut être greffé sur aucune autre espèce, de 
même qu'il n'admet la greffe d'aucune espèce d'arbre. 

Article XXXIl. 

Culture du limonier ou citronnier. 

Suivant Hadj de Grenade, le citron ou limon ressemble à un 
petit cédrat; il est pointu à l'extrémité, et la feuille (de l'arbre) 
est plus jaune que celle du cédratier et plus contractée. Sui- 
vant l'Agriculture nabathéenne, le hassia est le limonier des 



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— 301 — 

Persans. Cet arbre donne des fruits ronds^ d'une bonne odeur; 
le fruit ressemble au cédrat et à Torange^ seulement il com- 
mence par être vert^ ensuite ii jaunit; il y en a une espèce qui 
est d'un jaune tirant légèrement au rouge. Là où on sème le 
pépin du limonier^ il y reste à demeure et il y donne du fruit; 
cependant on peut aussi le replanter ailleurs. Cet arbre aime 
les terrains mous^ salés le moins possible; la terre rouge 
meuble^ mêlée d'un peu de sable. Quand il a pris racine quel- 
que part, il y reste sans éprouver aucune altération. Parmi les 
choses qui peuvent lui convenir, et qui lui communiquent beau- 
coup de vigueur, c'est de brûler de la graine de coton, du bois 
d'oranger, de cédratier; on recueille la cendre, qu'on mêle et 
qu'on pétrit avec de la lie de vin; puis on fait sécher, on ré- 
duit en poudre; on emploie cette poudre en la projetant sur les 
feuilles du limonier, et rappliquant à son pied; on répète assi- 
dûment cette opération plusieurs fois; par ce moyen seront 
éloignés tous les accidents fâcheux, et l'arbre, prenant de la 
vigueur, sera plus beau, donnera plus de fruits et un produit 
meilleur, enfin il en résultera un très-grand avantage. Ce qui 
convient bien au limonier, c'est le sédiment vaseux mêlé de 
terre noire meuble. On déchausse Tarbre et on remplit la ca- 
vité avec ce détritus qui lui sert d'engrais. Suivant un autre, 
l'usage, comme aliment, par une femme,^e l'orange, du cédrat 
et du limon, éloigne (de son esprit) tout mauvais désir. L'é- 
oorœ et la feuille de la petite espèce sont un bon antidote contre 
le poison (1). 

(1) A cette occasion, U convient de rappeler ce que dit Virgile des propriétés 
antiréoéoeases da ciirus mediea, Géàrg,, II, 126. Avicenne parle aussi de cette 
propriété du cifrttf, et Kazwini l'indique comme étant surtout efficace contre 
la morBore des serpents, et U cite à cette occasion une longue anecdote. V* 



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- 3« — 

AmcLi XXXm. 
Coltoïc da f JbAirafc, 4it ans 



Le jr*AtraA(1),dit Abonl-Kfaaîr^est im grand arbre qui porte 
une fleur petite et blanche; c'est l'arbre qui donne le maehetjf, 
fruit nommé aussi lofah, mandragore (S). U «i est qui Tentent 
que ce soit le zahrour ou azeroUer saurage; suivant d'autres, 
c'est l'arbre nommé par les Berbères kaitdœr; son écorce est 
employée pour la préparation des peaux. On lit dans l'Agri- 
culture nabathéenne : Le ghébira, qui est le $àml^ a de rafflnité 
avec la racine de la mandragore. On le cultive dans les jar- 
dins; il porte un fruit pareil à la jujube ; on le mange quand 
il est mûr. Il contient un noyau qui est très-visqueux et très- 
gommeux. L^arbre dans toutes ses parties a de la viscosité^ 
dans ses branches, ses feuilles, sa souche et son fruit ; celui-ci 
est froid et rafraîchissant (c'est le vrai sebestier). Suivant un 
autre, le sorbier aime la terre ferrugineuse, celle qui est molle 
et douce. Il se propage de rejetons, de boutures, de plantes 
enracinées et des semis de sa graine; le moment pour faire 
ces plantations, c'est le mois de janvier. 

Suivant Hacy, de Grenade, on tire la branche du ghébirah 
jusqu'à ce qu'elle éclate avec une partie de son écorce inté- 
rieure, sans jamais, pour la détacher, recourir à un instru- 
ment en fer, et aussi en évitant bien de la briser; dans cet état 
elle reprend bien. Le semis de la graine se fait en la mêlant 
avec de la terre végétale, de l'engrais vieux, de la cendre et du 
sable. Ce semis se fait en terrine dans cette terre ainsi pré- 

(1) Sous le nom de ghébird \jy£ qui est celui du sorbier, sorbus domesfica, 
(Llnn.) nous trouvons la description d'un fruit qui est, en réalité, celui du fébei- 
lier, cordya mixa (Llnn.) duquel on tire delà glu. Le sebestier, mentionné ici, 
n'est pas celui décrit au chap. XXXIII, art. 20, comme nous le verrons. L'arbre 
Indiqué par TAgr. nabat., dont la racine est employée en teinture, est peot-étre 
une espèce d'arbre toute autre. Nous y reviendrons ailleurs. Vid. inf.,ch. XVI. 

(2) Ce nom est aussi celui de la mandragore, chez les Arabes. 



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— 303 — 

parée^ à Tépoquc où on mange le fruit; le travail se fait du 
reste suivant ce qui a été dit précédemment. Le jeune plant 
«1 transplanté quand il parait susceptible de Têtre. On le dé- 
pose dans des trous de la profondeur de trois empans (0»,693); 
on laisse entre chaque arbre une distance de douze coudées 
(5";545). On plante cet arbre (comme ornement) sur le bord 
des pièces d'eau^ à cause de la beauté de son port et de celle de 
b fleur et de sa largeur (UH. ouverture). L'arbre commence à 
pousser en mars, et la fleur parait en mai. Le ghébirah ne 
se prête point à la greffe, ni pour la recevoir, ni par applica- 
tion sur les autres arbres*. Suivant l'Agriculture nabathéenne, 
le ghébirah est un arbre originaire des déserts et des lieux sau- 
vages; c'est un de ceux qui habitent les régions chaudes, où 
il est cultivé; il a besoin d'être taillé; on peut enlever ses 
branches par éclat, comme celles de tous les autres arbres. Il 
passe pour causer des altérations au cœur (i). 

Article XXXIV. 

Galture du dadi (2). 

SaiYant Abou'l-Rha!r, c'est un arbre qui porte des fleurs 
rouges et grandes, et qui a reçu le nom qu'il porte à cause de 

(1) lien est qui disent qu'après le coucher du soleil, les Djins se réunissent 
à l'entOQf de ces arbres et qu'ils y boivent de l'eau sans Jamais pouvoir se dé- 
saltérer. Quand les femmes respirent Todeur de sa fleur, elles en éprouvent une 
très- vive excitation et les appétits vénériens s'allument en elles aussi vivement 
que chez les passereaux au printemps, ou chez les bêtes fauves en hiver, il en 
est même beaucoup chez qui le désir est porté à un excès tel qu'elles s'offrent 
cUes-méuies toutes nues. — Ce passage, renvoyé en note par Banqueri, n'a 
point été traduit par lui. ^ Le ghébirah est surnommé arbfe des Djins^ dans 
lems8.9lS,A. F.,^90. 

(}) Le dernier paragraphe de cet article donne la description d'un arbre qui 
rappelle le gaînier ou arbre de Judée, Cercis siliquastrum, (Llnn.), dont les 
fleura, à cause de leur saveur piquante et agréable, servent à assaisonner les 
■alades. Dlct. hist. nat., v* GaUier. Avicenne parle du dadi, maiâ de sa graine 
•euk,], 1S8. 



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— 304 — 

sa couleur. Il se plaît dans la terre de moatagne et œlle qm est 
rude. On propage le dadi de boutures, de noyaux^ de rejetons 
et de drageons enracinés. La plantation s'en fait en férrierou 
mars ; on tient les plants espacés de douze coudées environ 
(5",545). On dit que sa fleur infusée dans le vin lui coniinu- 
nique promptement une saveur sucrée. On dit encore que, dans 
rirak, on en use pour provoquer la fermentation du vin de 
dattes, son fruit ne se mange point; cependant Tarbre est cul- 
tivé pour l'ornement, et sa reproduction se fait par les moyens 
indiqués plus haut. 

Ibn-Harar raconte que celui qui boit du vin appelé dadi, à la 
dose de deux mitskals (7 gr. , 65), est saisi de violentes coliques, 
de vertiges et de délire; et que, si on n'applique pas une prompte 
médication, la mort survient la quatrième nuit. 

Il y a, dit l'auteur, chez nous, sur la montagne d'Alcha- 
raf, un arbre dont la feuille est pareille à celle du coîgnassier ; 
son écorce tire sur le noir (elle est brune), n produit une fleur 
rouge qui se montre sur les branches mêmes; ces fleurs sont 
groupées deux par deux au même point; la fleur se montre 
quelques jours avant la feuille. Il porte un fruit mince, de la 
forme de la caroube; ce fruit renferme deux petites graines; 
l'arbre est appelé dadi. On peut manger la fleur et le fruit 
sans qu'il en résulte rien de nuisible ; il a un petit goût acide. 



Articlb XXXV. 

Culture du kâdi (1). 

Cet arbre ressemble au palmier; il aime la terre molle et 
rude. Le mode de culture à suivre est le même que pour le 
dadi, qu'on trouve antérieurement. 



(1) Le mss. 884, f. 8. a. ^ 71, 1% cite, d'après Abou-Hanifah. parmi les arl>res 
qui ressemblent au palmier, le kddi qui fournit une huile arumatique portant 
le nom d'huile d« kddi. 



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— 305 - 

Article XXXVI. 

Culture du coiguassier. 

Cet arbre est, dit-on , appelé amandier de l'Inde. Il y en a 
une espèce dont le fruit est petit et rond^ une autre chez la- 
quelle il est allongé; on l'appelle monkad. Il y en a une espèce 
qui est douce et une autre qui est acide (1). Ibn-Hedjadj^ à 
qui Dieu fasse miséricorde^ dit que le coiguassier se plait dans 
les terrains de plaine qui ont de la fraîcheur et de l'humidité. 
Labathius dit que le coiguassier aime le sable amendé par 
Tengrais , et qu'il reçoit des arrosements suivis. Démocrite 
dit qu'on le multiplie de boutures dans le mois de scbebath 
(téYrier); c'est aussi l'époque pour planter l'arbre enraciné. 
Suivant Annon^on multiplie encore le coiguassier de branches 
éclaiées qu'on couche en long dans la fosse; on le propage 
aussi de drageons (stolones) crûs à l'entour de l'arbre. Le mois 
de scbebath est l'époque où se font toutes ces plantations. Il 
en est qui sèment les pépins que contient le fruit; on en ob« 
tient des arbres qui deviennent beaux. 

Sachez bien que le coiguassier veut être planté à des inter- 
valles rapprochés 9 pour que son fruit ne soit point frappé des 
rayons du soleil qui le brûlent^ lui font une peau rugueuse^ 
lui donnent un goût styptique (2). 

Suivant TAgriculture nabalhéenne^ il y a (deux espèces de 

(1) Ces espèees indiquées au commencement de cet article ont peu de rap' 
port avec notre colgoassier commun. En laissant de côté l'amandier indien, 
peut-être trouverait-on les deux espèces qui suivent dans ïamona glabra co- 
i^ssol d'Asie ^y^ ^^AjSUtf ou dans le pirus hadiensis, nommé aussi 
'fftr^d. V. Forskbal, Flor, arab., GXIV et 212. Nous reviendrons ailleurs sur 
ces synonymies. 

(3) Palladios recommande, au contraire, de les espacer assez pour que, lors^ 
que le vent les agite, les gouttes d'eau qui tombent des feuiUes n'atteignent 
point te fruit. Pallad., Feb. XXV, 22. On trouve aussi dans Palladius {loc. cit.) 
plaslears préceptes qui sont ici. 

20 



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— 306 — 

coignassier) le coignassier cultiyé et le coignassier sauvage. 
Ce dernier s'élève peu, à cause de la maigreur du sol où il croitj 
et aussi se dessècbe-t-il à cause de la privation de rarrosement 
abondant qui lui est nécessaire. Quand on sème les pépins de 
coings véreux ou pourris, ils ne poussent point, ou, s'ils ger- 
ment, ils réussissent mal. Aussi, pour le semer, on prend les 
pépins de fruits bien sains et doux, et on les sème assez rap- 
procbés les uns des autres. lambouschad (1) dit qu'il faut 
faire macérer le pépin de coing dans Teau douce, pour le dé- 
barrasser de sa viscosité; c'est le meilleur procédé et celui qui 
est le plus profitable. On peut obtenir du coignassier un pain 
pour fournir à Talimentation dans les temps de cherté et de di- 
sette; à cet effet, on réunit la totalité des fruits mûrs ou non, 
et on les traite à peu près de la même manière que celle 
indiquée précédemment pour la poire et autres espèces 
analogues, jusqu'à ce que la panification soit complète; sui- 
vant un autre, le coignassier s'accommode de toute espèce de 
terre en plaine exposée au soleil : terre douce, terre molle, 
terre qui a de la fraîcheur, terre fumée, les lieux humides et 
les terres froides; il réussit dans toutes ces qualités, mais il 
repousse les terres âpres et rudes. On peut propager le coi- 
gnassier de branches éclatées, de boutures,. de bourgeons, de 
plants, de drageons et rejetons enracinés ou marcottés, afin 
qu'il leur pousse des racines, d'après les procédés décrits. L'é- 
poque pour faire ces divers genres de plantations, c'est depuis 
décembre jusqu'à la fin de janvier. Le semis des pépins se fait 
en octobre dans des terrines; de quelque manière que les di- 
verses parties du coignassier soient plantées, droites ou cou- 
chées, la réussite est certaine. Le jeune arbre se met dans des 
trous de la profondeur de trois empans (0",693); entre chaque 
arbre, on laisse une distance de six coudées (2",772) environ, 
plus ou moins selon la qualité du terrain. Nous avons dit pré- 
cédemment de quelle façon se fait la transplantation. Le coi- 



(1) Â partir de ce moment nous lirons lambooschad avec TAgr. nabath. ? 
Sauaaade est ce nom altéré. 



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— 307 — 

gnassier exige beaucoup d'eau et beaucoup de culture; et 
quand ces soins lui manquent^ il se perd. Il ne faut jamais le 
toucher aTec un instrument de fer; il ne supporte point l'en- 
grais qui, pour lui, est un poison. Le coignassier se greffe sur 
ses congénères et toute espèce d'arbres à fruits doués comme 
lui d'un suc séveux léger. Il reçoit la greffe de toute espèce 
d'arbres que ce soit. On sème dans la terre, où sont piquées ses 
boutures, quelques-unes de ces plantes potagères (liU. verdures) 
qui exigent beaucoup d'eau, comme les aubergines et autres 
analogues. On opérera, du reste, de la manière prescrite pour 
les boutures du grenadier, Dieu aidant. On raconte d'Ibn- 
Abbaz, qu'étant entré chez le Prophète, sur qui soient la paix et 
le salut, il le trouva qui mangeait un coing. Il lui dit : — Mange 
de ceci , parce qu'il donne de l'énergie au cœur. — On raconte 
encore du Prophète (sur qui soient, etc.) qu'on lui apporta un 
jour de la ville de Thaïef (1) un coing; il dit : — Qu'est-ce ceci? 
— Prophète de Dieu, lui répondit-on, c'est un coing. — Je 
vous recommande le coing, répliqua-t>il, parce qu'il dissipe les 
nuages du cœur. — Quelqu'un ayant demandé ce qui pouvait 
jeter des nuages sombres sur le cœur : — C'est, dit-il, le cha- 
grin qui vient (peser) sur lui. — Djaber-lbn-Abdallah raconte 
qu'il offrit au Prophète un coing venu de Thaïef. Il le mangea 
en disant qu'éclaircissantle cœur il chassait ce qu'il y a de noir 
dans la poitrine. On lit dans un autre hadits ou tradition qu'il 
(le coing) enlève les chagrins du cœur et éclaircit les troubles 
de rime; mangez-en donc. On raconte encore du Prophète 
(surquisoitlesalut,etc.)qu'ildit à Djafar(2):— Mangedu coing, 
parce qu'il fortifie le cœur et donne de l'énergie à l'âme. — 
Abou-Abdallah dit que celui qui mange du coing, Dieu lui 
délie la langue pour la science pendant quarante nuits. 

(1) Thaïef, ville de l'Arabie (Hedjaz), citée par les géographes arabes qui par* 
lent de sa sltaaUon agréable et de ses beaux fruits, surtout de ses raisins qu'on 
exporte au loin. Us mentionnent cette parUcularlté, qu'il y fait fï*oid pendant 
l'hiver, au point que l'eau y gèle. Ahoulféda^ text. p. 94 (Ed. Reinaud, Edrisi, 
rad,Jautfert, 1, 142, Niebuhr, Descr. Arabie, 11, 243). 

(2) Kazwini raconte à peu près la même chose. V"" J.â.jÂw. 



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- 308 — 

Article XXXVII. 

Golture du pommier. 

Suivant Abou'l-Khaïr, il y a plusieurs espèces de pommiers: 
celui (à fruits) doux, celui à fruits acides et désagréables; ceux 
nommés : aliby, schahiby^ le rdkhamyy le schoubraqan; le pom- 
mier à fruits rouges. Le schahaby ne produit point de fleurs et 
son fruit ne contient aucune espèce de graine. D'après Ibn 
Hedjadj, Junius dit que le pommier aime les lieux froids et la 
terre noire. Kastos tient à peu près le même langage, et voici 
ce qu'il dit : les meilleurs emplacements pour la plantation 
du pommier sont les endroits qui, en été, reçoivent les vents 
froids. Ibn-Hedjadj dit que les meilleures places pour la plan- 
tation du pommier sont, d'après l'avis unanime des agro- 
nomes, les plaines moites et les prairies fraîches; il n'a jamais 
vu de divergence dans cette opinion. On propage le ponmiier 
de rejetons (stolones) poussés dans le voisinage de l'arbre, 
qu'on arrache avec leurs racines pour replanter. On le multi- 
plie encore de branches éclatées, en donnant les soins indiqués 
et se conformant à ce qui est prescrit plus haut, dans le 
chapitre qui traite des divers modes de plantation. Celui em- 
ployé plus habituellement pour le pommier, c'est par bouture 
ou par semis des pépins. Suivant Kastos, il y a deux saisons 
dans l'année pour la plantation du pommier : ces deux époques 
sont le printemps et l'automne. On lit dans l'Agriculture na- 
bathéenne que le pommier aime les diverses espèces de ter- 
rains ou de vents qui plaisent au coignassier. On extrait les 
pépins de l'intérieur de la pomme, quand elle atteint le com- 
plément de sa maturité sur l'arbre; on les laisse en lieu sec 
jusqu'à dessiccation complète. On effectue le semis vers le 
milieu de schebath (février); on verse de l'eau sur le semis en 
quantité suffisante jusqu'à ce qu'on ait la certitude que Thu- 
midité est arrivée jusqu'à la graine. On répète cet arrosemenf 
jusqu'à ce que la germination se soit établie; alors on n'arrose 



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— 309 — 

plas qiie comme on le fait pour les autres plantes^ légèrement 
et ensuite modérément. Quand le jeune plant a grandi et qu'il 
a atteint la hauteur d'une demi-coudée et un peu plus^ on 
recommence à donner de Teau et à arroser graduellement jus- 
qu'à croissance complète^ Dieu aidant. Le semis et la planta- 
tion du jeune sujet se font quand la lune est en croissance^ car 
cette circonstance vient en aide à la végétation et au dévelop- 
pement du plant. Une chose qui est encore très-favorable,, c'est 
de donner un engrais composé de bouse de vache à laquelle 
on aura mêlé des feuilles de pommier et^ s'il est possible^ une 
certaine portion des fruits [litt. produits). Il est encore très-bien 
d'ajouter à ces deux choses une certaine quantité de feuilles 
ou fruits des amandiers à fruits doux et à fruits amers (1). On 
laisse pourrir toutes ces substances; on fait ensuite sécher; 
puis on déchausse le pied de l'arbre sur lequel on répand 
cette poudre; on pratique cette opération depuis le moment de 
la plantation jusqu'à la fin de son affaire (c'est-à-dire de sa vie). 
Suivant un autre^ le pommier se plaît dans un terrain doux (de 
saveur), léger, dans la terre franche, dans celle qui est rouge 
et celle qui est chaude. Il n'aime point la terre noire, il n'y 
réussit point, mais il se plaît beaucoup sur les rivages de la mer 
{le$ sahels). Dans les régions froides, il réussit beaucoup mieux 
que dans les régions chaudes. Il rejette les terres salées et sau- 
mâtres. On le multiplie de branches éclatées, de boutures, de 
bourgeons, de sujets replantés et de rejetons avec des racines 
ou marcottés, pour leur en faire pousser; on le multiplie encore 
par le semis des pépins. Ces diverses opérations de plantation se 
font en automne; on peut aussi planter en mars dans les lieux 
froids. Le jeune arbre se replante depuis novembre jusqu'à la 
On de mars. Ibn el-Façel dit que le jeune pommier se replante 
en janvier, en février; on laisse entre chaque pied l'intervalle 
de vingt empans (dix coudées, 4'",620). Il en est qui disent que 

(1) Le texte ne parle point de l'amandier à fruits amers; mais U y a une 
fonzK de duel pour les pronoms afflxea dont on ne se rend pas compte^ et 
qui s'explique très-bien par la correction que nous avons faite à l'aide dif mss. 
m, F. S. A. 



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— 310 — 

la plantation en terrain éleré^ non arrosé^ se iàit en noTem- 
bre^ mais en terrain arrosé^ en féTrier. Les emplacements les 
pins oonrenables pour planter les branches éclatées^ les bou- 
tures, les boui^eons, ce sont les bords des grandes rigoles 
d'irrigation; ils y réussissent très^ien. On greffe sur le pom- 
mier planté dans ces lieux le poirier, à cause de l'abondance 
des sucs nourriciers fournis par Teau courante. J'ai, dit l'Au- 
teur, TU la chose de mes propres yeux. Ibn el-Façel dit que si 
on plante le pommier dans des carreaux, il ne faut point 
négliger de lui donner de l'eau. Le jeune pommier se plante 
en terrains arrosés et en terrains qui ne le sont point, dans des 
trous de la profondeur de trois empans (0-,693) ou environ. 
Le semis des pépins, qui sont une graine faible, se fait en ter- 
rines. On exécute en cela tout ce qui a été prescrit précédem- 
ment; on cultive le sol avec soin, et l'on y peut semer des 
légumes; les soins et le mode d'opérer sont les mêmes pour 
les boutures. Le pommier ne souffre aucune espèce d'engrais 
ni de taille, sinon quand il est petit (1). 

Suivant Hadj, de Grenade, le pommier aime la culture et les 
arrosements tant qu'il est à l'état d'arbre à bois lisse et exempt 
de l'attaque des vers; cependant, il ne faut point que ces soins 
lui soient donnés en excès. Quand il est devenu arbre fait (///(. 
vieux), on cesse sa culture et les arrosements doivent être plus 
rares ; si on en usait autrement, l'arbre se gâterait et il ne vi- 
vrai l pas longtemps. Le pommier schaSby, qui n'a point de pépin, 
se multiplie seulement de parties détachées de l'arbre (boutures, 
branches éclatées, etc.). Il en est qui prétendent que, quand la 
fleur du pommier se montre avant la feuille, c'est l'annonce 
d'une fructification (abondante) pour cette année. Le pommier 
se proie très-bien à la greffe, soit pour être appliqué sur les 
autres, soit pour la recevoir sur lui. Il admet toutes les espèces 
qui lui ressemblent, ou bien avec lesquelles il a de Tana- 



(1) Le mss. 884, dans un passage attribué à Ibn-Bisâl, rapporte une partie 
de ces prescriptions; il est muet quant à l'engrais, mais il ne permet d'émon- 
der ou de tailler le pommier que quand il est Jeune, et jamais avec le fer. 



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— 31i — 

logie trës-rapprochée. D*après Avicenne^ la pomme possède 
au plus haut degré la propriété de réjouir le cœur et de le for- 
tifier, (particulièrement) l'espèce parfumée et l'espèce douce (1). 
Elle est employée comme aliment et comme médicament. 

Article XXXVIII. 

Culture de Yalmis {eeUis atutralùj Linn.). 

C'est le fat fat (2) espèce de naschem; il en est qui le prennent 
pour le naschem femelle, tandis que le mâle serait le naschem 
noir. Son fruit est une baie petite, noire et ronde, qui ren- 
ferme un noyau. On le mange au mois d'octobre; il a une 
certaine sayeur douce ; son bois est très-bon pour faire des 
selles et autres ouvrages. 11 aime les endroits moites, il réussit 
dans tous les terrains, à l'exception des terres noires et chaudes 
qui ne lui oonTiennent en aucune façon. On le multiplie de 
rejetons et de branches éclatées^ au commencement de Tau- 
tomne. On le multiplie encore de noyaux^ qu'on sème de la 
manière prescrite plus haut, pour les arbres avec lesquels il a 
de l'analogie. Un autre (moyen de multiplication), c'est que 
les étoumeaux avalent la baie de l'almis et rejettent le noyau 
au milieu de leurs déjections, et alors il germe au printemps 
et l'on peut, si on le préfère, lever les jeunes plants quand 
ils peuvent l'être. Si on juge convenable de les laisser en place, 
ils Tiennent bien aussi. Si on prend le parti de transplanter, 

(1) On lit dans Avicenne : particulièrement le pa/rfum de St/rie et îê parfum 
doux, Avic, text., I, 264. 

(2) Nous trouvons an commencement de cet article des noms d'arbres qui, 
Kientifiquement parlant^ n*ont aucun rapport ensemble ; l'analogie du bois 
pour la couleur et les qualités, ou peut-être des confusions dans la dénomi- 
nation, les ont ici fait réunir, comme il arrive souvent chez les Arabes. La 
description du fruit et du bois de Valmis s'appliquent très-bien au miconcou- 
Uer. Le chap. de Dloscorides auquel renvoie Banqueri est le Lotus, I, 171, qui, 
suivant Springel, B. R. Herb., serait le eeltii. Le nom espagnol du miconcou- 
lier est almêty qui est bien le nom arabe. La fin du chapitre peut bien s'appli- 
quer à l'orme. 

An Ueu de vJUaxà)!^ on lit : w^s^l, plus loin, article LUI. 



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— 31Î — 

on dépose le sujet dans un trou proportionné à sa grosseur; 
entre chaque arbre on laisse un espace d'environ six coudées 
(â^^TTâ). On le met à l'exposition du nord, en bordure, sur les 
portions de terrains qui sont inutiles. Son bois est estimé; son 

fruit qu'on a dit être la graine du naschem enlève (i); on 

le cultive ainsi qu'il a été dit^ il aime l'eau donnée en abon- 
dance, il veut être nettoyé ou émondé et taillé. C'est l'arbre qui 
convient le mieux pour recevoir les vignes montantes, qui s'at- 
tachent très-bien à lui. 



Article XXXIX. 

Colture de Tazaderacht. 

Suivant l'Agriculture nabathéenne, l'azaderacht aime les 
terres dures, rouges, celles qui sont compactes et noires, les 
terres blanches; en somme, toute terre dure convient à cet 
arbre. On peut semer sa graine, et le jeune plant reste en place 
jusqu'à ce qu'il ait sa croissance normale, avant de le porter 
ailleurs. Ce qui a été arraché et replanté prend de la force sans 
doute, mais ce qui reste où il a été semé devient beaucoup 
plus beau. Parmi les propriétés dont jouit l'azaderacht, c'est 
que ses feuilles et ses fruits présentent un grand avantage 
pour la chevelure, aussi bien chez les hommes que chez les 
femmes; ils font noircir et pousser les cheveux, les empêchant 
de se casser comme cela arrive. Voici comme on prépare ces 
parties de l'arbre pour la teinture des cheveux et pour les noir- 
cir. On pile les feuilles et les jeunes rameaux verts et tendres; 
on en exprime le suc qui, pour avoir une bonne qualité, doit 
être d'une certaine consistance. On le met dans un vase de pierre 
à aiguiser ou de toute autre espèce de pierre compacte qui ne 
l'absorbe point. On verse ensuite sur ce suc autant de rot!s 
d'huile d'olive qu'il y a de rotls de suc. On peut employer in- 
distinctement de l'huile de sésame ou de graine de lin. On fait 

(1) La phrase estificomplète. 



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— 343 — 

ensuite chauffer sur un feu de charbons sans flamme jusqu'à 
ce que Teau s'évapore et qu'il ne reste plus que l'huile qui a 
pris toute la vertu du liquide. Cette huile donne aux cheveux une 
teinte noire, les fortifie et les garantit de tout accident fâcheux. 
Si même avec cette préparation huileuseon frotte constamment 
la (peau de la) figure, elle prend une teinte noire qu'on ne 
peut plus enlever que difficilement. Ainsi il faut, quand on en 
use pour les cheveux, prendre des précautions à cet égard. Sui- 
vant d'autres agronomes, l'azaderacht aime la terre rude, pier- 
reuse, meuble, humide et froide; il veut beaucoup d'eau; c'est 
pourquoi il réussit bien dans les lieux bas et le long des pièces 
d*eau. On le propage de semis {litt. de noyaux), de rejetons en- 
racinés naturellement ou marcottés, jusqu'à ce qu'ils soient 
pourvus de racines. Le noyau se sème au commencement de 
Tautonine. Le jeune sujet se plante quand il est dépouillé de ses 
feuilles, et en février. L'auteur, continuant, prescrit de laisser 
entre chaque pied une distance de six coudées environ pour 
que l'arbre puisse s'étendre Ubrement. Il ne réussit point de 
boutures, ni de branches éclatées. Il faut s'attacher à planter 
l'azaderacht et tous les arbres qui lui ressemblent dans le voi- 
sinage des pièces d'eau et des puits. On les dispose en berceaux 
ou treillages pour en obtenir de l'ombre qui serve à la fois au 
bétail et aux machines, et en même temps qui conserve à 
l'eau sa fraîcheur. On ne mange point les fruits, qui sont mau- 
vais pour la poitrine, et qui, parfois, donnent la mort. 

ÂRTiaB XL. 
Galture de TabricoUer, nommé aussi harqpq ou pomme d'Arménie. 

11 y en a, suivant Abou'l-Khaïr, deux espèces. Tune à petit 
fruit, et l'autre à gros fruit. Le mode de culture est le même 
pour toutes deux. L'abricotier est de la famille des arbres gom- 
meux. D'après Ibn-Hedjadj , à qui Dieu fasse miséricorde, on 
multiplie l'abricotier de noyaux, de rejetons poussés sur le pied 
de l'arbre. Il aime la terre moite (et fraîche). Suivant Mauri» 



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— 314 — 

cius^ ce qui lui couTient le mieux ^ ce sont les terrains sa- 
bleux ; il réussit bien aussi dans les autres^ mais il réussit 
mieux encore dans les précédents. L'abricotier se propage par 
semis ou par plantation (de drageons), mais ce dernier moyen 
est le meilleur (l). On prend le noyau dans le fruit qui, sur 
Tarbre, a atteint sa perfection, bien dilaté dans toutes ses par- 
tieSy d'une maturité bien complète, et d'une nuance nette; on 
fait le semis depuis le commencement de schebath (février) 
jusqu'à la fin d'adar (mars). On dépose dans chaque trou depuis 
quatre noyaux jusqu'à sept. Quand ils commencent à pousser, 
il faut garantir du froid jusqu'à ce qu'il soit passé. On replante 
le jeune abricotier, quand on le croit susceptible de l'être. 
Un mois après la transplantation, on déchausse le pied et on 
applique un de ces engrais décrits comme propres aux arbres. 
Cette application d'engrais se répète constamment toutes les 
semaines; mais le plant enraciné, pris sur une vieille souche 
ou bien provenant d'une branche (éclatée ou marcottée), ne 
doit point recevoir autant d'engrais que le sujet qui provient 
de noyau; il faut, au contraire, lui en donner moins. 

Sagrit dit : Quand on sème ou qu'on plante l'abricotier, la 
lune étant dans sa croissance, cette circonstance est très-avan- 
tageuse pour la crue , très-favorable à la santé de l'arbre et 
assure sa belle venue. On lit encore dans l'Agriculture naba- 
théenne que l'abricot détermine des fièvres pernicieuses si on 
en mange immodérément; mais quand on en mange de temps 
en temps et avec modération {litt. non continuellement), on 
n'en ressent aucun mal. D'après un autre traité, l'abricotier 
aime la terre qui est à la fois rude et meuble; mais, dans celle 
qui est pierreuse et celle qui est sableuse, le fruit reste petit 

(1) Noas différons ici avec Banqaeri qui traduit : le meilleiir abricotier est 
celui qui est planté de semence prise du fruit, etc. Nous avons été confinné 
dans notre interprétation par le texte du mss. 884, ^ 73, v«. Cependant ce 
qu'on lit plus loin, que Yahricotier se propage seulement de noyau, semble 
contradictoire. Ces contradictions sont fréquentes chez les Arabes, comme on 
le verra dans ce chapitre, l^ea Géoponides et les agronomes latins parlent peu 
de TabricoUer. 



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— 318 — 

etrarbre ne prend point de développement. Sur Famandier^ 
le pécher^ la prune de Damas (œil de Damas), plantée en 
terre sableuse^ on applique (avec succès) la greffe de l'abri- 
cotier. Ibn el-Façel dit que l'abricotier pousse bien dans un 
terrain qui tend à la mollesse^ et dans lequel se fait sentir 
promptement refilet de la chaleur. On propage l'abricotier de 
Doyau^ seulement, comme tous les arbres qui donnent de la 
gomme. On ne voit réussir ni les branches éclatées, ni les 
boutures^ ni les plants enracinés. Le noyau se sème en ter- 
riues dans la terre végétale, prise à la surface du sol, mêlée de 
vieux fumier (terreau), en novembre et à l'époque où on mange 
le fruiL Au bout d'un an on repique le jeune plant dans des 
carreaux où il est à nourrice, et deux ans après on le porte en 
place (litt. où il devra donner son fruit). Il faut bien prendre 
garde, en faisant cette opération, de couper aucune racine; il 
faut en agir ainsi pour tous les gommifères. Suivant Ibn el- 
Façel, il est beaucoup meilleur de transplanter le jeune abri- 
cotier avec sa motte. On le dépose dans des trous de quatre 
empans (0'»,924) environ de profondeur, en laissant douze 
coudées (S'",544) et plus encore dans une terre molle. 

Suivant Hadj ^ de Grenade, on peut replanter le jeune abri- 
cotier quand il a atteint la hauteur d'homme; mais il n'est plus 
permis de le faire quand il l'a dépassée. Le mode d'opération 
est le même que ce qui a été prescrit antérieurement. L'abri- 
cotier ne supporte point l'engrais^ qui le fait périr. Il aime 
qu'on lui fournisse de l'eau. 11 en est qui disent que les bou- 
tures d'abricotier peuvent réussir, si on a soin de les arroser. 
On le greffe sur l'amandier et sur le pêcher. 

Artiœ XLL. 

Culture du pécher, Dommé aussi pomme de Perse. 

Suivant Abou'l-Khaïr^ il y a deux espèces de pêches : celle 
qui est lisse sans aucune espèce de duvet, colorée de rouge; 
on la surnomme pêche chauve; elle est d'Egypte; le vulgaire 



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— 316 — 

la surnomme loufâh {mandragore). Une espèce tire légèrement 
à Tacidité. Une autre espèce est couYerte de duvet; on la ^v- 
nomme pêche veltM. 11 y a la pèche qui se détache (du noyau) 
et celle qui ne se fend point. Le mode de culture est pareil 
pour toutes ces espèces. Suivant quelques-uns, Tabricot harqoq 
serait une espèce de pêche. La pêche qui se sépare du noyau 
est meilleure que celle qui ne se fend point. L'espèce à peau 
glabre, très-parfumée, agréable au goût et peu juteuse, connue 
sous le nom d'al-zahryy ou pêche fleurie, est la meilleure de 
toutes (1). 

D'après Ibn-Hedjadj , à qui Dieu fasse miséricorde, Junius 
dit que le pêcher devient un grand arbre quand on le plante 
dans un terrain très-humide; cependant il ne faut point lui 
donner un arrosement continuel. 1! faut savoir que le pé- 
cher s'élève promptement. Nous même l'avons greffe sur 
prunier et sur amandier, et nous avons eu des arbres plus 
beaux. 11 est des personnes qui pensent qu'il convient de 
renouveler souvent la terre qui est au pied de l'arbre. Elles 
pensent aussi que le pêcher, greffé sur le prunier, donne de 
gros fniits (Cf. Géop., X, 13). Ici finit la citation de Junius. 

Suivant Kastos, le lieu le plus propice pour planter toute 
espèce de pêcher que ce soit, c'est la terre humide et forte, ou 
celle dans laquelle l'eau se montre assez pour qu^on puisse 
arroser le pêcher toutes les fois qu'il en a besoin. En effet, 
quand il est planté dans ces deux endroits, le fruit prend de 
l'ampleur. Mauricius dit que le sable convient très-bien au 

(1) On reconnait très-bien dans cette nomenclature : 1* le bragnon» T" la péch& 
ordinaire, Z' la pavie. Ce nom de harqoq, qui est le Bep(xoxxov des Grec», 
praseox des Latins, est, suivant les Géop,, X, 73, Vabricot, nom qui en est éri- 
demment dérivé. Suivant le mss. 815, A. F., ^ 106, le barqoq serait une espèce 
de prune, et la cerise d'Egypte ^ w^A^t L^UaJK Les Géop. nomment les 
pèches Scopaxivi, duradna, Géop.,\, 13. Pline parle de six espèces de pèches 
parmi lesquelies il cite la duracine dont la chair est adhérente au noyau; c'est 
la pavie ou presse, soiv. le P. Hardouin dans ses notes, Plin., XV, il et 34. Pal- 
ladlus, Nov. VII, 64, compte quatre espèces de pèches auxquelles il réunit les 
prœcoqua et armenia. 



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- 317 — 

pécher quand on l'arrose largement. Il n'est pas de terrain où il 
prospère mieux. Fin de la citation. Syrius dit qu'on peut semer 
le noyau de la pêche^ et que le jeune plant peut être replanté 
au bout de deux ans ; le moment pour cette opération^ c'est 
depuis le commencement de kanoun second (janvier) jusqu'au 
milieu de ce mois. L'époque pour semer le noyau, c'est de- 
puis la moitié du mois d'ab (août) jusqu'à la fin de schebath 
(féyrier). Démocrite dit que le noyau d'abricot se sème au mois 
d'ab (août), quand on mange ce fruit. Il faut arroser le pêcher 
parce que, lorsqu'on le fait, le fruit en est plus gros. Le plant 
provenant du semis se replante au second kanoun. Sadihames 
dit que la branche éclatée reprend bien et donne un beau ré- 
sultat. On lit dans l'Agriculture nabathéenne, que le pêcher 
est le frère de l'abricotier par plusieurs points, sinon que 
Tabricofier vit plus longtemps; car au bout de cinq ans envi- 
ron, on voit diminuer le produit du pêcher (i). On le plante 
et on le sème à la même époque que l'abricotier; on l'arrache 
de la même manière que ce dernier. D'après un autre, le 
pêcher aime la terre rude et graveleuse; son fruit y devient très- 
heaa, gros, blanc et agréable. Une vit pas longtemps dans les 
terres molles et trop fumées; mais il végète bien dans une 
terre sableuse, non compacte. Dans une terre fumée (disons- 
nous), le pêcher n'y vit pas longtemps, et les fruits sont petits. 
Den est de même quand il est dans la terre noire. La terre 
naturellement rouge convient encore au pêcher; les terres 
maigres lui sont bonnes aussi, quand on a soin de les cultiver. 
le pécher réussit bien de noyau, mais il ne vient point de 
branche éclatée, ni de bouture, ni de rejetons enracinés parce 

(i; Le nus. 844, f. 74, v«, dit, d'après Ibn-Waschiah, c'est-à-dire d'après 
r.igrie. nabat. : « Le pécher est le frère de Tabricotier» H a de l'analogie pour 
U funne avec lai, en toutes choses, si ce n'est pour la durée; car TabricoUer 
'7t phts longtemps, etc. ; car le plus que porte le pécher, c'est pendant quatre 
ans, ensuite^ ta production cesse. » Nous croyons donc que dans le passage 
âenotretexteextraitdel'Agr. nabat., U faut lire JLyâ. «JaA^, supprimer 
^^ se fortifie, qui n'est pas dans le mss. C'est du reste ce qui se voit dans 
k péc&er en plein vent, franc de pied. 



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— 318 — 

qu'il est de la famille des gommifères. Le noyau se sème 
au mois d'août et de septembre^ quand on mange la pèche. 
Il se plante encore, au mois de janvier et de février, en car- 
reaux et dans les terrines, dans une terre prise à la surface du 
sol, mêlée de fumier vieux et de sable; chacune de ces sub- 
stances entrant pour un tiers dans la composition^ on arrose 
avec de l'eau, ce qui accélère la germination {litt. la sortie de 
terre). Au bout d'un an, on repique le plant des terrines dans 
des carreaux où il reste en pépinière; on met au pied de cha- 
que sujet une poignée du mélange qui vient d'être indiqué, 
et l'on arrose avec de l'eau deux fois par semaine. Au bout de 
deux ans, quand le jeune plant a atteint sa grandeur normale, 
on l'enlève des carreaux pour le planter dans des trous de 
trois empans (0",693) environ; on laisse entre chaque pied une 
distance de dix coudées (4»620), parce que c'est un arbre qui 
prend de l'ampleur, qui ne monte point et qui vit peu de 
temps. Suivant quelques agronomes, il faut planter les pêchers 
à courts intervalles, afin que lorsqu'ils sont très-chargés de 
fruits, ils se prêtent appui l'un l'autre. 

Suivant Hadj, de Grenade, on replante le pêcher venu de 
noyau au bout de deux ans; la réussite est alors certaine ; si on 
le replante après qu'il a fleuri, la reprise est moins assurée ; 
c'est bien meilleur de le transplanter garni de sa motte. Il en 
est qui disent que, si on plante un rosier sous un pêcher, les 
fruits en seront rouges. On greffe le pêcher sur ses congénères, 
et sur le prunier de Damas (œil-de-bœuf), sur le cerisier et 
l'amandier ; le pêcher, de son côté, reçoit 1^ greffe de tous ces 
arbres {Giop., x, 1S et 17). 

J'ai vu, dit l'Auteur, un pêcher planté en bon terrain sur une 
rigole principale d'irrigation ; il avait atteint les proportions 
de l'arbre parfait. Il y donnait beaucoup de fruits qui étaient 
gros ; sa durée fut plus longue que celle de la plupart d'autres 
pêchers plantés loin de lui. Suivant l'Agriculture nabathéenne 
et autres, il ne faut pas boire de Teau froide sur la pêche; c'est 
accroître ses qualités nuisibles. Il ne faut point non plus en 
manger à la suite de mets assaisonnés avec du vin pur ou du 



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— 3i9 — 

vinaigre. L'abstention de toute boisson après avoir mangé des 
fruits juteux est le meilleur remède contre leurs effets nui- 
sibles et îe meilleur moyen de les neutraliser et de les ex- 
pulser de Testomac. Si on coupe une pêcbe avec un instru- 
ment (une lame) de fer, et qu'on les laisse en contact, au bout 
d'une heure l'odeur du fruit sera altérée par cela seul. 

Article XLII. 

Golture du prunier, nommé aussi œU-de-bœuf (1). 

Suivant Abou'l-Khaïr, il y a plusieurs espèces de prunes : la 
noire qui est grosse, et connue sous le nom de thim {fraîche); la 
noire, petite, qui porte le même nom ; la noire passant au vert, 
nommée haziar; la blanche, la jaune, la rouge; parmi les 
noms des prunes, nous trouvons encore les noms de quarmezi 
(cramoisi), sihy (striée). Le mode de culture est le même pour 
toutes ces espèces. 

D'après Ibn-Hedjadj, Junius dit que le prunier aime les lieux 
frais et moites. Suivant Solon, le prunier aime qu'on le plante 
dans les vallées étroites (liU. canaux), fraîches, dans les endroits 
très-humides et dans les plaines en culture. Sadihames, parlant 
de la manière de propager le prunier, dit qu'il se multiplie au 
moyen de rejetons pris sqr le tronc, de branches éclatées et 
de semis de noyau. Démocrite dit qu'on plante le prunier au 
mois de schebath (février). Suivant l'Agriculture nabathéenne, 
le prunier est un arbre froid; il a besoin qu'on lui donne un 
engrais (composé) de bouse de vache, de matière fécale hu- 
maine, de terre en poudre rapportée d'un autre lieu. 11 est 
bon de déchausser le pied et d'y rapporter de la terre végétale 
prise dans un terrain dur. Ce procédé convient quand il y a 

(1) OEU-di'hcBuf est plus généralement appliqué à la prune de Damas, 
^{utcx7)v^ des Grecs, et qui semble être pour eux le nom générique. Cf. 
^^., X, 39. Le mss. 884, f. s. 75 y* réunit le prunier au cerisier pour la 
culture; le mss. 915, A. F. f. 106, lui adjoint le&ar^o^, comme nous r avons 

TU. 



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— 3ÎÛ — 

dans Tarbre un excès d'humidité Tisqueuse ; cette terre lui est 
très-bonne. Suivant un autre^ les espèces de terrains qui con- 
viennent au prunier, c'est la terre moite, la terre douce, sa- 
bleuse et grasse, et la terre molle; dans ces terrains il donne 
de gros fruits. En terre molle, la prune acquiert un goût très- 
agréable. Le prunier se plaît encore dans les terrains rouges, 
dans ceux qui sont rudes; seulement le fruit est de mauvaise 
qualité dans cette dernière terre et dans celle qui est stérile; 
(en somme), il réussit bien dans toute espèce de terre, excepté 
dans la terre noire, brûlante, à cause de sa chaleur excessive. 
11 vient bien dans les terrains bas et très-humides et dans la 
terre blanche, fumée. On dit encore que le prunier vient bien 
dans les terrains pierreux et sableux ; et, si on le plante dans 
d'autres terrains et qu'on y mêle Tun ou l'autre de ces deux 
éléments, l'arbre s'enracinera beaucoup mieux et donnera du 
fruit bien plus promptement. On le multiplie de rameaux 
poussés sur le tronc ou sur les racines, qu'on arrache tout 
enracinés ; et, s'il n'est pas possible de les avoir ainsi, on les 
marcotte afin de leur faire pousser des racines ; alors on peut 
les replanter. On propage encore le prunier du semis des 
noyaux, soit quand on mange le fruit, soit dans le mois de 
janvier, et, suivant d'autres, en février, dans des carreaux 
améliorés de fumier vieux; le semis peut aussi se faire en ter- 
rines. On laisse entre chaque noyau un espace d*un empan 
(0'»,23l); on recouvre d'une couche de terre de l'épaisseur de 
quatre doigts rapprochés, soit de terre meuble, soit de fu- 
mier vieux. On arrose immédiatement à la suite de la planta- 
tion, et l'on continue de le faire soigneusement jusqu'à la 
germination établie. Le noyau commence à pousser depuis la 
mi-mars environ jusqu'à la fin d'avril. Au bout de l'année, on 
porte le jeune plant, des terrines, dans les carreaux où on 
le tient à nourrice; puis, à l'expiration de l'année suivante, 
on plante le jeune arbre là où il doit rester à demeure {IM. 
où il donnera du fruit). Les drageons doivent être arrachés 
tout enracinés et plantés dans des trous de la profondeur de 
trois empans {0",693) dans les mois d'octobre, janvier, février 



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— 32i — 

et mars, en ]e tenant espacé de douze coudées (5^544) environ. 
B sera très-favorable de déposer avec eux (dans le trou), en les 
plantant, de la bouse de vache; la reprise sera bien plus 
prompte. Le travail à faire en cela est en tout point le même 
que celui indiqué antérieurement. On arrose le prunier deux 
fois par semaine, et trois fois dans les grandes chaleurs. Si on 
est attentif à donner de Teau, le fruit sera beau et gros, tandis 
que c'est tout le contraire dans les terrains élevés (siccanei) 
ou ceux qu'on néglige d'arroser. Suivant quelques-uns, la 
propagation du prunier se fait de branches éclatées et de 
boutures qu'on met en terre au mois de décembre, et qui vien- 
nent bien si on les arrose, comme le prouve l'expérience. Le 
paiDier se greffe sur l'abricotier, sur le cerisier et autres 
arbres analogues gommiferes. Les mêmes espèces peuvent 
réciproquement être utilement greffées sur le prunier. 

ÂRTIG).G XLIII. 
Culture du palmier {phœnix daetyliferay Linn.). 

On en compte plusieurs espèces; l'arbre aussi porte plu- 
sieurs noms. Il y a le daUier sauvagey Yahdjouah, le schahrir, 
le kiineh et autres espèces. D'après Ibn-Hedjadj, à qui Dieu 
fasse miséricorde, Junius(l) dit que^ pour planter le palmier, il 
faut creuser des trous de deux coudées (0"',92i) de profondeur^ 
d'une largeur égale. On remplit la cavité de terre végétale et 
d'engrais^ en laissant un vide d'une demi-coudée. On dépose 
ensuite le noyau de la datte dans le milieu^ non perpendiculai- 
rement, mais horizontalement. On rapporte par-dessus de la 
terre meuble mêlée d'engrais et de sel, assez pour remplir la 

(I) Ce passage attribué à Junlus se trouve dans les GéoponideSf X, \, au 
eDmmenoemeiit, sous le nom de Léontinus. Golumelle et les agronomes latins 
ne disent qoe pen de chose du palmier. — Théophraste entre dans beau- 
coup de détails sur la culture de cet arbre, Hist. Plant., 11, 8; plusieurs de ses 
préceptes se trouvent ici. Pline donne beaucoup de détails sur le palmier et sa 
cnltare, XIII, 6 el tuiv.; il en cite ainsi que Ttiéophrasle plusieurs espèces. 

21 



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— 32« — 

caTîté. On la recouvre avec du sarment, et Ton arrose tous les 
jours jusqu'à ce que la germination soit établie; on porte alors 
(ce noyau et sa jeune pousse) dans un autre endroit. 11 en 
est qui le mettent à sa place immédiatement en terrain salé^ 
comme nous Tavons dit précédemment. Si on veut faire le 
semis ailleurs que dans un terrain non salé, il faut y ajou- 
ter une certaine quantité de sel pur, ainsi que nous TaTons 
également dit. Tous les ans on pratique à l'entour un serfouis- 
sage, et on jette du sel; par ce traitement, le palmier donnera 
plus promptement des fruits, et produira des dattes (en abon- 
dance). 

Suivant Démocrite, on creuse un trou de la profondeur d'une 
coudée (0"»,462); on le remplit de terre et d'engrais; on prend 
ensuite un noyau qu'on fend par la moitié, puis on le dépose 
dans le trou, de façon que la terre soit adhérente à la partie 
qui a été fendue. Ainsi posé, on répand par-dessus de la terre 
et de Tengrais, après y avoir mêlé une certaine quantité de sel; 
on arrose constamment jusqu'à Ce queja germination ait lieu. 
11 est des personnes qui, aussitôt que la pousse s'est produite, 
effectuent la transplantation. D'autres le laissent en place, 
ayant soin chaque année de serfouir à l'entour, en répandant 
une certaine quantité de sel, parce que le palmier en contact 
avec le sel prend de la force (Cf. Géop., Il, 10). Ibn-Hedjadj 
dit avoir vu planter un noyau de datte sans qu'on eût mêlé 
du sel à la terre ni fendu ce noyau, il leva et donna un bel 
arbre; néanmoins, on est généralement d'accord que le sel et 
la terre saumâtre sont ce qui lui convient le mieux (i). 

Sagrit dit que celui-là doit se garder de planter le palmier, 

(1) Banqueri a renvoyé en note sang le traduire un passage extrait de TAgr. 
nabat., fautif dans quelques-unes de ses parties, mais qui est explicatif des 
condiUons d'état exigées par Sagrit, pour rbomme qui plante le palmier; il doit 
avoir un tempérament lymphatique, lunaire^ et le corps dans un état normal. 
11 ne doit point replanter le jeune palmier le second jour du mois lunaire. 11 
doit en faisant cette plantation être gai et souriant, sans contraire, avec uue 
figure bien épanouie et très -enjouée; c'est une expérience que dous avons faite 
et nous avons reconnu l'exactitude du précepte, ajoute Tanteur. 



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— 323 — 

qui a une mauvaise haleine^ et qui est d'un caractère triste. 
Toutes les fois donc qu'un homme effectue cette plantation^ il 
doit être gai et joyeux; si la lune est pour lui dans une con- 
dition favorable^ elle lui communique de sa force. Quand on 
sème une certaine quantité de noyaux d'une seule espèce, 
pris sur un seul palmier, on en voit sortir diverses variétés, et 
même de mauvaises (i). Si on plante des noyaux de ces va- 
riétés, on verra sortir (de ce second semis) l'espèce primitive. 
Si on {dante un drageon de palmier XLi, on obtiendra des 
dattes pareilles à celles du palmier originaire, ainsi que le vé- 
fime eile chou du palmier jL^. Ce jeune régime peut fournir 
du pain quand il est vert (2); (s'il ne l'est plus], on ouvre la 
membrane ou spathe, on prend le régime qui y est contenu ; 
mais si la spathe est fraîche, blanche et tendre, on coupe tout 
ensemble (spathe et régime) en petits morceaux qu'on fait sé- 
cher complètement au soleil; on les soumet à la trituration, 
OD passe à la meule, puis on pétrit la farine avec du ferment 
de froment ou d'oi^e; ensuite on laisse reposer cette pâte pen- 
dant longtemps. Il faut pour pétrir employer de l'eau chaude 
et beaucoup de sel; on complète ensuite la panification (par la 
cuisson), on peut alors user de ce pain. Quand on passe deux fois 
à l'eau chaude et au sel, c'est très-bon; ce sera mieux encore 
si oo le répète une troisième fois. Chaque fois qu'on passe à 
Teau, on en prend de la nouvelle; on opère de la même ma- 
nière sur toutes les dattes qui sont pareilles à celles-ci, avant 
d'en faire du pain. On les passe deux fois à l'eau douce et au 
sel, ou bien à l'eau seule; elle doit (toujours) être ainsi passée 
si elle est d'une saveur acre et très-acerbe; mais si la saveur 
est mêlée d'amertume ou autre, on emploie le sel et l'eau 
mêlés ensemble. 

(1) Le mot .tLdr' qui se trouve ici nous semble difflcUe à comprendre, ii 
signifie proprement mauraùe odeur. Nous l'appliquons à la qualité. 

0) Il s'agit ici de la spathe non encore sèche et ^u Jeune régime qui s'y 
troare contenu, dont le noyau est encore sans consistance. I^ chou du palmier 
ot mentionné par Tbéophraste, H. P., H, 8, sous le nom de f^xi^aXoç , cere- 
beUum, pU? est le Jeune régime et la spathe ou membrane qui l'enveloppe. 



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— 324 — 

D'après un autre^ le palmier pousse dans les sables et dans 
les plaines. 11 aime la terre saumâtre ; on le multiplie de 
noyaux, ou de drageons poussés à Tentour du tronc quand on a 
coupé Tarbre; mais il ne réussit point de branches éclatées, 
ni de boutures. Le noyau se plante à plusieurs reprises (1) en 
le prenant dans les dattes de la meilleure qualité. On prépare 
un trou d'une coudée de profondeur, on le remplit jusqu'à la 
moitié de terre mêlée de sel et d'engrais humain. Suivant 
Kastos on y mêle des crottins d'animaux. Suivant Ibn el-Paçel, 
on y mêle environ quatre roUs (livres) de sel pour deux 
paniers ou cabas d'engrais (le cabas est égal au neuvième de 
la moitié du qafiz de Gordoue). On dépose à la partie supérieure 
du trou ainsi rempli, dans le milieu de la terre, le noyau 
couché et non perpendiculaire, de façon que le point qu^on 
aperçoit sur le dos occupe la partie supérieure, et le sillon^^' 
le bas. On le recouvre de ce mélange (de terre et d'engrais) 
d'une épaisseur de deux doigts réunis, et cela en mars ou avril; 
suivant Ibn el-Façel, au mois de janvier. On donne de Teaw 
deux fois par semaine, jusqu'à ce que la germination soit 
effectuée ; si le noyau était posé sur le dos, il ne pousserait 
point. 

Macarius dit de prendre un noyau, de le fendre par le milieu 
et de le déposer dans le trou, de façon que la partie fendue 
adhère au sol ; la partie pointue extrême doit être tournée 
vers le levant. Suivant d'autres encore, on prend la datte non 
complètement mûre, on enlève ce qui couvre le dos à l'opposé 
du sillon, et la plantation se fait ensuite. On dit encore que, si 
avant de faire le semis on laisse macérer le noyau pendant 
cinq jours, et qu'on le pose en terre, le dos faisant face au ciel 
et le sillon à la terre, ce mode de plantation donnera un arbre 
grand et fort et qui sera très-productif. Suivant d'autres, 

(1) Lut. plusieurs fois. Le texte est tel, dans le mss. de la B. 1. et dans fim- 
primé; mais Je crois que ce qu'on lit dans la note de Banqueri est une expli- 
cation utile pour compléter la pensée : « On en extrait le noyau qu*on dépose 
M immédiatement dans une terre sableuse ou saumfttre pour le Taire siratifier 
* avant le semis. » 



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\^' 



— 325 — 

quand le point qui est au milieu de la datte jiT^^\ occupe la 
partie inférieure» il en nait un palmier mâle. 

Suivant Hadj de Grenade^ le rejeton du palmier se plante 
dans un trou de la profondeur de deux empans (0"^40)^ pas 
moins; on rapporte dessus le mélange de terre meuble, d'en- 
grais et de sel indiqué, on donne un arrosement immédiat, 
puis Tarrosement se continue tous les quatre jours jusqu'à la 
fia du mois. Aux deux quinzaines de ces jours (du mois), on 
fait dissoudre du sel dans de Teau, qu*on répand sur le pied, 
puis (ce mois expiré) ou reprend les arrosements tous les huit 
jours jusqu'à la fin du printemps; à Faide de ce procédé, la re- 
prise s'effectuera et Tarbre donnera promplementdu fruit. Hadj 
de Grenade dit : J'ai tu de mes propres yeux réaliser cette opé- 
ration sur un jeune plant. 11 en est qui disent qu'on traite de 
même les drageons pris au pied de diverses espèces. 

Un autre dit que le palmier s'accommode très-bien du sel 
quand on lui en applique une fois chaque année; si on lui 
donne de la lie de vin vieux, c'est encore meilleur et plus 
avantageux pour la qualité de la datte. (Géop., X, 4.) Il en est 
qui disent que le palmier a de l'affinité pour les substances 
acides; on a dit encore qu'il ne fallait jamais négliger de don- 
ner deux fois par an, ou à peu près, du sel au palmier, jusqu'à 
ce qu'il donne du fruit. D'autre part, tel veut continuer plus 
longtemps l'application du sel au pied du palmier; tel autre 
l'arrête; seulement si cet arbre est planté en terrain salé, il n'a 
pas besoin (du secours) du sel. Il a été dit que si on appliquait 
à la base du palmier, du sel commun (i) et qu'on eût soin de 
Tarroser plusieurs fois, il donnait des fruits plus doux et d'une 
maturité parfaite. On retranche les branches sèches du pal- 
mier à réquinoxe du printemps, à la mi-mars ou à peu près; 
suivant certains auteurs, l'opération doit se faire en mars, ni 
plus tôt, ni plus tard. 

(1) Ce mot ^^^'t huniain, donné comnic spécifique au sel dans cet endroit 
seulement, est très difficile à expliquer; — Banqacri a cru voir le sel commvny 
nous avons adopté son opinion. 



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— 326 — 

Abou^-Rhair dit: Voici la manière de rendre douces les 
dattes acides^ comme la datte d^pagne (par exemple). On 
prend ces dattes espagnoles quand elles sont arriyées à leur 
point ; on les fait bouillir dans Teau douce^ jusqu'à ce que 
toute Tacidité ait été enlevée ; on retire Teau et on laisse le 
fruit sécher jusqu'à ce que Thumidité ait disparu; alors la 
datte améliorée est agréable à manger. On opère la fécondation 
du palmier (femelle) au moyen du mâle à l'époque de la flo- 
raison^ et l'on obtient des fruits mûrs et succulents. L'Auteur 
dit : J'ai opéré la fécondation d'un palmier sauvage sur le mont 
Ascharff au moment de l'épanouissement des fleurs^ au moyen 
d'une petite portion de fleurs mâles. J'ai projeté sur ce pal- 
mier la poussière obtenue de ces fleurs, et une partie des 
fruits s'est produite douce et de bonne qualité. Je n'ai pratiqué 
l'opération qu'une seule fois cette année^ mais il faut néces- 
sairement la répéter plusieurs fois successives, comme pour la 
fécondation du figuier. 

On raconte du prophète, sur qui soit la paix et le salut, rom- 
pant (un jour) le jeûne en mangeant une datte, Abou-Abdallah 
lui dit : Quel bien (litt. quel remède) l'âme peut-elle tirer de 
cette datte fraîche pour que Dieu en ait donné à manger à 
Marie, sur elle le salut? Celui, répondit le prophète, qui mange 
sept dattes (de l'espèce dite ahdjwah, dattes de Médine), a?ant 
de s'endormir, tue le ver qui est dans son corps. On dit que le 
premier qui cultiva le palmier fut Seth, fils d'Adam, sur qui 
soit le salut (1). 

(1) Les Arabes ont des traditions légendaires très-nombreuses sur le palmier» 
qa*ils considèrent comme ayant été formé de la terre restée sous la main de 
Dieu après la création de l'homme dont ils disent qu'il est le frère. Ils foot aussi 
de curieux rapprochements entre les fonctions organiques de l'homme et celles 
qu'ils prêtent au palmier. Vid. ross. 884, s. ^ 65 r*. Les Géoponiques prêtent 
aussi des sentiments d*amour passionnés au palmier, X, 4. 



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— 327 — 

Article XLIV. 

Cnllure du noisetier, c^ïtota, nommé aussi le nardjil et même fauqah 

Suivant Abou'l-Khaïr, il y a quatre espèces de noisetiers : 
ram/tsst (lisse), le tardjin, le bahrar et le maçadi; le mode de 
cullure est le même pour toutes ces variétés. D'après ïbn- 
Hedjadj^ Junius dit que la noisette se plante dans le même 
temps que le koudam (1). Le mode de traitement est le même, 
n aime les lieux dont le sol est bianc^ et qui sont très-hu- 
milles. Il y a des noisettes (ou avelines) qui sont rondes et d'au- 
tres qui sont longues. Lorsque la noisette ronde est plantée en 
même temps que celle qui est longue^ elle pousse plus rapide- 
ment. 

On lit dans TAgricuIture nabathéenne que le noisetier croît 
spontanément dans les montagnes, et plus souvent encore dans 
les plaines dont le sol est dur. C'est un arbre forestier (liU. 
sauvage). On arrache sur les montagnes les pieds qu'on 
transporte tout enracinés dans les jardins; ils y reçoivent 
les soins de la culture et ils réussissent bien. On les met dans 
un terrain qui ait de l'analogie avec la terre des landes in- 
cultes, pour la dureté et pour le mauvais goût. Le noisetier ne 
demande point d'engrais; rien ne lui est plus favorable que de 
rémonder dans le temps où on taille la vigne, particulière- 
ment; (avec ces seuls soins) le noisetier grandit, végète, pousse 
et prend de la force. On dit que les serpents ni les vipères ne 
peuvent séjourner sous cet arbre, non plus que les scorpions 
et autres animaux venimeux. Le scorpion s'enfuit à l'approche 

(I) La citaUon attribuée ici à Junius se trouve dans les Géop., X, 68. La 
noisette y est indiquée sous le nom de nux pontica, Kapuov Tcovrtxov xaXu{x£- 
vov IsTroxapTiov. n y est dit qu'on la plante à la même époque que Pamande 
ef ia noix. Ces deux mots sont remplacés par le nom informe f^^^ qni 

peut être une altération de jjUtjJjor'l. Columelle ne cite Yavellana qu'en 
PMsant, V, 10, 14. Vid. Plin., xv, 34. 



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— 330 — 

Kastos et Junius disent qu'il est des personnes qui choisissent 
{litt. prennent) au commencement du printemps les brins de 
sarment qu'elles veulent planter; elles commencent au sept de 
schebalh (février) ; d'autres commencent leur plantation lors- 
que la végétation commence à se montrer (Cf. Géop.^ loc. ciL). 
Marsial dit qu'il faut planter les brins (chapons) (1), les bou- 
tures et les branches éclatées (drageons) quand elles se mettent 
à pousser. Ibn-Hedjadj^ à qui Dieu fasse miséricorde^ dit : Les 
préceptes de Junius et de Marsial sur cette matière m'ont causé 
beaucoup d'étonnement, mais je leur donne la préférence sur 
ce que dit Kastos qui^ pourtant^ peut avoir du bon. La cause de 
cette préférence^ c'est que l'époque de cette plantation des brins, 
branches éclatées et boutures, doit être faite quand ils sont 
pleins de sève et d'humidité aqueuse, parce que dans cet état, 
ces fluides se portent vers la partie inférieure, se mettent en 
contact avec la terre végétale, et que par suite se produisent les 
racines. Par cette raison donc je donne la préférence à cette 
dernière opinion (celle de Marsial) pour ce qui doit être planté 
sans racines, par ce motif qu'il faut que le brin produise ses 
racines et sa souche à l'aide de la matière séveuse qui en est 
la base. D'autre pari il n'y a aucun inconvénient dans l'em- 
ploi de ce mode de plantation (litl. en cela), pour les plants 
enracinés. Les anciens avaient approuvé ce principe. Mainte- 
nant que j'ai déterminé dans ce qui précède l'époque de 
la plantation, je m'abstiendrai d'y revenir. En ce qui touche 
la plantation de la vigne en automne, comme alors elle n'a 
que très-peu de sève, il faut s'occuper de la faire plutôt au 
printemps qu'en automne, quoiqu'il ne soit point impossible 
d'y songer en automne (utilement), comme le prouvent les 
expériences de Kastos et autres. 

Suivant Junius, il y a des agronomes qui défendent de planter 
les brins ou chapons de vigne quand les yeux ont commencé à 
pousser, d'autres qui ne défendent point de planter ce qui est 

(1) Ce mot technique se dit des brins de ssnnent plantés sans racines. Dans 
Columeile on trouve généralement le nom de malleoîi^ crossettes^ ou mIa. 



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— 331 — 

en pleine végétation. (Les premiers se fondent) sur ce quil est 
manifeste que toute plantation faite ainsi n'est pas convenable. 
11 faut^ quand on couvre de terre le brin de sarment, qu'il soit 
appliqué sur le côté de la fosse (Cf. Col., IV, 4, 2), parce que, 
quand on le dispose ainsi, il forme une vigne plus forte (et plus 
belk). Kastos dit que cette position fournit mieux à la nutrition 
du plant et détermine un produit plus abondant. Si on porte 
dans un autre endroit le provin après sa reprise, il sera plus 
productif. En réunissant dans un même lieu diverses espèces 
de Tignes, on obtient cet heureux résultat que, si une espèce 
trompe les espérances (du planteur) pour le produit, l'autre ne 
le trompera point (i). C'est un fait acquis par l'expérience d'un 
viticulteur qui avait planté une seule espèce de vigne et appuyée 
sur ce que la vigne est exposée à beaucoup de maladies et d'ac- 
cidents. Il en est qui affirment le contraire. (Kastos) dit de 
planter la vigne toute droite et elle réussira, mais qu'elle 
réussira encore mieux si on lui donne dans la fosse une cer- 
taine inclinaison. Ibn-Hedjadj dit qu'il préfère donner de l'in- 
clinaison dans la fosse, parce que dans ce cas l'adhérence entre 
le sarment et la terre est plus possible quand on la presse du 
pied. Celte partie de son opinion dans le mode de plantation 
est bien connue, elle a été indiquée précédemment dans le 
chapitre qui traite de la manière de planter. Il y a encore cette 
(seconde) raison, c'est que le brin de sarment étant planté obli- 
quement dans la fosse, on enfouit une plus grande quantité 
d'yeux (2); il pousse mieux surtout quand vient se joindre Tad- 
hérence de la terre végétale. 

Il faut, dit Junius, loï*squ'on opère une plantation, faire un 
mélange de terre de bonne qualité avec de l'engrais sec; la 

(1) Sotion, dans les Gëop., v, 16, applaudit à la plantation de plusieurs espè- 
ces dans le méaie terrain, mais isûlëment. 

(2) Le texte porte i}jj^9 ce qui peut être vrai jusqu'à un eertain point, si 
on enfouit un plant enraciné; mais s'il s'agit d'un plant non enraciné, Il vaut 
mieux lire ^j^, des yeuXj ce qui est beaucoup plus exact. C'est du reste ainsi 
qu'on Ut dans le paragraphe suivant. 



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— 332 — 

souche qui en sera environDée poussera bien, et le jeune 
sujet replanté Tégétera plus rapidement. Ibu-Hedjadj, à qui 
Dieu fasse miséricorde, dit : Cette manière de Toir est encore 
bien connue, je yeux dire le mélange delà terre et de Tengrais. 
11 est, dit-il, des indiTidus qui enfoncent dans le terrain une 
cbeirille (ou plantoir), puis ils posent la base du brin dans la 
cavité formée par le plantoir. Batoudon dit que cette méthode 
est toute désairantageuse, parce que les yeux du brin planté 
en éprouTent de raflaiblissement, en ce que l'air qui Tient en 
grande quantité frapper ce brin les dessèche par le manque 
d'adhérence de la terre qui Tenveloppe mal. 

Kastos dit que si on dépose dans la même fosse deux plants 
enlacés Tun à Tautre, la terre n'est point assez forte pour 
fournir à leur nourriture; c'est comme si la même nourrice 
voulait allaiter deux enfants à la fois : son lait ne pourrait leur 
suffire (Géop., Y, 13). 

Je ne crois pas que la fosse, pour l'utilité du pied, doive, 
dans les terrains secs, durs et dépourvus d'humidité, avoir 
moins de deux coudées (0»,924), car si elle a moins, le pied vieil- 
lit bien plus vite et donne peu de produit. Une autre raison, 
c'est que la chaleur du soleil arrive jusqu'à la racine, absorbe 
(litt. écarte) l'humidité du sol qui est la nourriture de la vigne. 

Juniusdilque dans certains cas 11 faut planter dans des trous 
(scrobeê) et dans d'autres en sillons ou rigoles (sulci). La plan- 
tation en trous est utile dans la terre de bonne nature qui 
n'exige point de trop grands soins de culture; mais dans les 
terres chaudes qui ne sont pas de bonne qualité, il faut planter 
en rigoles (Cf. col., Y, 5). On les prépare de cette manière : on 
creuse un fossé en long en raison de l'étendue de l'emplace- 
ment qu'on veut planter; ces fossés auront deux pieds ro- 
mains (0"',592) de large sur une pareille profondeur. Quand 
on veut réaliser la plantation, on dispose au fond du fossé, au 
lieu même où doit être disposé le brin de sarment, une petite 
fosse de huit doigts de profondeur. Le travail doit, en totalité, 
être effectué dans la première et la seconde année, de telle 
sorte qu'à la troisième on examine les ^îdes qui se sont produits 



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— 333 — 

dans les divers endroits^ et on rapporte la terre sur les côtés 
de la rigole (là où il est nécessaire), après l'avoir mêlée avec 
de la terre autre tjue celle du voisinage de ces rigoles, ayant 
soin de les incorporer Tune à Tautre. Pendant ce temps, 
on ne doit pas oublier de couvrir de terre les plants déposés 
dans la cavité des rigoles, en raison du besoin, ajoutant à la 
terre une proportion suffisante d^engrais; à la fin de tous ces 
travaux la surface du terrain sera nivelée partout. 

Suivant Junius, la plantation en rigoles est ce qu'il y a de 
plus avantageux dans les terrains très-gras, parce que ce mode 
de travail lui fournit le moyen d'absorber l'air et de l'expirer. 
Ibn-Hedjadj, à qui Dieu fasse miséricorde, dit que le mode de 
plantation décrit par Junius est d'une science très - profonde 
et le plus profitable. Cependant les hommes de notre époque 
repoussent des préceptes aussi sages à cause de la difficulté 
(dans l'exécution). Je ne vois point que personne des maîtres 
(en agriculture) en ait parlé. En réalité les rigoles (ou sillons) 
sont de grandes lignes qu'on ouvre dans la terre avec la pio- 
che [iigo] ; elles sont plus larges que les lignes qu'on ouvre en 
labourant. La terre qu'on extrait de la cavité des lignes est 
posée de chaque côté, sur les bords, où elle forme des tas. On 
creuse ensuite des fosses {scrobes) dans la cavité de la rigole 
pour y mettre le plant. Ces fosses restent ouvertes pendant tout 
le temps que nous avons indiqué, afin que tout l'ensemble 
soit soumis par là à l'influence de la chaleur du soleil, et s'a- 
meublisse par celle de l'air ou de la pluie, et qu'ainsi le ter- 
rain soit mis dans une condition favorable et bien préparé 
pour recevoir les plants qui lui seront confiés. 

Ibn-Hedjadj, à qui Dieu fasse miséricorde, dit : Le mot djari 
^j^ est grec, c'est un pluriel qui s'applique à ces sortes.de lignes 
(qui viennent d'être) décrites; le singulier est vUjû. hounah (1). 

Cf ). Ces moto ne se trouvent nulle part. Les textes des manuscrits portaient 
foas ^^t et Banqueri a admis la correction y^js^\ qui, prise dans le sens 
de courant, rendrait assez bien la pensée; mais alors, Il faudrait lire ^jy^^^ 
où les moto donnés comme grecs n'en ont point la physionomie. Plus loin, p. 374, 



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— 331 — 

Un témoÎD digne de foi m'a raconté qu'à Khama-Salhamûtak 
on employait un procédé analogue dans des terrains arrosés^ 
mais qui ne peuvent Tétre que faiblement à cause de leur élé- 
vation. On pratique des sillons ou rigoles^ dans lesquels on 
plante les brins de sarment, puis on donne de l'eau. Quand ce 
brin a bien pris de la force, on ramène la terre par-dessus; 
on nivelle le sol, on cesse tout arrosement, et le terrain re- 
vient à l'étal de terre non wrrosée(sêcker(m,8iecaneum). D'après 
le livre d'Iba-Hedjadj, il faut bien nettoyer de toute espèce de 
broussailles les lieux qui doivent recevoir le plant; cette opéra- 
tion doit se faire avant tout. 11 faut donner un serfouissage au- 
tour du jeune plant quand il est bien repris, c'est-à-dire après 
la première année; ensuite, on enlève les racines qui se 
montrent trop voisines de la surface du sol, avec la serpette, 
parce que c'est généralement l'habitude des provins de lancer 
des racines dans tous les sens, ce qui n'empêche qu'ils ne les 
portent en profondeur, sinon tardivement. Au bout de deux 
ans, il faut donner un serfouissage qui alors devra descendre 
à la profondeur d'un piedCO'^ySOô), ayant en diamètre le triple, 
trois pieds. Fin de la citation . On traite de même les vignes qu'on 
doit faire monter sur les arbres. 

Junius dit que quand on plante ces sortes de vignes (mon- 
tées sur les arbres), si on laisse de grands intervalles, il est bien 
\ plus facile d'ensemencer le sol tous les deux ans. La limite de 
l'élévation des arbres qui portent les vignes, c'est une hauteur 
de soixante pieds (i7%760), elle ne sera aucunement préjudi- 
ciable à la vigne (1). On laissera, dans les très-bonnes terres, 
les arbres montés ù la hauteur indiquée ; mais, dans les terres 
maigres, on la réduira à huit pieds (2"',S68), de peur que ce 
qu'il y a de force dans le terrain ne se porte sur les arbres. L'au- 
teur ajoute : Tl faut que nous étalions autant que possible les 
branches vers le levant et le midi, en évitant le couchant et le 

nouB verrons ces tranchées ou rigoles décrites sous le nom de ^JJLà., plor. 
(1) Cette hauteur parait exagérée, mais le texte est précis. 



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— 335 — 

nord. Ces vignes doivent avoir une bonne longueur; il faut 
les planter en racines (viviradices). Il est des personnes qui, 
voulant employer des plants enracinés^ les portent de la pé- 
pinière (où ils ont été formés) vers la fosse où ils veulent plan- 
ter D'autres n'usent point du procédé de plant élevé en pépi- 
nière, mais ils plantent simplement des chapons. Le premier 
pn)oédé est le meilleur. Il faut savoir que ces vignes^ qu'on 
veut faire monter sur les arbres, exigent qu'à la taille on leur 
laisse des brins de deux coudées (0'"^924) pour le moins. On 
doit laisser entre les pieds de la vigne montante quinze cou- 
dées (6-^945). Il est possible d'établir dans les intervalles des 
arbres à fruit peu enracinés, comme le grenadier, le pommier, 
le coignassier; on y plante aussi parfois des oliviers, quand il 
y a un assez grand espace. 11 est des personnes qui n'approu- 
vent point cette méthode, et d'autres qui pensent que la plan- 
tation du figuier est très-favorable pour la vigne. Mais il n'en 
est point ainsi, car d'après le résultat que nous a fourni l'ex- 
périence , la plantation du figuier à l'entour du champ de 
vigne, au dehors, est beaucoup plus avantageuse. 

Ibn-He4jadj, à qui Dieu fasse miséricorde, dit : Nous avons 
vu chez nous le figuier planté entre les vignes, en très-bon 
terrain, et elles poussèrent très-bien en hauteur; c'était dans 
les vallées voisines du Guadalquivir. De même, les pieds de 
vigne qui en étaient éloignés poussèrent bien et donnèrent 
beaucoup de fruits; mais cela se produisit dans ce lieu, parce 
que la terre était de très-bonne qualité, fournissant bien à la 
nutrition de la vigne et du figuier (liU. pour les deux). Je n'ai 
jamais vu, sur la montagne de l'Ascharff, planter de figuier 
dans les vignes, sans qu'elles en fussent afi'aiblies, comparati- 
vement avec celles où il n'en avait pas été planté. De même, 
les cépagesde vignesqui y sont plantés deviennent rachitiques 
aussitôt que les arbres prennent quelque développement, à 
cause de la maigreur du sol de rAschariT, qui est dur comme 
dans les montagnes ; c'est pourquoi ce qu'a dit Junius y 
trouve son application. Cette assertion est pleine de vérité, et 
trè»-connue chez nous parmi les populations répandues sur 



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— 336 — 

rAscbarff^ ear bon nombre de ces habitants l'ont apprise par 
reipérienœ. Voilà llndication^ d'après Ini (IbD-Dedjadj)^ de h 
terre qui oonTient à la Tigne. SuiTant Junias^ la terre qui om- 
Tient le mieux à la Tigne est la terre noire, qui n'est point dure 
et dans le fond de laquelle l'eau douce se trouve dans une juste 
proportion. Quand cette tare a reçu les eaux pluviales, eUe ne 
les laisse point pénétrer dans son sein en trop grande quan- 
tité^ mais elle les laisse s'infiltrer sans les retenir à la surface; 
car les eaux retenues à la superficie du sol gâtent ce qui y est 
planté et le font pourrir (Géop.y Y., l). 

Il faut aussi se rendre compte de la profondeur du sol, car 
souvent il arrive que sa couche superficielle soit noire, lorsque 
le sous-sol est blanc (argileux) (Géop.) ; quelquefois aussi, c'est 
le contraire qui a lieu. La meilleure de toutes les terres est celle 
qui est rapportée par les eaux courantes. C'est pour cette raison 
qu'on vante beaucoup le sol de l'Egypte. Nous dirons, en somme, 
que toute espèce de terre noire est bonne, quand elle n'est point 
compacte, ni glaiseuse; si elle a une certaine humidité, c'est 
alors la nature de terrain qui convient le mieux pour (la cul- 
ture) de la vigne (Géop., loc. cil.), H faut donc planter dans 
ces terres noires, fraîches et humides que nous avons men- 
tionnées, les espèces de vignes qui puisent dans le sol une 
grande quantité de sucs nourriciers, car ce n'est qu'avec 
difficulté que ces vignes reçoivent leur nourriture (Cf. 
Géop., V., 2). L'auteur ajoute que, dans la terre sèche, 
maigre et sableuse, ces sortes de vignes ne prospèrent point ; 
cependant, on voit réussir, dans les terres légères, les espèces 
dont le suc est moins épais que dans les autres. Il convient de 
planter les espèces naturellement très - juteuses dans des 
lieux chauds, secs et élevés. Mais, ce qui est plus sec (moins ju- 
teux), il faut le mettre dans des endroits frais et moites; ces 
difTércncescn plus dans la nature du sol compenseront ce qu'il 
y a en moins dans la nature du plant ; en somme, il ne faut 
point planter dans une terre grasse les espèces de vignes qui se 
nourrissent très-facilement; il faut leur confier ce qui est 
dans une disposition contraire. On doit mettre dans les terres 



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— 337 — 

noires les es|)èces faibles^ peu juteuses, et qui sont impuissantes 
à attirer tous les sucs du soi. Si le plant qui se nourrit fa- 
cilement est déposé dans un terrain gras, son fruit ne tardera 
point à se fendre, et il poussera beaucoup de feuilles; et si 
les espèces faibles sont mises en terrain sec, elles ne donne- 
ront qu'un fruit grêle ; par tous ces motifs, il faut s'ap- 
pliquer à bien connaître la nature de ce qu'on veut planter, et 
du sfA (où on doit le faire), et juger de leur différence d'a- 
près ce que nous ayons exposé précédemment, et étudier de 
même leur tempérament. 

Il faut savoir que de tous les emplacements, les plus con- 
venables pour la plantation des vignes basses qui s'étalent à 
la surface du sol, ce sont ceux qui sont sur les flancs des col- 
lines et les terrains qui tendent à monter et à s'élever au-dessus 
du niveau des plaines. Les vignes plantées dans de telles posi- 
tions seront très-fertiles à cause de l'action de la chaleur en 
été, et du vent qui viendra souffler sur elles avec force. Ces 
sortes de vignes s'accommodent très-bien aussi des terrains 
qui s'étendent en collines et qui sont voisines du pied des 
montagnes, parce qu'il arrive vers ces emplacements une 
forte partie de la force nutritive qui produit (la végétation . 
e(] la croissance, entraînée par les eaux pluviales. Mais on ne 
doit point planter de vignes sur la crête des montagnes, parce 
que, les pluies entraînant la terre végétale, les racines restent 
à découvert, et sont privées de nourriture. Les vignes mon- 
tantes doivent être plantées dans les plaines unies qui ont de 
rhumidité et de la fraîcheur, et surtout dans les endroits n 
chauds qui ne sont point trop fatigués de vents. Les vignes | 
mises dans de tels emplacements et qu'on fait monter sur les j 
arbres, sont rafraîchies par les vents quand ils soufflent et ! 
s'en nourrissent. Toutes ces prescriptions sont de Junius. Le v 
même agronome dit encore : Les lieux voisins Se la mer con- "^ 
viennent très-bien pour la vigne, à cause de la chaleur et de 
la douce moiteur qui s'élève de la mer et dont le plant se 
nourrit; les vents de mer lui sont encore très-favorables. 11 est 
des hommes qui pensent que la vigne ne doit pas être plantée 

22 

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— 340 — 

rapprochés sont plus convenables^ de même que ceux qui 
sont épais et parfaitement ronds (4). Quant au brin qui est 
aplati (litt. large)^ rude^ sans consistance et grêle, avecles 
yeux écartés, il faut le rejeter. Le brin qui mérite la préfé- 
rence doit être d'une pousse vigoureuse; il faut qu'il y reste 
attaché une partie du bois de l'année précédente, en forme de 
fuseau (de fileuse; malleoliis). 11 faut aussi se garder de prendre 
le sarment dans une vigne sauvage ou trop jeune, c'est-à-dire 
qui ait moins de six ans. Fin de la citation de Junius. 

Kastos, dans un autre passage, ajoutant à ce qui a été dit par 
lui et par les agronome? (précédents) : dit qu'on n'aura pas 
de bon résultat, si on découpe trop le sarment, avant de le 
planter. On ne doit point employer un chapon qui ait moins 
de sept nœuds à partir de la base, après qu'on a retranché 
l'extrémité : c'est ainsi qu'en usaient les habiles agronomes 
anciens (Cf. Géop., V, 8). 

Ibn-Hedjadj, à qui Dieu fasse miséricorde, dit : Nous voulons 
un chapon qui porte sept nœuds, quand il est élevé en pépi- 
nière, et qu'il soit bien pourvïïlle racines, avant de le porter 
ailleurs. Mais, si la plantation était faite pour rester en place, il 
n'en serait pas ainsi, le plant serait trop court. Solon dit à peu 
près la même chose que l'agronome dont j'ai rapporté les 
paroles antérieurement 3 voici ses propres termes : Il ne faut 
pas planter un brin de sarment pris sur une vigne vieille, ni 
sur celle qui n'a pas encore atteint sept années (de plantation). 
En effet, quand la vigne vieille touche à sa fin, sa chaleur na- 
turelle a baissé ; elle a perdu aussi de sa force attractive 
et digestive, et les deux agents lui deviennent insuffisants 
dans leur action (affaiblie). Il faut donc bien se garder d'em- 
ployer des brins provenant d'une vigne en cet état. Quant à 
la jeune vigne, l'état lymphatique (lilt. l'humidité) dominant 
chez elle, la chaleur qu'elle contient en est noyée, la force 



(1) Nous retrouvons encore ici un passage déjà cité ailleurs (p. 362, m.)» et qui 
a son analogue dans les Géop., V, 8. Il n'y a pas entière concordance, inai$ aa 
fond les principes se reviennent. Quelques parties du texte sont ol)8cares. 



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— 341 — 

attractiYe affaiblie (i) j et la reprise n'a point lieu. Ainsi, 

nous ne devons jamais prendre les chapons que sur les 
tignes entre les deux âges. Ce que je viens de vous dire peut 
trouver sa comparaison dans Tétat d'une lampe peu pourvue 
d'halle ; tous voyez comme sa lumière est faible et combien 
peu elle est utile ; de même aussi^ quand l'huile est en excès et 
la noie^ la condition est la même pour la lumière quant à 
l'affaiblissement. Il ne faut pas non plus prendre des brins 
dont récorce soit rude parce (juMls sont frappés de sécheresse. 
II ne faut pas davantage les prendre trop grêles, car c'est le 
signe de Texiguïté de la matière (séveuse du sujet) sur la- 
quelle domine la sécheresse. Il faut donc fixer son choix sur 
les brins où les nœuds sont nombreux et non trop espacés, 
par ce motif que ce que nous cherchons, c'est qu'il sorte du 
brin beaucoup de racines pour tirer leur nourriture du sol ; 
or, c'est des nœuds que les racines sortent le plus prompte- 
nienl. Il est également nécessaire de couper avec le chapon, 
s'il est possible, une portion du brin sur lequel il a crû, car 
c'est là que plus communément les racines se montrent le 
plus promptement, parce qu'à cause de sa nodosité la ma- 
tière séyeuse y est épaisse et plus en rapport avec la condition 
(lilt. le tempérament) des racines. Mais s'il ne nous est pas 
permis de couper à la base du brin une portion du vieux bois, 
cequ'ilya, danscecas, de mieux à faire, c'est, suivant Hannon 
et les autres maîtres en agronomie, de rejeter la partie supé- 
rieure, et la partie inférieure, pour ne planter que le milieu, 
parce que la sommité est grêle et faible, et la partie infé- 
rieure, est rude, dure et peu fournie d'humidité (séveuse). 
Or, la reprise n'a lieu que quand cette humidité séveuse est 
dans une bonne condition moyenne; et c'est dans la partie 
du milieu du brin que, sans aucun doute, se trouve cet état 
plutôt qu'aux deux extrémités. Il eet cependant des viticulteurs 
qui rejettent ces prescriptions et qui plantent le brin de sar- 
ment tel qu'il se présente, et cependant la reprise se fait bien; 

(1) Ici est un passage inintelligible, rejeté par Banqueri et par nous. 



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— 342 — 

il n'en résulte aucun inconvénient. Néanmoins, ce que nous 
avons dit et rapporté est ce qu'il y a de plus convenable pour 
assurer la reprise des chapons^ et ce qu'il y a de meilleur à 
suivre dans les plantations. Fin de la citation de Solon. 

Ibn-HedjadJ dit : J'ai rapporté dans ce chapitre ce que j'es- 
père devoir offrir le plus d'utilité et des documents ÎK)ur sup- 
pléer à ce que je n'ai point dit; ce qu'on lira devra servir de 
moyen d'induction pour le faire. S'il y a des répétitions par 
place^ je n'ai point eu d'autre pensée que celle de bien faire 
connaître au lecteur les opinions des anciens concordantes 
avec ce que j'indique; afin que, connaissant cette concordance 
de doctrine, il travaille d'après elle et s'y attache fixement. Si 
par hasard je cite l'opinion de l'un d'eux sans parler de celle 
de ses contemporains, je ne veux pas pour cela donner à pen- 
ser qu'il ait plus d'autorité qu'eux (lin, ses égaux), mais c'est 
parce que j'ai reproduit les citations selon qu'elles se sont pré- 
sentées à moi, pour confirmer mes prescriptions et en démon- 
trer la nécessité. 

Suivant l'Agriculture nabathéenne (mss. B. I, ^ 161 r»), au 
chapitre qui traite de la plantation de la vigne montante et 
vautre, la terre qui peut convenir à la vigne, soit pour semer (i), 
fjoii pour planter, c'est la terre grasse; celle qui le plys géné- 
ralement prend une teinte noire, celle qui tient le milieu entre 
une grande compacité et celle qui a de la tendance à l'ameu- 
blissement, voilà ce qui convient à la vigne, sans aucun doute. 
Cette terre est par sa nature disposée à recevoir l'eau douce; 
elle l'absorbe, et en retient une partie dans ses interstices (/ill. 
ses cavités), mais cette eau disparaît au bout de quelque temps. 
Il en est ainsi, parce qu'il est généralement dans la nature de 
la terre compacte qui tire sur la nature pierreuse, qu'elle 
retienne à sa surface l'eau, qu'elle n'absorbe pas et qu'elle 
n'attire qu'en petite quantité dans son intérieur; ce qui perd 

(1) Ic^ j pour semer ; ce mot doit être pris dans la même acception que 
xerer^,par Columelle de Arbor,, III, qui le dit de la plantation de la vigne, sor- 
toutdes crossettes, chapons ou plants. Ces derniers sont appelés femùia et lato. 



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— 343 — 

les Tignes, c'est quand elle y est retenue. Une pareille terre peut 
convenir aux légumes et autres plantes analogues. Mais ces 
terres absorbant l'eau et qui la détiennent cachée dans leur 
sein et leurs interstices (ou cavités) dont la surface est d'un as- 
pect mal propre^ et toutes celles qui sont telles^ ne peuvent 
aucunement convenir à la vigne; mais la terre grasse (i) qui 
tient le milieu entre la (erre compacte et celle qui est peu con- 
sistante est celle qui convient le mieux pour la vigne; (par sa 
constitution) elle tient le milieu entre les deux, soit pour l'ad- 
mission de Teau dans son sein^ soit pour la retenir à la surface^ 
ce 4ui la rend limoneuse. La superficie de cette terre et de la 
plupart des terrains est un signe indicateur de la nature du 
fonds, parce qu'on la reconnaît à la couleur. Souvent la surface 
du sol est d'une nuance qui dénote une bonne qualité, qui des- 
cend à une profondeur d'une ou deux coudées; dans d'autres, 
au contraire, cette couleur (externe) indique une mauvaise qua- 
lité; ainsi l'aspect superficiel du sol donne la connaissance de 
sa condition. Mais le choix se fera d'une façon précise, si on 
creuse dans divers endroits à la profondeur de trois coudées 
(1*,386), et, si alors l'intéfleur et la profondeur sont pareils à 
la surface, ou à peu près, cette terre sera bonne. Si, au con- 
traire, on reconnaît de la différence dans la couleur ou autres 
caractères, le terrain ne convient point pour la vigne. 

Thamitri (Thamiri le Chananéen) dit qu'il est indispensable 
que le pied de la vigne soit dans une humidité continuelle (S). 
En traitant des diverses espèces de terres qui conviennent aux 
diverses espèces de vignes, il dit : La vigne varie beaucoup 
dans ses espèces ; à chacune d'elles il faut une sorte de terre 
spéciale. La terre meuble et grasse, d'une nuance tirant sur 
le noir, convient à la vigne donnant du raisin à grain 
blanc et allongé, ou rond; la vigne à grain rond d'une 



(1) CTest-à-dire bien fourni de sucs végétaux. 

(3)Oo voit dans le mss., f. 160 r, que l'auteur fait, pour la Syrie, une dis- 
Unction qui n'est point rapportée ici. 



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— 344 — 

teinte qui tient du blanc et du vert, aime la terre qui montre 
naturellement dans sa parlie supérieure de rhumidité et de la 
fraîcheur ; celle qui est grasse en exccîs ne peut convenir à ces 
deux espèces, non plus que la terre mentionnée antérieure- 
ment. La terre qui se fend par Texcès de chaleur et l'excès 
du froid ne convient en aucune façon à la vigne qui donne 
du fruit blanc. Le sol dont la partie végétale est mêlée de 
sable est dans une condition spéciale qui convient à toute es- 
pèce de vignes, et les préserve en même temps de tout accident 

fâcheux (i). Dans la plantation des vignes montantes ou 

autres, la nature de la terre doit être différente de celle que veut 
la vigne (non montante) ; si donc le grain du raisin est mou, il 
faut planter en terre dure ; si au contraire il est fertne, il 
faut planter en terre légère (molle). La vigne dont l'aspect est 
peu agréable indique qu'elle a peu d'humidité, il faut la plan- 
ter dans un sol où il s'en trouve. La terre* qui a un aspect 
triste, où la sécheresse domine, admet la plantation de la 
vigne qui abonde en sucs séveux (litl. en humidité). La vigne 
dans une condition moyenne se plait dans une terre de condi- 
tion moyenne. • 

Sagrit dit : Le raisin noir à grain allongé et celui à grain 
rond demandent un terrain très sec; celui dont la surface 
est sombre et dont la couleur passe le plus souvent au 
rouge, le raisin ferme légèrement et celui qui tire sur le 
rouge, se plantent en terre légère et dans celle dont la couche 
végétale renferme un mélange de sable. Sachez donc que le 
terrain dans lequel prospèrent les deux espèces de rai- 
sin noir et rouge, le raisin noir et blanc n'y sauraient 
réussir aucunement; dans les espèces de vignes à fruits blancs, 
il y en a une qui se plait dans la terre légère et sableuse. 
Celle dont le grain est jaune (rouge clair, mss.), qui est 
l'espèce qui a le plus d'humidité doit, par cette raison, être 
plantée dans un terrain chaud, sec cl maigre d'ap|>arence, et 

(1) Nous avons retranché ici quelques mots dont le sens nous échappe. 



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— 345 — 

exempt (litt. éloigné) de toute humidité et de moiteur. Les 
habitants de Barima et de Bakril plantent cette espèce dans les 
parties élevées du sol^ et cherchent en cela un lieu sec et un peu 
éloigné de Teau (i). La yigne qui donne du raisin à gros grains^ 
par suite de la greffe^ et qui exige une nourriture abondante^ 
ne peut être plantée que dans une terre grasse et profonde^ 
parce que c'est une espèce vigoureuse qui absorbe beaucoup 
de nourriture. La vigne dont le corps est lâche^ grêle et (lym- 
phatique), laissant écouler beaucoup d'eau^ doit aussi être 
plantée en terre grasse et profonde; mais les \ignes délicates^ 
dont les rameaux sont grêles, à feuilles petites^ réclament une 
terre noire, parce qu'elles ne peuvent point attirer à elles tous 
les sucs nourriciers (trop abondants); la terre noire qui n'en 
fournit qu'une petite quantité, convient à ces sortes de 
nignes (d'une constitution faible), dont le raisin est délicat, pe- 
tit et ferme, soit que les grains soient rapprochés ou écartés. 
Les vignes fortes, dont le raisin tient du noir et du rouge, 
où cette dernière couleur domine; l'espèce dont le raisin est 
moyennement rouge, dont le grain, de moyenne grosseur, 
est, sur la grappe, pressé par place, écarté dans d'autres, est 
comptée aussi parmi les bonnes espèces. Elles aiment toutes 
deux les terres dures , qui pourtant ne le sont point en 
excès, mais qui l'étant ont un peu de friabilité. Les deux^ 
espèces de vignes, dont le raisin est de couleur tirant au 
rouge, avec grain arrondi, sont très-recherchées des guêpes 
et des abeilles qui en font leur nourriture; elles l'aiment 
beaucoup. En effet ce raisin est délicat, très-juteux et trans- 
parent, d'un aspect agréable et d'un très-bon goût. Une 
des choses les plus avantageuses pour ces deux espèces de 
vignes, est de retrancher les pampres trop frêles et d'en 
alléger le pied; quand on a pratiqué cette opération plusieurs 
fois pendant le cours du printemps, de l'été et de l'automne, 

(1) Ici nous nous sommes un peu écarté du texte de Banqaeri pour nous rap-' 
procberda mss.; Ag. nab., 161, ir% I. 15. 



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— 346 — 

le cep de Tigne croît d'une manière merveilleuse (I). Kout- 
sami recommande de planter les vignes faibles^ c'est-à-dire 
celles dont le raisin est délicat^ petite et dont le grain est 
peu juteux^ dans des endroits frais, dans un terrain très-hu- 
mide; cette grande humidité est toute sa graisse et toute 
sa force. Si on mêle à la terre végétale une petite quantité 
de sable, ce sera très-bon pour les vignes faibles. Quand 
ces vignes délicates ont étQ plantées dans un terrain sec et 
pauvre en sucs nourriciers, la faiblesse ne fait qu'augmenter 
et le fruit s'amoindrit beaucoup; on n'en tire rien. Quand on 
a soin de planter la vigne vigoureuse dans un terrain qui lui 
convient, elle prospère bien. 

L'Agriculture nabathéenne recommande de planter, dans 
un terrain léger, les plants venus dans un terrain dur, et ceux 
venus dans ce dernier terrain dans un terrain léger; d'un ter- 
rain gras dans un terrain maigre ; d'un terrain maigre dans 
un terrain gras ; d'une terre noire dans une terre rouge; d'une 
terre rouge dans une terre noire; d'un terrain fertile dans 
celui qui ne Test point ; de la montagne dans la plaine et de la 
plaine dans la montagne, parce qu'il est de l'essence du terrain 
de donner de la vigueur à ce qui a crû dans un terrain 

contraire. Suivant (2), parlant du choix des brins de sar- 

«nent pour la plantation et de la manière de les conserver 
jusqu'à ce qu'il soit possible de réaliser la plantation, dit : Il 
faut que le brin destiné à faire des chapons ou crossettes soit 
pris vers le milieu du cep, au centre de la vigne, à la hauteur 
d'un schabre (O-^âSl) au-dessus du sol. Le cep devra être âgé de 
six à vingt ans. (Agr. na6., fol. 175, r* 18.) Les yeux doivent être 
rapprochés et le brin lisse, à l'exception de la place occupée 
par les yeux, bien nourri, rond et court. On doit rejeter le 

(1) L'auteur parle ici de Vépamprement, pamptnatio des Latins, BXaor- 
ToXoY^oe des Géoponiques. Cf. Columelle, de Re rust.y W, 27 et Géoponiqnes, 
V, 28 et 29. 

(2) Ici est une lacune que nous n'avons pu combler. 



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— 347 — 

sarment qui a un aspect rude^ lâche, avec les yeux trèfr^cartés. 
On donne encore la préférence aux brins qui se produisent dans 
un point où les yeux sont gros et ressemblent au peson d'un 
fuseau^ î^i; ceux-ci ne sont point une production primitive 
de la vigne^ mais un accident (de végétation). On doit planter 
le brin tout entier ou par segments^ sans aucun retard, à moins 
qu'il n'y ait impossibilité (litt. nécessité). Si on est forcé de 
différer^ on lie ces brins de sarment en faisceaux peu serrés^ 
et on les dépose^ pour les garantir du vent et du froid, dans 
des celliers souterrains, arrosés à Favance avec un arrosoir 
qui écarte l'eau. 

Enoch (Noé?) dit^ à cette occasion^ qu'on creuse dans le ter- 
rain où est implantée la vigne, qui fournit les sarments^ un 
puits dans lequel on les dépose sans les lier en paquets {litL sépa* 
rés). L'intérieiur de ce puits ne doit pas être d'une humidité sen- 
sible, non plus que d'une sécheresse apparente^ mais dans une 
condition moyenne. {Àgr. nab.,t. 176 r**). Koutsami dit: Ce 
que nous avons expérimenté et trouvé de très-bon^ c'est de dé- 
poser les brins de sarment dans un grand bâtiment où n'arrive 
point le vent et qui est exempt de courants d'air. Au préa- 
lable, on donne à l'emplacement un arrosement léger avec de 
l'eau douce. Suivant d'autres, si la quantité des brins est peu 
nombreuse et n'excède point la capacité de l'ori&ce d'un vase 
d'argile^ mettez-les dans un vase d'eau^ laissez-les-y pendant 
deux heures environ ; rejetez ensuite cette eau ; étalez dans le 
fond du vase de la terre de bonne qualité^ sur laquelle vous 
placerez ces brins de sarment tout droits, dans la vigne même. 
Quand ceci est terminé^ répandez par-dessus de la terre végé- 
tale en assez grande quantité^ de façon que cette terre, s'intro- 
duisant entre les brins^ les environne de toute part. 

Adam {Agr. nabath., 176, 177) dit : Toutes les fois que la 
plantation des brins de sarment est retardée et que vous crai- 
gnez que l'air ne les dessèche^ plongez-les dans Feau douce 
pendant une journée, c'est-à-dire l'espace de douze heures; 
puis plantez-les pendant qu'ils sont tous humides. Un pro- 
cédé qui est meilleur encol^, c'est, quand on est exposé à un 



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— 348 — 

retard forcé dans la plantation^ de déposer dans chaque fosse 
deux brins ensemble ou même plus; loin de nuire, ce pro- 
cédé sera favorable à la reprise; c'est un bon procédé. L'Agri- 
culture nabathéenne parlant de Tépoque pour choisir les brius 
de sarment, pour les couper pour les mettre en terre, la 
manière de le faire et la longueur à leur laisser, dit que (le 
moment favorable) c'est depuis la première nuit du mois lu- 
naire jusques et y compris le cinquième jour. Toute planta- 
tion faite alors réussira sans qu'il s'en perde un seul brin 
{lut. rien) et le produit sera très-beau. Quant à la saison de 
l'année, c'est en automne, car ce qu'on plante en cette saison 
jette en terre de grandes racines et se consolide; puis, quand 
vient le printemps et que la température s'est échauffée, on 
voit des pousses belles, fortes, vigoureuses et grandes. Il en 
est qui disent de planter la vigne en automne, dans les ter- 
rains sableux spécialement. Le moment favorable pour cou- 
per les brins, c'est depuis le commencement ouïe point du jour 
jusqu'à la troisième heure inclusivement. On ne doit point, s'il 
est possible, différer d'une heure la plantation du brin après 
qu'on l'a coupé, ou deux heures, ou bien au maximum deux 
jours et une nuit. Le travail se fait depuis le matin jusqu'à quatre 
heures (de jour). Quand les yeux sont rapprochés, le brin doit 
dans sa longueur comprendre de huit à douze yeux; mais, s'ils 
sont écartés, il en contiendra de six à huit. Le brin doit être 
planté incliné et nullement droit et vertical. Enoch dit qu'on 
doit donner l'inclinaison vers le levant. Chaque trou destiné à 
le recevoir doit avoir environ deux pieds (0"*,694) de profon- 
deur. Si vous déposez deux brins dans la même fosse, rappor- 
tez entre eux de la terre, afin que l'un ne touche point l'autre. 
Les chapons se plantent dans des fosses ou dans des rigoles 
tirées en long. On enfouit sous terre trois yeux ou quatre, ce 
qui est meilleur encore; on recouvre de terre meuble, de 
façon qu'on laisse dépasser quatre yeux non enfouis. Il ne faut 
point planter la vigne à raisin blanc et celle à raisin noir 
dans le même endroit; chaque espèce se plante isolément* 
Les brins après la plantation doivent être recouverts de terre 



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— 349 — 

meuble, modérément pressée, c'est-à-dire comprimée non 
avec les piîds (1) mais avec les mains; la pression à la main 
est suffisante. 

Massy dit qu'il y a une distinction à faire entre les chapons 
qu'on plante dans des fosses, et ceux qu'on plante en rigoles. 
La terre qui peut convenir pour la plantation en fosses, ne con- 
vient point pour la plantation en rigoles, cela, parce que les 
fosses sont creusées dans les terres de la meilleure qualité, 
qui n'exigent pas beaucoup de culture, et même peu leur suffit. 
Ce qui convient le mieux, c'est de donner peu de largeur aux 
fosses, de les faire aussi rondes que possible, avec une pro- 
tondeur de deux pieds (0",693) ou environ, ou un peu plus; 
TouTerture sera d'une largeur (en diamètre) de trois pieds 
|1-,040). Après que les brins de sarment ont été posés dans 
ces fosses, on les couvre de terre meuble mêlée d'engrais, 
sans la presser aucunement; au contraire, on jette la terre 
tout simplement, se gardant bien de la comprimer, afin de 
laisser à l'air la possibilité de s'insinuer dans les vides et de 
pénétrer ainsi jusqu'au sol. Quant au mode de plantation 
en rigoles {sulci, ^^^Là.), on fait les fouilles dans les terres 
dures indiquées pour la plantation des vignes; on les pratique 
aussi dans les terres compactes, grasses en grande partie. 
Voici comment se font les rigoles : on creuse un fossé long et 
étroit; quant à la longueur, elle est en raison du champ de vigne 
qu'on veut planter; la largeur doit être de deux pieds sur une 
profondeur égale. Si on a plusieurs rigoles à faire, on procé- 
dera de la même manière pour toutes; on laissera entre elles une 
distance ou ligne (séparative) égale. Dans le fond de la rigole, 
on pratique des fosses de la profondeur d'un empan et demi 
(0'",346) à la place que les brins devront occuper. On les plante 
de façon à laisser entre eux les distances que nous indique- 
rons ultérieurement, Dieu aidant. Au bout de la première 
année, au commencement de la seconde, on prend de la terre 

(1} Nous Introduisons ici une négation voulue par le sens, d'après le mss. 
Ag. nab.y 179, r 8. 



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— 3K0 — 

meuble de la couche superficielle du sol, dans le voisinage de 
la tranchée où la plantation est faite; on la rapporte dans la 
tranchée, avec une certaine quantité d'engrais mêlé de terre 
sèche, qu'on met ainsi mélangée sur le pied du plant et dans 
le reste de la cavité qu'on achève de combler pour rendre 
la surface de niveau avec celle du terrain environnant (l). 
Le moment (favorable) pour faire cette opération, c'est celui 
où Ton taille les vignes avec la serpette {liiL le fer, viniloria 
faix, Col., de Re rust. IV, 25, l). 

§1. 

Intervalles qu'on doit laisser entre les vignes montantes et entre celles non 
montantes. 

Pour les vignes (qui sontbasses, viles hufn%leSy-/(piif.oLi^rikoi fiGO\y., 
V, 2, c'est-à-dire) qui s'écartent sur la surface du sol, et qu'on ne 
fait pas monter, on laisse entre chaque ligne une distance de six 
pieds (2"*, 08), et, entre chaque brin, une distance de quatre pieds 
(i"*,40). Pour les vignes qu'on faitmonter surlesarbres (viles ar- 
buslivœ, (2vaSevSpotS£ç,Géop., IV, 1), on tient les lignes espacées de 
vingt pieds (6'",936), et les brins à une distance de sept pieds j 

(2'»,427) ; mais, pour celles montées autrement que sur des ar- j 

bres (2), les distances entre les lignes comme entre les brins doi- I 

ventêtre moitié de celles que nous venons d'i ndiquer pour celles- 
ci . Sagrit dit que l'arbre le plus convenable pour y faire monter la 
vigne, c'est celui qui n'a qu'une seule tige. Suivant Koutsami, le 
pin mâle et l'orme sont les arbres les plus convenables pour re- 
cevoir les vignes montantes. Les arbres trop ramifiés ne convien- 
nent point pour cet objet, pas plus que ceux dont la hauteur est 
trop exagérée, c'est-à-dire qui s'élèvent pour le moins de vingt 
coudées (9™,24),et, suivant d'autres (3), de cinquanle (23",iO). 
Il faut appliquer de l'engrais au pied des arbres sur lesquels 

(1) Vid. sup. la description de ces sillons ou rigoles, page 333. 

(2) Vitetjugatœ des LaUns. 
(8) Les Ghananéens et leurs voisins. Ag. nab., 182 r«. 



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i 



— 351 — 

on veut faire monter les Tignes; on les déchausse^ on pratique 
le serfouissage comme pour la yigne exactement; seulement^ la 
quantité d'engrais sera moindre que pour celle-ci ; le serfouis- 
sage pratiqué àTentour sera moindre aussi que pour la vigne. 
La vigne qu'on veut faire monter doit être plantée avec ses r3r \ 
cines et sa motte (1) à trois coudées (1",40) environ de distance 
de Tarbre^ dans une fosse longue; il faut bien soigner la cul- 
ture. Quand le plant a poussé^ qu'il s'est déjà élevée et que 
le brin montant a pris de la force > on Tétend vers Tarbre 
dont on le rapproche peu à peu jusqu'à ce qu'il l'atteigne 
et puisse y être fixé de la façon qu'on le désire; car à cet égards 
personne ne peut vous venir en aide. Faites tomber, par le 
pincement {litt. avec la main), les bourgeons qui poussent sur 
le brin, de façon à n'en laisser qu'un seul. Dégarnissez 
aussi par la taille ce qui, du côté de l'arbre, doit être comme 
le chemin pour arriver à faire monter la vigne et à la fixer. 
Quand au bout d'un certain temps (toujours assez) long, la né- 
cessité de tailler la vigne se fait sentir, on ne lui laisse de ses ra- 
meaux que ceux qui sont vigoureux et même en petit nombre, 
retranchant ainsi le plus grand nombre des pousses. Il en est 
qui disent que les espèces de vignes à fruit blanc, ou qui tire 
sur le blanc, ou d'un blanc jaune, ou d'un blanc de quelque 
nuance que ce puisse être, excepté celles à fruits d'un blanc 
sans mélange, se plaisent beaucoup mieux comme vignes mon- 
tantes; elles prennent plus de vigueur et donnent un produit 
bien plus beau. On a dit encore que la vigne qu'on fait monter 
sur les arbres est bien plus belle et plus vigoureuse, plus avan- 
tageuse, que celle montée sur bois ou roseau (jugalœ, en ber- 
ceau ou treillage). On dit aussi que la vigne qui s'étend à terre 
{vilis sine adminiculOy Col., V, 5, 4) est préférable à celle qui est 
montante, à cause de la sympathie de la vigne pour la terre. 
On veut encore que les positions très-froides ne puissent con- 
venir aux vignes montantes (3). Les brins qu'on ne destine 



(1) iÂU., avec de Targile à la partie inférieiire. Ag. nab., 183 r*. 

(2) Noos retrouvons les principales formes de vignes citées par les Grecs et 



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— 352 — 

point à monter doivent être nettoyés de leurs bourgeons de 
façon à n'en laisser qu'un ou deux. Cet ébourgeonnement se 
fait dans le cours de la première année. On fixe à proximité 
un échalas (morceau de bois) ou roseau sur lequel le brin 
s'appuie et auquel on l'attache avec des feuilles de palmier; 
c'est pour la vigne un point d'appui qui l'empêche de tomber 
à terre; car^ si elle y tombait^ il en résulterait pour elle un 
grand dommage ; par ce procédé la souche prend de la force 
et de la consistance. Au bout d'un an on rogne avec des ci- 
seaux de fer (l) les extrémités de ces vignes montantes; cette 
opération les fait croître et acquérir de la force pour attirer 
les sucs nourriciers du sol, et par suite se couvrir d'une belle 
végétation et devenir très-vigoureuses. 

Massy dit, en traitant de la transplantation des vignes et Je 
leur transport d'un lieu dans un autre, qu'une opération qui 
contribue beaucoup à faire prendre de la force à la vigne et 
qui lui est très-utile, c'est de la transplanter du lieu où elle a 
été semée de pépins, ou de tout autre endroit où elle a pu 
croître, vers un autre emplacement où elle reste à demeure 
{lut. donne du fruit); cette opération la fait pousser et donne 
une belle végétation. Le jeune plant doit être changé de place 
la troisième année. 11 en est qui disent qu'on peut le faire la 
seconde année, mais que dans la troisième c'est meilleur. On 
ne doit point porter le jeune plant d'une bonne terre dans une 
mauvaise, car il en résulterait un très-grand afiTaiblissement (S) . 

le» Latins : SÊvSpiTtôeç afjLTiiXoi, vîtes arbustiv^r; j^afAatÇi^oi; rtfcr hunU 
projecLv, vîtes jugatcc, viles pcdanev. Géop. , IV et V, 2. Colum., de Arbor., IV, I . 

(1) ^.Xaw ^ v-^^ ... s^lpal ^^_^p:^* TAg. nabat., ms8. f 197, 
r» 22, lit de même. Nous pensons qu'il faut prendre ce mot i^isr' dans le 
même sens que le chaldéen pin sciditf couper^ rogner avec des ciseau»^ car 
\^)iS^ plur. s^^ ^ ont dans le dict. de Castel et autres le sens de for- 
ceps^ forcipes. Nous verrons plus loin rallëgement des azéroliers de leurs feuilles, 
par le même instrument, prescrit art. LV; peut-être s'agit-il d'un instrument 
analogue à notre sécateur. 

(2) C'est, dit TAgr. nabat., comme si on enlevait un enfant à une bomw nour- 
rice pour le confier à une mauvaise, Agr, nab.y 186 v*. 



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— 353 — 

Quand la yigne atteint sa dixième année on sa douzième, c'est 
alors qu'elle commence à donner du fruit et à montrer de la 
vigueur. Suivant d'autres, au contraire, c'est dans la quin- 
zième année que se manifestent ce produit et cette vigueur. Il 
est, dit-on, confirmé par Texpérience que ce qui peut activer 
la pousse de la vigne et en éloigner les divers accidents, c'est 
de prendre des fragments de roches réduits en petits volumes 
qu'on met entre les plants, et Ton verra la réalisation de ce que 
nous avons dit, la volonté divine aidant. 

Suivant lambouschad (Ag. nab., 189 v»), ce qui contribue à 
donner de la vigueur aux vignes montantes sur les arbres {ar- 
Imstitœ) et aux plants (semina), au début même de la plantation 
particulièrement, c'est de prendre des feuilles de vigne, de les 
réunir et les mêler avec les vrilles qui déjà se sont montrées, 
d'y ajouter des feuilles de courge,de haricot, de khetmie {althœa); 
on expose le tout au soleil pour le faire bien sécher; on le bat 
ensuite avec des morceaux de bois; on répand par-dessus de la 
colombine^ une certaine quantité d'engrais humain dans de 
bonnes conditions, de chaque chose partie égale; on ajoute un 
peu de bouse de vache; on arrose avec de l'eau et on laisse le 
tout jusqu'à ce que la couleur et l'odeur en soit changées; en- 
suite on étale bien le tout pour le faire sécher; on ajoute encore 
de la poussière provenant de balayures, ou ramassée sur les 
chemins et contenant des déjections (crottins) d'animaux; on 
projette par-dessus de la paille de lin de bonne nature; on mêle 
bien tout cet ensemble en le frappant vigoureusement; on le 
retourne de façon à ce que, parle mélange, on n'ait qu'une sub- 
stance uniforme, terreuse et pulvérulente; on déchausse le 
pied de la vigne; on applique de ce compost dans la cavité et 
on achève de la remplir avec de la terre végétale; on fait aussi 
arriver l'eau sur laquelle on projette de cette substance pulvé- 
rulente qui ainsi arrive aux racines, et qui possède une énergie 
très-utile à la vigne; on applique aussi cette poudre aux jeunes 
vignes et aux jeunes provins récemment plantés. 



â3 



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— 384 — 

§2- 
Manière de semer les pepine du raisin frais on sec; en quel temps on le fiit 

D'après TAgriculture nabathéenne, Thamitri dit de prendre 
(des pépins) dans les raisins secs^qui sont les plus forts; c'est eo 
eux que doivent se troîiver les plus gros. On les enfouit au nom- 
bre de trois ou quatre^ dans de petits trous^ depuis le milieu du 
premier tischerin (octobre) jusqu'au milieu du second lischerin 
(novembre). Si on craint que le froid puisse être nuisible au 
semis, on dispose des supports (litt, des constructions) qu'on 
couvre de stores (pour le protéger). Adam et Enoch disent de se- 
mer les pépins dans la seconde moitié d'adar (mars), époque 
où commence le printemps, après les avoir extraits du raisin 
sec ; cette indication est pour tous les pays, depuis Torient 
jusqu'à l'occident. Adam recommande de faire séjourner ces 
pépins dans l'huile d'olive pendant sept jours. On dépose dans 
chaque trou depuis sept grains jusqu'à douze. On les recouvre 
de terre, ainsi que cela se pratique dans tous les semis. On 
donne de l'eau (avec l'arrosoir) en quantité suffisante, ensuite 
on arrose par irrigation au bout de quatre jours, ce qu'on doit 
continuer de faire. On dépose aussi dans les trous, avec les 
pépins, une certaine quantité d'orge, soit en farine, soit con- 
cassée finement. On a dit aussi de plonger dans l'eau chaude 
et même de faire bouillir avec la terre le raisin bien sec. Sui- 
vant Masy, on sème toute espèce de vigne depuis le commen- 
cement du second tischerin jusqu'à la fin de ce mois. Ces 
trente jours sont ceux des semis et des plantations, les pre- 
miers particulièrement, qu'il faut devancer de quelques jours. 

Suivant Tambouschad, on prend du raisin sec, déjà ancien, 
sur lequel ait passé au moins une année. On ouvre (les grains} 
pour mettre à nu les pépins ; cette précaution accélérera la 
germination. On met ces pépins dans un plat large, dans un 
endroit propre; on verse de Teau dessus; si elle est chaude^ 
c'est encore mieux; on répète Fopération plusieurs fois pen- 



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— 385 — 

dani l'espace de yingt heures, ensuite on sème les pépins ainsi 
mis à n\Xy ou bien on peut dépouiller tout l'ensemble de la 
pulpe en une seule fois^ en le tenant dans l'eau chaude pen- 
dant une heure. (Cela fait)^ semez vos grains par cinq, plus ou 
moins^ dans de petits trous ; projetez ensuite sur le semis^ au 
bout de deux ou trois ans^ de cette espèce d'engrais dont nous 
avons donné la description précédemment. Quand le semis 
aura atteint l'époque de la transplantation^ faites-la^ la volonté 
divine aidant. 

L'Agriculture nabathéenne^ parlant des arbres et des plantes 
qu'on peut cultiver entre les plants de vigne^ cite la prescrip- 
tion de Sagrit^ de semer dans les intervalles des concombres, 
des courges^ du pourpier; il dit que ces plantes sont profitables 
à la vigne. Suivant d'autres, ce qu'on peut semer de plus avan- 
tageux entre les vignes, c'est la fève, le haricot (mvgo), la 
lentille, le haricot {loubia). Si entre les vignes on sème de la 
poirée, de la coriandre et de petits légumes, il en résultera un 
ava^ntage marqué pour elles. 

Routsami dit : Dans la seconde année (de la plantation) on 
sème dans les intervalles vides des vignes, dans les terres 
fraîches (moites), des plantes dont les racines ne sont ni longues, 
ni nombreuses, qui dans la profondeur deviendraient gênan- 
tes pour les vignes, ou celles qui pourraient lui porter trop 
d*ombrage^ en les couvrant et leur interceptant le soleil et le 
vent. On ne doit rien semer dans le cours de la première année 
de la plantation. On doit bien se garder de mêler le chou à la 
vigne, car il lui est tout particulièrement nuisible. 11 ne faut 
point y semer ni petits pois, ni mauve, ni rave, ni navet, qui 
attireraient à eux l'humidité du terrain. Ne plantez point dans 
les vignes le figuier, sinon en terrain froid ; n'y plantez point 
l'olivier , pas plus que le grenadier ; on dit même que 
ce dernier s'y refuserait. On a dit que, s'il y avait entre la 
vigne et l'arbre une distance de douze à quinze pieds (de 4",16 
à 5»,îO), la vigne n'en ressentirait aucun dommage. Pour les 
vignes montantes sur les arbres la distance, étant plus grande, 
puisqu'il y a entre elles jusqu'à vingt pieds (6*,936), on peut y 



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- 356 — 

planter utilement tous les deux ans les choses indiquées, à l'ex- 
ception cependant du chou^ du radis^ du nayet et du poiS; 
mais, dans la première année, il faut se garder d'y rien se- 
mer. Nous dirons ultérieurement ce qui peut parfaire et com- 
pléter la matière. 

D'après d'autres agronomes, quant à l'emplacement qui 
peut convenir aux diverses espèces de vignes, dans les diverses 
natures de terre, et quelles sont celles qui peuvent réussir en 
plaine, la meilleure espèce de terre est celle qui tient de la 
terre blanche, tirant sur le noir ou sur le rouge légèrement, 
et qui est imprégnée d'humidité douce. La vigne réussit en- 
core dans la terre blanche légèrement humide et dans celle 
qui a été fumée. 

Suivant Kastos et autres, les vignes à fruits noirs et à fruits 
rouges aiment la terre blanche et beaucoup de fumier; les 
vignes à fruits jaunes ou verts aiment la terre légère. Les vignes 
grêles et délicates veulent être plantées en plaine. Le raisin 
dur et ferme demande une terre qui ait de la moiteur ; la vigne 
se plaît encore dans la terre franche, moite, mêlée de sable fln 
qui se trouve dans le voisinage des rivières et des pâturages; 
dans les terrains gras, elle est paresseuse à donner de beaux 
produits; elle fait peu de progrès dans la terre maigre. Gardez- 
vous de planter de la vigne dans un terrain d'une saveur 
amère, car elle n'y réussit aucunement, ni dans un terrain 
salé ou d'une odeur désagréable. 



§3. 

ftlanière d'élever les vignes; temps pour les planter ; Jours du mois lunaire, et 
saison de i*année où on le fait. 



On propage la vigne au moyen des brins de sarment les 
plus fertiles, qu'on plante tels, ou qu'on marcotte par cou- 
chage ou en pot, suivant la forme usuelle, pour leur faire 
prendre racine; puis on plante ce brin enraciné; on multi- 
plie encore par boutures taillées dans les branches et les 



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— 357 — 

sarments fructifères. On multiplie encore toutes les espèces de 
pépins. L'époque de ces semis ou plantations varie pour le mois 
lunaire^ depuis le commencement du mois jusque vers le mi- 
lieu et le vingt-quatre. Déjà nous avons traité ce sujet et ce 
qui lui est analogue. Suivant Kastos^ la plantation de la vigne 
se fait dans la seconde moitié du mois; il règle aussi les tra- 
vaux {ML il donne des conseils). Quant aux saisons ou époques 
dans l'année^ il en est qui ont dit que la vigne se plante au 
moment de la vendange^ en octobre, surtout dans les terres sa- 
bleuses et celles qui sont saumâtres. Suivant les Coptes^ c^est 
en février et mars qu'il faut planter; il en est qui disent qu'en 
plaine il faut planter en mars et avril. 

Article XLYI. 

Manière dont se fait la plantation de la vigne à Séyille et aux alentours. 

Voici les préceptes et les règles d'après lesquels on fait le 
choix des branches^ des boutures et des pépins pour la planta- 
tion. On les prend sur les cépages et les plants les plus produc- 
life et Içs plus beaux pour la couleur, et qui ont atteint de sept 
à dix années de plantation. Le brin doit être pris dans le milieu 
et nullement dans la sommité ou le pied, immédiatement à la 
suite des grappes. U doit, de plus, être de moyenne grosseur, 
bien en sève, luisant, avec les nœuds très-rapprochés. Quand 
ces brins sont trop grands, on en prend le milieu. Kastos dé- 
fend de tailler deux plants dans le même brin ; il veut, au con- 
traire, qu'on plante le brin en totalité ou seulement la portion 
médiane. On se porte vers une vigne bien fertile dont le produit 
et la belle condition excitent l'admiration; on choisit ce qu'il y 
a de plus beau dans les pousses; on les marque de craie rouge, 
pour les couper quand il y a nécessité de le faire; on les met en 
terre sur-le^^hamp ; ou, s'il y a du retard, on les enfouit 
en totalité ou seulement la partie de la section, dans une 
terre modérément humide où ils restent jusqu'à ce que la 
plantation se réalise; mais, ne les déposez point avant de les 



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— 358 - 

planter dans un terrain trop humide; ne les mettez pas davan- 
tage dans Teau, et ne les y laissez point jusqu'à ce qu'ils com- 
mencent à pousser; la reprise n'aurait jamais lieu. 

§1. 

Manière de planter les brins du sarment, quand on veut ensuite 
les porter ailleurs. 

On les plante rapprochés les uns des autres^ soit en carreaux, 
soit sur les rigoles d'irrigation, ou même aussi dans des pots. 
Cette plantation peut se faire aussi dans les lieux non arrosés. 
Au bout de deux ans on les replante ailleurs, suivant la mé- 
thode indiquée plus haut. Quand la plantation se fait pour res- 
ter en place et y fructifier, il y a deux méthodes à suivre, soit 
tn fosse, soit à la cheville ou plantoir, qu'on nomme barena 
Itarière) (1). Il est bon de planter aussi dans la terre facile et 
douce, comme la terre d'alluvion et sableuse, et dans le voisi- 
nage des rivières et autres analogues. Voici la forme de la 6a- 
rena employée pour la plantation de la vigne : on prépare une 
cheville en chêne sec ou d'essence analogue, de la longueur 
de cinq empans (i»,l55), moins grosse que le bras. On adapte à 
l'extrémité supérieure un morceau de bois, court, disposé en 
croix, ce qui fait ressembler l'instrument à une tarière (celle 
des charpentiers). On pratique (avec ce plantoir) un trou au lieu 
même où l'on veut placer le brin de sarment et dans une terre 
de nature convenable pour cette opération (litL dans laquelle ce 
trou soit possible) ; on l'emplit d'eau et on laisse les choses 
ainsi jusqu'à ce que cette eau soit absorbée et que le terrain en 
soit imbibé; on rapporte ensuite le plantoir, qu'on introduit de 

(1) Joyl prend ici le sens de cheville ou plantoir; ^^J^t ou, comme lit 
Gastel (Lexic, hept.) ^ P persan >kJ, c'est le nom d'un instrument à peroer 
le bois, c'est la tarière du charpentier. Ce mot avec cette signification se 
trouve aussi dans le Oict. fr. arab. de M. Caussln. Plus loin, page 561, ce mot 
se trouve conune nom d'un instrument de perforation. 



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- 359 — 

ncNiveau dans le trou^ en appuyant de façon qu*il y soit plongé 
dans son entier. On le retire alors pour introduire le brin 
de sarment perpendiculairement^ après Tavoir nettoyé de ses 
brindilles ayec un instrument bien tranchant^ ayant soin de ne 
point offenser les nœuds avec Tinstrument; puis^ à Taide delà 
pcmite du plantoir ^ on £ait pénétrer de tout côté la terre dans le 
trou sur le brin^ de façon que la terre de la cavité s'applique exac- 
tement sur lui ; on comprime ensuite la terre tout à Tentour 
ayec le talon. Il en est qui disent qu'on doit remplir le vide laissé 
par le plantoir avec du sable fin ou de la terre très-meuble et 
très-sèche; puis on verse de Teau par-dessus. Au bout de quel- 
que temps, on recommence à rapporter de la terre, afin de 
combler entièrement le vide causé par le plantoir. Ensuite, au 
bout de dix jours environ, on donne une culture profonde ; ce 
serait très-bon, s'il était possible qu'elle atteignit jusqu'à l'ex- 
trémité du brin, mais la moyenne (pour cette culture) est la 
meilleure. On ramène la terre à l'entour du brin d'une ma- 
nière bien satisfaisante, puis on donne une nouvelle culture 
profonde plusieurs fois, pendant chacun des mois d'hiver une 
fois, mais elle peut être moins profonde -, ce mode de planter 
donne des lignes très-droites. Nous donnerons les distances à 
suivre dans la plantation, la volonté de Dieu aidant. 

Plantation de la vigne en fosses ou trous. 

Il en est qui disent que ce mode de plantation est préférable 
à celui dit au plantoir. On peut la pratiquer dans toute espèce 
de terre, particulièrement dans les terres fortes, terres de mon- 
tagne et autres analogues. On creuse des fosses longues en li- 
gne droite, chacune d'une canne (0">,808) (1) de profondeur; il 

(1) Cette mesure n'est point indiquée sous ce nom: on lit partout <L^, 
Tolg. cofifia. Banquerl en fixe la valeur à trois palmes ou empans et demi; 
eUe revient à la profondeur, ce qui est normal. 



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— 360 — 

en est qui disent qu^on doit chercher à diriger les lignes d'o- 
rient en occident ; la distance entre chaque pied de sarment, 
planté de cette façon, ou bien au plantoir, sera de sept empans 
(i'^fiil); c'est la bonne distance dans les terrains de moyenne 
qualité, (qu'on peut étendre) jusqu'à dixempans(2",3l)^ ce qui 
est la dernière limite. Dans les terres les meilleures pour leur 
fraîcheur, les fosses auront une profondeur de trois empans et 
demi (0"',808), sur une longueur de sept empans (du double). 
On déposera dans chacune d'elles deux brins dont l'extrémité 
sortira pour chacun d'eux, sur deux lignes, l'une sur une ligne 
et l'autre sur une autre. Il ne faut point que dans la profondeur 
de la fosse les deux brins se trouyent en contact, pour que les 
racines ne se trouvent pas trop à l'étroit. On couche les deux 
brins en long dans le fond de la fosse, s'ils sont assez longs, ou 
bien une partie seulement, en les relevant sur les côtés. On 
laissera dépasser au-dessus du niveau du sol une longueur 
telle, qu'après la rognure de la partie faible de l'extrémité du 
f^ brin il reste un nœud ou deux. On presse ensuite la terre 
avec le pied, comme il a été dit plus haut. 

On dit que c'est une bonne chose de couvrir le plant avec 
de l'engrais dans les terres solides ou dures. 11 en est qui veu- 
lent qu on ait l'attention d'opérer la compression sur le brin 
même depuis l'extrémité jusque vers le milieu (de la longueur). 
On pratique la compression de la terre sur l'extrémité du brin 
pour la faire adhérer au fond de la fosse. 11 en est qui disent 
que, si le brin de sarment est long, on doit enfouir de huit 
à dix nœuds, quand ils sont rapprochés. Ayez soin, et c'est une 
nécessité, que la terre de la fosse qui doit recevoir la planta- 
tion soit dans un état de moiteur moyenne, c'est-à-dire, ni 
trop humide, ni trop sèche. Ne plantez pas dans un jour où le 
vent souffle avec violence. Il en est qui disent que, lorsqu'on 
veut planter la vigne en montagne, on doit choisir des brins 
épais et donner à la fosse une profondeur de six empans 
(i",336)i il faut donner la même profondeur dans les val- 
lées, pour éviter que les racines ne soient mises à nu, si la 
terre s'en détachait. Il faut donc toujours observer les mêmes 



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— 361 — 

dimensions quand on plante dans ces deux sortes de terrain^ 
pour éviter que la chaleur excessive de l'été n'atteigne les cha- 
pons ou brins^ et que la terre ne se gerce^ surtout dans les ter- 
rains élevés non arrosés^ comme il a été dit précédemment. 
Ensuite^ quand on effectue la mise en place (liU. la transplan- 
tation) des provins qu'on a élevés en pépinière, on leur prépare 
des fosses de dimension moindre que celles indiquées précé- 
demment pour recevoir les branches (sans racines). Il en est 
qui veulent qu*on prenne les brins dans les vignes venues en 
montagne et dans les terrains élevés^ pour les planter en ter- 
rain frais et moite, où ils réussiront mieux. Quant aux bou- 
tures^ il faut les tailler dans les brins choisis, comme il a été 
dit, au bout où se trouve la section, ou bien dans ce qui s'en 
rapproche, ou encore de la partie moyenne. Chaque bouture 
doit porter trois ou quatre nœuds ; on les plante au mois de 
septembre dans des pots ou grandes terrines d'argile remplis 
de terre végétale, prise à la surface du sol, en laissant saillir 
hors de terre un ou deux noeuds (1). On a bien soin ensuite de 
donner de l'eau, de façon que la terre ne se dessèche jamais. 
ÂQ bout d'un an, on porte les jeunes plants avec leur motte 
dans les carreaux de la pépinière. Dieu aidant; qu'on les 
plante de cette façon, dans les carreaux ou sur les rigoles, le 
résultat sera bon. 

§3. 

Semis des pépins. 

On prend, après le pressurage, des pépins de raisin de bonne 
nature, bien mûrs et les plus beaux; on les lave dans l'eau, on 
les fait sécher, puis on les resserre dans des vases de terre 
neufs jusqu'au moment de les semer; on en tire aussi de la 

(1) Cette partie de phrase n'est point dans le texte, mais nous avons cru de- 
^ir l'introduire comme complément des préceptes à suivre, en nous basant 
nr ee qui est recommandé pour ia plantation des brins» où les mêmes mots se 
retroiiTent, ce qui Indique ici une lacune que nous avons voulu combler. 



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— 36Î — 

même manière du raisin sec^ d'après les procédés indiqués (V. 
sup., p. 354). Le mois où se fait le semis est septembre^ temps où 
la maturité est complète; la germination aura lieu en mars, et, 
quand viendra le froide le bois qui déjà aura acquis de la con- 
sistance n'aura point à en soufiTrir. Le semis se tait en grandes 
terrines, à la façon employée par le froment et l'orge (c'est-à- 
dire, en répandant les pépins à la surface) ; on le conduit et on 
le dirige diaprés les indications données précédemment ; on veut 
que ces soins se continuent j usqu'à ce que le plant soit assez fort 
et puisse être mis en place ou replanté. On peut aussi semer en 
carreaux en suivant ia même méthode; on se conforme à tout 
ce qui a été prescrit antérieurement jusqu'à ce que le plant 
soit susceptible d'être replanté; cette méthode et ses procédés, 
je les ai décrits précédemment. Quand on voudra hâter la fruc- 
tification de la vigne, la seconde année même du semis, on 
coupe des brins qu'on greffe sur des plants de vigne montée, 
ou sur des cépages en plein rapport; on peut aussi en user de 
même pour les boutures, et alors la fructification sera bien plus 
prompte. On applique aussi le provignage par couchage, suivant 
les procédés indiqués au commencement de ce Uvre; on use 
encore de la marcotte en pot (ou entonnoir), également décrite. 
Tous les plants enracinés provenant de semis, de bouture, de 
couchage ou de marcotte en pot, se replantent depuis septem- 
bre jusqu'en mars ; on les dépose dans des fosses ou trous 
convenables. Les pieds de vigne replantés poussent plus vite 
et donnent un plus fort produit que ceux qui ne l'ont pas été ; 
il en est qui disent qu'il en est de même pour toute espèce 
d'arbre. Quand un cep est affaibli, si on le renverse, qu'on 
étende ses brins de sarment et qu'on les provigne et les cou- 
che, il reparaît plus fort et plus vigoureux. Le même 
procédé est encore usité pour combler les vides (du champ de 
vigne) dont nous avons parlé précédemment. On se hâte de 
pratiquer cette opération après la chute des pluies et quand la 
terre en est imbibée, au mois de novembre, dans les terrains 
élevés non arrosés. Ibn-el-Façel dit qu'il en est de même pour 
les brins desarment que, dans les terrains arrosés, on plante en 



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— 3tÇ3 — 

janvier; le mode de plantation décrit antérieurement n'a pas 
besoin d'être rappelé ici. On replante aussi dans les espaces 
d^âmis de Tîgnes de grosses souches tout entières avec 
tous leurs rameaux ou la plus grande partie et toutes leurs 
racines, dans des trous proportionnés à leur grosseur^ dont en- 
suite on étale les brins. On fait plonger la souche en entier 
dans le trou ; puis on fait surgir les brins partout où il est 
convenable de le faire. On commence cette opération au com- 
mencement de Tautomne^ et^ si on a soin d'arroser^ le résultat 
est beau. Quand on peut effectuer la transplantation avec la 
motte, c'est une très-bonne chose^ mais on n'aura jamais un 
plein succès qu'en terrain arrosé (i ) . 

Les vignes montées donnent des raisins meilleurs et plus beaux 
que les vignes à pied ; elles sont aussi plus productives. Les plus 
belles de ces vignes proviennent de pieds replantés et^ parmi 
ceux-ci^ de ceux qui l'ont été de bonne heure (en premier) . Les vi- 
gnes montées se plantent en terrain non arrosé, au commence- 
ment de novembre^ dans des fosses longues proportionnées au 
pied et d'une profondeur de quatre empans (0",924) ou environ. 
On arrache le plant de vigne qu'on veut faire monter^ quand 
il est (assez) fort^ avant que le pied et les racines n'aient 
pris trop d*extension; on a soin dans cette opération de ne 
point couper les racines (2). On ne laisse sur le pied qu'un seul 
sarment bien droit qui constitue une tige unique. On dépose 
dans la fosse le pied avec une certaine partie du corps (3) s'il 
est jeune^en l'étendant dans le fond^eten relevant l'autre partie 
perpendiculairement avec le jet qui est à la partie supérieure 
en l'appuyant sur le bord de la fosse ; on se conforme du reste 
â ce qui a été prescrit antérieurement. S'il s'agit de replanter 
one vigne vieille^ on étale le corps ou ancien bois tout entier 
dans la fosse^ laissant sortir seulement le brin conservé; s'il 
arrive qu'il soit brisé , on laisse dépasser environ deux doigts 



(1) Peat-étre faut-il traduire •* sinon à condition d'arroser. 
(S) Nous i^ootons ici une négation qui nous semble oubliée, 
4 C'est-à-dire du bois de Tannée antérieure. 



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— 364 — 

de long au-dessus de la surface du sol^ pour que la végétation 
8*y établisse. Au bout de deux ans de plantation^ on déchausse 
le pied^ de façon à atteindre les racines qu'on prend bien garde 
d'oiFenser; on nettoie la place de toutes les mauvaises herbes 
ou autres choses qui peuvent se rencontrer; on remplit ensuite 
la cavité avec de la terre végétale ou meuble^ qu'on a soin de 
comprimer avec le pied; on pourra avoir du fruit la seconde 
année même de la plantation, Dieu aidant. Les plus beaux ré- 
sultats s'obtiennent en terrain arrosé. Suivant Ibn-el-Façel, 
cette plantation peut s'effectuer en terrain arrosé en la saison 
qu'on veut. Les vignes montées peuvent être élevées en bon 
terrain jusqu'à trente pieds. On peut donner la même hau- 
teur autour des habitations quand l'emplacement est étroit et 
très-chaud. Mais, dans les terres légères, il ne faut point donner 
une pareille hauteur, pas plus que dans les terrains froids et 
très-exposés aux vents. Il en est qui disent d'élever la vigne à 
hauteur d'une orgye grecque (2*); entre chaque ben^au (1) on 
laissera une distance de quinze coudées (T^) environ ; dans les 
terres de qualité inférieure on réduira la distance à dix cou- 
dées (4",62). On pratique aussi l'opération du couchage sur les 
vignes montées, en ouvrant au pied une tranchée dans la- 
quelle on étend la totalité du plant, laissant ressortir les extré- 
mités des brins là où il est nécessaire de le faire. Quand il 
s'agit de tailler la vigne, il en est qui veulent qu'on laisse aux 
vignes montées trois yeux seulement ; quand la vigne du ber- 
ceau est arrivée à l'âge de quatre ans, on peut lui laisser deux 
branches (2) pourvues chacune de quatre yeux; à six ans, on 
laisse quatre branches. Nous traiterons cette opération au cha- 
pitre de la taille, Dieu aidant. 

(1) L)b, ddliah, mot pris ici dans un sens techniqae pour lequel oone 
trouve dans les lexiques aucun sens satisfaisant ; nous lui trouvons de TaflSnité 
avec le mot chaldéen DlVl, daUout, rendu par treUle, Cast., les. hepi. Ban- 
queri traduit par parra, qui a le même sens. 

(2) /^Lip duel ^^U^ , nom technique qui ne parait pas d*origloe arabe 
et que les dictionnaires traduisent par colus^ quenouille. Banqueri traduit par 
horquUUiy petite branche. 



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— 36» — 

Articlb XL VII. 

Culture de la canne à guère, appelée aussi çoseau doux. 

Suivant Ibn-Hedjadj^ à qui Dieu fasse miséricorde, on plante 
les pieds de la canne à sucre depuis le Tingt du mois d^adar 
(mars). On lit dans un autre, que tous les agronomes espagnols 
sont unanimes sur ce point: c'est que les terrains bas exposés au 
soleil et à proximité de Teau conviennent très-bien à la canne 
à sucre. On la multiplie de souches et de la canne elle-même 
(en bouture). Il faut au préalable que le terrain, de bonne 
qualité et mouillé, reçoive une forte culture par trois labours 
profonds, donnés à des intervalles séparés. Il en est qui par- 
lent de donner dix labours et d'appliquer un engrais abon- 
dant de bonne qualité, et bien consommé, et suivant d'autres, 
de la bouse de vache. On prépare des carreaux de douze cou- 
dées (5",564) sur une largeur de cinq coudées (2'",340). Hadj 
de Grenade dit que quand on veut propager la canne à sucre de 
souche, après l'avoir arrachée, on dispose dans les carreaux 
des trous proportionnés à la grosseur de la souche, où on la 
dépose {lia. laisse), puis on rapporte par-dessus de la terre 
meuble et de Fengrais de l'épaisseur de trois doigts. On laisse 
entre chaque pied une distance d'une coudée et demie (0'",693), 
on arrose tous les quatre jours, et, lorsque la jeune pousse a 
atteint la hauteur d'un empan (0"',23i), on donne un bon 
labour ou serfouissage, avec un engrais abondant en fumier 
de mouton; on donne exactement, tous les huit jours une fois, 
un arrosement jusqu'au commencement d'octobre, ensuite on 
suspend tout arrosement pendant ce mois et ultérieurement, 
parce que le principe sucré s'affaiblirait. Quand on veut mul- 
tiplier la canne à sucre par elle-même (c'est-à-dire de boutures), 
on prend celle dans laquelle les nœuds sont rapprochés et qui est 
d'un fort diamètre, parce que plus les nœuds sont rapprochés, 
pluson aura de pousses, et, quand la canne estgrosse, il 7 a plus 
de matière (et plus de sève). On enfouit dans la terre la canne. 



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— 366 — 

immédiatement après Tayoir coupée^ ou peu de temps après; 
on n'en laisse rien apparaître (à la surface du sol). On la laisse 
ainsi enfouie jusqu'au premier mars ; alors on la retire^ et on 
la découpe en morceaux^ de la longueur de deux empans 
(une coudée) ou environ. Il en est qui disent qu'il doit se 
trouver trois nœuds dans chaque morceau; d'autres disent 
six; on enlève à la main les membranes foliacées {lilL Vé- 
corce), sans jamais employer le fer. On porte ensuite ces mor- 
ceaux vers les carreaux^ où on les plante de façon à enfouir 
en terre quatre nœuds; on répapd alors de la bouse de vache; 
on tient ces boutures espacées entre elles d'une coudée 
(0"^462). On exécute ce travail en automne^ au mois de sep- 
tembre et d'octobre^ en janvier suivant d'autres ; on a bien 
soin d'arroser jusqu'à ce que la reprise soit effectuée. 

Hadj de Grenade dit qu'on ouvre dans la terre des trous 
carrés de la forme d'un luth. On pose dans chacun de ces trous 
quatre tronçons couchés, on les recouvre ensuite de terre 
sur une épaisseur de quatre doigts^ et Ton continue d'opérer 
ainsi jusqu'à ce que la plantation soit terminée. L'emplace- 
ment doit être à l'aspect du levant^ en un lieu exposé au so- 
leil; cette plantation se fait en mars^ et suivant d'autres, en 
février. On donne de l'eau douce^ tout particulièrement^ exacte- 
ment tous les huit jours^ sans faire de sarclage^ jusqu'à ce que 
le mois d'avril soit passé. On donne alors un bon binage de 
nettoiement en mai; huit jours après on en donne un pareil, 
et Pou fait arriver l'eau^ toutes les fois que Taspect de la 
plante parait passer de la nuance verte à une teinte plus foncée; 
on fait une éclaircie au mois d'août {litt. on nettoie) en ar- 
rachant les pousses trop faibles, afin que les autres aient plus 
d'espace pour (s'étendre et) prendre de la force. On peut, si 
on l'aime mieux, planter verticalement les tronçons ou bou- 
tures; dans ce cas, on prépare les choses en conséquence. 
Dieu aidant. On coupe la canne à sucre au mois de janvier, 
chaque année. Suivant Abou'l-Rhaîr, la canne à sucre a trcMS 
ansde durée environ. Ha4j de Grenade dit qu'après que les 
cannes ont été coupées, il faut donner un bon labour, et ap- 



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— 367 — 

pliquer un engrais de fumier de mouton, en faisant parquer 
pendant la nuit le troupeau, afin que remplacement planté 
reçoiTe directement sa fumure. On pratique ensuite un 
labour profond, de façon à ce que la culture soit complète; on 
fait arriver au mois de janvier Teau et on la laisse séjourner. 
11 ne faut point craindre d'exagérer, tous les ans, pour les 
plantations des cannes à sucre, ces soins de culture, parce que 
c'est avec ces soins, c'est-à-^ire par Fengrais et la culture 
(combinés) ensemble, qu'on obtiendra un plus grand profit. 
Dieu aidant. 

Voici comme on procède pour obtenir le sucre de la canne. 
On ooupe^ dit Had] de Grenade, la canne quand elle est arri- 
Tée à son point et qu'elle est mûre, à Tépoque susdite, (c'est- 
à-dire en janyier). On la découpe ensuite par petits tronçons 
qu'on écrase vigoureusement dans des pressoirs ou dans des 
appareils analogues (1 ) ; on en exprime le suc, qu'on porte sur le 
feu dans une chaudière Ja.^ bien propre; on pousse à l'ébulli- 
tion^ on laisse en repos (pendant quelque temps), puis on cla- 
rifie; on reprend ensuite la cuisson jusqu'à ce qu'il ne reste 
pins que le quart du liquide. Alors on remplit (de ce sirop) 
concentré) des moules d'argile d'une forme spéciale; on les 
range à l'ombre jusqu'à la consolidation (ou cristallisation) ; 
on retire (le pain de sucre) pour le faire sécher à l'ombre, 
puis on l'enlèye. On jette de même le reste (du sirop) en moule. 
Quand la canne a été ainsi pressurée, on en fait manger le 
résidu aux chevaux qui en sont friands et qu'il engraisse (2). 

(1) Ce mot ij iL^I, qui est un pluriel, ne se trouve dans aucun lexique. 
Buaqneri le traduit par litgarei, pressoirs; nous pensons que c'est